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Comme chaque année, David Lisnard a présidé la cérémonie commémorant l’Appel du 18 juin 1940 par le Général de Gaulle qui impulsait, par le refus de la défaite et de l’armistice, le mouvement de résistance nationale.

Entre histoire et actualité, David Lisnard a, dans son propos, rapporté l’exigence de cet acte fondateur de la France Libre dans notre époque où se développent des forces centrifuges et une tentative de relecture du récit nationale.

Mesdames et Messieurs,

Chers amis,

Il est des moments, dans la vie d’une nation, qui sortent de l’ordinaire.

Assurément.

Il est des parenthèses, heureuses ou et, encore plus, tragiques, qui contribuent, par leur singularité, voire leur unicité, à forger un état d’esprit, un tempérament, une marque qui sera celle d’un peuple tout entier et de son Histoire et ce, pour les décennies et les siècles à venir, qu’importent les tempêtes.

« Il apparaît de temps en temps sur la face de la terre des hommes rares, exquis, qui brillent par leur vertu, et dont les qualités éminentes jettent un éclat prodigieux. Semblables à ces étoiles extraordinaires dont on ignore les causes, et dont on sait encore moins ce qu’elles deviennent après avoir disparu, ils n’ont ni aïeuls ni descendants ; ils composent seuls toute leur race ».

La Bruyère, auteur de ces lignes rédigées dans ses fameux Caractères, aurait pu vivre au tout début de la Seconde Guerre mondiale qu’il n’aurait pas mieux décrit tout ce que suscita d’extraordinaire et d’inattendu le Général de Gaulle par son appel du 18 juin 1940.

Car c’est bien ce qui, aujourd’hui, mes chers amis, nous réunit, comme chaque année, dans une fidélité sans concessions à l’homme du 18 juin.  

Depuis le début de la bataille de France, au printemps 1940, la débâcle militaire, à laquelle s’ajoute l’inertie politique, plonge le pays dans un chaos dont il mettra du temps à se relever, et dont les conséquences quasi immédiates furent désastreuses.

L’incurie des généraux - enfermés dans leur dogme et convaincus de l’efficacité d’une guerre défensive – et notre faillite tant morale qu’intellectuelle, nous ont menés droit à la chute.

« Nous pensions en retard », avait si justement écrit Marc Bloch, dans L’étrange défaite. 

La faillite fut aussi celle d’une majorité de la classe politique qui avait cultivé, chemin faisant, une certaine forme de renoncement.  

Le mépris des élites, l’absence de hauteur de vue des syndicats et les ravages du pacifisme avaient achevé une IIIe République à bout de souffle, aux prémices de sa soixante-dixième année.

Dans le tumulte des âmes meurtries et éplorées, un appel émerge, depuis Londres et les ondes de la BBC, alors à peine audible, mais qui s’avèrera si retentissant.

L’Appel du général de brigade Charles de Gaulle.

A quelques jours de l’été, il sonne comme une vigoureuse volonté de ne pas plier le genou devant l’Allemagne nazie.

Les esprits chagrins ont eu tôt fait de dénoncer l’absence de courage d’un appel lancé depuis la capitale britannique alors que la Wehrmacht avait envahi, quelques jours plus tôt, Paris.

Mais peut-on vraiment, en ces circonstances à nulles autres pareilles, reprocher à quelqu’un d’agir ?

Après avoir été blessé à plusieurs reprises en 1914 - 1918 puis avoir à nouveau risqué sa vie face aux chars nazis à la fin mai 1940, lors de la bataille d’Abbeville dans la Somme.

Peut-on vraiment prétendre, ce faisant, qu’il y aurait une « bonne » manière d’agir ?

Qui sait vraiment ce qu’il aurait fait devant l’humiliation causée par le chancelier du IIIe Reich ?

Il faut l’avoir vécu pour ainsi rendre compte, devant la postérité, de ce que l’on a jugé bon de faire ou de ne pas faire.

Une chose est certaine : Charles de Gaulle ne prononce pas cet appel hors de l’histoire et donc d’un contexte.  

Son pays, notre pays, il le connait.

Et les choix qu’il fit, particulièrement au cours des dix années précédentes, encore mieux.

Rappelons que, dès 1934, avec la publication de Vers l’armée de métier, Charles de Gaulle fut l’un des rares à y voir clair dans le jeu d’un régime qui accumulait les violations délibérées du traité de Versailles, et dont la soif d’hégémonie, territoriale notamment, n’était plus guère un secret.

L’obsession théorique de l’ « espace vital » (Lebensraum) devenait une réalité pratique.

Parallèlement, le colonel de Gaulle moquait à juste titre l’inutilité de la ligne Maginot – l’histoire lui donnera raison – et défendait l’impérieuse nécessité de créer un corps de blindés, utilisable de façon autonome et offensive.  

Aussi, quand il prend la parole ce jour de juin 1940, Charles de Gaulle sait les enjeux de sa mise en avant.  

Ce chef d’œuvre oratoire est un cas d’école unique en son genre.

Deux mots essentiels, mobilisateurs, guident sa déclamation : lucidité factuelle et transcendance, analyse et prospective, espérance et résistance, avec pour finalité de sauver l’honneur de la France, de convaincre les esprits indécis qu’il ne faut rien lâcher, de préparer une future victoire.

Parallèlement, le propos se veut d’une grande spiritualité.

Pour le croyant profond qu’était le Général de Gaulle, sa parole devait forcément contenir quelque accent homérique.

Il ne s’agit pas simplement de lever une armée de combattants pour venir à bout de l’ennemi.

Il faut incarner une espérance, je l’évoquais il y a un instant. 

Cette espérance – les trente années qui suivront la guerre ne me démentiront pas –, le Général de Gaulle l’a durablement incarnée.

En 1940, bien sûr.

En 1944, ensuite.

En 1958 évidemment.

Et oserais-je dire en 1969, où l’espoir s’est mêlé, ce jour d’avril, à la mémoire, Charles de Gaulle quittant définitivement la vie publique d’un pays pour lequel il avait tant donné, et qui avait décidé – d’aucuns diront dans une cruelle injustice – de lui dire au revoir, définitivement.

Espérance, donc, mais également foi en toutes les forces en présence.  

« Toutes les fautes, tous les retards, toutes les souffrances n'empêchent pas qu'il y a, dans l'univers, tous les moyens pour écraser un jour nos ennemis », clame-t-il.

Sur terre, en mer, dans les airs et, qui sait, dans les cieux, à côté de forces alliées mécaniques et humaines annoncées de façon prophétique, la conviction que la France vaincra, jamais, ne doit s’estomper.

A l’instar de la flamme de la résistance qui, jamais, ne doit s’éteindre.

Ce sursaut, auquel le Général de Gaulle enjoint toutes les forces libres du pays, comme toutes celles qui aspirent à le devenir, est fédérateur.

Il est la marque d’un moment unique dans l’histoire d’une civilisation.  

En ajoutant à la foi et l’espérance, la charité, le triptyque est ainsi formé des valeurs théologales auxquelles, à travers De Gaulle, Mauriac et Michelet, Xavier Patier a consacré un remarquable ouvrage.

Le premier est « l’icône de la France éternelle ».

Le deuxième, « la voix du catholicisme engagé ». 

Le troisième et dernier, la « figure de la résistance chevaleresque ».

Le même Mauriac, qui vouait au Général, précisément depuis l’Appel que nous commémorons aujourd’hui, une grande admiration, avait parfaitement résumé ce qu’incarnait ce bref mais intense monologue de juin 1940 :

« Un fou a dit “Moi, la France” et personne n’a ri parce que c’était vrai ».

Tout est dit.

Dans sa pulsion ancestrale à vouloir trouver des hommes providentiels, la France avait peut-être, comme cela lui était parfois déjà arrivé, trouvé le sien pour tracer la route du XXe siècle, celui par qui le sursaut, l’honneur et la grandeur viendront.

Je n’aime pas, vous le savez, les anachronismes, et encore moins les récupérations.

Le Général n’a aucun héritier.  

Et pourtant, il nous oblige.

Il s’est taillé, après sa mort, un costume d’inspirateur.

Son action et sa vie, quitte parfois à être honteusement déformés ou manipulés, ont montré la voie de ce que la politique, en toutes circonstances, peut avoir de noble et de si puissant.  

A l’heure où les mots sont employés à tort et à travers, où la surcommunication oblitère l’essence même du sens – des mots et de l’action –, où la succession de séquences bavardes, emphatiques et médiatiques a remplacé le travail méthodique et exigeant, souvenons-nous à tout jamais de ce que le Général de Gaulle a apporté de si beau et de si respectable à la France.

J’évoquais la fidélité dans mon propos liminaire.

Oui, nous sommes ici par fidélité, pour dire merci.

Merci à Charles de Gaulle pour son action décisive dont les années auront confirmé la solidité.

Plus que tout, il a tracé une ligne directe : celle de la continuité de notre civilisation, de l’assise de notre puissance, de la défense de notre culture.  

Par la modernisation constante et pragmatique de la France.

Puisse-t-il, encore aujourd’hui, inspirer nos gouvernants, en les incitant à replacer au cœur des préoccupations les sujets qui importent aux Français.

Un Etat fort.

Des services publics fiables.

Une économie libre donc prospère.

Une industrie régénérée et marqueur de puissance dans le concert des nations.

Donc une armée solide, capable aussi bien de défendre que d’attaquer.

Une éducation à la hauteur de ce que les plus grands génies – littéraires et scientifiques – ont laissé à la France, par l’ouverture aux œuvres de l’esprit et la maîtrise des fondamentaux qui amènent la raison critique,  la réflexion, donc l’émancipation et l’indépendance à terme.

Une France fière d’elle-même, qui ne s’embarrasse d’aucune réécriture ou déformation au motif de satisfaire quelques minorités agissantes polluantes.

Recentrons-nous sur l’essentiel.

N’acceptons pas le déclassement de notre pays ; inspirons-nous du Général pour lui opposer la volonté de l’effort qui fonde l’espoir du renouveau.

En temps de guerre, les femmes et les hommes qui ont cru en la liberté, la défendant du premier jour au dernier, n’ont pas eu le temps de se demander quoi faire.

Ils ont fait, menés, de 1940 à 1944, par un homme qui entendait incarner la France.

Et qui y parvint, coûte que coûte, quoi qu’il advienne.

Depuis cet appel du 18 juin 1940, qui fut celui d’une France éternelle.

Vive Cannes !

Vive la République !

Vive la France !

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