«Pourquoi tous les Français sont les héritiers du christianisme»
David Lisnard, maire de Cannes et candidat à la présidentielle 2027, défend un héritage chrétien commun à tous les Français, quelles que soient leurs croyances, comme fondement de l’universalisme républicain. Une tribune parue dans le Figaro.

L’engouement autour de la venue du pape est évidemment un phénomène majeur. Il replace la Nation française dans la lignée fondatrice de la culture judéo-chrétienne. Celle-ci dépasse l’appartenance religieuse ou la foi des individus qui composent la société, et dont beaucoup ne sont pas chrétiens, car soit athées, soit agnostiques, soit croyants en un autre Dieu (dont les musulmans), soit déchristianisés. N’en déplaise aux fanatiques du laïcisme et autres bouffeurs de curés, les fameuses « valeurs de la République », trop souvent ânonnées en mantra paresseux, n’existeraient pas sans les racines gréco-romaines de la France, sans les Lumières bien sûr, mais aussi sans le catholicisme et plus largement le christianisme.
Parmi la révolution de la pensée que celui-ci généra sur la planète, figure l’universalisme présent dans les Évangiles, notamment chez Matthieu : « chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait. », « Mais vous, ne vous faites pas appeler Rabbi ; car vous n’avez qu’un seul maître, et vous êtes tous frères. » Cette fraternité universelle dans la doctrine chrétienne a donné toute sa place à l’individu, considéré comme un être souverain, donc libre et responsable, conditions de sa dignité.
Elle a rendu possible la Déclaration des droits de l’Homme et du citoyen, au cœur de la France post-révolutionnaire qui d’ailleurs est en cela dans la continuité de la France de l’Ancien Régime et du Moyen Âge. La scolastique médiévale voit ainsi au XIIIe siècle saint Thomas d’Aquin fournir l’un des plus puissants apports à une approche de la justice morale vue comme égalité dans la relation à autrui. À la croisée – si je puis dire – des textes des Évangiles, de saint Paul, de saint Augustin, d’Aristote, du stoïcisme et du droit romain, Thomas d’Aquin énonce comme loi naturelle que les principes moraux sont accessibles à la raison humaine en tant que telle, indépendamment de l’appartenance à un peuple ou même à la foi chrétienne.
Cette notion est constitutive du véritable état de droit, garant de droits naturels, en vertu de l’universalité de la dignité humaine qui résulte de la liberté et de l’égalité des individus face à la loi. Là résident le fondement et la grandeur des démocraties libérales. C’est pourquoi tout Français, quels que soient son origine, ses croyances, sa religion ou son absence de religion, son âge, son sexe, sa couleur de peau, doit se sentir, en tant que partie de la nation française, dépositaire et promoteur de la pensée chrétienne, et de toutes les manifestations patrimoniales de la chrétienté en France. France, Christianisme et République se confondent, pour tous les citoyens et au service de la recherche du bonheur dans une société à la fois enracinée et ouverte. Ceux qui s’y opposent, ceux qui bafouent cette aussi belle que fragile et précieuse réalité ne respectent pas la France, son universalisme et sa recherche de la dignité de tout individu élevé en personne humaine.
L’universalisme chrétien ne nie pas les peuples, les appartenances ou les différences ; il affirme qu’il existe, en deçà et au-delà d’elles, une dignité et une obligation morale communes à tous les hommes. Il est bien un universalisme qui, concrétisé dans les institutions, permet à un juif comme à un musulman ou à un athée d’être pleinement citoyen. C’est pourquoi la France d’aujourd’hui peut et doit assumer fièrement son héritage chrétien comme condition à la fois de son existence et de son identité, y compris républicaine, dont la devise pourrait être : Liberté, Égalité, Fraternité, Dignité.