PPE3 : une faute stratégique, démocratique et économique
On vend à perte une électricité dont on n’a pas besoin, et la différence est payée par les Français sur leurs factures et leurs impôts. Retrouvez la chronique de David Lisnard pour l’Opinion.
La France a besoin d’une stratégie énergétique ambitieuse pour que ses entreprises et ses habitants bénéficient d’une énergie la moins chère possible, fiable et décarbonée, en réduisant autant que possible sa dépendance dans un contexte géopolitique transformé. Il s’agit d’un impératif de compétitivité et de souveraineté, d’une condition sine qua non pour l’industrie et le numérique, d’une nécessité de confort de vie et de pouvoir d’achat pour les ménages. Ce n’est pas avec la PPE3 que le Premier ministre a signé par simple décret, sans débat ni vote des parlementaires, que la France y parviendra.
Oui, il faut davantage d’électricité bas-carbone dans notre bouquet énergétique pour réduire la part des énergies fossiles : l’électrification de la France est une obligation qui ne fait pas débat. Mais elle exige une électricité compétitive, un signal prix stable et prévisible et des choix de filières hiérarchisés selon leur coût réel complet. Pas un empilement d’investissements dictés par les lobbies et les échéances politiques. Or, ce que promet la PPE3, c’est un alourdissement de la facture électrique qui va détourner les Français de l’électricité, à l’encontre même du but recherché.
Les faits sont implacables. La France a produit 544 TWh d’électricité en 2025, pour une consommation intérieure de 450 TWh. Elle a exporté un volume record de 92,3 TWh. Le système est en surcapacité massive, documentée par RTE dès décembre 2025, et qui devrait se prolonger au moins jusqu’en 2027-2028. La consommation, loin de décoller, a reculé de 6 % à 8 % depuis 2019, passant d’un plateau de 475-480 TWh à environ 450 TWh.
La consommation industrielle chute
La consommation industrielle continue de chuter. Aucune commande, aucun contrat, aucun investissement privé ne signale un retournement imminent. En cinquante ans, la part des fossiles dans notre mix n’a diminué que de 22 points pour atteindre 60 % aujourd’hui. Prétendre réduire cette part d’un tiers supplémentaire d’ici 2030 exigerait de tripler les ventes de véhicules électriques, de tripler les installations de pompes à chaleur, d’électrifier plus de la moitié des procédés industriels quand moins de 10 % le sont. En quatre ans, c’est matériellement irréalisable.
Malgré cela, la PPE3 programme simultanément de nouveaux réacteurs, de l’éolien terrestre et des dizaines de parcs offshore sur la base d’une consommation de 550 à 670 TWh que rien – aucune commande industrielle, aucun contrat, aucun investissement privé – ne laisse aujourd’hui présager. RTE lui-même distingue deux scénarios contrastés ; la PPE3 est construite sur le plus optimiste, celui qui suppose des décisions industrielles et des investissements qui ne sont pas pris ni même engagés.
Les coûts sont connus : 200 milliards d’euros d’investissements réseau d’ici 2040, des parcs éoliens en mer entre 164 et 196 euros/MWh pour ceux en service – et jusqu’à 310 euros/MWh pour l’éolien flottant au vu des prix britanniques –, une accise sur l’électricité à 30,35 euros/MWh pour les ménages, en hausse de 37 % depuis 2019, quand l’Allemagne l’a ramenée à 0,5 euro/MWh pour son industrie.
Les 92 TWh exportés en 2025 l’ont été à un prix inférieur à celui auquel EDF rachète la production renouvelable nationale : on vend à perte une électricité dont on n’a pas besoin, et la différence est payée par les Français sur leurs factures et leurs impôts. Produire plus d’électricité sans débouchés réels ne crée pas de demande. C’est l’inverse : cela renchérit le coût unitaire et détruit les conditions de la compétitivité et de l’électrification qu’on prétend accélérer.
Le nucléaire existant est menacé
Plus grave, le nucléaire existant est menacé. Quand le soleil brille ou que le vent souffle, la production renouvelable est prioritaire sur le réseau. Pour lui faire de la place, on contraint les réacteurs nucléaires à baisser leur puissance, voire à s’arrêter. C’est ce qu’on appelle la modulation. Or le nucléaire est conçu pour tourner en continu : ses coûts sont essentiellement fixes. Moins il produit, plus chaque kilowattheure revient cher. EDF estime que cette modulation pourrait tripler, passant de 30 à 90 TWh perdus par an. Chaque jour d’arrêt coûte entre 1,1 et 1,8 million d’euros par réacteur selon sa puissance.
A l’échelle du parc, ce sont plusieurs milliards d’euros de production sacrifiée chaque année. Pire : un rapport confidentiel d’EDF transmis à Matignon en novembre alerte sur l’usure accélérée des composants et la menace que ces cycles répétés font peser sur la prolongation des réacteurs alors que cette prolongation est de loin l’option la moins chère du système. On fragilise le seul actif bas-carbone compétitif du pays, celui-là même qui nous donne un avantage comparatif par rapport à tous nos voisins européens.
Derrière cette PPE se cache évidemment un arbitrage politique. Les filières renouvelables ont intensifié leur pression, et on ne peut évacuer l’idée que l’exécutif cherche des alliances en vue de 2027. La PPE serait assortie d’une clause de réexamen à cet horizon, ce qui revient à léguer au prochain gouvernement la responsabilité d’un fiasco programmé.
Maximiser et optimiser le parc existant. Redonner confiance dans le choix de l’électricité aux consommateurs. N’investir que là où la demande est démontrée. Renoncer aux filières les plus coûteuses. Exiger la transparence des coûts complets. Et soumettre ces choix qui engagent la nation pour des décennies au débat et au vote de la représentation nationale. Voilà ce que doit être une politique énergétique digne de ce nom.
Engagement irréversible
Cela suppose d’abord de ne prendre aucun engagement irréversible sur les filières les plus capitalistiques tant que l’excédent persiste. Le parc nucléaire existant recèle un gisement immédiat de 80 à 100 TWh mobilisables en optimisant le facteur de charge : ce sont les kilowattheures les moins chers du système.
Un choc fiscal sur l’électricité, comparable à celui engagé par l’Allemagne, doit rendre la bascule économiquement rationnelle pour les industriels et les ménages.
Les investissements réseau doivent être réorientés vers les usages productifs et la résilience, non vers le raccordement de capacités excédentaires.
Toute infrastructure offshore doit relever d’une doctrine de sécurité nationale.
Enfin, chaque euro public dépensé pour le climat doit l’être là où son impact est maximal : notre électricité figure parmi les moins carbonées du monde développé, et le même euro investi là où la demande énergétique explose aurait un effet dix à cent fois supérieur.
Au lieu de cela, l’exécutif engage la France pour des décennies par un décret que personne n’a débattu, que personne n’a voté, fondé sur des projections que tout contredit, au profit de filières dont les coûts explosent. C’est irresponsable et irrespectueux du processus démocratique. Et de façon concrète, nous, consommateurs, allons payer la facture. Ainsi va la France.
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Soyons fiers de l’engagement libéral, seul antidote au meurtre totalitaire
Du meurtre d’Alexeï Navalny à la condamnation de Jimmy Lai, le totalitarisme continue de tuer ceux qui refusent de se taire. Dans ce texte paru sur Contrepoints, David Lisnard assume une défense sans concession du libéralisme, seul antidote durable à l’arbitraire, à la violence idéologique et à l’effacement de la dignité humaine.
Il y a deux ans, en février 2024, mourait Alexeï Navalny. Il vient d’être prouvé – sans surprise – que la cause de sa mort est un empoisonnement, après des mois et des années de persécution, d’emprisonnement arbitraire, de privations et un précèdent empoisonnement. Vladimir Poutine n’accepte pas et tue ses opposants.
Au début de ce mois de février 2026, Jimmy Lai a été condamné à vingt ans de prison par le régime communiste chinois. Âgé de 78 ans, il est donc condamné à mort. Son crime ? Comme Navalny en Russie, comme aussi Boualem Sansal en Algérie, ne pas avoir accepté le récit et la propagande de dirigeants corrompus et à tendance dictatoriale.
Propriétaire de médias, militant de la démocratie, vigie des engagements non respectés par la Chine à la suite de la prise de possession de Hong Kong par Pékin, Jimmy Lai entre dans le panthéon des héros de la démocratie, hélas quasiment ignorés de leur vivant par la bien-pensance mondiale.
Les bonnes âmes, si sentencieuses lorsqu’elles regardent l’Occident, sont bien oublieuses des crimes des dictatures totalitaires qui massacrent leur peuple depuis des décennies.
Soljenitsyne, et avant lui Julius Margolin, avaient dénoncé et décrypté les mécanismes de la déshumanisation des opposants, souvent jusqu’à leur mort, du régime soviétique. La matrice totalitaire est la même, que le régime soit communiste, nazi, islamiste.
Ces forces noires sont toujours à l’œuvre et leur seul antidote est la pensée libérale, celle qui n’accepte pas la mainmise de l’État sur les consciences humaines, celle qui rappelle les droits naturels face à l’arbitraire autoritaire, celle qui fait de la logique de subsidiarité la garantie de la dignité humaine par la liberté et la responsabilité personnelles, celle qui veut que tout pouvoir de l’Etat résulte d’un transfert choisi, délibéré, circonstancié et limité de la souveraineté individuelle.
Navalny, Lai, Sansal, autant de noms de notre époque qui devraient parler à la conscience humanitaire mondiale contemporaine. Et nous inciter à toujours nous battre pour la liberté, comme nous y appellent aussi les 30 000 Iraniens – anonymes mais correspondant à 30 000 vies, 30 000 destins de personnes humaines singulières – massacrés par le régime islamique d’Iran.
Il en résulte pour chacun d’entre nous, notamment dans cet Occident qui a inventé la démocratie libérale, un devoir d’engagement, intellectuel, moral et physique, de résistance au totalitarisme, de promotion de la liberté.
Cette liberté que Vassili Grossman, qui connut la double et très comparable barbarie nazie et soviétique, définissait si bien comme force vitale de notre espèce humaine. Dans Tout passe, Grossman écrit : « L’histoire de l’humanité est l’histoire de sa liberté. L’accroissement de la puissance humaine s’exprime avant tout par l’accroissement de la liberté. La liberté n’est pas une nécessité dont on a pris conscience, comme le croyait Engels. La liberté est le contraire de la nécessité. La liberté c’est la nécessité surmontée, vaincue. Le progrès c’est essentiellement le progrès de la liberté humaine. Par ailleurs, la vie elle-même est liberté, l’évolution de la vie, c’est l’évolution de la liberté. »
C’est cette vérité que n’ont pas acceptée en France les assassins de Quentin. Ils sont d’extrême gauche, ils sont chez nous les expressions violentes de ce totalitarisme qui se nourrit du « révolutionnarisme » des factieux et prospère en réaction au conformisme des technocrates.
Notre combat est là, contre ces illibéraux, ces extrémistes, ces néofascistes (eux qui se prétendent « antifascistes » !), pour préserver la vie et donc faire vaincre la liberté. Il est aussi dans la nécessité de porter un projet politique dont la radicalité doit permettre de sortir de l’impuissance publique en régénérant nos principes, par un nouvel état de droit porteur des aspirations populaires.
« Ce n’est pas honteux de faire peu. C’est honteux de ne rien faire ou de nous laisser intimider. » Le 18 février 2024, ces mots l’Alexeï Navalny étaient repris par sa courageuse veuve Ioulia. Ils nous exhortent à porter le combat de la liberté. Soyons fiers d’être des libéraux !
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Réunion publique de David Lisnard jeudi à Cannes La Bocca
Dans le cadre des élections municipales des 15 et 22 mars, David Lisnard tiendra une réunion publique le jeudi 19 février à 19h, au Théâtre de la Licorne, à Cannes La Bocca.
Ce rendez-vous marquera un temps fort de la campagne. À cette occasion, David Lisnard présentera la feuille de route du projet 2026/2032 pour Cannes et les grandes orientations qu’il souhaite porter pour les années à venir.
La réunion sera également un moment d’échange direct avec les habitants.
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À Cannes, le WAICF s’impose comme le rendez-vous annuel mondial de l’intelligence artificielle
Pour sa cinquième édition, le World AI Cannes Festival (WAICF) a confirmé son statut de grand rendez-vous mondial de l’intelligence artificielle, transformant durant deux jours le Palais des Festivals en véritable capitale européenne de l’IA.
Avec plus de 10 000 participants, 200 exposants, 300 intervenants et 40 pays représentés, le WAICF s’affirme comme une agora stratégique où se rencontrent développeurs, industriels, chercheurs et décideurs publics pour accélérer l’adoption, la gouvernance et la maîtrise de l’intelligence artificielle.
Ici, le débat ne porte plus sur la faisabilité de l’IA, mais sur les conditions de son déploiement responsable, sécurisé et durable.
L’IA, une infrastructure stratégique mondiale
Sur les scènes comme dans les allées, un constat s’impose : l’intelligence artificielle est devenue une infrastructure critique, intégrée aux services publics, aux systèmes de santé, aux décisions économiques et aux chaînes industrielles.
Présente pour l’ouverture du salon, la ministre déléguée chargée de l’Intelligence artificielle et du Numérique, Anne Le Hénanff, a souligné la dynamique française :
« L’IA française n’est plus une promesse, c’est une réalité. Elle se déploie dans tous les secteurs, crée de la valeur et ouvre de nouvelles perspectives. »
Un an après le sommet parisien consacré à l’IA, l’écosystème national a clairement accéléré. Les startups françaises ont levé plus de 2,5 milliards d’euros, tandis que les projets de data centers souverains se multiplient, à l’image de DataGreen ou de Policloud à Cannes, afin de renforcer l’autonomie technologique du pays.
Mais au-delà des performances économiques, la France défend une vision singulière : celle d’une IA responsable, durable et tournée vers le bien commun.
Compétition mondiale et ambition européenne
Cet enthousiasme n’efface pas les inquiétudes. Lors de l’inauguration, David Lisnard a rappelé la dimension économique, stratégique et géopolitique d’une technologie appelée à peser des milliers de milliards de dollars dans les prochaines années.
« Si nous ne maîtrisons pas l’IA, nous la subirons. »
Un avertissement clair face à la concurrence des États-Unis et de la Chine, et un appel à renforcer la capacité d’investissement et d’innovation européenne. Pour le maire de Cannes, on ne maîtrise pas une technologie en la sur-régulant, mais en la produisant, en l’industrialisant et en la déployant à grande échelle.
Il a dénoncé le déséquilibre actuel : une Europe championne de la norme, mais absente des géants mondiaux de l’IA, plaidant pour une véritable stratégie industrielle, inspirée notamment d’une DARPA européenne de l’IA et du quantique, capable de relier recherche fondamentale, recherche appliquée et passage à l’industrialisation.
Les territoires au cœur de l’innovation
Autre marqueur fort de cette édition : l’ancrage territorial du WAICF.
« L’innovation ne se passe pas qu’à Paris », a rappelé la ministre, soulignant que plus d’une startup sur deux naît désormais hors Île-de-France.
Le pavillon Terre d’IA a une nouvelle fois mis en lumière l’excellence technologique des Alpes-Maritimes, avec 28 startups locales présentant leurs solutions dans des domaines clés : santé, environnement, cybersécurité, territoires intelligents ou énergie. Une démonstration concrète que la compétitivité française se construit au plus près des territoires, par l’expérimentation et l’agilité locale.
Cannes, laboratoire de la performance publique par l’IA
Dans son discours, David Lisnard a illustré cette dynamique par des exemples concrets. À Cannes, l’IA est déjà mobilisée pour :
• l’analyse automatisée de l’état des voiries, permettant de hiérarchiser objectivement les investissements ;
• l’usage d’IA génératives divisant par dix le temps de traitement de certains documents administratifs ou contrats publics ;
• la réduction des dépenses de fonctionnement et le renforcement de la performance publique.
L’objectif n’est pas de remplacer l’humain, mais au contraire de remettre de l’humain au service de l’humain, en automatisant le back-office pour renforcer la qualité du service rendu aux citoyens.
Un principe résumé par un symbole fort : à Cannes, un être humain répond au téléphone 24h/24, 7j/7, y compris les jours fériés.
Énergie, souveraineté et avenir industriel
Enfin, David Lisnard a insisté sur un enjeu central souvent sous-estimé : l’énergie.
Pas de développement massif de l’IA sans une énergie décarbonée, abondante, pilotable et compétitive. Il a plaidé pour une priorité claire donnée à l’hydroélectrique et au nucléaire, condition indispensable à tout renouveau industriel européen.
Une ambition française et européenne assumée
À Cannes, le WAICF n’est pas seulement un salon. Il est devenu un lieu de confrontation des idées, de foisonnement des initiatives et d’affirmation d’une ambition française et européenne en matière d’intelligence artificielle.
« L’IA ne remplacera pas l’homme, mais l’homme augmenté. »
Dans un monde en recomposition accélérée, Cannes s’affirme plus que jamais comme un carrefour stratégique de l’IA mondiale, au service de l’innovation, de la souveraineté et du progrès humain.
La culture, un enjeu politique de droite
Les politiques culturelles ont trop souvent été l’apanage de la gauche. Les élections municipales doivent être l’occasion pour la droite de briser ce monopole. Une tribune de Jean-Michel Arnaud et David Lisnard parue dans le Journal du Dimanche.
La culture, un enjeu politique de droite
TRIBUNE
Les politiques culturelles ont trop souvent été l’apanage de la gauche.
Les élections municipales doivent être l’occasion pour la droite de briser ce monopole.
Une tribune de Jean-Michel Arnaud et David Lisnard parue dans le Journal du Dimanche.
À l’approche des élections municipales, un paradoxe frappe le débat public français : chacun invoque la menace qui pèse sur la culture, mais personne ne propose de politique pour y faire face. Pire : lorsqu’une initiative émerge, elle est quasi systématiquement confisquée par le même horizon idéologique. Tout se passe comme si la droite avait intériorisé l’idée que la culture n’était pas son terrain naturel, qu’elle relevait d’un autre camp, d’une autre légitimité. Il est temps d’y mettre fin.
La culture n’est ni un luxe, ni une variable d’ajustement budgétaire. Elle est tout sauf un « bien non essentiel ». Elle est ce qui relie les individus entre eux, les générations entre elles, un territoire à son histoire et à son avenir. Elle est un instrument de construction de l’humain, une condition de possibilité du politique. Dans une société fragmentée par l’individualisme, le communautarisme et la polarisation algorithmique, la culture est l’un des derniers espaces où peut encore se forger l’unité nationale.
Le monopole culturel de la gauche
Pourquoi la droite a-t-elle si longtemps déserté ce champ ? L’histoire française apporte une partie de la réponse. Depuis la Révolution et plus encore à partir du XXᵉ siècle, la gauche a bâti un imaginaire puissant associé aux concepts d’émancipation, de démocratisation, de contestation, de résistance, de liberté de création et d’avant-garde. En face, la droite s’est souvent retranchée derrière les notions de gestion (des institutions), de sauvegarde (du patrimoine), de préservation (de l’identité), comme si la création lui était étrangère ou suspecte. Elle a soutenu des institutions sans produire de récit. Elle a administré sans assumer le symbolique. Ce « grand refoulement » a laissé à la gauche un quasi-monopole de la légitimité culturelle en France.
Mais tout monopole finit par produire ses dérives. L’entre-soi culturel s’est renforcé. La démocratisation promise n’a pas eu lieu : les mêmes publics fréquentent les mêmes lieux, pendant que d’autres s’en sentent toujours exclus. La morale a souvent remplacé l’esthétique, le discours s’est substitué à l’œuvre et la culture, au lieu de rassembler, a contribué à diviser.
À l’échelle municipale, la culture n’est pas un slogan, mais une pratique. Elle oblige à concilier exigence artistique et accessibilité, patrimoine et création, institutions et initiatives locales. Elle impose de sortir du parisianisme, de faire confiance aux collectivités locales, aux associations, aux artistes, aux artisans. Elle rappelle surtout une chose essentielle : la culture n’est vivante que lorsqu’elle est partagée.
L’heure du sursaut
Ce que la droite doit aujourd’hui proposer, ce n’est donc pas une guerre culturelle de plus, ni une reprise en main idéologique. C’est une voie alternative. Une politique culturelle à la fois humble et ambitieuse, tournée vers la transmission plutôt que la provocation, vers la construction plutôt que la rupture, vers les communs plutôt que le repli. Une politique qui ne confonde pas tradition et crispation, qui assume l’enracinement, pour en faire non pas un motif de nostalgie ou de repli sur soi, mais une force d’invention. Une politique qui ne fasse pas de la culture un instrument militant, mais un espace de résonance, qui fasse confiance à l’intelligence du public, sans le mépriser ni chercher à lui faire la morale.
Les élections municipales sont le bon moment pour ce sursaut. Parce que la culture se vit d’abord dans les villes et les villages. Parce que c’est là que se joue la cohésion réelle, loin des déclarations de principe. Parce que les maires savent, mieux que quiconque, que sans culture, il n’y a pas de communauté durable.
Jean-Michel Arnaud, élu délégué à la culture à la ville de Cannes et président du Palais des Festivals de Cannes.
Plus de 2 millions de visiteurs : Cannes Parking, levier d’attractivité et de pouvoir d’achat
En 2025, 2,09 millions de visiteurs ont fréquenté les parkings municipaux en ouvrage ou en enclos de Cannes. Un chiffre qui confirme à la fois l’attractivité de la ville et la pertinence d’un choix politique assumé : reprendre en régie municipale une partie stratégique du stationnement pour en faire un outil au service du quotidien, de l’économie locale et du pouvoir d’achat.
Cannes Parking : une régie municipale au service des usagers
Avec Cannes Parking, la Ville a fait le choix d’une gestion publique de proximité, pragmatique et orientée usagers. Les parkings repris en régie sont progressivement rénovés, sécurisés et modernisés, pour être plus accueillants, plus lisibles et plus rassurants, tout en restant moins chers.
Surtout, Cannes Parking applique une politique tarifaire volontairement très attractive, pensée pour inciter à venir en centre-ville, consommer, sortir et profiter de Cannes toute l’année.
Des tarifs qui font la différence
Les mesures mises en place sont sans équivalent à cette échelle :
•3 heures gratuites chaque samedi,
•3 heures gratuites chaque dimanche,
•3 heures gratuites chaque jour férié,
•2 heures gratuites une fois par semaine, pour les usages du quotidien,
•Un forfait soirée plafonné à 3 €, du samedi 19h au dimanche 9h, pour favoriser les sorties, la vie nocturne et l’attractivité du centre-ville.
À cela s’ajoute une réalité souvent méconnue : sur les 19 000 places de stationnement en surface à Cannes, 16 000 sont gratuites toute l’année, et les autres offrent une demi-heure gratuite à proximité immédiate des commerces, complétée par le dispositif du disque bleu à La Bocca.
Une attractivité urbaine qui se traduit dans les usages
Cette politique produit des résultats concrets. La fréquentation record des parkings traduit l’attractivité croissante de Cannes, portée par la qualité des aménagements urbains, la végétalisation, la propreté, la sécurité et la valorisation des identités de quartiers. Cannes est une ville où l’on vient et où l’on revient.
Elle confirme aussi le rôle de centralité de Cannes dans son bassin de vie et bien au-delà. On vient y faire ses achats, déjeuner, dîner, se promener, sortir, assister à des événements ou séjourner. Ces flux sont essentiels pour les commerçants, artisans et indépendants, qui bénéficient directement de cette dynamique.
Mobilités : pas d’idéologie, des solutions
À Cannes, les mobilités ne s’opposent pas, elles se complètent. La Ville développe simultanément :
•les transports publics, avec +30 % de passagers en 12 ans sur le réseau Palm Bus ;
•les pistes cyclables, dont 68 % ont été réalisées depuis 2014 ;
•les capacités de stationnement, y compris pour les deux-roues, avec +65 % d’emplacements motos et vélos depuis 2014.
Faciliter le quotidien, soutenir l’économie locale
La politique de stationnement cannoise illustre une ligne constante : agir sans dogmatisme, privilégier l’efficacité, faciliter la vie quotidienne et soutenir l’activité économique locale, dans tous les quartiers.
Cannes avance. Et là encore, les chiffres parlent.
Budget 2026 : Cannes confirme une ligne de solidité et d’action
Dans un contexte national marqué par l’instabilité financière, l’endettement structurel et l’improvisation budgétaire, la séance du Conseil municipal de Cannes, qui s’est tenue le lundi 16 février, a confirmé une orientation claire et constante. Le budget 2026 adopté à cette occasion s’inscrit dans une logique de responsabilité et d’efficacité, conçue pour protéger les habitants, les contribuables et les usagers tout en préparant l’avenir du territoire.
Cette trajectoire est portée et assumée par David Lisnard, qui défend depuis plusieurs années une orthodoxie financière exigeante. Non pas une rigueur abstraite ou punitive, mais une discipline budgétaire pensée comme une condition de la liberté d’action et de la performance publique.
Une orthodoxie financière au service du concret
Alors que les finances publiques nationales s’enfoncent dans la dette et l’illusion de la dépense sans limite, Cannes confirme une ligne structurée autour de quatre piliers clairs : baisse de la dette, sobriété fiscale, maîtrise des dépenses et maintien d’un haut niveau d’investissement.
Cette cohérence budgétaire relève d’une conviction forte. La solidité financière permet d’anticiper, d’investir dans les quartiers, d’améliorer durablement les services publics et d’éviter de faire peser sur les générations futures le coût des renoncements présents.
Dans cette perspective, la rigueur devient bénéfique. Elle n’est pas un frein à l’action, elle en est le socle. Elle protège la capacité d’initiative locale face aux turbulences nationales.
Faciliter le quotidien : un treizième parking intégré au réseau Cannes Parking
Parmi les décisions structurantes examinées lors de cette séance figurait l’intégration d’un treizième parking au sein du réseau Cannes Parking.
Ce choix prolonge une politique assumée d’accessibilité et de pragmatisme. L’extension des heures de gratuité et l’application de tarifs exceptionnels traduisent une volonté claire : soutenir l’activité économique et simplifier la vie des habitants, sans opposer les modes de déplacement ni céder aux postures idéologiques.
La mobilité est envisagée comme un levier d’attractivité et de dynamisme commercial, au service du tissu local.
Se loger, étudier, travailler : répondre aux besoins réels
Le Conseil municipal a également examiné des projets de création de nouveaux logements destinés aux familles, aux actifs et aux étudiants.
Face à la crise du logement, la réponse apportée s’inscrit dans une logique opérationnelle et ciblée. Il s’agit de renforcer la capacité du territoire à accueillir, à stabiliser les parcours de vie et à soutenir l’activité économique.
Le logement constitue un enjeu d’équilibre social, mais aussi de compétitivité territoriale. En agissant concrètement, la Ville entend préserver son attractivité et sa cohésion.
Méthode et cohérence
Le budget 2026 confirme une méthode fondée sur l’anticipation, la responsabilité et la recherche de résultats tangibles.
Préserver les équilibres financiers.
Investir de manière ciblée.
Faciliter le quotidien.
Cette approche, cohérente avec la vision portée par Nouvelle Énergie, repose sur une idée simple : la solidité n’est pas une posture, elle est une condition d’efficacité.
À Cannes, dans un contexte national incertain, la stabilité financière et la clarté stratégique constituent un choix assumé.
Mariage, OQTF, impuissance de l’État : David Lisnard demande une réforme claire
Face au conflit juridique opposant le maire de Chessy à l’État autour d’un mariage impliquant un ressortissant visé par une OQTF devenue caduque, David Lisnard a écrit au Premier ministre.
Sa demande est simple : clarifier la loi.
Depuis le printemps 2025, le maire de Chessy refuse de célébrer un mariage après avoir signalé la situation au parquet. La justice lui a ordonné de procéder à la célébration, assortissant sa décision d’une astreinte de 500 euros par jour. Dans le même temps, l’État n’a pas exécuté l’OQTF initialement prononcée. Résultat : une confusion juridique et une mise en tension directe d’un élu local.
Pour David Lisnard, cette situation illustre un problème plus profond : l’État prend des décisions qu’il n’assume pas jusqu’au bout et laisse les maires gérer les conséquences concrètes.
Dans sa lettre au Premier ministre, il rappelle que plusieurs initiatives parlementaires ont déjà tenté d’apporter une réponse, sans aboutir. Il appelle désormais à une modification législative rapide pour « apporter une réponse claire et de bon sens à une situation incompréhensible pour de nombreux maires ».
Le sujet n’est pas idéologique. Il est institutionnel.
Un maire n’est ni juge, ni préfet, ni officier d’exécution des décisions migratoires de l’État. Il ne peut pas être placé dans une zone grise juridique, exposé à des sanctions financières, parce que l’État n’a pas exercé pleinement ses propres compétences.
Pour Nouvelle Énergie, l’autorité publique suppose d’abord la cohérence.
Quand l’État décide, il doit exécuter.
Quand la loi est floue, elle doit être clarifiée.
Les maires demandent une chose : de la responsabilité, de la clarté et du respect des fonctions de chacun.
« Quand un manuel scolaire incite les élèves à faire moins d’enfants pour sauver la planète »
Selon le manuel de référence édité par Nathan, la solution la plus efficace pour sauver la planète, est d’avoir «un enfant de moins». Pour le président de Nouvelle Énergie, cet ouvrage dévoile un programme militant visant à formater des choix existentiels sous couvert de science. Une tribune de David Lisnard parue dans Le Figaro.
L’instruction de nos enfants est de plus en plus polluée. Les lycéens qui doivent étudier les « sciences de la vie et de la terre », à partir du manuel publié par Nathan en 2020, y trouvent un graphique recensant les « solutions de réduction des émissions de carbone » , dont « vivre sans voiture », « éviter un vol transatlantique », « recycler » ou « changer d’ampoules ». Pour nos pédagogues idéologues, cela est bienvenu mais très insuffisant car ils placent en tête de liste l’« action » la plus « efficace », et de loin, pour sauver la planète : « avoir un enfant de moins » !
Tel est le message de l’Éducation nationale. L’avenir écologique passerait d’abord par la raréfaction des naissances. Ni science ni vie, en somme, dans ce manuel. L’école de la République, dont la mission est de transmettre des savoirs et former l’esprit critique, se fait ici le relais d’un endoctrinement malthusien où la naissance d’un enfant n’est plus à la fois une évidence naturelle et la première des joies, mais une nuisance à éviter.
Un tel bourrage de crâne est dramatique en milieu scolaire, là où devrait être forgée la raison critique et préparé l’avenir de la nation. La nécessaire neutralité des manuels scolaires cède la place à des petits livres rouge et vert. C’est d’autant plus grave que s’il est une décroissance avérée, c’est bien celle du niveau de l’instruction.
Grave sur le plan scientifique d’abord. Le visuel en question reprend une étude publiée en 2017 dans Environmental Research Letters par Seth Wynes et Kimberly Nicholas. Les auteurs y proposent une modélisation attribuant aux parents une fraction des émissions futures de leurs descendants, en supposant que chaque génération conservera durablement le niveau d’empreinte carbone actuel.
«Pour sauver la planète, ne faisons plus d’enfants et pour éviter la mort, supprimons la vie !»
Sur cette base, ils parviennent à 58,6 tonnes de CO₂- équivalent par an pour « un enfant de moins ». Or, cette étude a été invalidée dans cette même revue pour des biais méthodologiques majeurs : double comptage des émissions entre générations, projection sur plus de cinq siècles à niveau d’émissions constant, exclusion des trajectoires de décarbonation. En recalculant avec des hypothèses réalistes, d’autres chercheurs aboutissent à un impact de 1 à 2 tonnes par an, soit trente à soixante fois moins. Les auteurs eux-mêmes reconnaissent que selon les scénarios de décarbonation retenus, l’impact peut être divisé par 17. Le manuel ne retient pourtant que la valeur maximale d’une hypothèse extrême, et la présente comme un fait scientifique établi.
Cette décision est grave sur le plan éthique. Wynes et Nicholas ne se contentent pas d’un calcul : ils revendiquent un projet éducatif et ciblent les adolescents, qualifiés de « catalyseurs » du changement. Ils regrettent que les programmes scolaires se limitent au recyclage et ne recommandent pas les « vrais gestes à fort impact » dont, bien sûr, la réduction des naissances. Ils ont produit des fiches pédagogiques et des infographies destinées aux cours de lycée. En ce sens, le manuel édité par Nathan applique un programme militant qui vise à formater des choix existentiels sous couvert de science. C’est scandaleux et particulièrement grave. Car c’est le libre arbitre des futurs citoyens qui est ici en jeu.
Mettre sur le même plan un comportement ou un geste technique et la naissance d’un enfant revient à ne plus envisager la vie comme une promesse, mais comme une variable d’ajustement. Un être humain n’est plus une personne, une joie, une responsabilité : c’est un flux de carbone à supprimer. Cette doxa prolonge une écologie décliniste jusqu’au sophisme ultime : pour sauver la planète, ne faisons plus d’enfants et pour éviter la mort, supprimons la vie !
L’idéologie morbide de la décroissance se répand alors que la dénatalité est devenue le fait démographique et problématique majeur de notre époque. Les deux tiers de l’humanité vivent désormais dans des pays où la fécondité est passée sous le seuil de remplacement des générations. De la Corée du Sud à la Chine, de l’Italie à l’Espagne, du Japon à l’Allemagne, les peuples vieillissent et les naissances s’effondrent. La France, longtemps épargnée par cette tendance, a basculé à son tour. En 2025, pour la première fois depuis 1945, le solde naturel est devenu négatif : 651 000 décès pour 645 000 naissances. L’indicateur de fécondité est tombé à 1,56 enfant par femme, son niveau le plus bas depuis 1918.
Faire accroire à nos lycéens qu’une naissance puisse être néfaste à la planète, dans un tel contexte, c’est accompagner un effondrement démographique qui met en péril l’avenir même de la nation. Aucune nation ne peut sacrifier sa démographie – donc son existence – sur l’autel d’un calcul (en l’occurrence faux) utilitariste de CO₂. Ce sont précisément les générations futures qui produiront les solutions aux défis climatiques. Encore faut-il qu’elles viennent au monde.
On le voit, ce débat oppose deux visions irréconciliables de l’écologie : une écologie fondée sur l’innovation et la confiance dans l’intelligence humaine, et une écologie de la culpabilisation, qui voit dans chaque naissance une faute. Ce débat oppose surtout deux approches antagonistes de la vie humaine : une qui la voit comme une grâce, avec sa finitude et ses aspérités parfois douloureuses, l’autre qui la voit comme une pollution à éradiquer. L’écologie mérite mieux, par la science, l’investissement massif dans l’innovation et le droit international pour combattre ce qui pollue, transformer nos systèmes énergétiques, protéger la biodiversité, c’est-à-dire la vie (y compris humaine).
Enseignons à nos enfants non pas la honte d’exister, mais la joie de vivre. Non pas le renoncement, mais l’ambition. Non pas l’angoisse existentielle d’être, mais la confiance et la fierté de faire. Non pas la peur de l’avenir, mais la volonté d’inventer le leur.
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L’intelligence artificielle menace ceux qui ne pensent plus
« Utilisée comme béquille cognitive, l’IA atrophie l’esprit critique, la capacité de raisonnement autonome, l’effort intellectuel qui est le socle même de l’apprentissage », écrit David Lisnard dans sa chronique pour l’Opinion. « Le paradoxe est cruel : au moment où l’IA exige plus d’intelligence humaine, notre système éducatif en produit moins »
Le World AI Cannes Festival ouvre cette semaine sa cinquième édition au Palais des Festivals. 10 000 professionnels. 320 speakers internationaux. 220 exposants. Et une nouveauté qui dit beaucoup : le premier Sommet IA des Elus qui réunira plus de 150 maires, présidents de département et décideurs publics engagés dans la transformation numérique de leurs collectivités. L’IA est une réalité industrielle qui s’accélère. Savoir la produire, la maîtriser et l’utiliser est désormais une condition de notre souveraineté. Malheureusement, malgré des effets d’annonce grandiloquents, la France est en train de la regarder passer.
Un an après le Sommet de Paris de février 2025, où en sommes-nous ? Les 109 milliards d’euros annoncés par le président de la République étaient pour l’essentiel des promesses d’investissements privés étrangers sur cinq à dix ans. Les investisseurs français ne représentent qu’environ 6 % de l’enveloppe totale.
Mais construire des data centers en France financés par des capitaux étrangers pour faire tourner des modèles d’IA américains sur des puces Nvidia, grâce à de l’énergie nucléaire bon marché et quelques facilités d’acquisition du foncier, ce n’est pas de la souveraineté numérique. C’est de l’hébergement. Pas de la maîtrise industrielle.
Trois entreprises américaines – Amazon, Microsoft, Google – captent à elles seules plus des deux tiers du marché français du cloud, infrastructure indispensable à l’IA. Quand nos entreprises investissent dans l’intelligence artificielle, l’essentiel de la dépense remonte vers la côte ouest des Etats-Unis. Et les grands modèles d’IA générative sont quasiment tous américains ou chinois à l’exception notable du français Mistral. Comment s’en étonner ? Entre 2019 et 2024, l’Union européenne a adopté 13 000 actes législatifs contre 3 500 pour les Etats-Unis. Résultat : 23 % des start-up européennes de l’IA envisagent de transférer leur siège aux Etats-Unis.
Avec 46 % des start-up européennes de l’IA qui réalisent déjà leur principal chiffre d’affaires outre-Atlantique, cette dépendance est profonde. Mais elle n’est pas une fatalité.
En 2011, Marc Andreessen publiait dans le Wall Street Journal un essai devenu prophétique : « Software is eating the world. » Il avait raison. Pendant quinze ans, le logiciel a dévoré le monde, et nous avons accepté d’être dévorés. Les plateformes américaines ont capté la valeur, les données, les talents. Nous sommes devenus une colonie numérique. Mais le paradigme est en train de basculer. L’IA sait désormais écrire du code et elle le fait de mieux en mieux. La rareté n’est plus dans la capacité technique de coder. Elle est dans la vision, la culture, le discernement. Autrement dit, dans l’intelligence humaine. C’est une fenêtre de tir historique. A condition d’avoir les cerveaux pour s’y engouffrer.
IA et déclassement scolaire
Or, le déclassement scolaire français est documenté et massif depuis le début du siècle.
L’IA générative arrive dans ce contexte de fragilité intellectuelle. Utilisée comme béquille cognitive, elle atrophie l’esprit critique, la capacité de raisonnement autonome, l’effort intellectuel qui est le socle même de l’apprentissage.
Ce qui fait la supériorité de l’homme sur la machine n’est évidemment pas la vitesse de calcul. C’est le jugement. C’est la capacité de douter, de questionner, de refuser une réponse toute faite.
Grâce à la logique d’Aristote, qui nous a appris à structurer un raisonnement et à identifier un sophisme. Grâce au doute méthodique de Descartes, qui enseigne à ne rien tenir pour acquis. Grâce à Montaigne, qui fait de l’incertitude le point de départ de la pensée. Grâce à Pascal, qui distinguait l’esprit de géométrie – le calcul – et l’esprit de finesse – le jugement – et savait qu’on a besoin des deux. Grâce aux Lumières, qui ont érigé la raison critique contre l’argument d’autorité.
Les humanités ne sont pas un luxe de l’ancien monde. Elles sont l’armature intellectuelle du nouveau.
Le paradoxe est cruel : au moment où l’IA exige plus d’intelligence humaine, notre système éducatif en produit moins.
Médecine, environnement, service public : c’est l’IA qu’on ne voit pas qui change la donne
D’autant plus que l’IA la plus transformatrice est celle qu’on ne voit pas et qui change la donne : prédictive, embarquée, couplée à des capteurs, à la robotique, aux biotechnologies.
En médecine, des modèles de diagnostic précoce des cancers dépassent 90 % de précision. AlphaFold, qui a valu le Nobel de chimie 2024, prédit la structure des protéines et en conçoit de nouvelles, accélérant la découverte de molécules thérapeutiques. Dans l’industrie, la maintenance prédictive, la robotique collaborative, l’optimisation logistique transforment déjà les chaînes de production. En environnement, l’IA affine la modélisation climatique, optimise la consommation énergétique, détecte les pollutions.
Jusque dans le service public, la démonstration est parlante. Car l’IA n’est pas seulement une promesse pour la recherche de pointe ou les géants de la tech. C’est un levier immédiat de simplification et de performance de l’action publique.
A Cannes, nous avons développé un jumeau numérique en 4D pour suivre les 15 000 arbres du patrimoine arboré de la ville, contre 200 suivis physiquement auparavant. Des caméras embarquées sur les véhicules de voirie analysent l’état des chaussées en temps réel et programment les réparations. Sur le réseau de bus, des capteurs prédictifs détectent les défaillances mécaniques invisibles à l’œil nu. Dans la collecte des déchets, une IA identifie automatiquement les produits dangereux et a réduit de 220 tonnes les refus de tri. Et l’IA générative, loin du gadget, a divisé par dix le temps de production des rapports de délégation de service public.
Au final, un service public plus rapide, moins cher pour le contribuable, plus qualitatif pour l’usager et un travail plus intéressant pour l’agent.
Cinq critères pour une IA au service de l’intérêt général
L’IA au service de l’intérêt général suppose cinq choix clairs :
Relever massivement le niveau éducatif. Pour résister aux réponses instantanées, aux certitudes algorithmiques, il faudra des esprits formés au doute méthodique, à l’argumentation, à la distinction entre le vrai et le vraisemblable.
Former à tous les niveaux. BTS, CFA, formation continue, reconversions professionnelles : l’IA ne doit pas être réservée aux bac+5.
Faire confiance au local. De l’écosystème Sophia Antipolis–Côte d’Azur, au WAICF à Cannes, l’innovation se construit par le bas, par les collectivités, les entreprises locales.
Produire et non pas seulement réguler. Il est temps de créer une véritable DARPA européenne, et de la financer sur fonds européens, pas uniquement sur des capitaux étrangers.
Libérer l’innovation. Simplifier drastiquement la réglementation, accélérer les procédures, cesser de surtransposer les directives européennes, mettre en place des bacs à sable réglementaires pour tester sans risque juridique.
L’IA peut libérer ou asservir, éclairer ou abrutir. Le danger n’est pas qu’elle devienne plus intelligente que nous, mais que nous devenions plus bêtes avec elle. Le choix dépend donc de notre capacité à former, produire, innover, et à penser. Le WAICF à Cannes existe pour cela : rappeler que c’est l’homme, instruit et libre, qui doit en rester le maître. Ainsi va la France.
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