Ne faisons pas de la laïcité un renoncement
La loi de 1905, véritable chef d’œuvre d’équilibre politique, célèbre ses 120 ans. Si le mot « laïcité » ne sera consacré que plus tard par les textes constitutionnels de 1946 et 1958, elle énonce des principes concrets – non-reconnaissance et non-subvention des cultes – et fait de la liberté son principe : liberté de l’État face aux Églises, liberté des consciences face à l’État, liberté des cultes dans le respect de l’ordre public. Une tribune de David Lisnard parue le 9 décembre 2025, jour d’anniversaire de la loi de 1905, sur Rupture-Mag.
Pourtant, cette loi de sagesse subit depuis quelques années un détournement systématique et la République fait face à une instrumentalisation de ce principe fondateur. Ce qu’Aristide Briand avait conçu pour pacifier les rapports entre l’État et les Églises sert désormais à nier ce que nous sommes, ce qui n’était pas son objet.
L’objectif initial de ce texte, après vingt-cinq ans d’affrontement, était clair : protéger la conscience de chacun en séparant les pouvoirs religieux et politiques. Il ne fut jamais question, dans l’esprit de Briand, de nier l’identité historique du peuple français, construite sur un socle judéo-chrétien. Et la neutralité de l’État ne devait pas se transformer en négation de cette réalité.
S’il refusait d’imposer une confession particulière, il refusait tout autant d’effacer quinze siècles d’histoire.
Car il faut le comprendre : la laïcité n’est pas une fin en soi mais un moyen au service de la liberté. Elle garantit que l’État ne dictera pas au citoyen ce qu’il doit croire. Elle le protège de l’emprise du pouvoir spirituel. Elle assure que personne ne sera contraint dans sa foi. Mais cette liberté ne surgit pas dans un vide civilisationnel. Elle suppose un cadre qui la rend possible et lui donne son sens.
Ce cadre, c’est précisément notre héritage judéo-chrétien. Celui-ci, en France, est lié à la pensée grecque et au droit romain, puis, d’une certaine façon, génère l’esprit des Lumières qui certes en contestera le magistère mais en consacrera les valeurs d’universalisme et de dignité de la personne humaine. C’est le christianisme qui, le premier, a distingué le spirituel du temporel. C’est lui qui participera culturellement à l’évènement de la notion d’un individu souverain, libre et responsable. La parole évangélique « Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu » a fondé la possibilité même d’une séparation des pouvoirs, développée plus tard par Saint-Augustin. Elle a créé l’espace conceptuel dans lequel la laïcité pouvait naître. Seul l’Occident chrétien a produit cette dualité qui permettra l’émergence d’un État laïc.
La laïcité française accomplit donc, après bien des siècles il est vrai, ce que le christianisme a rendu pensable : la possibilité pour l’individu d’être citoyen sans que sa foi privée ne détermine son statut public. Cette liberté de conscience s’enracine dans la conception chrétienne de la personne humaine, dotée d’une dignité inaliénable.
Prétendre que la laïcité exige d’oublier, voire de nier et même de combattre cet héritage, c’est scier la branche sur laquelle elle repose. C’est transformer un acquis civilisationnel en concept abstrait manipulable à merci au détriment de la nation française. Sans la reconnaissance de ce terreau historique, la laïcité devient une coquille vide que chacun peut remplir selon ses intérêts. Et c’est précisément ce qui se produit aujourd’hui.
Briand le savait. Durant les débats de 1905, il a dû combattre sur deux fronts. Contre les catholiques opposés à la séparation, certes. Mais aussi contre les anticléricaux extrémistes de son camp qui proclamaient « l’incompatibilité entre l’Église et tout régime républicain » et affirmaient que « tant que l’Église n’aura pas entièrement disparu, notre tâche ne sera pas achevée ».
Briand a tenu bon, refusé une loi « braquée sur l’Église comme un revolver », selon ses propres termes, et conclu les débats en rappelant que la majorité avait accordé aux catholiques « tout ce que raisonnablement pouvaient réclamer vos consciences : la justice et la liberté ».
Aujourd’hui, une double offensive converge pour détruire cet équilibre. D’un côté, l’idéologie woke issue du multiculturalisme anglo-saxon transforme la laïcité soit en instrument de discrimination soit en outil d’ « annulation » de l’héritage chrétien. De l’autre, l’islam politique la perçoit comme un obstacle à abattre. Les deux s’allient objectivement dans une même entreprise de démolition de l’universalisme républicain.
Dans les années 1990, des courants intellectuels inspirés par le multiculturalisme ont commencé à promouvoir une « laïcité de reconnaissance » qui remet en cause la frontière classique entre sphère privée des convictions et neutralité de l’espace public.
Ses promoteurs prétendent prolonger l’esprit libéral de la loi de 1905. Or, c’est une lecture anachronique et infidèle à l’intention originelle du législateur.
Briand défendait la liberté de conscience dans un cadre civilisationnel assumé, mais il n’a jamais demandé à la République de reconnaître publiquement toutes les revendications identitaires. Il n’a jamais transformé la neutralité de l’État en obligation positive d’accueillir et de légitimer dans l’espace public tous les codes culturels religieux ; il garantissait la liberté des cultes, pas un droit général à la reconnaissance identitaire.
Cette dérive multiculturaliste a ouvert la voie à des positions plus radicales encore. Le courant décolonial récuse aujourd’hui la laïcité, dans laquelle il voit une « expression du pouvoir blanc ». Il défend l’autonomie des groupes communautaires et leur droit à imposer leurs normes religieuses.
Le paradoxe est saisissant. Les mêmes qui s’offusquent d’une crèche sur un village de Noël au motif qu’elle violerait la neutralité de l’espace public restent silencieux face aux revendications islamistes les plus fanatiques. Cette laïcité à géométrie variable est une capitulation déguisée en tolérance. Elle frappe avec zèle les symboles de notre héritage et s’agenouille devant les offensives qui le contestent et servent objectivement l’islam politique.
Des groupements religieux se sont succédé pour structurer cette offre : le Tabligh d’abord, le mouvement des Frères musulmans ensuite, puis les groupes salafistes. Leur objectif est clair : immuniser les jeunes musulmans contre l’influence de l’école républicaine, empêcher ce qu’ils nomment « l’aliénation culturelle ». Autrement dit, empêcher l’intégration. Sans même parler de l’assimilation, hélas abandonnée depuis trop longtemps.
Selon le dernier sondage IFOP de novembre 2025, 38 % des musulmans de France approuvent désormais tout ou partie des positions islamistes, contre 19 % il y a trente ans.
Chez les musulmans de 15 à 24 ans, les chiffres sont plus éloquents encore : 59% pensent que la charia doit être appliquée en France, 57 % estiment que les règles religieuses doivent primer sur les lois de la République, 42 % se disent proches d’une « mouvance islamiste ».
Ces chiffres révèlent l’émergence d’une contre-société organisée selon des normes religieuses distinctes, voire opposées, à celles de notre nation.
Les idiots utiles de l’islamisme, qui utilisent la laïcité dévoyée pour légitimer cette balkanisation culturelle et religieuse au nom de l’inclusivité et de la lutte contre les discriminations, travaillent objectivement à la déconstruction de cette même laïcité. Tout comme les anti-cléricaux de 1905 voulaient détruire l’Église au nom de la République, ils entendent détruire la République au nom du multiculturalisme.
Le djihad judiciaire mobilise tribunaux et instances internationales pour attaquer les pouvoirs publics et intellectuels. L’islam politique utilise toutes les armes à sa disposition, en commençant par accuser d’islamophobe tout opposant, cherchant ainsi à faire taire toute critique en l’assimilant à du racisme et en accrochant une cible dans le dos de la personne incriminée.
Samuel Paty a été assassiné en 2020 non pas parce qu’il enseignait la neutralité, mais parce qu’il osait enseigner la liberté d’expression, cette valeur profondément ancrée dans notre conception judéo-chrétienne de la personne humaine. Dominique Bernard a été tué pour le même crime : avoir transmis, à travers la littérature française, une vision du monde que d’autres considéraient comme incompatible avec leurs convictions religieuses.
Ces morts exigent de nous clairvoyance et courage. La France n’est pas un marché où tous les projets civilisationnels se valent. Elle n’est pas une page blanche où chacun pourrait écrire son propre système de normes. C’est une nation avec une histoire, des fondations, une âme. Elle a le droit de les défendre. Elle en a le devoir.
L’universalisme républicain ne nie pas les différences. Il les rend possibles en les situant dans la sphère privée. Il protège les libertés individuelles contre l’emprise des groupes. Il garantit que personne ne sera assigné à une communauté, enfermé dans une identité, soumis à une autorité religieuse.
Assumer notre identité n’est donc pas trahir la laïcité. C’est la comprendre dans sa profondeur. La France laïque n’est pas une France amnésique. Elle est une nation qui accueille toutes les croyances à condition qu’elles acceptent ses fondements, qui ne sont pas négociables.
Le combat du XXIe siècle se joue ici. Entre une laïcité vivante qui assume l’héritage civilisationnel de la France et une laïcité dévoyée qui organise notre effacement. Entre un universalisme qui libère les individus et un communautarisme qui les asservit.
Cette bataille se gagnera par notre capacité à reprendre le terrain perdu. Chaque voile à l’université – qui n’a pas vocation à être un lieu de manifestation identitaire mais un sanctuaire de la raison et de l’émancipation –, chaque burkini sur nos plages, chaque refus de mixité dans nos piscines, chaque prière de rue est un étendard politique, souvent un pion avancé par les islamistes sur l’échiquier de notre espace public, et toujours un renoncement de la République française.
L’absence de tout signe religieux ostensible doit prévaloir partout où la République instruit, juge ou administre.
Ces mesures visent à protéger la liberté de conscience contre les assignations identitaires. Elles défendent l’espace commun contre la fragmentation communautaire. Elles accomplissent ce que Briand voulait : permettre à chacun de vivre sa foi dans la sphère privée sans que celle-ci ne détermine son statut dans l’espace public.
Cent vingt ans après, nous devons faire ce qu’il a fait : combattre sur deux fronts. Refuser l’offensive islamiste qui veut soumettre la République à la charia. Refuser l’offensive woke qui veut dissoudre notre identité dans le multiculturalisme. Dénoncer les idiots utiles qui, par lâcheté ou par calcul, ouvrent les portes aux deux.
Résister à ces nouveaux empires idéologiques, c’est assumer pleinement ce que nous sommes comme Français, précisément dans l’esprit républicain, c’est-à-dire quelles que soient nos origines et nos éventuelles croyances religieuses. Sans cette double fidélité à la liberté individuelle et à l’identité nationale héritée, il ne restera bientôt plus rien à défendre. Ni République, ni civilisation, ni nation. Seulement un espace vide offert à ceux qui n’ont jamais renoncé à le conquérir.
Retrouvez cette tribune sur le site de Rupture-Mag en cliquant ici.
David Lisnard fait sa rentrée sur CNews et réunit plus de 700 000 téléspectateurs
Lors de cette intervention, David Lisnard a dénoncé l’inefficacité des réponses politiques face à la gravité de la situation du pays :
« C’est comme si on vous diagnostiquait la peste et qu’on vous prescrivait de l’homéopathie. […] Le mal est bien plus profond, on est à la fin de l’État-providence. On est au bout d’un système. »
Il a également exprimé sa défiance à l’égard de la classe dirigeante actuelle :
« Je ne fais pas confiance à ceux qui depuis des années mènent le pays dans la situation dans laquelle nous sommes et nous font la morale. »
Une rentrée offensive
Pour sa rentrée politique et médiatique, David Lisnard a choisi de parler vrai, sans détour. En alertant sur l’épuisement d’un système et en critiquant ceux qui continuent de donner des leçons après des années d’échec, il trace une ligne claire : refuser la résignation et appeler à un sursaut national.
Dans une tribune publiée sur Causeur, Sophie de Menthon, Cheffe d’entreprise et présidente du mouvement Ethic, déplore le manque de vision économique et d’audace libérale dans la classe politique française. Elle estime que, parmi les responsables de droite comme de gauche, seul David Lisnard a su porter avec clarté et pédagogie un libéralisme fondé sur la liberté et la responsabilité individuelles.

Pour lire l’intégralité de la tribune et découvrir l’analyse complète de Sophie de Menthon sur la place du libéralisme dans le débat politique français, rendez-vous sur le site Causeur en cliquant ici.

Dans un entretien accordé à l’AFP, David Lisnard estime possible pour la droite de tomber d’accord sur dix mesures et appelle à l’organisation d’une primaire en 2026, dans la foulée des élections municipales. Résumé via BFM.
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Au cœur des Allées de la Liberté rénovées, David Lisnard a inauguré une place dédiée à Alexis de Tocqueville, grande figure de la pensée libérale, ainsi qu’un parcours rendant hommage à douze penseurs de la liberté.

Vendredi 27 juin 2025, David Lisnard, a inauguré la Place Alexis de Tocqueville, en présence de l’essayiste Nicolas Bouzou. Cette nouvelle dénomination, située dans la partie centrale des Allées de la Liberté-Charles de Gaulle, rend hommage à l’un des plus grands intellectuels français, théoricien de la démocratie, ardent défenseur de la liberté et auteur du célèbre De la Démocratie en Amérique. Mort à Cannes en 1859, Tocqueville rejoint ainsi les grandes figures honorées par la Ville dans l’espace public.

À cette occasion, David Lisnard a également dévoilé le Cheminement des Penseurs, un parcours philosophique et artistique installé autour du kiosque à musique, qui met à l’honneur douze grands esprits de la pensée politique, morale et sociale, de Camus à Orwell, en passant par John Locke ou Raymond Aron. Tous ont en commun la défense acharnée des libertés individuelles et de l’esprit critique.

« Nous sommes très fiers d’inaugurer, au cœur des Allées de la Liberté-Charles de Gaulle, la place Alexis de Tocqueville, en hommage à l’un des plus grands intellectuels français, qui s’est éteint à Cannes en 1859. Lier de Gaulle et Tocqueville sur les valeurs de liberté est un acte de foi en une certaine idée de la France, porteuse de justice, de prospérité et de défense des droits naturels. La lecture de l’œuvre de Tocqueville est une nécessité civique. Ses écrits restent d’une actualité, d’une finesse et d’une profondeur salutaires. Quant au Cheminement des Penseurs, installé autour du kiosque à musique, il propose une rencontre avec douze grandes figures de la pensée politique, morale et sociale. Il nous invite, tous, à redécouvrir les idées fondatrices qui ont façonné nos démocraties libérales. Ces initiatives réaffirment l’engagement de Cannes pour la défense des libertés individuelles et la transmission des principes républicains, notamment aux jeunes générations. »
— David Lisnard

Cette double inauguration s’inscrit dans un projet majeur de requalification des Allées de la Liberté, désormais transformées en grande place méditerranéenne moderne, végétalisée, sécurisée, accessible, tout en restant fidèle à son identité provençale. Les aménagements, qui vont de la place Cornut-Gentille à l’avenue désormais baptisée Winston Churchill, contribuent à renforcer l’attractivité du cœur de ville et à valoriser son patrimoine historique et intellectuel.
La Place Alexis de Tocqueville vient ainsi enrichir la politique de toponymie engagée par la municipalité depuis 2014, visant à donner aux espaces publics le nom de figures marquantes de l’histoire, de la culture et des idées françaises.

Nous espérons tous une libération rapide de Boualem Sansal. Tant sa détention est un scandale et absurde. L’affaire Boualem Sansal interpelle profondément la conscience collective. Écrivain franco-algérien de stature internationale, injustement détenu en Algérie depuis le 16 novembre 2024, Boualem Sansal incarne un combat essentiel : celui de la liberté d’expression face à l’arbitraire et à l’oppression. Sa détention pour des raisons politiques constitue une atteinte grave aux valeurs démocratiques et humanistes.

Au-delà du soutien dû à l’homme lui-même, dont je suis fier de partager l’amitié, ce qui se joue à travers son destin concerne directement le rôle des intellectuels dans l’espace public, le devoir de protection que chaque État doit à ses citoyens, et la nécessité impérative pour la France d’affirmer sans ambiguïté ses principes fondamentaux face aux dérives autoritaires et liberticides qui s’abattent sur un de ses ressortissants.
Boualem Sansal dépasse la simple dimension littéraire. Originaire de Téniet El-Had en Algérie, doté d’un parcours académique prestigieux, il s’est imposé comme une voix critique incontournable face aux tragédies historiques et politiques de son pays natal. Ses écrits, profondément enracinés dans les souffrances et les convulsions de l’Algérie contemporaine, offrent une réflexion percutante sur les ressorts profonds des systèmes autoritaires et des violences politiques qu’ils engendrent.
Son ouvrage Le Serment des barbares, paru en pleine guerre civile algérienne en 1999, dévoile avec une rare lucidité les réalités brutales d’un pays meurtri par l’affrontement fratricide, la corruption et les abus du pouvoir. Sa plume incisive et courageuse lui confère immédiatement une reconnaissance internationale et le place au centre des grands débats littéraires et politiques de l’époque.
Dans son roman suivant, Le Village de l’Allemand (2008), Sansal élargit son propos en explorant les héritages troubles du nazisme et leurs similitudes alarmantes avec les régimes contemporains autoritaires. Ce récit dérangeant et profondément humain alerte sur les dangers toujours actuels de la haine idéologique et sur les complicités silencieuses qui facilitent l’avènement et le maintien des pouvoirs oppressifs.
Avec 2084 : la fin du monde (2015), Sansal offre une vision prophétique et saisissante des ravages potentiels du fanatisme religieux islamiste. Inspiré explicitement par l’œuvre de George Orwell, ce roman révèle comment les libertés individuelles sont systématiquement mises en péril par les idéologies extrémistes, rappelant ainsi la nécessité d’une vigilance constante et d’une résistance intellectuelle active.
Dans Vivre : le compte à rebours (2024), Boualem Sansal s’inscrit dans une veine résolument dystopique et contemporaine. Ce roman de science‑fiction s’autorise l’ironie voltairienne tout en questionnant l’avenir collectif, l’autorité des institutions et la survie de l’espèce. Dans un style incisif — souvent caustique — il critique la bureaucratie et les dérives religieuses montrant leur impuissance face à la catastrophe cosmique imminente.
En cela, l’engagement littéraire et moral de Boualem Sansal le situe clairement dans une filiation prestigieuse d’intellectuels résistants tels que Soljenitsyne, Vaclav Havel ou Navalny. Par leur courage, ces auteurs ont toujours incarné une résistance morale aux dérives autoritaires de leur époque. Par ses prises de position et la rigueur morale de son œuvre, Boualem Sansal maintient vivante cette tradition essentielle, réaffirmant sans cesse que la liberté d’expression demeure un fondement indispensable à toute démocratie authentique.
Son arrestation, survenue il y a plus de sept mois dans des conditions humiliantes à l’aéroport d’Alger, illustre de manière flagrante la dérive autoritaire d’un régime déterminé à étouffer toute critique intellectuelle.
Le 24 juin 2025, dans un tribunal algérois barricadé, s’est ouvert un procès en appel qui fera date. Non pas tant pour ses enjeux juridiques que pour ce qu’il révèle d’un rapport franco-algérien vicié et d’un scandale moral qui engage la France tout entière.
À 81 ans, malade, Boualem Sansal fait face à un réquisitoire alourdi, dix ans de prison ferme pour avoir écrit, pour avoir pensé, pour avoir choisi la langue française et l’universalisme républicain. Son crime ? Des mots.
Et ce procès, marqué par l’interdiction de séjour infligée à ses avocats français Pierre Cornut-Gentille et François Zimeray, par l’humiliation et l’isolement, n’est pas seulement celui d’un homme : il est celui de la liberté d’expression elle-même. Quand un écrivain paie de sa liberté son courage, c’est toute une société qui vacille si elle détourne le regard.
Cela n’est pas seulement une question juridique ou diplomatique, c’est une question d’humanité et de décence élémentaire. Cette mascarade judiciaire met crûment en évidence la duplicité d’un régime qui proclame officiellement la liberté d’expression tout en la réprimant brutalement dans les faits.
Ce procès politique dépasse largement les frontières algériennes : il interpelle directement la France, nation dont Boualem Sansal est devenu citoyen, et met à l’épreuve sa détermination à défendre sans concessions les principes universels des droits humains.
C’est pourquoi, en tant que maire de Cannes, avec le comité de soutien international fondé par Arnaud Benedetti et présidé par Noëlle Lenoir, nous avons lancé l’opération « Je lis Sansal ». Il fallait créer un élan. Et cet élan a eu lieu. En quelques jours, plus de 200 communes, des libraires, des lecteurs, des écoliers, des acteurs, des écrivains, de toute sensibilité, ont répondu à l’appel.
Partout en France, des voix se sont élevées pour dire que nous ne nous tairons pas. Que la culture est une flamme, que la liberté est une exigence, que la France ne doit pas devenir une nation amnésique. Lire Sansal, c’est dire que la pensée critique n’est pas un luxe : elle est une urgence.
À Cannes, nous avons fait de la lecture et des humanités un pilier de l’éducation, convaincus, comme le disait Victor Hugo, qu’« un enfant qui lit sera un adulte qui pense ». Car lire, c’est éveiller l’imaginaire, semer la curiosité, former des citoyens éclairés et responsables, et armer les consciences contre l’obscurantisme. C’est préparer les résistances de demain.
Face à cette détention inacceptable, la position de l’exécutif français est clairement insuffisante. Malgré quelques déclarations officielles appelant à la libération de Boualem Sansal, l’action diplomatique concrète reste faible et sans conséquence tangible sur les autorités algériennes. La timidité affichée par le président Emmanuel Macron et le ministère des Affaires étrangères ne peut satisfaire une exigence fondamentale : défendre un citoyen français injustement persécuté, en conditionnant notamment toute coopération bilatérale avec l’Algérie au strict respect des droits fondamentaux.
Une relation très importante à nos yeux et porteuse d’avenir qui passe aussi par une coopération fluide sur le transfert des ressortissants dans leur pays, qu’il s’agisse du ressortissant algérien et ancien ministre Abdeslam Bouchouareb été condamné en Algérie que la France refuse d’extrader ou plus récemment de l’influenceur « Doualemn » (de son vrai nom Boualem Naman) condamné en France que l’Algérie refuse de récupérer.
Cette situation est une opportunité majeure pour la France de réaffirmer son engagement historique et moral en faveur de la liberté, non seulement en paroles mais aussi en actes concrets et immédiats.
La détention de Boualem Sansal constitue ainsi un révélateur implacable d’une vérité douloureuse : l’état préoccupant des libertés publiques en Algérie et l’impuissance coupable de la diplomatie française face à une dérive qui nous concerne directement.
Le régime algérien n’en est pas à son premier fait d’armes liberticide. Mais en s’attaquant à une figure aussi emblématique, il franchit une limite symbolique qui ne peut rester sans réponse ferme et déterminée. Ce qui est en jeu, c’est notre crédibilité sur la scène internationale, notre capacité à incarner les idéaux qui ont façonné l’histoire de la France, et notre engagement réel envers nos concitoyens injustement traités à l’étranger.
La mobilisation autour de l’opération « #JelisSansal », témoigne que face à l’arbitraire, les citoyens, les élus locaux, les intellectuels et la société civile savent se dresser avec courage pour rappeler que la liberté d’expression est au cœur de notre identité nationale.
Nous devons prolonger cette mobilisation, l’amplifier, car à travers Boualem Sansal, ce sont toutes nos libertés fondamentales qui sont directement visées. Chaque commune française qui rejoint cet appel renforce la pression morale sur le gouvernement algérien, rappelant que la France ne plie pas devant l’injustice. L’histoire nous enseigne qu’une société qui renonce à défendre ses intellectuels, qui accepte l’intimidation, finit toujours par se dissoudre dans l’autocensure et la peur. Nous ne voulons pas de cette France-là.
Le temps des formules vagues, des déclarations sans conséquence et des appels creux à une confiance aveugle envers le régime du président Tebboune est terminé. Ce que nous demandons, c’est une diplomatie claire et active, appuyée par des gestes forts. Il est urgent de signifier à l’Algérie que le respect des droits fondamentaux n’est pas une option négociable.
Depuis trop longtemps, la diplomatie française s’est enfermée dans une posture de repentir systématique, multipliant les mea culpa envers un régime algérien qui, au lieu de rechercher l’apaisement, affiche une intransigeance grandissante.
Cette logique de culpabilisation permanente n’a pas ouvert la voie au dialogue ; elle a au contraire nourri le mépris et encouragé l’arrogance d’un pouvoir autoritaire qui instrumentalise l’histoire pour justifier ses dérives présentes. En acceptant de se placer dans une position de faiblesse, nos gouvernants ont donné des gages à ceux qui bafouent nos principes et s’en prennent à nos compatriotes
La crise diplomatique majeure qui oppose la France et l’Algérie, exacerbée par les tensions migratoires et la question du Sahara occidental, ne peut servir de prétexte à l’immobilisme. Bien au contraire, cette crise impose au gouvernement français de redéfinir avec lucidité et courage les termes de notre relation avec Alger.
À l’occasion symbolique du verdict prévu pour le 1er juillet et de la fête nationale algérienne du 5 juillet, la France doit mettre tout son poids diplomatique pour exiger une grâce présidentielle immédiate.
Si cette grâce n’était pas accordée, elle devrait en tirer les conséquences immédiates, sans aucune hésitation : réviser en profondeur les accords de 1968, conditionner fermement la délivrance des visas et suspendre toute coopération bilatérale jusqu’au rétablissement de conditions dignes pour notre compatriote.
La France ne doit plus être cette nation qui renonce à défendre ses principes et ses citoyens par peur de froisser un régime hostile. La posture diplomatique actuelle, empreinte d’une forme de soumission résignée, dessert nos intérêts, trahit nos valeurs, et renforce paradoxalement l’arrogance d’un régime algérien qui s’enhardit devant notre faiblesse. Il faut désormais que notre voix retrouve toute son autorité morale et sa force politique.
En ce sens, l’affaire Boualem Sansal dépasse largement la question individuelle : elle interroge la manière dont la France conçoit son rôle international et ses responsabilités historiques. Notre pays, héritier des Lumières, patrie de Voltaire, de Hugo, de Camus, ne peut accepter sans réagir qu’un écrivain français soit emprisonné pour le simple crime d’avoir pensé librement, écrit courageusement, dénoncé lucidement les dérives totalitaires et promu l’universalisme.
Il est temps de réaffirmer haut et fort que la liberté d’expression est une ligne rouge, non négociable, et que nous serons toujours aux côtés de ceux qui, au péril de leur vie, luttent pour défendre cette liberté face à l’obscurantisme, au fanatisme et à l’arbitraire. Le destin de Boualem Sansal symbolise ce combat universel, rappelant que la Liberté est une exigence permanente et que la France doit en être une gardienne intransigeante.
Chaque élu, chaque écrivain, chaque intellectuel, chaque artiste, chaque citoyen français doit aujourd’hui s’unir derrière cette cause fondamentale. Nous n’avons pas le droit de détourner les yeux, de rester silencieux, car notre silence ferait le jeu de ceux qui souhaitent réduire au silence toute voix libre. Face à l’indifférence coupable de certains, notamment de cette extrême gauche qui choisit ses indignations selon ses convenances idéologiques, la mobilisation massive des communes françaises constitue un acte fort, clair et noble : elle rappelle que l’honneur et le courage sont des valeurs encore vivantes dans notre pays.
Notre appel est une réponse à tous ceux qui croient pouvoir enfermer la pensée dans une cellule étroite, briser une plume courageuse, étouffer une voix libre. À ceux-là, nous disons : vous avez déjà échoué. Car le nom de Boualem Sansal résonne déjà comme un symbole de résistance, de dignité et d’espoir. Il nous appartient désormais d’obtenir sa libération immédiate et sans condition, pour affirmer avec force que la France, fidèle à son héritage universel, ne reculera jamais devant les ennemis de la liberté. Cette bataille-là, nous devons la gagner, car c’est une bataille pour la dignité, pour l’honneur de notre pays et pour l’avenir même de la Liberté.
Une tribune de David Lisnard parue sur le média Rupture, à retrouver ici.
Retrouvez la chronique de David Lisnard pour l’Opinion.


Mardi 24 juin, David Lisnard s’est rendu à Angers à l’invitation de Stéphane Piednoir, sénateur du Maine-et-Loire et relai de Nouvelle Énergie dans le département. Il a d’abord échangé en petit comité avec les adhérents du mouvement sur les défis locaux et les grandes priorités nationales puis a tenu une réunion publique devant plus de 250 personnes.
« Je suis d’abord un père de famille. Et je ne veux pas que mes enfants vivent dans un pays où règne la violence ou l’insécurité culturelle. Je veux leur transmettre une France forte, libre, sûre, fidèle à ses principes républicains, où l’on peut s’émanciper par l’effort et la responsabilité. Un État qui frappe les honnêtes citoyens et excuse les voyous est un État injuste. Il est temps de restaurer une autorité claire : que chacun soit responsable de ses actes et que les sanctions soient effectives. Il faut restaurer une école de la transmission : une instruction rigoureuse, des programmes clairs débarrassés des scories idéologiques, des enseignants reconnus. L’école doit instruire, pas endoctriner. Chacun son rôle : aux familles d’éduquer, à l’école d’instruire.

« La France détient le record mondial des dépenses publiques et des impôts, mais aussi celui de la défaillance des services essentiels. C’est le signe d’un système épuisé par la bureaucratie. Nous ferons 200 milliards d’économies, non pas pour faire mal, mais pour mieux investir : dans l’école, la santé, la sécurité. La propriété, c’est la condition de la liberté. Pourquoi se lever, travailler, prendre des risques si l’on ne peut rien posséder, rien transmettre ? Toutes les sociétés qui ont bafoué la propriété ont sombré dans le totalitarisme et la pauvreté. La propriété, ce n’est pas l’égoïsme : c’est la dignité, c’est la projection dans l’avenir, c’est le moteur de la prospérité collective. L’extrême gauche, ce sont les passions tristes. Derrière des discours humanistes se cache un fond totalitaire : le refus de la responsabilité individuelle, l’assignation identitaire, la haine de la réussite et le rejet de la liberté. C’est une menace réelle pour notre démocratie, d’autant plus dangereuse qu’elle se pare des habits de la vertu.

« L’espérance suppose des efforts, de la rigueur. On ne construit rien sur la nostalgie. On avance en regardant le réel en face, pas en fantasmant un passé idéalisé. La France est une promesse. Une espérance. Ce pays, plein de talents et de diversité, mérite un projet à la hauteur de son histoire. Pour cela, nous devons lui redonner une nouvelle énergie, portée par la lucidité, le travail et l’ordre républicain » David Lisnard.

L’objectif de l’opération, lancée à l’initiative de David Lisnard avec le Comité de soutien international à Boualem Sansal, était d’encourager à (re)découvrir l’œuvre de l’écrivain, à travers des lectures publiques et espaces aménagés dans les bibliothèques municipales, et défendre la liberté d’expression.

A Cannes, l’opération était même présente en milieu scolaire. David Lisnard était aux côtés de Jean-Baptiste Andrea, Cannois et Prix Goncourt 2023, au collège cannois pour sensibiliser des élèves de 4ème à la liberté d’expression. « il ne s’agit pas de dire qu’un écrivain ne peut pas aller en prison : s’il faute, commet un crime, il doit être sanctionné. En revanche on ne peut pas le mettre en prison simplement parce qu’il est écrivain ». L’opération, qui a duré deux jours (les 20 et 21 juin), a connu son point d’orgue vendredi soir, dans les jardins de la médiathèque Noailles, avec des lectures publiques de l’œuvre de Boualem Sansal. Au total, plus d’une centaine de villes françaises ont suivi cette mobilisation partout en France.

Pour rappel, Boualem Sansal, écrivain franco-algérien, est détenu arbitrairement en Algérie depuis le 16 novembre 2024. Cette semaine, la Justice algérienne a requis 10 ans de prison en appel, soit le double de la peine prononcée en première instance.
