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David Lisnard sur LCI : « On ne rafistole pas le Titanic, c’est le système qu’il faut revoir »

Invité de LCI vendredi 18 septembre, David Lisnard est revenu sur la crise des pêcheurs, quelques semaines après son déplacement dans l’Hérault et sa visite de la criée de Sète. Prix des carburants, pouvoir d’achat, agriculture, logement, énergie, dépense publique et fiscalité : il a appelé à sortir des réponses d’urgence financées à crédit pour engager une transformation profonde du modèle français, fondée sur la production, le travail, l’investissement et la compétitivité.

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David Lisnard à la crimée de Sète

À Sète, les pêcheurs alertaient déjà sur une crise structurelle

La mobilisation des pêcheurs de Méditerranée et la hausse du prix du gazole ont ouvert l’entretien. David Lisnard a rappelé que le carburant pouvait représenter « jusqu’à 40 % des charges des pêcheurs professionnels », mais que la crise actuelle était surtout le révélateur d’un problème beaucoup plus profond.

« C’est une somme de décisions qui, depuis vingt ans, fait que nos pêcheurs sont considérés comme une sorte d’anomalie sur la mer. »

Un constat qu’il avait pu faire directement sur le terrain lors de son déplacement dans l’Hérault les 5 et 6 août derniers. À la criée de Sète, David Lisnard était allé à la rencontre des professionnels de la pêche, avant même le déclenchement de la crise actuelle.

Depuis vingt ans, rappelle-t-il, un tiers des bateaux de pêche a disparu. Dans le même temps, la France, qui dispose de la deuxième zone maritime mondiale, importe désormais 80 % des produits alimentaires de la mer.

« Nous sommes en train de détruire des savoir-faire, des métiers, une économie, des revenus pour des familles humbles qui bossent, et en plus un élément magnifique de notre savoir-faire et de notre identité. »

David Lisnard souligne également les différences de situation avec les autres pays méditerranéens. Les filières italienne et espagnole ont davantage résisté tandis que les pêcheurs français doivent faire face à l’accumulation des normes, aux restrictions de zones de pêche et aux évolutions imposées sur les filets.

Permettre aux pêcheurs de vivre de leur travail

Les aides d’urgence accordées aux pêcheurs face à la hausse du carburant vont « dans le bon sens », reconnaît David Lisnard. Mais elles ne peuvent constituer une réponse durable à une crise structurelle.

« Tant qu’on n’aura pas compris que les pêcheurs, les agriculteurs sont des chefs d’entreprise, et qu’ils ne sont pas là pour dépendre des aides de l’État, d’un État parallèlement lui-même en faillite », le problème restera entier.

L’objectif doit être de rétablir les conditions de la rentabilité de la pêche française, notamment méditerranéenne, plutôt que de multiplier les compensations publiques tout en continuant à imposer de nouvelles contraintes.

David Lisnard appelle notamment à lutter contre les distorsions de concurrence entre pays méditerranéens.

« On ne doit pas avoir des différences de règles et d’applications entre l’Espagne, l’Italie et la France. »

Il défend ainsi une véritable politique de la mer et de la pêche, qui protège la ressource tout en permettant aux professionnels français de rester compétitifs et de vivre de leur activité.

« L’État n’a plus un rond »

À partir de la crise des pêcheurs, David Lisnard a élargi son propos à la situation générale du pays. La France répond depuis des années à chaque difficulté par de nouvelles aides alors même que ses finances publiques ne lui permettent plus de multiplier les dépenses.

« L’État n’a plus un rond. »

Le problème, selon lui, est celui d’un pays enfermé dans une contradiction : une dépense publique et des prélèvements obligatoires parmi les plus élevés, une dette considérable, mais toujours davantage de difficultés à financer correctement les services publics et à protéger le pouvoir d’achat.

À chaque nouvelle crise, l’État intervient dans l’urgence et « rafistole », sans traiter les causes structurelles.

« On a le record du monde de la dépense publique, on dépense plus d’argent qu’ailleurs, on a le record du monde des prélèvements obligatoires, on a plus d’impôts et de charges. Et donc on est très fragile à chaque crise. »

« On ne rafistole pas le Titanic »

Pour David Lisnard, cette politique du traitement permanent de l’urgence est arrivée à son terme.

« L’État rafistole, mais on ne rafistole pas le Titanic. »

La France doit désormais revoir en profondeur un système fiscal et social qui ne correspond plus aux réalités économiques et démographiques actuelles.

« C’est le système qu’il faut revoir. »

L’instabilité politique a encore aggravé cette incapacité à réformer. David Lisnard estime que deux années précieuses ont été perdues dans les postures et les blocages politiques, pendant lesquelles le pays a continué de s’appauvrir.

Et les premières victimes de cet appauvrissement sont les Français les plus modestes, directement confrontés à l’augmentation du coût des dépenses essentielles.

Logement, alimentation, énergie : les Français paient les conséquences

David Lisnard a cité trois domaines dans lesquels cet appauvrissement se manifeste directement : le logement, l’alimentation et l’énergie.

Sur le logement, il dénonce les conséquences de l’accumulation des réglementations et des contraintes qui ont réduit l’offre.

« On a flingué l’offre de logement, à vouloir réguler le logement. Il n’y a plus de logement neuf. »

À cela s’ajoutent les contraintes appliquées au parc existant, qui réduisent encore le nombre de biens disponibles à la location.

Sur l’alimentation, David Lisnard alerte déjà sur les difficultés qui pourraient frapper prochainement l’agriculture française, notamment en raison de la hausse du prix des engrais.

« Je vous annonce […] une grave crise pour l’agriculture, non pas maritime mais terrestre, avec notamment le prix des engrais qui va exploser, et donc notre nourriture va encore augmenter. »

Enfin, sur l’énergie, il rappelle les conséquences des choix effectués pendant des années au détriment de la filière nucléaire française.

La France disposait d’un avantage majeur avec une énergie abondante, décarbonée et compétitive. Son affaiblissement a contribué à renchérir le coût de l’énergie pour les ménages comme pour les entreprises.

Baisser les impôts sans faire payer les générations suivantes

Interrogé sur une éventuelle baisse des taxes sur les carburants, David Lisnard a défendu la nécessité de réduire la fiscalité.

« Payer 60 % de taxes sur un litre de carburant, c’est scandaleux. »

Mais il refuse qu’une baisse des prélèvements soit financée simplement par davantage de dette.

« Baisser la fiscalité, c’est nécessaire, mais tous ceux qui vous disent tout de suite “baisser la TVA sur le carburant” vous mentent, parce qu’ils font payer, dans ce cas-là, de la dette dans l’immédiat. Donc ils font payer leur plein par leurs enfants ou leurs petits-enfants. »

La baisse durable des impôts doit donc être accompagnée d’une réduction de la dépense publique et d’une relance de la création de richesse.

« Si on veut retrouver des comptes publics sains, des services publics et du pouvoir d’achat, il faut produire plus. »

« Sortir le chéquier de ses petits-enfants, c’est facile »

Interrogé sur la réponse qu’il apporterait lui-même à la hausse des carburants, David Lisnard refuse la logique consistant à distribuer de nouvelles aides financées à crédit.

« Sortir le chéquier de ses petits-enfants, c’est facile. Vous faites applaudir, vous distribuez, c’est ce qui a flingué la France depuis trente ans. »

Il oppose à cette logique l’action conduite à Cannes, où la réduction de la dette a permis de dégager des marges de manœuvre et de baisser la fiscalité.

« Il ne s’agit pas de sortir le chèque sans provision, il s’agit de rabonder le compte sur lequel on peut faire des chèques, peut-être dans des moments difficiles. »

Cette méthode doit selon lui être appliquée à l’échelle nationale : assainir les finances publiques pour permettre à l’État de retrouver les moyens d’agir lorsque son intervention est réellement nécessaire.

« Trop de dépenses, trop de bureaucratie détruisent l’action publique »

David Lisnard pointe enfin le paradoxe d’un pays qui consacre des sommes considérables à son modèle social tout en voyant progresser certaines formes de précarité.

« On n’a jamais autant dépensé d’argent sur le plan social, 950 milliards. On n’a jamais autant eu de gens qui dorment dans la rue. Il faut peut-être se poser la question. »

Pour lui, l’augmentation permanente des dépenses ne garantit pas l’efficacité de l’action publique. Elle peut au contraire alimenter des structures bureaucratiques qui absorbent les moyens sans améliorer les services rendus aux Français.

« Trop de dépenses, trop de bureaucratie détruisent l’action publique. »

La même logique se retrouve dans la pêche : le nombre de bateaux diminue, la flotte vieillit, la rentabilité s’effondre et les professionnels devront demain investir pour renouveler leurs outils de travail. Sans changement de modèle, la réponse sera une nouvelle fois de demander des subventions publiques.

« Tout ça, c’est fini. Il faut en sortir. »

Retrouver les ressorts de la prospérité

Pour David Lisnard, il n’existe pourtant aucune fatalité au déclin économique français. Mais le redressement suppose de rompre avec trente années de réponses ponctuelles et de retrouver une politique fondée sur la création de richesse.

Réduction de la dépense publique, réforme de la fiscalité et du système social, simplification, compétitivité, travail et investissement doivent permettre de restaurer les capacités productives du pays.

La France doit cesser de compenser par la dépense publique les conséquences de ses propres blocages et permettre de nouveau aux pêcheurs, agriculteurs, entrepreneurs et salariés de créer davantage de richesse et de vivre de leur travail.

« On peut retrouver les ressorts de la prospérité, mais cela passe par la compétitivité, par plus de travail, plus d’investissement, et pas des systèmes de rafistolage qui font que ça se fait au détriment du travail et de l’investissement. »