David Lisnard face à la crise du logement : « Il est temps de briser cette spirale infernale ! »
David Lisnard juge que les attaques d’un État trop centralisateur sur la propriété sont la première cause d’une crise sociale et humaine de grande ampleur. Une interview accordée au Figaro.
LE FIGARO. – Une femme de 66 ans est décédée à Piriac-sur-Mer après avoir passé six nuits avec son mari dans leur voiture, faute de logement…
Au-delà de l’émotion ressentie, malheureusement je n’ai pas été surpris. J’avais évoqué, récemment, la réalité de compatriotes y compris salariés qui vivent dans leur voiture. Nous sommes plusieurs à répéter depuis des années que cette crise du logement serait la plus grande crise sociale et humaine que nous aurions à affronter. Nous y sommes. Et cette crise, elle n’est pas terminée puisque les gouvernants persistent dans l’amplification des causes de cet effondrement.
Cette crise du logement, qui est aussi une réalité européenne, est-elle une fatalité en France ?
Le sujet est très compliqué mais il n’y a jamais de fatalité. C’est une fatalité si l’on continue de refuser de regarder la réalité : les besoins de logement augmentent. Explosion des ménages, accélération des divorces… Toutes les études le disent. Rien que sur le neuf, il faudrait 30% de logements en plus d’ici dix ans alors que nous souffrons de 30% en moins. Il faut absolument sortir du diagnostic erroné des technocrates qui ont pensé que la stagnation démographique entraînerait moins de besoins. Dans une grande mesure, la crise du pouvoir d’achat est aussi la conséquence de la crise du logement, sachant que l’autre cause réside dans les prélèvements obligatoires excessifs. Le coût du logement, qui est une dépense contrainte, représente 32% des revenus du ménage, contre 16% il y a vingt ans.
À qui la faute ?
À l’incompétence.
Comment sortir de cette spirale ?
Pour en sortir, nos dirigeants doivent d’abord accepter le bon diagnostic. Il est temps de briser cette spirale infernale, amorcée il y a trente ans et accentuée depuis dix ans. Nous avons tari l’offre tout en pénalisant la capacité de la demande sur un besoin pourtant vital de l’être humain : un toit. Il faut absolument libérer le marché, lui permettre de redevenir la base de la production de logements pour les classes moyennes, puis permettre au logement social de vivre. Cette crise aiguë est aussi la conséquence des attaques répétées sur la propriété.
Pourquoi ?
Car la France ne compte que 54% de propriétaires contre la moyenne européenne à 70%. Pour augmenter le nombre de locataires ayant accès à des appartements, il faut que des propriétaires aient la possibilité de mettre leurs biens en locatif. Or, nous avons surtaxé le logement. Sans même parler des squatteurs qui ont souvent plus de droits que les propriétaires. En 2017, Emmanuel Macron avait parlé d’un choc de l’offre mais en réalité le choc s’est inversé. Nous sommes passés de 500.000 logements neufs à 300.000. C’est une catastrophe engendrée par plusieurs facteurs : raréfaction du foncier via la loi ZAN (Zéro artificialisation nette), complexification des procédures locatives, diagnostics de performances énergétiques empêchant 7 millions de logements d’être loués en résidences principales, impôt sur la fortune immobilière…
J’avais posé tout cela par écrit dès 2018. Emmanuel Macron considérait que l’immobilier n’était pas l’économie réelle alors que chacun sait que ce secteur est l’un des principaux moteurs de l’emploi et de la création de valeur, puisque 440.000 entreprises et de nombreux corps de métiers en dépendent. «Quand le bâtiment va, tout va»… Le vieil adage n’était pas si idiot. Par sa fiscalité et ses contraintes, le «en même temps» macroniste a tué l’offre de logements tout en étouffant la demande, avec des restrictions sur les crédits immobiliers depuis 2020, des prêts à taux zéro non abondés ou encore des restrictions sur les aides personnalisées au logement (APL) qui ont privé les bailleurs sociaux de capacité d’autofinancement.
Comment expliquez-vous la surdité de l’État aux alertes, notamment celles des maires de France ?
François Baroin, André Laignel, tous les vice-présidents de l’AMF et moi-même avions lancé l’alerte dès 2017 ! Mais notre pays a subi une recentralisation de la politique du logement, alors qu’une expérience conduite en Bretagne, beaucoup plus pertinente que les zonages de Bercy, a montré une augmentation des permis de construire quand cette politique est conduite par les collectivités locales. En réalité, l’État est centralisateur et croit avoir la science infuse. Mais ses attaques sur la propriété sont une réalité structurelle. On a tellement voulu protéger le locataire qu’on a fini par le fragiliser en montant les exigences des loueurs. Toutes les causes de la situation actuelle sont documentées : fiscalité, bureaucratie, autorisations préalables, code de l’urbanisme abscons, raréfaction des crédits…
Quid des effets pervers de la spéculation immobilière ?
Elle est la conséquence d’un excès de réglementation et n’est que le fruit de la rareté ! Nous l’avions d’ailleurs annoncée car par nature, ce qui est désiré devient rare et entraîne, mécaniquement, une augmentation des prix.
À la veille des municipales, quelles sont les marges de manœuvre des maires sur le sujet ?
Le logement est une politique nationale et l’hébergement d’urgence est strictement une compétence de l’État. Une décentralisation de ces compétences n’aurait de sens que si elle s’accompagnait de moyens. Sinon, l’État se défausserait simplement de ses responsabilités. La France est le pays disposant le plus d’aides au logement (40 milliards d’euros) en prélevant la plus forte fiscalité immobilière (90 milliards). Ce système centralisé est totalement inefficace. Il est donc urgent que l’action publique redevienne une politique de subsidiarité, concrète, pratique et simple pour aider les gens en difficulté auxquels l’État ne peut pas répondre.
Hélas, tout est inversé ! Quelque 75% de la population française sont éligibles aux logements sociaux et l’on n’a jamais produit aussi peu de logements neufs. C’est absurde. En tant que maire de Cannes, si je signe des logements pour résidences principales, je détériore mon ratio de logements sociaux et je paye davantage de pénalités. Donc, je n’ai intérêt qu’à signer du social, ce qui consiste à tuer le marché en amplifiant le goulot d’étranglement de manière particulièrement pernicieuse.
Vous président, quelles décisions concrètes prendriez-vous dès 2027 ?
J’allégerais la réglementation et je baisserais la fiscalité sur le revenu du locatif en résidence principale. Ensuite, je remettrais en cause les lois «SRU», «Alur», «Climat» et «Résilience» et je permettrais la relance de la construction en créant un bonus à la densification et un malus à l’étalement urbain. Je faciliterais aussi l’expulsion des squatteurs et je supprimerais le DPE. Je libérerais le foncier public, notamment celui de l’État. Et je simplifierais totalement le droit de l’urbanisme. Je réformerais enfin le logement social en permettant aux maires d’exclure les familles de délinquants avérés et récidivistes.
Vous risquez d’être accusé de défendre une vision très «libérale» du logement…
Je le prendrais comme un compliment mais c’est surtout une vision très réaliste, volontariste, pragmatique et sans idéologie.
Les 15 mois qui nous séparent de la présidentielle peuvent-ils être un temps utile pour relancer le logement ?
Il est toujours possible d’y croire mais cela me semble très compliqué dans le cadre actuel, parce qu’il faut tout revoir. C’est pour cela, entre autres, que je défends l’idée d’une présidentielle anticipée. Afin de pouvoir agir pour amorcer un nouveau cycle positif. Sans attendre.
Retrouvez cette interview sur le site du Figaro en cliquant ici.
David Lisnard, entre vocation municipale et ambition présidentielle
Dans les allées du 107e congrès des Maires de France, l’élu cannois, encouragé sous sa double casquette de président de l’AMF et de président de Nouvelle Énergie, est attentif à l’échéance 2027. Un article de Emmanuel Galiero paru dans le Figaro.
David Lisnard se glisse dans les allées déjà bondées du 107e congrès des Maires de France. Cette journée de mardi a débuté très tôt par une matinale sur BFM et doit se terminer sur le plateau de CNews dans la soirée. Les maires sont au centre de toutes les attentions et leur président national se retrouve mécaniquement en première ligne sur le terrain médiatique. Lunettes légèrement teintées, costume-cravate, montre de sport, bracelet au poignet… En rejoignant au pas de charge l’exposition sur la laïcité, le maire de Cannes se plie volontiers au jeu des photographies et des selfies réclamés par les nombreux élus rassemblés durant trois jours porte de Versailles.
Un représentant de l’interprofession des horticulteurs lui offre un bouquet aussi magnifique qu’envahissant. Un peu plus loin, dans l’espace dédicaces, Dominique Perben, ex-ministre de Jacques Chirac (Justice et Transports) signe un essai consacré à la justice et à la clarté en politique. L’ex-ministre s’avoue « un peu désarçonné » par la manière dont la vie politique « se désorganise » aujourd’hui mais, avec un large sourire, il salue David Lisnard, porteur à ses yeux d’un message « assez spécifique ».
Le voit-il en président de l’AMF ou plutôt en présidentiable de droite ? « Il est à la fois très convaincu sur les questions régaliennes, de l’ordre à la sécurité, mais parmi les potentiels candidats à la présidentielle, il est aussi le plus libéral sur le plan économique. » Un atout pour 2027 ? « Cela me semble très positif car je suis absolument convaincu que notre pays crève d’une surrégulation et d’un manque de libertés pour les entrepreneurs. Sa vision est intéressante. »
Le président de Nouvelle Énergie est déjà reparti vers d’autres mains sans entendre le compliment. Il croise un adhérent de son mouvement qui l’encourage. « Bonjour, M. le président ! », lui lance un élu, quand un adjoint municipal de Nuits-Saint-Georges (Côte-d’Or), confie les raisons pour lesquelles David Lisnard le séduit, sous ses deux casquettes de maire engagé pour l’AMF et d’homme politique aux ambitions nationales : « Dans ses discours, il fait preuve d’un très haut niveau d’analyse. Il doit le garder et moins politiser les choses », conseille le congressiste, visiblement ravi de pouvoir le saluer. Après la signature d’une convention avec la Fédération française de football, deux élues de la Drôme bloquent le maire de Cannes pour un cliché. « Tu le voulais, tu l’as eu », se félicite l’une d’elles.
Ambitions compatibles
Les équipes de David Lisnard savourent la popularité de leur poulain qui parvient à concilier présidence des Maires de France et envies politiques nationales. Pour Éric Verlhac, directeur de l’AMF et ex-collaborateur de François Baroin, les deux ambitions sont parfaitement compatibles. « Nous n’avons eu que des présidentiables à la tête de notre association et nous avons donc l’habitude de vivre cette dichotomie, ce qui est très facile avec la culture AMF, où chaque décision est toujours prise à l’unanimité. » Au sein de l’institution transpartisane, la complicité entre un président LR et la vice-présidence socialiste d’André Laignel semble sincère.
Éric Verlhac vante la personnalité percutante de David Lisnard sans y voir une menace pour l’équilibre politique. Au contraire. Le directeur pense qu’une notoriété de présidentiable ne peut être qu’une plus-value pour l’AMF. « Cela rend l’association plus audible dans l’espace institutionnel. C’est important, comme nous l’avions connu avec la présidence Baroin. Le tout est de savoir mettre des limites dans une organisation qui elle aussi est puissante. »
Mardi matin, une délégation d’élus conduite par Fabien Roussel, maire de Saint-Amand-les-Eaux (Nord) et secrétaire national du Parti communiste veut s’entretenir un moment avec le président Lisnard. L’échange se déroule à huis clos, mais, en sortant, le patron de l’AMF raconte sur un ton badin : « Nous n’avons pas les mêmes idées, mais je lui ai dit que nous aurions ce débat au second tour de la présidentielle et que je pourrais défendre ma vision libérale contre sa vision communiste. Il m’a répondu que le clivage lui semblait très sain. »
Les thématiques soulevées régulièrement par les maires de France peuvent-elles nourrir le programme politique du président de Nouvelle Énergie, qui est aussi membre des Républicains ? Pour l’élu cannois, la réponse est évidente. « Le projet de mon mouvement se nourrit d’une expérience de terrain. J’ai des idées et des convictions que je défends régulièrement mais le juge de paix, c’est la réalité. Et moi, n’étant pas un idéologue, je veux rester réaliste », affirme Lisnard. Il se réjouit de pouvoir arpenter la France et de sentir le cœur battant d’un pays qu’il croit animé par une « aspiration très puissante à la libération de la capacité de création ». Finalement, le hasard fait bien les choses : la liberté est le slogan du 107e congrès des Maires de France mais aussi l’une des grandes promesses politiques du président de Nouvelle Énergie
Retrouvez cet article sur le site du Figaro en cliquant ici.
David Lisnard alerte sur l’explosion des normes, la crise sociale et le narcotrafic : « La démocratie ne doit pas être l’impuissance »
Invité ce mardi 18 novembre de Face à Face sur RMC et BFMTV, David Lisnard a livré une analyse directe de la situation du pays. Il a appelé à restaurer l’efficacité de l’État, à laisser agir les maires sur le terrain et à sortir de ce qu’il décrit comme une logique d’impuissance publique.
Narcotrafic : un phénomène qui touche désormais tout le territoire
David Lisnard rappelle que le narcotrafic ne concerne plus seulement les grandes villes.
« Dans des villages où j’allais enfant, il y a désormais des points de deal. »
Il souligne que près de 250 000 personnes vivent du trafic, presque autant que l’ensemble des policiers et gendarmes du pays. Il appelle à l’application ferme des lois et à la responsabilisation des familles lorsque les mineurs sont impliqués.
Logement : une crise sociale majeure
Pour David Lisnard, la France fait face à « la plus grande crise sociale ».
Il rappelle que l’AMF alertait déjà en 2017 et cite les projections inquiétantes : fermeture possible de 5 000 écoles dans les prochaines années et besoin d’ouvrir 500 EHPAD en raison du vieillissement de la population. L’effondrement de la construction neuve accentue encore la situation.
Finances publiques : un État « drogué à la dépense »
Il dénonce la logique gouvernementale qui présente comme un effort ce qui est, selon lui, un prélèvement supplémentaire.
« Ce ne sont pas des économies. L’État prend toujours plus sur les ménages, sur les entreprises et sur les collectivités. »
Il rappelle que les intérêts de la dette représentent désormais six fois le budget de la Justice.
Un projet libéral, sécuritaire et éducatif
David Lisnard assume porter un projet combinant liberté économique, ordre public et exigence éducative.
« Beaucoup de Français sont libéraux sans le savoir, parce qu’ils veulent simplement que l’effort et le mérite soient récompensés. »
Il défend un salaire net qui augmente par le travail, une école qui protège les enfants des idéologies et un environnement public où chacun puisse se déplacer en sécurité.
À Saint-Malo, David Lisnard appelle à « libérer les énergies françaises »
David Lisnard était à Saint-Malo, vendredi 10 octobre, à l’invitation de l’équipe Nouvelle Énergie d’Ille-et-Vilaine. Une journée consacrée au terrain, à l’écoute et à la cohérence d’un projet de redressement fondé sur le travail, la responsabilité et la liberté.
Une journée d’action et d’échanges
La visite a débuté sur les quais de Saint-Malo, à bord de l’Émeraude, chalutier-usine unique en Europe, symbole de la souveraineté maritime française et du savoir-faire industriel.
Aux côtés du maire Gilles Lurton et des acteurs de la filière, qui ont prouvé qu’innovation, rigueur et courage permettent à la France de rester une grande puissance productive.
Il a ensuite échangé avec plusieurs entrepreneurs et responsables économiques sur les difficultés du moment : fiscalité instable, explosion des normes, coût de l’énergie, pénurie de main-d’œuvre, obstacles administratifs.
Tous ont partagé le même constat : la France travaille beaucoup, mais on l’empêche de réussir.
Une réunion publique dense et constructive
En fin de journée, plus de 300 personnes ont assisté à la réunion publique organisée au Carré – Centre d’affaires.
Devant une salle comble, David Lisnard a développé les grandes lignes de son projet : liberté économique, autorité régalienne, excellence éducative et décentralisation réelle.
« La responsabilité, ce n’est pas de sauver un système à bout de souffle, c’est de préparer une alternative cohérente et puissante », a-t-il déclaré.
Mettre fin à la fausse stabilité
Revenant sur la crise politique nationale, il a dénoncé « la stabilité de l’échec » prônée par le pouvoir en place :
« On ne peut pas sous couvert d’une fausse stabilité créer l’instabilité économique et sociale. La première source d’instabilité, c’est l’obstination d’Emmanuel Macron. »
David Lisnard a rappelé la nécessité de retrouver une clarté politique, par une présidentielle anticipée, suivie d’élections législatives, afin de « redonner la parole aux Français » et permettre une véritable alternance.
Refonder le pays autour de trois piliers
Le président de Nouvelle Énergie a détaillé les trois fondements de son projet :
•La liberté économique, pour libérer le travail, récompenser l’effort et réorienter l’épargne vers l’investissement productif.
•La sécurité et la maîtrise des frontières, avec un État recentré sur ses missions régaliennes.
•L’éducation et la culture, pour restaurer l’unité nationale et redonner à chacun les moyens de s’élever.
« C’est par l’école, par le mérite et par la transmission que la France se relèvera », a-t-il affirmé.
« Libérer les énergies locales, libérer la France »
Au fil des interventions et des échanges, une même conviction a traversé la soirée : la France regorge de forces vives, d’entrepreneurs, de citoyens, d’élus locaux, qui ne demandent qu’à agir si on leur redonne confiance et liberté.
« La France n’a pas besoin de nouvelles taxes ni de nouvelles normes, mais d’une grande respiration démocratique et économique. Il faut libérer les énergies locales, et à travers elles, libérer la France. »
« Commençons par écrire le pacte de gouvernement et nous verrons si l’union est possible »
David Lisnard réitère son appel à la démission d’Emmanuel Macron, livre son analyse du chaos politique et ouvre la porte à une discussion programmatique rassemblant toute la droite. Un entretien publié sur le magazine Valeurs actuelles.
Valeurs actuelles. Voilà plus d’un an que notre pays est plongé dans une crise de régime. Où va la France ?
David Lisnard. La France ne va nulle part, prise dans une impasse qui résulte d’une succession de mauvaises décisions du président de la République, aujourd’hui responsable du blocage du pays. Cette série d’erreurs a commencé au début de l’année 2024, lorsqu’il décide de remplacer Élisabeth Borne par Gabriel Attal à moins de six mois des élections européennes. En changeant de Premier ministre avant le scrutin, il s’est interdit de le faire après.
Bien qu’il eût annoncé, trois jours avant celle-ci, qu’il ne prononcerait pas la dissolution de l’Assemblée, il le fit, en choisissant le plus court délai possible pour l’organisation de la campagne législative, empêchant ainsi la tenue d’un véritable débat avec des projets nationaux à comparer. Il a en réalité organisé un référendum sur sa personne. Depuis, avec l’explosion façon puzzle de l’Assemblée nationale, le pays se retrouve coincé.
Si la France connaissait une forte croissance, des fondamentaux économiques solides, une immigration maîtrisée, un système éducatif performant, un hôpital en bonne santé, on pourrait envisager une période d’attentisme. La stabilité dans la réussite est une bonne chose. Ce n’est évidemment pas le cas.
Notre pays non seulement accentue son déclassement, mais s’approche de l’effondrement. Le déficit commercial – dont personne ne parle – atteint un niveau particulièrement élevé depuis l’arrivée du président de la République au pouvoir, contredisant ainsi son discours sur une compétitivité retrouvée. Et nous sommes à la fin de l’État providence. Il faut regarder la réalité en face.
Où vont Les Républicains ? Qu’avez-vous compris de la position de votre parti depuis dix jours ?
Personne ne sait où vont Les Républicains. La France a besoin d’une formation politique qui s’inscrive dans son époque, mais qui soit aussi l’héritière du libéralisme, du gaullisme et de la démocratie chrétienne. Sans doctrine ni stratégie commune, Les Républicains deviennent un simple syndicat d’intérêts électoraux, de plus en plus réduits, d’ailleurs. C’est la porte ouverte à tous les calculs individuels, au détriment du collectif.
Bruno Retailleau doit-il défendre l’idée d’une censure du gouvernement ?
Il est extraordinaire d’entendre qu’il faudrait soutenir un gouvernement dont le Premier ministre n’a défini aucune ligne directrice et qui est quand même le dernier des Mohicans macronistes. Et si je suis opposé à l’automaticité d’un soutien comme d’une censure, au moment où nous faisons cet entretien, nous apprenons la composition du gouvernement.
Quand on voit, par exemple, la présence d’une antinucléaire ministre de la Transition écologique, de la Biodiversité, rien que cela est un motif de censure. La droite doit se porter sur l’avenir et n’a pas à rejoindre le Titanic quand il coule.
Deux scénarios sont possibles. Soit le gouvernement tombe très rapidement, dans les prochains jours, et la question de la légitimité du président de la République – non pas institutionnelle, mais bien politique – se reposera, tout comme celle d’une éventuelle dissolution. Soit le budget est adopté. Mais ce n’est pas LR qui décidera.
Les rapports de force sont clairs : le parti pivot, c’est le Parti socialiste. Nous risquons ainsi de permettre l’adoption d’un budget d’inspiration dépensière, contraire aux intérêts de la France et de subir ensuite la dissolution. Si LR accepte ça, LR disparaît définitivement.
Que pensez-vous de l’attitude des macronistes et de certains LR, qui appellent votre parti à soutenir le gouvernement au nom de la “stabilité” ?
Emmanuel Macron a nommé Sébastien Lecornu, l’un de ses derniers fidèles, parce qu’il ne pouvait pas se nommer lui-même. Je récuse ce vocable et cette approche de la “stabilité”, comme je n’ai jamais cautionné le concept de socle commun ou de bloc central. C’est une erreur essentielle de diluer ce qui reste de LR dans la Macronie, au risque de tuer l’espérance d’une alternative forte et raisonnable à droite.
Au lieu d’une dissolution, vous appelez Emmanuel Macron à programmer sa démission dans six mois. Pourquoi ce choix ?
Il s’agit de retrouver l’esprit de la Ve République. La vraie solution n’est pas la dissolution. Cela fait un an que je le dis : il faut une présidentielle programmée et anticipée. La France a un système particulier, qui n’est pas celui de l’Allemagne, de l’Italie ou de l’Espagne. C’est celui de la Ve République, et il fonctionne très bien. Ce n’est pas la règle institutionnelle qu’il faut revoir, mais la manière de gouverner. Et que parte celui qui bloque le pays.
Que répondez-vous à ceux qui estiment qu’une démission du président de la République actuel entraînerait la fin de la Ve République en créant une sorte de jurisprudence ?
Lorsque le général de Gaulle démissionne, en 1969, il lui reste encore trois ans de mandat. Personne ne conteste alors sa légitimité juridique ; il détient même une légitimité historique. Et pourtant, le général de Gaulle estime qu’il n’a plus de légitimité politique, simplement parce qu’un an après des élections législatives triomphales, il perd de peu un référendum. Tout le monde n’est pas le général de Gaulle, bien entendu.
Lorsque le prédécesseur d’Emmanuel Macron, François Hollande, était président de la République, nombreux étaient ceux, notamment à droite, qui le jugeaient extrêmement mauvais. Personne n’a demandé sa démission.
Alors pourquoi, avec Emmanuel Macron, en vient-on à la demander ?
Parce que le pays est totalement bloqué du fait du président de la République. Il suffi t d’analyser la situation : la semaine dernière, Sébastien Lecornu annonce qu’il démissionne. Deux jours plus tard, on commence à expliquer que la seule manière d’assurer la stabilité politique, c’est de garder les mêmes au pouvoir. Nous assistons à la fin de la Macronie, à ses derniers soubresauts, à la survie d’une forme de monarchie administrative absolue. En réalité, c’est l’inspection des finances qui continue à tenir le pouvoir.
Selon un sondage Ifop pour Valeurs actuelles (lire notre article page 18), 82 % des électeurs Les Républicains se disent favorables à une coalition des droites incluant LR, le Rassemblement national et Reconquête !. Comment répondre à l’exaspération des électeurs de droite qui, très majoritairement, réclament l’union ?
Je suis moi-même un homme de droite, et je suis moi-même exaspéré. J’ai été l’un des seuls – peut-être le seul, avec François-Xavier Bellamy – à dire que le barrage républicain était un non-sens. Les vrais fascistes sont de l’autre côté, à l’extrême gauche, chez La France insoumise. Ce qui m’importe, c’est de mener la politique la plus positive possible pour le pays. Et je suis prêt à le faire avec quiconque, à condition que nous partagions des positions communes.
J’ai refusé de me fourvoyer avec les ex-LR passés chez Macron ; ce n’est pas pour me fourvoyer aujourd’hui avec un parti qui, comme le rappelait récemment encore Jean-Philippe Tanguy, propose de suspendre la réforme des retraites. D’ailleurs, quand Marine Le Pen est interrogée sur la nécessité de supprimer certaines agences ou directions d’État, elle répond que c’est « un truc de droite ».
Je ne peux pas partager les positions économiques du Rassemblement national, encore marquées par le collectivisme et l’étatisme. Toutefois, je constate qu’un débat interne s’y ouvre aujourd’hui. C’est intéressant et je pense que ce parti peut évoluer dans le bon sens.
Pourriez-vous aider le RN à évoluer sur le plan économique ?
Avec Nouvelle Énergie, nous essayons de gagner la bataille de nos idées. Elles sont aujourd’hui minoritaires sur le plan partisan. C’est pour cela que, dans la perspective de la présidentielle, j’appelle à une grande primaire ouverte de la droite. Parce que c’est le seul moyen de démasquer les faussaires, ceux qui ne font que du marketing politique. Le Rassemblement national ne viendra pas, parce qu’il est contre l’union des droites et parce qu’il est à 34 % dans les sondages.
Aussi, nous devons d’abord mettre sur la table entre cinq et dix propositions fortes, capables de rassembler toute la droite. D’abord, un référendum sur l’immigration : comment passer de 500 000 titres de séjour délivrés chaque année à 80 000. Ensuite, une réforme en profondeur de l’école, pour la libérer et en finir avec les idéologies qui sont en train de la perdre. Troisième axe : la réduction des dépenses publiques. Je propose un plan de 200 milliards d’euros d’économies sur les dépenses publiques, qui permettra de restituer 120 milliards en pouvoir d’achat grâce à la baisse des cotisations.
C’est ainsi que l’on pourra cotiser moins pour gagner plus, soit environ 400 euros de revenus supplémentaires pour un salarié touchant 2 000 euros par mois. Enfin, une grande réforme de l’État : il faut le réorganiser de fond en comble. C’est essentiel.
Je vais donc formuler ces propositions et appeler tous ceux qui se reconnaissent dans cette vision, de l’Union des démocrates et indépendants (UDI) à l’Union des droites pour la République (UDR), à se rassembler autour d’elles. Commençons par écrire le pacte de gouvernement et nous verrons si l’union est possible.
Comment analysez-vous la récente main tendue de Jordan Bardella, qui indique avoir « vocation à travailler » avec des « patriotes à droite » ?
Il y a de l’opportunisme, certainement. Mais Jordan Bardella semble contredire le discours fiscaliste de Marine Le Pen, Jean-Philippe Tanguy ou Sébastien Chenu. Le RN doit lui aussi clarifier sa doctrine. On n’a pas pu me forcer à aller chez Macron et on ne me forcera pas davantage à rejoindre une coalition ambiguë sur la manière de relancer la France.
Le jour où le Rassemblement national dira : “Vous ne pesez pas grand-chose, mais vos idées sont intéressantes et nous voulons travailler ensemble”, peut-être qu’il y aura matière à discussion. Mais pour l’instant, nous sommes balayés d’un revers de main. Comme je ne cherche ni points retraite ni poste, je continue simplement et inlassablement à défendre mes convictions.
Êtes-vous sensible à la lettre d’Éric Ciotti qui invite LR à le rejoindre dans la démarche qu’il entreprend avec l’UDR ?
Éric Ciotti poursuit sa stratégie. Je n’ai aucune acrimonie personnelle vis-à-vis de lui. Ce que je constate, c’est qu’il a pu reprendre un certain nombre des items de Nouvelle Énergie, notamment sur la liberté économique, sans parvenir à les faire adopter par le RN, qui fixe clairement la ligne.
Si vous aviez Emmanuel Macron face à vous, qu’aimeriez-vous lui dire ?
Je lui dirais qu’il peut avoir son moment gaullien. Qu’il pourrait, dans l’intérêt supérieur de la France, annoncer qu’il démissionnera au printemps prochain, en avril ou en mai, afin de permettre la tenue d’une élection présidentielle quelques semaines après. C’est la seule voie pour sortir des tensions et de l’échec actuels.
Retrouvez cet entretien sur le site de Valeurs actuelles en cliquant ici.
« La seule issue, c’est la démission du président »
En déplacement à Saint-Malo, le maire de Cannes et président de Nouvelle Énergie, David Lisnard, estime qu’Emmanuel Macron n’a plus de légitimité politique pour gouverner. Face à un pays « bloqué », il appelle le chef de l’État à démissionner pour permettre un nouveau départ démocratique. Un article à retrouver dans le JDD.
Ce vendredi soir, vers 22 heures, une collaboratrice se penche à l’oreille du maire de Cannes. David Lisnard, en pleine séance de dédicaces, suspend son stylo. « C’est une plaisanterie ? Tu me fais marcher ? » Le président de la République vient de reconduire Sébastien Lecornu à Matignon. Le président de l’AMF lève les yeux au ciel : « Donc il renomme un Premier ministre qui disait il y a quelques jours ne pas vouloir rempiler… Ces gens sont trop intelligents pour nous ! » Pour lui, pas de doute : cette histoire finira mal. Plus tôt dans la soirée, il s’en expliquait déjà devant 300 personnes réunies au Carré, le centre d’affaires de la cité corsaire, lors d’une réunion publique de son mouvement Nouvelle Énergie. Depuis plus d’un an, le chantre du libéralisme sillonne la France pour faire entendre sa voix.
Ce week-end, cap sur la Bretagne. Dans la voiture qui le conduit de Rennes à Saint-Malo, le vice-président des LR refait le film d’une semaine politique chaotique. Bruno Retailleau a-t-il eu raison de précipiter la chute du gouvernement ? Et que penser de ces députés LR prêts à brader la réforme des retraites pour éviter des législatives anticipées ? Lisnard hausse les épaules. À ses yeux, le Vendéen aurait dû claquer la porte plus tôt, dès juin, quand il était au faîte de sa notoriété. Songe-t-il à quitter LR ? Oui, si sa famille politique s’obstine à vouloir participer à un nouveau gouvernement. Une option finalement écartée, à son grand soulagement, ce samedi, lors du bureau politique des LR. À Saint-Malo, Lisnard fait halte au port : visite d’un chalutier-usine, puis échange avec des entrepreneurs locaux, qu’il tente de rallier à sa vision. Le soir, dans un amphithéâtre comble – 300 personnes entre deux âges –, pendant une heure, le maire de Cannes déroule son « projet libéral, sécuritaire et éducatif » pour sortir le pays de l’ornière. La démonstration vire vite au réquisitoire contre « la caste » au pouvoir. Au banc des accusés, le chef de l’État et sa dissolution ratée. On n’en sortira, estime-t-il, que par un retour aux urnes. Mais pas de législatives anticipées : « La seule issue, c’est la démission du président de la République. » Et qu’on ne lui parle pas de précédent dangereux : « Quand le sélectionneur de l’équipe de France est mauvais, on ne le garde pas au motif que son départ risquerait d’affaiblir les prochains entraîneurs. »
Soucieux de ne pas passer pour un factieux, il rappelle qu’il n’a jamais demandé la démission de François Hollande, qu’il jugeait pourtant « nullissime ». Et pour cause : « Le pays n’était pas bloqué. » Il convoque alors de Gaulle, qui quitte le pouvoir en 1969 après son référendum perdu, fort encore d’une légitimité historique et politique. « Emmanuel Macron n’a plus qu’une légitimité juridique. » La référence fait mouche chez Odette, 92 ans, gaulliste revendiquée, que le spectacle politique désespère : « Le président se grandirait en actant son départ. » François, la quarantaine, se joint à la discussion. Il partage le diagnostic de blocage, pas le remède : « Le fait majoritaire n’est plus une évidence. On ne peut plus garantir que de nouvelles législatives donnent une majorité claire. » Dans la file des dédicaces, à la sortie, la perspective d’une démission anime les conversations. Beaucoup la souhaitent, peu y croient. Mais tous s’interrogent sur la stratégie de la droite. Y aller ? Ne pas y aller ? « Dans un moment de crise, juge un vieux marin, la droite doit prendre ses responsabilités et incarner la stabilité. On ne quitte pas le navire quand il coule. » Mais pour David Lisnard, la question ne se pose plus : le bateau gît déjà au fond.
Un article de Victor-Isaac Anne à retrouver sur le site du JDD en cliquant ici.
« Le pire serait d’être les cautions d’un budget socialiste et dépensier »
Au nom de la cohérence et de l’intégrité, le président de Nouvelle Énergie invite Les Républicains à ne pas commettre « l’erreur stratégique » d’une participation au gouvernement Lecornu 2, qu’il perçoit comme les derniers soubresauts d’un macronisme responsable du chaos actuel. Un entretien à retrouver dans Le Figaro du 13 octobre 2025.
LE FIGARO. – Comment sentez-vous le pays au moment où Sébastien Lecornu dévoile son gouvernement ?
DAVID LISNARD. – Je constate ce que je ressens moi-même : une profonde exaspération, un sentiment de gâchis du pays et aussi une volonté chez de nombreux citoyens de trouver une solution. Mais les gens sont atterrés. Plus Emmanuel Macron est rejeté, plus il impose le macronisme. Tout ce qui se passe est extrêmement grave et insensé. On ne peut pas et on ne doit pas le banaliser, car la Cocotte-Minute est en train de monter en pression.
Pourquoi avez-vous qualifié le choix d’Emmanuel Macron de dangereux, alors que certains membres de votre famille politique ont applaudi sa décision ?
Car sa décision apparaît comme un déni de démocratie et une obstination incompréhensible. Il y a eu une défaite aux législatives, la réalité parlementaire est qu’il n’a plus le pouvoir, mais il persiste à nommer Sébastien Lecornu. Le pays se retrouve donc bloqué dans la spirale de l’échec et du délitement. Et la seule façon de sortir de la crise sera de passer par l’élection, et d’abord la présidentielle.
Les réponses de la droite vous semblent-elles à la hauteur ?
Quand les circonstances s’emballent, il faut être très solide et faire preuve de constance. C’est-à-dire tenir sur nos principes et nos convictions. C’est absolument nécessaire. L’enjeu n’est ni l’avenir de LR ni celui de la droite, mais la capacité à porter un projet de redressement national fort, puissant et raisonnable, sans laisser le monopole de l’alternative à la gauche gouvernée par l’extrême gauche, ou au RN. Et sans se fourvoyer dans l’échec de ce que nous avons toujours combattu. Avec Nouvelle Énergie, je vais proposer une initiative à toutes les forces de droite, d’Horizons à l’UDR : cinq à dix grandes mesures prioritaires sur lesquelles nous pourrions nous mettre d’accord pour redresser le pays. Retraites par capitalisation, forte baisse des dépenses, référendum pour couper le robinet de l’immigration, grande loi justice et sécurité, réforme complète de l’État et redressement de l’école. Il est temps d’écrire le scénario avant le casting.
Allez-vous quitter Les Républicains ?
J’avais indiqué depuis des mois qu’il ne fallait plus rester au gouvernement. Il n’y a pas de choix à faire entre participation et chaos, car le chaos est déjà là. Soit on appartient à un gouvernement dont on ignore les objectifs, en sachant qu’il sera tenu par des engagements destructeurs auprès du Parti socialiste, soit on reste à l’Assemblée pour voter des textes qui nous paraissent positifs, contrer ceux qui nous semblent négatifs et préparer le projet dont la France a besoin. Je suis toujours dans le même état d’esprit en notant aujourd’hui que la position de Bruno Retailleau, actée samedi, va dans le sens que j’indique. Mais, compte tenu des soubresauts internes, il est évident que si LR en venait à soutenir un gouvernement prêt à cautionner des mesures de dégradation des comptes publics, notamment sur les retraites, je ne resterais pas. C’est une question de cohérence et d’intégrité.
Mais certains élus LR ont rejoint le gouvernement Lecornu 2, en contradiction avec la décision du parti. La réaction de fermeté de Bruno Retailleau est-elle la bonne ?
Oui, et au-delà de sa réaction, c’est tout simplement le respect du fait majoritaire. Ces ministres se mettent eux-mêmes en marge des Républicains. On ne peut pas manger à tous les râteliers. Il est nécessaire d’adopter très vite une vraie stratégie et une vraie ligne politique. Si ce n’était pas là, comme je l’ai indiqué. Je prendrai mes responsabilités. L’enjeu est bien au-dessus de ces questions. Céder aux facilités immédiates c’est faire disparaître notre ambition de représenter un espoir pour le pays et d’animer un pôle fort. Je ne veux pas me résigner à ce que la droite et l’espoir d’une alternative forte soient emportés dans les derniers soubresauts du macronisme. La voie à suivre doit être celle de l’indépendance d’une droite réaliste. Le pire serait d’être les cautions d’un budget socialiste et dépensier, capable de remettre en cause la seule réforme de ce quinquennat catastrophique. Participer à ce gouvernement est une erreur stratégique et un renoncement.
Existe-t-il un risque de crise sévère chez LR ?
Oui, il y a un risque.
Pourquoi condamnez-vous certaines concessions, comme le principe d’une suspension de la réforme des retraites, parfois défendu à droite au nom de la responsabilité ?
Il serait paradoxal de mener la politique de la gauche pour éviter qu’elle n’arrive au pouvoir ! On y perdrait en clarté politique et l’on ajouterait au désordre d’une situation pathétique, en créant, de surcroît, une instabilité financière, économique et sociale. N’oublions pas que tout part des erreurs fondamentales du président de la République. Il dissout de façon incompréhensible pour éviter une censure et une dissolution six mois plus tard. C’est Gribouille qui se jette dans la Seine parce qu’il pleut ! Après les diagnostics de Michel Barnier et de François Bayrou sur la dégradation vertigineuse des comptes de l’État, nous devrions accepter d’accentuer ce problème pour ne pas créer une instabilité politique ? Mais nous serions dans une absurdité totale ! La seule sortie est l’arbitrage du peuple. La première instabilité, c’est Emmanuel Macron.
Lorsque vous dénoncez les socio-étatistes du spectre politique, pensez-vous aussi au parti LR ?
Oui. On l’a vu clairement lorsqu’il y a eu cette hystérie autour de la taxe Zucman, organisée par la gauche pour détourner l’opinion des baisses de dépenses pourtant nécessaires. C’est vrai de la gauche au RN.
La promesse d’un gouvernement incarnant le « renouvellement et la diversité des compétences », n’est-ce pas de nature à recréer de la confiance ?
Je n’ai jamais été dupe de la novlangue macronienne.
Combien de temps selon vous le gouvernement Lecornu 2 tiendra-t-il ?
Il tiendra seulement le temps que la gauche voudra qu’il tienne. J’ai le plus profond respect pour les moines-soldats, mais, au fil de l’histoire, ils n’ont pas toujours gagné la bataille du temps.
Propos recueillis par Emmanuel Galiero. Retrouvez cet article sur le site du Figaro en cliquant ici.
« La solution, ce serait d’annoncer une présidentielle pour juin »
Pour sortir de la crise, David Lisnard suggère d’annoncer dès maintenant la tenue d’une élection présidentielle anticipée après les municipales en 2026. Avec, d’ici là, la nomination d’un gouvernement technique pour assurer l’intérim.
David Lisnard dans La Grande Interview : « La première source d’instabilité, c’est l’obstination d’Emmanuel Macron »
Invité de Sonia Mabrouk dans La Grande Interview diffusée sur CNews et Europe 1, lundi 13 octobre, David Lisnard a livré une analyse sans détour de la situation internationale et de la crise politique française. Entre la libération des premiers otages en Israël et la formation du gouvernement Lecornu, il a dénoncé l’effacement diplomatique de la France et la fin d’un cycle politique marqué par l’impuissance du macronisme.
« Un moment de joie, mais n’oublions pas la réalité des pogroms du 7 octobre »
Réagissant aux images de liesse en Israël après la libération de sept premiers otages du Hamas, David Lisnard a exprimé une émotion sobre et lucide :
« On ne peut que se réjouir du retour de ces otages. Rien n’est pire que d’avoir son enfant pris, torturé, maltraité. Mais cela ne doit pas faire oublier la réalité des pogroms du 7 octobre. »
Il a également salué le rôle joué par Donald Trump et certains pays de la région dans cet accord :
« C’est une réussite diplomatique qu’il faut reconnaître. Contrairement à la France, qui n’a plus de doctrine claire, ni les moyens de ses ambitions. »
« La France, figurante bavarde de la diplomatie mondiale »
David Lisnard a dénoncé la perte d’influence de la France sur la scène internationale :
« Voir la France condamnée à être une figurante de la diplomatie mondiale, c’est terrible. Comme le disait Bismarck, la diplomatie sans les armes, c’est la musique sans les instruments. Et en plus, nous sommes devenus une figurante bavarde. »
« Le gouvernement Lecornu, dernier soubresaut du macronisme »
Interrogé sur la nouvelle équipe gouvernementale, il a estimé qu’elle symbolisait la fin d’un système :
« Cette équipe n’a pas de légitimité politique. Tout cela pourrait prêter à sourire si la situation du pays n’était pas dramatique. Nous sommes face aux derniers soubresauts de l’agonie du macronisme. »
Il a également dénoncé « le pari de la gamelle » de certains responsables politiques ayant rejoint le gouvernement, et rappelé que la stabilité invoquée par l’exécutif n’était qu’un leurre :
« C’est la stabilité du déficit commercial, la stabilité des comptes publics qui s’effondrent, la stabilité de l’échec. La stabilité dans l’effondrement, c’est un contresens absolu. »
« Être responsable, c’est préparer une alternative »
Face à cette situation, David Lisnard a réaffirmé la nécessité de bâtir une offre politique forte et cohérente :
« La première source d’instabilité aujourd’hui, c’est l’obstination d’Emmanuel Macron. Être responsable, c’est préparer une alternative puissante, pas prolonger une fausse stabilité. »
Il a défendu de nouveau l’idée d’une présidentielle programmée et anticipée, suivie de législatives, afin de restaurer la clarté démocratique :
« Dans un esprit gaullien, on aurait pu imaginer une présidentielle anticipée, préparer les offres politiques, puis organiser les législatives après. »
« Pour une grande entente à droite autour d’un projet clair »
David Lisnard a appelé à une union des forces de droite fondée sur des convictions communes plutôt que sur des alliances de circonstance :
« Il faut une grande primaire ouverte autour d’un projet fort. L’union doit se faire autour du contenu : maîtrise de l’immigration, excellence éducative, baisse de la dépense publique et réforme de l’État. »
« Nous sommes en première ligne face à l’islamisme »
Enfin, il a conclu sur une note de gravité, rappelant que la France, comme Israël, fait face à la menace islamiste :
« Israël est en première ligne face à l’islamisme. Nous le sommes aussi. Pensons à nos enseignants, à ces professeurs qui sont eux aussi en première ligne face à ce totalitarisme violent qui gangrène notre pays. »
« Pendant ce temps-là… la folie administrative continue »
Le vide politique ne signifie pas vide administratif, loin de là. David Lisnard déplore l’incessante inflation normative, coûteuse pour la collectivité. Une tribune de David Lisnard parue dans Les Échos.
Newton nous enseigne que, dans le vide, un corps en mouvement conserve toujours sa vitesse. Cette loi fondamentale n’est pas étrangère à notre administration publique. A l’heure où la France célèbre l’attribution du prix Nobel de physique à Michel Devoret, il nous faut reconnaître que les enseignements de la physique s’appliquent bien au-delà des frontières de cette noble discipline.
Dans le vide politique présent depuis le 9 septembre – date à laquelle nous avons eu notre dernier gouvernement – de nombreuses masses continuent de s’abattre sur nous, citoyens, entreprises, collectivités, avec la même célérité : les normes !
Nous aurions pu penser que l’atonie de l’exécutif aurait eu au moins un effet positif, une pause dans l’inflation des règles qui tombent sur la société civile. Or, pendant les trois semaines où s’est déroulée la tragicomédie de la constitution du gouvernement furtif de Sébastien Lecornu, de sécheresse normative il n’y en eut point. Ce déluge a continué de déferler sur la France. La folie administrative n’a même plus besoin de gouvernement !
27 textes réglementaires en un mois
Les maires, dont je suis, chargés d’en appliquer un grand nombre, sont les premiers témoins de cette inertie dans laquelle les normes nouvelles poursuivent leur folle trajectoire. En un mois, les collectivités territoriales ont vu s’abattre sur elles 27 textes réglementaires supplémentaires. « Décret relatif à la doctrine technique du numérique pour l’éducation », « décret relatif au calendrier d’autorisation et de renouvellement pour les établissements d’accueil du jeune enfant », « décret modifiant diverses dispositions relatives aux passeports et aux cartes nationales d’identité », « décret fixant le régime des redevances dues pour l’occupation du domaine public de l’Etat et de ses établissements publics par les ouvrages de transport et de distribution d’électricité »… Le cent-mille feuilles administratif est celui de nos codes.
Et tout comme chaque masse a son poids, chaque norme a son coût. La transposition de la directive sur la rénovation énergétique, imposant aux collectivités territoriales de rénover 3 % de la surface chauffée des bâtiments de plus de 250 m², est chiffrée à 10 milliards d’euros par an pour les collectivités par le Conseil national d’évaluation des normes.
Ce que l’on constate dans nos mairies est identique en entreprises et pour les particuliers. Si 27 nouveaux textes réglementaires concernant les collectivités ont été élaborés en trois semaines en l’absence de gouvernement de plein exercice, combien de nouvelles normes qui touchent directement les Français ont-elles été prises ?
La baisse des dépenses publiques est une nécessité absolue pour notre pays. Il faut en finir avec cette inflation et ce harcèlement textuels qui non seulement génèrent de nouvelles dépenses, mais en plus étouffent la création de richesses ; en finir avec le centralisme qui réglemente tout dans les moindres détails, puis à prévoir des nouvelles réglementations pour y déroger lorsque – surprenant – la règle détaillée ne parvient pas à être appliquée localement.
En finir avec le conformisme technocratique, qui consiste à penser que créer une norme, une procédure, ou un schéma directeur, c’est agir. En finir avec tous ces contrôles a priori qui empêchent les maires comme les entreprises de prendre la moindre initiative.
Décentraliser, vraiment
Il faut en finir avec toutes ces administrations et directions régionales de l’Etat, ni proches, ni loin, et les placer sous l’autorité du préfet de département : dépeupler les ministères et les agences pour repeupler les préfectures, supprimer des normes nationales, pour laisser les collectivités décider comment les lois s’appliquer.
En finir avec un Etat qui, à force de s’occuper de tout, ne parvient plus à assurer ses missions fondamentales. En finir avec un Etat-providence déjà mort mais toujours coûteux.
Libérons l’Etat de toutes ces missions qu’il s’inflige, et nous retrouverons de l’efficacité. Libérons les énergies locales, et nous sortirons du vide. Libérons la France de sa technocratie et nous éviterons le chaos.
Retrouvez cette tribune sur le site Les Échos en cliquant ici.