Respect de la France, liberté pour Christophe Gleizes
La détention en Algérie du journaliste Christophe Gleizes est devenue le symbole d’un déclassement diplomatique français. Retrouvez la tribune de David Lisnard parue sur Atlantico.
Deux ans. Christophe Gleizes, journaliste français, est aujourd’hui privé de liberté en Algérie depuis deux années. D’abord placé sous contrôle judiciaire à Tizi Ouzou, il fut incarcéré et condamné à sept années de prison pour avoir préparé, pour So Foot et Society, un reportage sur la Jeunesse sportive de Kabylie.
L’arrestation d’un citoyen français, maintenu en détention, deux ans durant, est une affaire grave.
Le 19 mai dernier, au lendemain de sa visite à Alger, le garde des Sceaux s’est pourtant dit « très rassuré par la façon dont Christophe Gleizes est traité ». Qu’un ministre de la République se félicite que l’Algérie n’aggrave pas le sort d’un Français qu’elle retient arbitrairement, voilà qui en dit assez de l’état de notre diplomatie.
Nous avons inventé un nouveau registre : la gratitude pour l’humiliation.
Trois jours plus tard, le 22 mai, l’Algérie publiait au Journal officiel la loi du 12 mai 2026 criminalisant la colonisation française. Un texte qui inscrit dans son droit positif que la France aurait commis, cent trente-deux années durant, des crimes contre l’humanité dont les effets se prolongeraient jusqu’à nos jours.
Le déséquilibre n’est pas seulement symbolique. Il est statistique. En 2024, 22 426 obligations de quitter le territoire – OQTF – ont été prononcées à l’encontre de ressortissants algériens. Moins de 3 000 ont été exécutées.
Depuis février, seulement 150 laissez-passer consulaires ont été délivrés par Alger mais cette aumône administrative est présentée comme une percée diplomatique.
Un État qui qualifie de victoire ce qu’un autre lui concède par mépris n’est plus en position de négocier.
Cette méthode de la servilité a déjà échoué, publiquement, il y a six mois.
Le 12 novembre 2025, Boualem Sansal a été libéré par l’intermédiaire de l’Allemagne.
Cette humiliation aurait dû marquer la fin d’une doctrine. Il n’en fut rien.
La visite à Alger du ministre de l’Intérieur, en février, a été annoncé comme celle du « dégel ».
Elle a surtout enseigné une chose au régime algérien : la France revient toujours, quels que soient les outrages, demander qu’on veuille bien lui accorder ce qu’elle aurait dû exiger.
Et pendant ce temps, dans un couloir d’hôpital, en Ariège, le président de la République trouvait la verve qui lui manquait sur le dossier Sansal pour traiter de « mabouls » les Français qui réclament la fermeté avec Alger.
Le mot est lâché. Il dit le mépris d’un pouvoir pour ceux qui pensent encore que la République doit protéger les siens.
Que les fous, alors, soient ceux qui veulent que la France soit respectée. Je serai de ceux-là.
Car il n’y a pas que Christophe Gleizes. Il y a aussi Martin Ryan, homme d’affaires français, arrêté en Azerbaïdjan en décembre 2023, détenu depuis bientôt deux années et demie, accusé d’« espionnage » au moment précis où Bakou réglait ses comptes diplomatiques avec Paris. Otage d’État, lui aussi. Monnaie d’échange. Et oublié.
Deux dossiers, deux régimes, une même mécanique. Lorsqu’un État cesse d’imposer un coût à ceux qui prennent ses citoyens, il n’a pas seulement échoué à libérer un homme : il a invité à en prendre d’autres. La faiblesse appelle la prédation. Toujours.
J’entends déjà l’objection. Il faudrait se taire. Ne pas compliquer. Laisser faire les chancelleries. Le silence n’a jamais ouvert une porte. La parole publique sobre mais claire, l’exigence du respect mutuel, la réciprocité assumée, la fermeté nommée et une diplomatie professionnelle ; voilà ce qui crée les conditions d’une libération.
L’indifférence n’est pas une neutralité et lorsqu’elle est le fait d’un État, elle a un autre nom : l’abandon.
La France doit redevenir capable d’exiger.
Cela suppose de comprendre que la diplomatie n’est pas l’art de plaire mais celui d’obtenir. Que le rapport de force n’est pas une violence mais une grammaire. Et que défendre nos intérêts n’est pas une brutalité : c’est la première condition pour qu’il y ait, encore, quelque chose qui mérite le nom de République.
Recevez les actualités
de Nouvelle Énergie et David Lisnard