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«Lettre aux idéologues qui ont sacrifié l'école française»

Après les mauvais résultats du dernier classement Pisa, le maire de Cannes, candidat à la présidentielle, dénonce cinquante ans de renoncements et interpelle ceux qu’il juge responsables du déclin de l’école française. Une tribune de David Lisnard parue dans le JDD.

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LISNARD JDD

Les résultats de l’étude Pisa 2025 publiés cette semaine confirment ce que nous savions déjà, à savoir l’effondrement continu du niveau scolaire des élèves français. Un tiers d’entre eux n’atteint plus le niveau minimal en lecture ; plus d’un tiers en mathématiques. Ces résultats sanctionnent cinquante années de réformes inspirées par la même défiance envers la transmission des connaissances, l’autorité du professeur, le mérite et l’exigence. Ceux qui les ont conçues, soutenues et appliquées ont longtemps échappé à toute responsabilité. Ils doivent aujourd’hui répondre de ce qu’ils ont fait à des générations entières d’enfants.


Idéologues qui avez fait de l’école un laboratoire et de nos enfants des cobayes ; théoriciens du pédagogisme ; responsables politiques, complices de ces délires ; hauts fonctionnaires et corps d’inspection qui les avez traduits dans les programmes et les méthodes ; formateurs qui avez fait de de l’autorité une oppression et du mérite une injustice ; dirigeants syndicaux qui avez défendu le système contre toute remise en cause ; ministres qui prétendiez vouloir restaurer l’exigence mais qui avez renoncé par calcul ou conformisme.


Vous êtes tous responsables. Tous coupables. L’égalité des chances exige que l’école donne à chaque enfant, quelle que soit son origine et sa condition sociale, les moyens de s’élever par le savoir et par l’effort. Vous faites exactement l’inverse. Vous avez prétendu rendre les élèves égaux en les soumettant tous aux mêmes parcours, en abaissant les exigences et en refusant de reconnaître leurs différences.


L'erreur du collège unique

Le collège unique fut la traduction de cette faute. En supprimant les filières, vous avez maintenu dans un cursus inadapté ceux qui avaient du mal à suivre, ralenti les meilleurs et relégué les formations techniques et professionnelles au rang de voies de garage. Vius avez confondu école républicaine et nivellement par le bas. Vos familles ont trouvé les moyens d’y échapper : choix du quartier, contournement de la carte scolaire, enseignement privé, cours particuliers. Au nom de l’égalitarisme, vous avez détruit l’égalité des chances. Au nom de la justice, vous avez organisé l’injustice.


Votre deuxième faute est d’avoir combattu la transmission. Vous avez fait des IUFM, créés en 1989, puis des organismes qui leur ont succédé, les instruments de votre révolution pédagogique. Vous avez combattu la méthode syllabique, dénigré la mémorisation, affaibli l’apprentissage méthodique de la grammaire et du calcul. Vous avez laissé s’appauvrir l’enseignement des mathématiques et marginalisé les humanités, réservant ainsi la littérature, la philosophie, le latin ou le grec à une élite. Puis vous avez prétendu former des esprits critiques.


Vous avez aussi combattu l’autorité des maîtres, en niant ce que l’instruction exige de discipline. Vous avez dévalorisé la figure de l’adulte en voulant flatter l’enfant. Vous avez ainsi privé celui-ci des contraintes nécessaires à l’apprentissage sans vous soucier des dépendances auxquelles vous le condamniez. Vous avez confondu le respect de l’enfant avec la soumission à ses désirs immédiats. Et vous avez eu l’indécence de présenter cela comme une conquête de la liberté.


Vous avez également combattu les notes et dénaturé les examens. L’objectif de conduire 80 % d’une classe d’âge au niveau du baccalauréat est devenu une obsession politique à laquelle l’exigence scolaire a dû se plier. Vous avez fait du diplôme une variable d’ajustement et dévalué un examen en mentant à des millions de jeunes sur leur niveau véritable. Vous avez célébré leur réussite avant de les laisser seuls devant les conséquences de vos renoncements à l’entrée dans la vie active.


Refonder l’école de la République 

Cette tromperie est d’autant plus révoltante que vous vous drapez de bons sentiments. Mais qu’y a-t-il de bienveillant à laisser un enfant accumuler des retards qu’il ne pourra plus rattraper ? À rassurer ses parents quand il faudrait les alerter ? À lui délivrer des attestations de réussite dont il découvrira ensuite les limites ?


Vous avez enfin chargé l’école de réparer tous les maux de la société et ouvert les classes à toutes les causes du moment comme si elle devait rééduquer les enfants plutôt que les instruire. Apprendre à lire, écrire, compter, raisonner et connaître l’histoire de son pays devenait réactionnaire. Voire fasciste. Pendant ce temps, des enseignants ont continué à transmettre, à exiger, à corriger. Ils ont refusé de mentir aux élèves et de renoncer à les faire progresser. Ils se sentent bien seuls. Ils méritent d’être soutenus, protégés et libérés de la tutelle de ceux qui ont méthodiquement affaibli leur métier.


Vous devez débarrasser les lieux et les cerveaux, vous éloigner de l’école de nos enfants. Nous allons mettre fin à votre emprise. Les méthodes devront répondre de leur efficacité et les responsables de leurs décisions. Nous rendrons aux professeurs leur prestige, aux établissements la liberté d’agir et aux familles la liberté de choisir. Nous allons libérer l’école des idéologues et refonder l’école de la République : celle qui instruit et qui élève, qui fait progresser chaque enfant, exige de lui le meilleur et lui donne les moyens de l’atteindre. Nous le devons à nos enfants. Nous le devons à la Nation. Vous avez assez sacrifié plusieurs générations à la défense de vos certitudes. Les prochaines ne seront pas victimes de vos délires idéologiques.

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Chacune a sa page, avec une réponse en quelques lignes et les citations de David Lisnard, datées et sourcées.