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Nouvelle Énergie pour la FranceJ’adhèreDonnez

«Stop à l’incompétence et à la prétention d’une technocratie dépassée»

Dans son nouveau livre à paraître coécrit avec Romain Marsily, le candidat à la présidentielle alerte sur la révolution technologique, industrielle et anthropologique engendrée par l’intelligence artificielle et la robotique et donne ses pistes pour que la France soit au rendez-vous de l’Histoire. Un entretien de David Lisnard accordé au Figaro Magazine.

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LE FIGARO MAGAZINE.- Une véritable culture de l’émeute  semble s’installer en France. Le retour à l’ordre sera-t-il le principal enjeu de l’élection présidentielle ? Quel message comptez-vous porter et comment enrayer concrètement cette spirale du chaos ?

DAVID LISNARD.- Le rétablissement de l’ordre sera un enjeu majeur, parce qu’il conditionne nos libertés, notre prospérité et bien sûr la concorde nationale. Les Français doivent pouvoir travailler, ouvrir leur commerce, circuler, manifester pacifiquement sans subir la loi de groupes de plus en plus violents. Cette culture de l’émeute prospère sur la conviction que la violence permet d’obtenir ce que le débat démocratique et l’effort ne permettent pas. Les premiers responsables sont ceux qui cassent, pillent et incendient. Ceux qui les excusent ou leur fournissent une justification politique contribuent à cette désinhibition. Mais l’exécutif doit aussi répondre de ses profondes défaillances et de son inconséquence.

Il faut d’abord reprendre l’initiative sur le terrain. J’assume vouloir une doctrine d’intervention immédiate et ciblée : protéger les sites menacés, isoler les groupes violents et interpeller les auteurs dès les premières infractions. Cela exige une meilleure anticipation, des unités entraînées et disponibles pour intervenir simultanément en plusieurs lieux, des équipements et des relèves. Il faut pouvoir se servir de l’IA et des drones. Le renseignement doit recevoir des objectifs précis et les moyens correspondants.

Ensuite, l’impunité doit cesser. Dès la première infraction, y compris pour les mineurs, une sanction doit intervenir rapidement et être exécutée. Les peines de prison doivent être effectives pour protéger la société. Je propose de rétablir les peines plancher, d’abaisser la majorité pénale à 16 ans et de développer les établissements disciplinaires fermés pour mineurs. Il faut plus de moyens financiers pour l’État régalien et moins de dépenses inefficaces qui nourrissent l’État bureaucratique. Les casseurs devront enfin payer les destructions, et les parents répondre financièrement des actes de leurs enfants mineurs. Je proposerai qu’en cas d’insolvabilité, un prélèvement sur les aides sociales contribue au remboursement. Ce n’est pas l’État qui paie, ce sont les contribuables. Ceux qui respectent la loi n’ont pas à régler indéfiniment la facture de ceux qui la violent.

Vous êtes le patron des maires de France. Ces derniers sont en première ligne, qu’avez-vous envie de leur dire et que peuvent-ils faire à leur échelle ?

Les maires n’ont pas de patron. Ce sont des élus responsables devant leurs habitants. Je suis leur mandataire. Ils ne doivent pas être abandonnés face à cette violence. Notre solidarité concerne tous les maires agressés, toutes les équipes municipales sans considération d’étiquette politique, tous les agents, tous les habitants et les commerçants touchés. Les maires disposent de leviers concrets mais limités : la police municipale dans 14 % des communes de France, la vidéoprotection, la protection des équipements, la prévention et la connaissance quotidienne du terrain. Il faut organiser la circulation des alertes avec le préfet, les forces de sécurité et le procureur, et faire travailler ensemble les acteurs éducatifs, sociaux et associatifs. Le maire peut mobiliser ces acteurs mais il ne commande ni les forces mobiles de l’État ni la justice.

Ne nous trompons donc pas de responsabilités. On ne peut demander aux maires de compenser les défaillances de l’État, auquel revient la mission fondamentale de garantir l’ordre public. C’est à l’État d’assumer cette mission pour laquelle il a été inventé. La sécurité des Français ne doit pas dépendre des moyens de telle ou telle commune. Les maires ne peuvent pas compenser à eux seuls la défaillance du régalien.

« Le pays réel est plus intelligent, plus courageux et plus fécond que ceux qui sont aujourd’hui censés le gouverner » , écrivez-vous dès les premières lignes de votre livre. Sommes-nous face à un système à bout de souffle ? Le sursaut viendra-t-il du peuple français ?

Les événements du 17 octobre ne font que le confirmer. Qu’il s’agisse d’entrepreneurs, de commerçants et de salariés qui veulent s’en sortir, de fonctionnaires investis, d’associations et d’élus de terrain engagés pour le bien commun, la France possède une énergie considérable. Le pays réel est beau et solide, plein de vaillance. Il est entravé par un système devenu hors-sol qui multiplie les normes, les taxes et les procédures, qui finit par décourager ceux qui veulent agir. L’État passe son temps à nous contrôler quand il devrait nous protéger et à nous infantiliser quand il devrait nous foutre la paix.

Il faut en finir avec l’incompétence et la prétention d’une caste technocratique, dépassée, qui a échoué sur les sujets essentiels et qui a affaibli l’État, le rendant impuissant dans ses missions fondamentales. Face aux défis majeurs que crée l’intelligence artificielle, nous allons avoir plus que jamais besoin d’un État fort sur ses piliers régaliens et capable d’investir dans les infrastructures. Nous allons sauver l’État par un projet libérateur et décentralisateur.

« Les Robots, le pape, l’IA et nous » , nourri par votre lecture de l’encyclique, paraît quelques jours après la venue du pape en France. Que retenez-vous de la visite de Léon XIV dans notre pays ?

Cette visite papale paraît déjà lointaine. Les Champs-Élysées et les rues de Paris accueillaient des foules immenses, enthousiastes et paisibles. Depuis, certains de ces mêmes lieux ont été le théâtre de violences abjectes. Le contraste est saisissant.

Les leçons de Léon XIV n’en demeurent pas moins fondamentales. Je retiens son message pour la dignité humaine et pour la paix, qui n’a rien de naïf. Je retiens aussi qu’à Lourdes, il a demandé pour la France « des dirigeants sages et généreux, prêts au sacrifice d’eux-mêmes », ce qui démontre une bonne lecture de la situation de notre pays. Je retiens enfin son discours profond prononcé à l’Unesco sur l’intelligence artificielle, dans la parfaite continuité de son encyclique Magnifica Humanitas. Cette dernière représente l’une des réflexions les plus remarquables, à la fois hautes et nuancées, sur les défis de l’IA.

Son message n’a rien d’hostile à la technologie et au progrès, mais il est exigeant, parce qu’il nous rappelle que la puissance technique ne suffit justement pas à définir le progrès. Nous pouvons créer des machines toujours plus performantes, mais nous devons nous interroger sur ce qui fait la dignité, la liberté et la singularité de l’être humain.

Votre nouveau livre s’ouvre sur votre rencontre avec Jean-Louis Constanza, cofondateur de Wandercraft, entreprise française de robotique, spécialisée dans les exosquelettes médicaux ainsi que les robots humanoïdes. Qu’est-ce qui vous a marqué dans cette rencontre ?

Son humanité, justement, quand il regardait son fils handicapé pouvoir quitter son fauteuil roulant grâce à l’exosquelette qu’il a fabriqué. Et comme lors de nombreuses rencontres avec des entrepreneurs, j’ai été frappé par l’inventivité, la précision et la passion de ceux qui portent l’innovation dans notre pays. La discussion fut riche, elle advenait quelques jours après la publication de l’encyclique de Léon XIV. Nous l’avions lue. Cela a naturellement nourri un dialogue qui nous mena à parler de souveraineté, de géopolitique, de science-fiction. Cet échange fut à l’origine de l’idée de ce livre. Je garde donc en tête l’image émouvante d’un fils, touché par une maladie neuromusculaire, qui, grâce à l’invention de l’entreprise de son père, pouvait se déplacer, sous les yeux de ce dernier. Il s’agissait là de ce que la technologie permet de meilleur et surtout d’un symbole : non pas la machine qui remplace l’homme, mais celle qui le relève.

L’intelligence artificielle est au cœur de votre livre. Est-ce que ce sera un thème majeur de votre campagne ? N’est-ce pas un enjeu encore trop éloigné de la réalité quotidienne des Français ?

L’IA est pleinement entrée dans la réalité des Français, qui l’adoptent à une vitesse fulgurante. Elle transforme déjà le travail, l’éducation, les services quotidiens, la santé, l’information et le fonctionnement des entreprises. À Cannes, l’IA est un outil incontournable, mis au service des agents municipaux, pour améliorer la vie des habitants. Elle permet, par exemple, d’analyser en temps réel l’état de la voirie, l’état sanitaire des arbres, la gestion des déchets, et donc de les améliorer.

Il s’agit bien d’un sujet qui irrigue tous les autres. L’IA n’est pas qu’un progrès technologique, elle apporte une révolution anthropologique qui va redistribuer toutes les cartes, dans tous les domaines. Elle entraîne une considérable accélération de l’histoire. Si l’État ne se prépare pas dès à présent à affronter ces nouveaux défis, s’il n’est pas repensé, s’il ne coupe pas ses dépenses inutiles pour mieux investir dans la sécurité, la justice et la défense, alors c’est la continuité historique même de la France qui sera remise en cause. Mais cette révolution peut aussi nous ouvrir une période de prospérité exceptionnelle, agir pour l’environnement, améliorer notre santé, notre qualité de vie et notre puissance industrielle. Nous devons en créer les conditions.

L’affaire Thélyson Orélien, qui aurait écrit son livre en ayant recours à l’intelligence artificielle, est venue bouleverser le monde littéraire. Vous qui êtes attaché à la culture, quel regard portez-vous sur cette affaire ? L’IA porte-t-elle en elle la destruction de la littérature, du cinéma, de l’art ?

Je me garderais bien de juger le cas particulier de cet écrivain, dont l’œuvre a par ailleurs ému de nombreux lecteurs. Il convient de distinguer plusieurs questions : le plagiat, l’utilisation de l’IA dans le processus d’écriture, et le fait de présenter comme personnelle une œuvre dont on n’aurait nullement assuré la création. L’IA devient un formidable outil pour enrichir les écrits. Elle offre un puissant moyen d’effectuer des recherches en profondeur, croiser des données, vérifier des informations, confronter des hypothèses, améliorer des formulations. Bien employée, elle peut élever l’exigence de l’auteur et, par conséquent, la qualité de ce qu’il offre à ses lecteurs. Le plus grand danger demeure la paresse de la pensée, qui consiste à déléguer à la machine l’effort de construire sa propre réflexion et de douter.
Chaque révolution technique a bouleversé les pratiques artistiques et suscité des inquiétudes. La photographie devait menacer la peinture, le cinéma devait détruire le théâtre… L’art a survécu, et il survivra. Le risque immédiat, c’est surtout la désinformation et le déluge de contenus médiocres et stéréotypés, avec des créateurs talentueux noyés dans cette masse.

Pour ces raisons, à l’âge de l’IA, nous aurons encore davantage besoin de culture, d’esprit critique, de capacité à décoder le monde. D’où l’importance des mathématiques et des humanités, mais aussi, comme je l’ai mis en place à Cannes, de l’enseignement, dès le plus jeune âge, de la philosophie et de l’éducation artistique et culturelle. Nous devons aussi prendre très au sérieux les problématiques de la juste rémunération des auteurs et des médias, de la protection de leurs œuvres, et du respect du droit d’auteur. Le droit de propriété fait partie des droits naturels et imprescriptibles de l’homme.

Au-delà des enjeux éthiques et philosophiques que soulève l’IA, il s’agit d’une compétition industrielle et technologique très concrète entre les nations. L’Union européenne évoque les questions de régulation, mais le Vieux Continent semble accuser un retard considérable sur la Chine et les États-Unis, notamment en matière d’investissement. Pouvons-nous rattraper notre retard ? Sommes-nous condamnés à devenir des colonies numériques de ces deux empires ?

Rien n’est écrit. Nous avons perdu du terrain dans deux batailles, celle du capital, dominée par les Américains, et celle des volumes industriels, dominée par la Chine. Mais une troisième s’ouvre, celle de l’aiguillage. Demain, des routeurs orienteront nos demandes vers les différents modèles d’IA selon leur performance, leur coût ou la confidentialité des données. Leur maîtrise représentera un pouvoir considérable. Nous avons des atouts réels, avec nos ingénieurs, nos entrepreneurs et notre électricité nucléaire abondante, décarbonée et potentiellement bon marché. Encore faut-il libérer les capitaux, notamment grâce à la retraite par capitalisation, simplifier et mobiliser la commande publique pour faire émerger nos champions technologiques, soutenir la recherche scientifique.
La robotique constitue un autre champ de conquête. Des millions de robots équiperont demain nos usines, nos hôpitaux et nos foyers. Les fabriquerons-nous ou les importerons-nous ? En associant l’IA à la robotique, nous pouvons aussi produire à nouveau en France ce que nous avions renoncé à y fabriquer. Voilà un levier majeur de réindustrialisation.

Vous connaissez aujourd’hui une certaine dynamique dans les sondages. Comment analysez-vous cette percée ? En quoi proposez-vous une offre politique différente des autres candidats de droite ou du centre ?

Ils proposent de prolonger ou de rafistoler le système, je veux le changer.
Le terrain et la radicalité raisonnable peuvent enfin gagner. Pour redresser notre pays, il faut un changement total par rapport à ceux qui l’ont dirigé et conduit à l’échec. Nous allons libérer les Français qui veulent s’en sortir. J’ose croire que la constance et le travail finissent par trouver un écho, et que les événements rendent plus que jamais nécessaire la politique de bon sens que nous proposons. Je vois surtout une forte attente, celle d’en finir avec ceux qui ont échoué, de rendre aux Français le fruit de leur travail, de restaurer l’autorité de l’État sur ses missions régaliennes, de refonder des services publics plus performants, de renouer avec la transmission de notre culture, de faire de la France une puissance qui produit, qui invente et qui rayonne.