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David Lisnard rend hommage au Général de Gaulle pour le 52ème anniversaire de sa mort

Discours du maire de Cannes.

« Mesdames et Messieurs,

Chers amis,

« Il y a vingt-cinq ans, lorsque la France roulait à l’abîme, j’ai cru devoir assumer la charge de la conduire jusqu’à ce qu’elle fut libérée, victorieuse et maîtresse d’elle-même. Il y a sept ans, j’ai cru devoir revenir à sa tête pour la préserver de la guerre civile, lui éviter la faillite monétaire et financière et bâtir avec elle des institutions répondant à ce qu’exigent l’époque et le monde modernes. Depuis lors, j’ai cru devoir exercer les pouvoirs de Chef de l’Etat afin qu’elle puisse accomplir, au profit de tous ses enfants, une étape sans précédent de son développement intérieur, recouvrer la paix complète et acquérir dans l’univers une situation politique et morale digne d’elle. Aujourd’hui, je crois devoir me tenir prêt à poursuivre ma tâche, mesurant en connaissance de cause de quel effort il s’agit, mais convaincu qu’actuellement c’est le mieux pour servir la France ».

C’est en ces termes, mes chers amis, que le Général de Gaulle, dans une allocution télévisée du 4 novembre 1965, s’exprimait.

Son premier septennat était sur le point de s’achever.

Conformément à la loi constitutionnelle adoptée par le peuple français le 28 octobre 1962, le suffrage universel allait être appelé, le 5 décembre 1965, à élire pour sept ans un Président de la République.

En ce jour du 52e anniversaire de la mort du Général de Gaulle, que, comme chaque année, nous tenons à commémorer à Cannes, ces quelques lignes résonnent avec force.

Car l’expression est simple, le style épuré, et le constat toujours implacable.

La réalité, incontestable.

La volonté politique inarrêtable. 

De Gaulle, c’est l’homme de la constance et des circonstances.

La constance dans la conviction et dans les actes, au service d’une certaine idée de la France.

Et les circonstances de la grande Histoire.

Peu de mots lui suffisent pour retracer vingt-cinq ans d’histoire, vingt-cinq années dont il fut une, sinon la pièce maîtresse. 

1940, d’abord, où, exhortant à la Résistance, il dresse et analyse si brillamment les conditions de la défaite.

Par son appel visionnaire et lucide, le Chef des Français Libres sauve l’honneur de la France et expose les raisons d’une future victoire possible.

Le propos est rationnel autant qu’il est transcendant, tant il procure la lueur d’espoir alors attendue par de nombreux Français.

La « flamme de la Résistance » d’une France éternelle ne devait jamais s’éteindre.

Le général de Gaulle y veilla, ainsi que ses Compagnons, avec courage, avec ténacité.

1944 et 1945 aussi, où le Général de Gaulle rétablit la République et l’honneur de la France.

1958, ensuite, où, dans le tumulte de la guerre d’Algérie et l’instabilité de la IVe République, le Général de Gaulle se dit « prêt à assumer les pouvoirs de la République », soucieux de sa souveraineté, avec un « gouvernement républicain capable d’assurer l’unité et l’indépendance du pays ».

Dernier Président du Conseil d’une République à bout de souffle, il fait approuver la Ve République par référendum à l’automne 1958, avec une Constitution taillée à sa mesure, et des institutions feront la preuve de leur solidité et de leur adaptabilité au fil des décennies.

Le contexte, notamment économique, est alors critique.

La raréfaction de la main d’œuvre disponible stimule les revendications salariales.

L’Etat, grand client des entreprises, économise ses commandes et n’est même plus capable de subvenir aux besoins de l’armée en hélicoptères, engendrant de multiples commandes à l’étranger.

La hausse des cours du pétrole à la suite de la crise de Suez de 1956 achève de déséquilibrer les comptes extérieurs.

La gauche, revenue au pouvoir la même année, relance la politique sociale, participant ainsi à creuser le déficit budgétaire, avec une baisse des recettes et la hausse des dépenses.

En 1957, les impôts ne couvrent plus les dépenses définitives. L’inflation se trouve à +15,2% en 1958.

A l’extérieur, les gouvernements quémandent l’aide américaine. Emissaire de renom, Jean Monnet épuise les premières tranches des droits de tirage du FMI avant de s’engager à réaliser l’assainissement des finances publiques.

Accompagné de défenseurs de l’économie dirigée, impulsée par l’Etat, De Gaulle choisit de se lancer dans la voie d’un libéralisme de bon sens et d’exigence pour accomplir son rêve d’indépendance nationale.

Dans ce contexte, il fait appel à Jacques Rueff qui laissa, avec Antoine Pinay, son nom au plan – fructueux – de redressement économique de la France.

Trois objectifs furent fixés et atteints : la stabilisation du budget, la consolidation de la monnaie et la préparation de l’ouverture commerciale de la France.

Par la dévaluation de 17,5% du franc, l’instauration du « franc lourd » (1 nouveau franc = 100 anciens francs) défini par rapport à l’or et non au dollar, le démantèlement du contrôle de change ou encore la baisse de 10% des tarifs douaniers avec les pays de la CEE, les mesures portent leurs fruits et la France redevient crédible.   

La croissance passe à 5,5% de moyenne, les performances de l’économie deviennent supérieures à ses concurrents, l’inflation est jugulée, la balance commerciale devient excédentaire.

L’ère gaullienne pouvait ainsi commencer, guidée par le seul amour de la France et l’envie de la voir à sa juste place en Europe et dans le monde.

Ainsi, lorsque le Général de Gaulle se soumet au suffrage universel en 1965, cinq ans avant sa disparition, son existence tout entière fait déjà foi de son dévouement plein et entier pour la France, la seule cause qui vaille.

Le gaullisme, dans sa concrétisation la plus pure, est une action politique pragmatique, raisonnable mais ambitieuse, confiante dans la force du pays mais sans naïveté quant à sa complexité, sa particularité, son originalité.

Le Général de Gaulle, quant à lui, fut un homme dans le temps, l’homme de son temps. 

Pétri de Bergson, Péguy, Bernanos, Mauriac ou encore Claudel, imprégné de culture classique, Charles de Gaulle n’en était pas moins pleinement intégré dans la modernité.

En 1960, comme souvent clairvoyant, alors qu’il évoquait le « génie du siècle », le Général de Gaulle rappelait si justement : « tel politique, ayant la volonté, la durée, disposant des ressources d’un grand pays et d’un solide système d’alliances, échoue parce qu’il ne discerne pas le caractère de son temps ».

De Gaulle a bien su, lui, discerner le « caractère de son temps », face à toutes les épreuves que notre pays dut affronter, quel qu’en soit le coût, pourvu qu’il ne mène pas à la trahison de ses propres convictions.

Sans avoir la grotesque idée de vouloir plagier aujourd’hui ce qu’il accomplit en d’autres temps, voire, pire, de tenter de l’incarner, le Général de Gaulle peut en revanche être une inspiration solide sur la conduite de l’Etat, la maîtrise des finances publiques, l’assise internationale forte d’une France fière d’elle-même.

Une France digne, une France respectée.

Sur la conduite de l’Etat, d’abord, l’historien Nicolas Roussellier, dans La force de gouverner, a bien souligné le changement introduit par la présidence du Général de Gaulle : « La raison d’être du pouvoir exécutif est de s’assurer que les principaux intérêts de l’Etat pourront inspirer les décisions publiques dans leurs décisions essentielles ».

Regardons ses enseignements pour aujourd’hui : quel contraste avec ce que nous constatons et subissons.

Ecoutons encore le Général de Gaulle, dans Le fil de l’épée, annoncer ce qui sera l’étrange défaite en 1940, décrite par Marc Bloch, mais aussi en génial connaisseur des mauvais commandants, nous parler, finalement, de la France de 2022 :

« Parfois, le chef, inapte à se décider, se donne par l’agitation l’apparence et l’illusion de l’activité et, s’attachant à quelques détails, consume en interventions accessoires et désordonnées son désir d’influer quand même sur les événements ».

Mes chers amis, il y a du travail donc pour que notre pays restaure son autorité régalienne et sorte des postures élyséennes aussi théâtrales qu’inopérantes.

Par l’exécution réelle des peines, la construction de places de prison manquantes, le déplacement des dépenses sociales – somptuaires – vers le régalien, la lutte ferme et déterminée contre l’immigration massive et incontrôlée qui enferme des individus dans le repli communautaire, nous pouvons mettre fin au délitement régalien qui mine notre société depuis tant d’années. 

Par exemple, sur l’immigration, le gouvernement vient de présenter les grandes lignes d’un nouveau projet de loi.

Il ne s’agira, mes chers amis, que de la 22e loi sur le sujet depuis 1986.

Que d’annonces, que de temps perdu, que d’alourdissement législatif et règlementaire, que de parlote pour si peu d’actes !

Le fatalisme n’est pas français, et n’était pas davantage gaullien.

La seule ligne de conduite qui anima toujours le Général de Gaulle fut celle d’être maître de ses choix, et des décisions pour le bien du pays.

Qui peut aujourd’hui lui reprocher la moindre dérobade dès lors qu’il fallut trancher sur des questions essentielles à la sauvegarde de la nation ?

Les Français, chez eux, doivent se sentir en sécurité, et ne peuvent avoir peur pour leurs enfants. Ce sentiment, pourtant, s’installe, progressivement, dans les esprits. 

La maîtrise stricte des dépenses publiques, ensuite, est une autre gageure pour assurer la stabilité du pays, et parvenir à une croissance durable, et non pas assise sur des chèques en bois de l’Etat.

Ecoutons toujours Charles de Gaulle, dans son discours du 28 décembre 1958, après le référendum, parler de son action à venir pour redresser les comptes de l’Etat et l’économie du pays. Que de points communs avec la situation actuelle et que de cruauté dans la comparaison avec nos dirigeants d’aujourd’hui :

« Au point de vue des charges publiques rien ne saurait être accepté qui aboutisse à l’inflation. Nous appliquerons tout un ensemble de mesures financières, économiques, sociales, qui établit la nation sur une base de vérité et de sévérité, la seule qui puisse lui permettre de bâtir sa prospérité. Je ne cache pas que notre pays va se trouver quelque temps à l’épreuve. Mais le rétablissement visé est tel qu’il peut nous payer de tout. A moins de recourir à la ruineuse inflation ou de faillir à la France, il n’y a rien d’autre à faire que de réduire de moitié le déficit menaçant. C’est ce qui est décidé ».

Le taux de croissance du PIB sous de Gaulle est de 5,48% en France. Il est alors supérieur au taux de croissance du PIB du Royaume-Uni sur la même période (3,20%), des Pays-Bas (5,40%), de la Belgique (4,71%), de la Suède (4,55%), de la Suisse (4,92%) et des États-Unis (4,26%).

Avec un déficit public annoncé à au moins 153 milliards pour la fin 2022, avec une dette publique de 2868 milliards, soit 115% du PIB, le gouvernement n’assure pas aujourd’hui ce que, demain, nos enfants et petits-enfants auront à payer, lourdement.

La hausse des taux d’intérêt fait déjà que, l’année prochaine, le budget du poste de remboursement de la dette de l’Etat va dépasser celui de la Défense nationale.

L’orthodoxie financière est nécessaire au pays, dans le même esprit que ce qui est appliqué à Cannes.

Une baisse forte et constante de la dette communale, qui atteindra -62,51 millions d’euros à la fin 2022.

Aucune augmentation des taux des impôts communaux ni modification des abattements fiscaux.

Soyons fidèle, en théorie et surtout en pratique, à ce que le Général de Gaulle, qui refusait, je le cite, que « le financement des dépenses publiques repose, en quoi que ce soit, sur l’accroissement chronique de la dette flottante », impulsa, avec rationalité et réalisme lorsque le pays était affaibli.

La présence d’une France forte et respectée en Europe et dans le monde, enfin, fut un aspect déterminant de la politique étrangère du Général de Gaulle.

« La France n’apparaît-elle plus comme la nation mastodonte qu’elle était au temps de Louis XIV ou Napoléon Ier, mais elle suscite à présent une attention, une considération qui tranchent avec l’indifférence et la commisération dont naguère elle était trop souvent entourée », déclarait-il en 1965.

Son volontarisme, le Général de Gaulle en usera aussi dans les affaires étrangères – faute d’avoir pu le faire suffisamment à son gré dans le domaine militaire.

Toute sa vie, il y a dans sa pensée le culte d’une vertu bergsonienne : celle de l’action servie par l’intuition.

Le volontarisme et l’ambition.

Le classicisme et les valeurs chéries du passé, mais aussi l’avenir et la conscience d’une place à défendre dans le concert des nations.

« Le vieux pays et le pays neuf », avait-il dit.

Léopold Sedar Senghor parlait de De Gaulle comme d’un homme à la fois du XVIIe siècle et du XXIe siècle.

Certes, l’époque du Grand Siècle et de Versailles ne lui déplaisait pas, mais ce qui compte avant tout pour lui, c’est que la France épouse son temps et entre ainsi dans la modernité, avec l’arme atomique, une puissante industrie et une armée solide.

De Gaulle traduit, ce faisant, un équilibre dont le maintien dépend de l’histoire future comme un legs à accomplir.

Ce qui importait, pour De Gaulle, était avant tout chose l’affirmation de l’indépendance nationale, qui prend la forme d’actes de grande portée, comme la reconnaissance par la France, seule, et publiquement, de l’intangibilité des frontières orientale et occidentale de la Pologne en 1959, ou notre départ du commandement intégré de l’OTAN en 1966.

Cela, tout en reconnaissant le droit des peuples à leur indépendance, ou à leur non-alignement.

En somme, le Général de Gaulle, a réuni, chemin faisant, trois qualités qui ont été les matrices de son existence et ont fait la puissance de son action : l’enracinement dans la tradition, le pragmatisme et le charisme, toujours soumis au contrôle de la raison.

En trente années d’histoire, il fut un combattant de la France, un restaurateur de l’honneur et un défenseur de la liberté.

Le destin de la France est l’affaire des Français, de ceux qui sont là, comme de ceux qui viendront longtemps après nous. L’histoire de l’humanité dépend des hommes : ce n’est peut-être pas le moins important des aspects de l’humanisme de Charles de Gaulle – entre la méditation de l’histoire et la foi en l’homme.

Puissions modestement garder à l’esprit, dans le sillage tracé par le Général de Gaulle, ce que notre pays peut faire et incarner de si beau, de si grand lorsqu’il décide, agit, marque de son empreinte et lègue à la postérité.

Telle est l’éternelle espérance gaullienne, l’espérance d’une France forte et éternelle.

Vive Cannes !

Vive la République !

Vive la France ! » David Lisnard.

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