«Une politique culturelle ambitieuse ne doit pas être un chèque en blanc donné à un microcosme»
Alors que le Festival de Cannes vient de s’achever, David Lisnard entend lutter contre « l’entre soi et la culture subventionnée ». Il défend une politique fondée principalement sur la liberté de création et la transmission des grandes œuvres. Une tribune parue dans Le Figaro.
Je suis un fou de culture. J’adore le cinéma, le théâtre, les livres, la danse, la musique. Le festival du cinéma de ma ville m’a fait découvrir des films du monde entier qui m’ont souvent captivé, toujours enrichi. J’aime en parler avec mes proches, échanger, débattre, me disputer sur un réalisateur, un auteur, un compositeur, retracer une filmographie, une discographie, discourir des mérites comparés des œuvres d’un auteur. Je ne compte plus les heures passées à cette activité qui s’achevait toujours pour moi en me replongeant dans une œuvre que j’avais mal saisie ou mal interprétée.
Pour autant, cela n’a aucune importance et cela n’intéresse personne. Tant mieux. Ce « je » vous agace et vous avez raison. Le rôle d’un responsable politique en matière culturelle n’est ni d’étaler ni d’imposer ses goûts. Tout le monde se moque de savoir que je suis un fan de Houellebecq, des Clash, de Kubrick, de Molière ou de Pina Bausch. Cela relève de mon intimité. Et surtout, cela ne doit pas influer sur mes décisions politiques. Qu’attend-on d’un responsable politique en matière de culture ? De construire une politique qui tourne autour de principes simples mais incontournables.
Il faut d’abord rappeler que la création est libre et que la liberté d’expression doit être totale. Il m’arrive d’être choqué, exaspéré, scandalisé par une œuvre. Et alors ? Quelle importance ? Depuis quand les responsables politiques doivent se comporter en censeur ? Et si je me trompais dans mon appréciation ? Si j’avais été Joseph II, aurai-je reconnu le talent de Mozart ? Il faut ensuite veiller à la préservation et à la transmission des grandes œuvres de l’esprit. Ce qui nécessite de la volonté, des moyens, de la rigueur. Transmettre le beau ! Telle est notre première mission.
Il faut permettre l’accès à la culture pour le plus grand nombre. Pour cela, il n’y a qu’une seule arme : l’éducation artistique et culturelle à l’école, de la maternelle au baccalauréat. C’est ce que j’ai patiemment construit dans ma ville. Et cela fonctionne ! Il s’agit du moyen le plus démocratique, le plus républicain de faire découvrir la culture au plus grand nombre, et de ne pas la réserver à ceux qui y ont accès grâce à leur famille ou à leur niveau de vie. Le rôle d’un politique en matière de culture est de créer les conditions pour que celle-ci s’épanouisse partout en France, sur tout le territoire et pas uniquement à Paris ou dans les grandes villes.
Enfin, il est nécessaire de lutter contre les effets d’entre-soi de la culture subventionnée, de combattre le conformisme, de défendre la bonne affectation de l’argent des contribuables qui doit échapper à toute considération idéologique. Il faut donc pour cela mettre un terme aux cahiers des charges publics qui obligent à des quotas et à des représentations du monde que les progressistes autoproclamés veulent imposer au public.
Car attention ! Une politique culturelle ambitieuse telle que je la défends ne doit pas être un chèque en blanc au microcosme ou le fait du prince. Il s’agit de fixer un cadre et de vérifier qu’il soit respecté, en termes de programmation, de diffusion, d’audience, d’accompagnement pédagogique. Si notre pays doit absolument conserver un audiovisuel public, celui-ci doit être populaire et de qualité, sinon il disparaîtra de lui-même.
En conclusion, je voudrais aussi dire mon immense ras-le-bol d’entendre les démagogues évoquer toujours l’argent des Français quand on parle de culture. Qu’on ne se méprenne pas. Nous devons être beaucoup plus économes de l’argent public et rétablir l’équilibre budgétaire, ce qui demandera des décisions fortes et très courageuses. Cela ne doit pas passer par le sacrifice de la culture. N’existe-t-il pas dans notre pays, des agences publiques, autorités administratives et autres entités bureaucratiques qui ne servent à rien ? N’y a-t-il pas dans le domaine de l’écologie des dépenses inutiles ? En matière sociale, des retraites aux aides aux inactifs, y compris étrangers, n’y a-t-il pas un gâchis colossal d’argent public ? La formation professionnelle des salariés qui coûte si cher est-elle toujours efficace ? Il va falloir tout revoir, beaucoup supprimer, recréer de la responsabilité. Nous le devons à tous ceux qui sont écrasés d’impôts comme aux Français les plus pauvres, enfermés dans un système qui en fait des allocataires et les maintient dans la précarité.
Je défendrai toujours la culture car elle donne un supplément d’âme, réunit la population pour constituer un peuple, fait prospérer et rayonner la France. Encore faut-il que la culture soit partagée par le plus grand nombre. Si elle est tant méprisée pas nos dirigeants actuels et tant attaquée par les extrêmes, c’est sans doute parce que ses acteurs ont échoué à la faire connaître, à la faire aimer par tous. Cela sera une des tâches prioritaires à laquelle je m’attacherai avec ardeur. Pour l’élévation individuelle, l’égalité des chances, et pour l’unité de note nation.
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de Nouvelle Énergie et David Lisnard