« Les agriculteurs ne demandent pas la charité mais la liberté d’entreprendre et une juste reconnaissance de leur labeur »

Ce Salon de l’Agriculture, qui vient de s’ouvrir sans la présence des bovins, est le symbole du déclin de la puissance agricole tricolore. Les aménagements ponctuels du secteur ne suffisent plus, une refonte globale est indispensable afin d’en restaurer la compétitivité, plaide David Lisnard dans une tribune parue sur Les Échos.

le 27 février 2026
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La France est une nation agricole.Elle l’est par ses terroirs, par ses savoir-faire, par la compétence de ses agriculteurs et la qualité de sa recherche. Dans un monde où les chaînes d’approvisionnement se fracturent et où la démographie impose de nourrir deux milliards d’êtres humains supplémentaires d’ici 2050, cette vocation n’est pas un héritage à muséifier ou à regarder péricliter. C’est un levier de puissance et d’indépendance. 

Encore faut-il en avoir conscience et vouloir s’en saisir. 

Le Salon de l’Agriculture a ouvert ses portes samedi dernier. 

Pour la première fois en soixante ans, aucun bovin n’y sera présenté. La dermatose nodulaire contagieuse a contraint les éleveurs à renoncer. Ce Salon sans vaches est un symbole : celui d’une agriculture française dont le déclin semble être organisé. 

Agriculteurs entrepreneurs 

Certes, le gouvernement annonce une loi d’urgence agricole. Mais le périmètre retenu – eau, prédation, moyens de production – reste très en deçà de ce qu’exige la situation. Rien sur la compétitivité fiscale et sociale. Rien sur la reconquête de la valeur ajoutée. Rien sur la souveraineté en matière d’intrants. Rien sur la refondation de la PAC. Les agriculteurs n’attendent plus des ajustements 

partiels ni des aides ponctuelles. Ils veulent être considérés pour ce qu’ils sont : de véritables entrepreneurs. 

En trente ans, le revenu net agricole a fondu de 40 %. Un agriculteur sur quatre vit sous le seuil de pauvreté. La valeur ajoutée agricole a baissé pour la deuxième année consécutive alors qu’elle progresse chez nos voisins européens. L’excédent agroalimentaire atteignait 10,4 milliards d’euros en 2022. Il est tombé à 4,9 milliards en 2024, puis à 200 millions en 2025,aux portes du déficit ! Les importations agroalimentaires ont bondi à plus de 64 milliards, en hausse de 8,5 % sur un an. La France était la deuxième puissance agricole du monde. Elle se situe aujourd’hui entre la cinquième et la sixième place. 

Six objectifs clairs 

Ce déclassement résulte de choix politiques : surtransposition des normes, charges sociales deux à trois fois supérieures à celles de nos concurrents, bureaucratie qui absorbe 15 % du temps de travail, accords commerciaux ouvrant nos frontières à des produits fabriqués sans aucune de nos contraintes. Il ne s’agit plus d’aménager ce système. Il faut le refonder autour de six objectifs clairs. 

Replacer la production au coeur des politiques publiques. La PAC doit récompenser la production et l’investissement, non entretenir une logique de contraintes et de gel des terres qui a contribué à amputer la production européenne par le passé. Les nouvelles techniques génomiques, que nos voisins utilisent déjà, doivent être autorisées sans délai. L’INRAE doit travailler pour les agriculteurs, pas contre eux. Le principe de précaution, devenu principe de paralysie, doit être retiré de la Constitution au profit d’un principe de responsabilité. 

Sécuriser les intrants, l’accès à l’eau et aux ressources stratégiques. Nous importons 100 % de nos engrais potassiques et 70 % des azotés. Avec notre parc nucléaire, une filière française d’engrais décarbonés peut émerger. Le même raisonnement vaut pour l’eau : il faut permettre aux agriculteurs de stocker l’eau quand elle tombe pour l’utiliser quand elle manque. Laisser l’eau filer à la mer puis importer des denrées à l’empreinte carbone bien plus lourde est un non-sens. 

Un maraîcher français supporte 45 % de charges sociales quand son homologue espagnol en paie 15 %. 

Restaurer la compétitivité des exploitations. Un maraîcher français supporte 45 % de charges sociales quand son homologue espagnol en paie 15 %. Le transfert des charges non contributives vers la valeur ajoutée redonnerait de l’air aux exploitations. Chaque exploitation doit disposer d’un compte épargne aléas climatiques et économiques, défiscalisé, mobilisable en cas de crise. 

Reconstruire les industries de transformation 

Reconquérir la valeur ajoutée sur le sol français. Nous exportons du blé à 200 euros la tonne et importons des pâtes à 2.000 euros. Notre balance du bois est déficitaire de 7 milliards. Chaque tonne de matière première qui part sans être transformée, c’est de l’emploi perdu. Il faut reconstruire un maillage territorial d’industries de transformation et développer les filières d’avenir : protéines végétales, chimie verte, bois. 

Libérer les agriculteurs par la simplification. Neuf heures de paperasse par semaine et par exploitant, soit l’équivalent de cent mille emplois engloutis dans la bureaucratie. Un interlocuteur unique par exploitation, suppression des déclarations redondantes et des surtranspositions. La confiance doit redevenir le principe, l’obligation administrative l’exception. 

Faire de l’agriculture un levier géopolitique. La réciprocité des normes doit devenir la règle dans les accords commerciaux : un produit interdit chez nous ne peut pas être autorisé à l’importation. Des clauses de sauvegarde unilatérales doivent pouvoir être appliquées. Une diplomatie agricole offensive entre l’Europe et l’Afrique doit être bâtie. La préférence communautaire en matière alimentaire doit être assumée. 

Les agriculteurs ne demandent pas la charité mais la liberté d’entreprendre et une juste reconnaissance de leur labeur. Ce ne sont ni les terres, ni les compétences qui manquent. C’est le courage politique de porter l’agriculture française non comme un combat d’arrière-garde mais comme un projet d’avenir. Un projet d’indépendance, de puissance et de fierté nationale. 

Retrouvez cette tribune sur le site des Échos en cliquant ici.

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de Nouvelle Énergie et David Lisnard