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Nouvelle Énergie pour la France

«Le modèle de l’État-providence est mort !»

Immigration, sécurité, budget… David Lisnard fustige les promesses grandiloquentes des gouvernants qui alimentent les déceptions. Il prône une reprise en main du pouvoir. Le candidat de Nouvelle Énergie plaide pour une primaire élargie entre tous ceux qui ne se reconnaissent ni dans la gauche ni dans le Rassemblement national. Un entretien paru dans le JDD, dimanche 9 août.

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David Lisnard face au JDD

Le JDD. L’Europe est confrontée à une crise migratoire dans l’enclave espagnole de Ceuta. Les Vingt-Sept sont-ils condamnés à l’impuissance ?


David Lisnard. L’Europe n’a pas perdu le contrôle par fatalité, mais parce que ses dirigeants ont confondu le droit et l’impuissance. Toute nation doit pouvoir maîtriser son peuplement : décider combien d’immigrés elle accueille et d’où ils viennent. L’Europe, elle, doit être un acteur de régulation : un Frontex renforcé, des traités clairs, des frontières extérieures tenues. Ce n’est pas une question de moyens, c’est une question de volonté.


On parle de « crise » pour 60 000 migrants. À l’horizon 2050, l’Afrique à nos portes représentera un quart de la population mondiale, dont la moitié de moins de 25 ans. Comment faire face ?

Il n’y a aucune fatalité migratoire. Mais rien ne sera réglé tant que nous n’aurons pas admis ce que je répète sans relâche : le modèle d’État-providence est mort, et il est devenu un aspirateur à pauvreté, donc à immigration. Surendettés et surfiscalisés, nous subventionnons et importons la pauvreté d’un côté ; en décourageant le travail et l’investissement, nous laissons filer nos talents et nos capitaux de l’autre. Voilà la base : remettre en ordre l’appareil d’État et notre système social.


Et cessons de ne regarder que l’immigration irrégulière. L’immigration légale, donc acceptée, assumée, décidée par le gouvernement, c’est 384 230 premiers titres de séjour hors droit d’asile en 2025. Un record historique, en hausse de plus de 10 % en un an. Ajoutez-y 955 000 renouvellements. Ce n’est pas une crise : c’est une politique.


Que répondez-vous à ceux, le patronat notamment, qui défendent l’idée d’une immigration économique nécessaire compte tenu du déclin démographique de la France ?

Je ne prône pas l’immigration zéro, mais une immigration fortement diminuée, maîtrisée et choisie. Le motif économique, y compris dans la bouche d’une partie du patronat, est démenti par les faits : l’an dernier, 13 % seulement des premiers titres de séjour ont été délivrés pour du travail. Nous ne sommes pas face à une immigration de travail, mais à une immigration de peuplement hors de contrôle. Et ne soyons pas naïfs : certaines associations, sous couvert d’aider leur prochain, instrumentalisent l’immigration à des fins idéologiques et de déstabilisation de nos sociétés. Quant aux filières mafieuses de passeurs, elles vivent de la misère humaine et l’achèvent en drames.


Concrètement, quelles mesures peut-on prendre pour être plus efficace ?

Sortir de l’État-providence, d’abord. Cesser de subventionner des structures qui font le jeu des passeurs. Traiter les demandes d’asile dans les pays d’origine, via nos consulats, hors du territoire européen. Rétablir le délit de séjour irrégulier, supprimé en 2012. Expulser les étrangers condamnés et les fichés S, en conditionnant les visas et l’aide au développement à la délivrance des laissez-passer consulaires. Renforcer Frontex sur le renseignement, le partage d’informations et les retours. Tout cela suppose de faire sauter des verrous juridiques, pour qu’en matière d’immigration, la loi française prime le droit international et les règlements européens. D’où la nécessité d’un référendum constitutionnel. Ce que 10 millions de Danois ont obtenu, 68 millions de Français doivent pouvoir l’obtenir. C’est une évidence.


La France fait face à des mégafeux sans précédent. A-t-on sous-estimé l’impact du réchauffement climatique ?

Sous-estimé, non : le réchauffement est acté et reconnu par tous depuis longtemps. Ce qui manque, ce sont les réponses rationnelles. Il y en a deux, complémentaires. La première : réduire la part de l’activité humaine dans le dérèglement, en donnant la priorité à une énergie décarbonée, le nucléaire et l’hydroélectrique. Emmanuel Macron a commis là une faute majeure, en démantelant Fessenheim et en programmant la fermeture de quatorze réacteurs lors de son premier mandat, avant de rétropédaler en 2022. Entre-temps, c’est une filière entière qui a reculé. La seconde : adapter notre territoire à ces évolutions. Et là, nous butons sur la folie bureaucratique et sur les effets pervers de l’écologisme politique. 


Depuis des années, au contact des élus et des forestiers, je vois des hommes qui veulent entretenir la forêt, réaliser des pare-feux, organiser les débroussaillements, et qui sont entravés par les recours d’associations écologistes et par les absurdités administratives. Le Code forestier prévoit l’entretien de la forêt, qui reste la meilleure arme contre le feu ; une jurisprudence du Conseil d'État du 6 février dernier vient le compliquer, voire le bloquer. Il faut aussi un plan de réserves d’eau, indispensables aux pompiers et à l’agriculture, les cultures agricoles étant d’ailleurs souvent le meilleur pare-feu. Elles aussi sont attaquées par les écologistes d’extrême gauche. On ne protège pas une forêt avec des procédures : on la protège en l’entretenant.


Emmanuel Macron s’était engagé à renouveler la flotte de Canadair. Douze ont été commandés, cinq seulement sont disponibles. Y a-t-il un manque d’anticipation coupable de l’État ?

Rappelons les faits. Douze Canadair n’ont pas été commandés : ils ont été annoncés. Seize, même ! Pour une livraison avant 2027, douze en renouvellement de la flotte et quatre supplémentaires. Deux seulement ont été effectivement commandés ! Et l’argument des chaînes de production disparues ne tient pas : quand il y a des commandes, les industriels les relancent. Ce dossier est révélateur d’un pouvoir qui se gargarise d’annonces martiales que rien ne suit. Préparation aux catastrophes naturelles, justice des mineurs, sécurité : la parole publique a été dévaluée par des dirigeants qui dénoncent le populisme des autres et le pratiquent eux-mêmes, avec des discours grandiloquents proportionnels à leur impuissance.


Tenir le déficit à 5 % cette année sera compliqué. Comment Sébastien Lecornu doit-il s’y prendre pour le prochain budget ?

En sortant du laxisme politique et de la « Bercycratie ». En cessant de répéter ce qui échoue et en appliquant ce qui fonctionne : réduire les dépenses de fonctionnement, traquer les doublons et les triplons, privatiser quand on peut, internaliser quand il faut. C’est ce que j’ai mis en œuvre partout où l’on m’a confié des responsabilités, dans le privé comme dans le public. À Cannes, une ville à fort taux d’immigration et de pauvreté, nous avons réduit le nombre d’agents de 20 %, avec des agents mieux payés et plus motivés, parce que nous avons redonné du sens aux missions. La dette de la ville a baissé de 84 millions d’euros en douze ans, la fiscalité de 3,6 %. Ce n’est pas une théorie, c’est un bilan et une méthode.


Cela paraît simple à l’échelle d’une ville. Pourquoi ne l’est-ce pas à l’échelle du pays ?

Parce que le conformisme technocratique qui accompagne les gouvernements depuis trop longtemps ne connaît qu’un seul outil : la dépense publique inconsidérée. Le « quoi qu’il en coûte » est devenu le « n’importe quoi qu’il en coûte », pour gagner la présidentielle de 2022. Quand nos voisins réduisaient la voilure après le Covid, nous avons continué à dépenser l’argent de nos enfants et de nos petits-enfants. C’est cynique et c’est scandaleux. Et quand la difficulté revient, le gouvernement sort le rabot et l’impôt : le degré zéro de l’efficacité budgétaire.

« « Nous surcotisons pour un État qui ne se réforme pas » »

David Lisnard


On grève l’investissement, on s’acharne sur les entreprises, les collectivités et le pouvoir d’achat des ménages, c’est-à-dire sur tous ceux qui font tourner le pays. Les faits sont têtus. Tous les Européens ont subi le Covid, la guerre en Ukraine, le blocage du détroit d’Ormuz. Là où la Grèce, l’Italie ou le Portugal se redressent, la France décroche. Notre chômage augmente bien plus qu’ailleurs. Notre PIB par habitant est passé sous la moyenne européenne. C’est une première dans notre histoire contemporaine. Voilà le bilan d’Emmanuel Macron et de ses gouvernements, avec les mêmes qui continuent à nous donner des leçons. Je ne participerai pas au théâtre de la fausse rigueur : il n’est que la prolongation d’un système à l’agonie.


En 2025, vous avez appelé à censurer le budget. Ferez-vous de même avec le prochain, au risque de compromettre votre première année de mandat ?

Une dissolution quelques semaines avant la présidentielle serait absurde : elle accentuerait le chaos politique et risquerait de bloquer le futur occupant de l’Élysée. Mais une censure n’entraîne pas mécaniquement une dissolution : celle-ci relève du seul président de la République. Ne parlons pas encore de censure, nous ne connaissons pas les orientations des prochaines lois de finances. Si le budget est aussi trompe-l’œil et hypocrite que le précédent, s’il confirme le renoncement à la réforme des retraites, qui explique une grande part de nos déficits et de notre dette, il ne sera pas acceptable. L’État doit retrouver de la force en se concentrant sur ses fonctions essentielles plutôt que d’intervenir partout avec une administration excessive. Les structures administratives se superposent, se contredisent et bloquent les projets. Je propose de réduire le back-office bureaucratique, de remettre plus d’agents au contact du public et d’appliquer la subsidiarité : décider au niveau le plus proche et le plus efficace.


À vous écouter, les collectivités locales devraient être exemptées du redressement des comptes publics. Pourquoi échapperaient-elles à cet effort collectif ?

Je n’ai jamais dit cela. Et j’en ai assez des questions qui reprennent le prêchi-prêcha de Bercy, comme si les collectivités étaient des enfants que l’on gronderait pour qu’elles fassent des « efforts ». Depuis 2014, l’État a prélevé plus de 80 milliards d’euros sur la DGF (dotation globale de fonctionnement) des communes et intercommunalités. Or, elle n’est pas un don de l’État, c’est un dû : c’est l’argent des contribuables locaux, qui transite par Bercy avant de leur revenir. Pendant ce temps, le gouvernement augmentait les dépenses, la dette et le déficit. Où est allé cet argent ? Où va d’ailleurs l’argent des contribuables dans le pays qui a le record des prélèvements et des dépenses, et qui parallèlement voit les services publics essentiels se dégrader ? Une collectivité, elle, ne peut emprunter que pour investir. Il y a bien sûr des collectivités mal gérées. Mais la dette du millefeuille territorial représente 8,8 % de la richesse française, contre 9 % il y a trente ans : elle est stable. Celle de l’État a triplé. Les dépenses des collectivités pèsent 19 % de la dépense publique, contre 35 % en moyenne en Europe, et moins de 11 % du PIB, contre 18 % chez nos voisins. Nous surcotisons pour un État qui ne se réforme pas et qui nous transfère toujours plus de charges. En vingt ans, 1 153 organismes d’État ont été créés et près de 500 000 agents recrutés. Ça suffit !


Certains maires font de la gratuité un marqueur politique : les transports à Montpellier, les fournitures scolaires à Saint-Denis. Qu’en pensez-vous ?

Chaque maire fait ce qu’il veut chez lui, et ce sont ses habitants qui jugent. Mais la gratuité est un mythe destructeur, car c’est toujours l’argent des autres. Les bus s’achètent, les chauffeurs se paient, le carburant a un coût. Quand l’usager ne paie pas, ce sont les seuls contribuables qui paient, les propriétaires en premier, faute d’impôt local universel. Chez moi, les transports publics comme les cantines scolaires sont financés en partie par l’intercommunalité, donc par le contribuable, et en partie par l’usager selon un équilibre que nous pensons juste. J’ajoute que se priver de la participation des usagers, c’est d’une part les déresponsabiliser, d’autre part dévaloriser le service rendu, enfin se priver de moyens pour développer le service lui-même. On peut toujours décider que tout est gratuit en apparence, cela s’appelle le paradis communiste : cela finit toujours dans la pauvreté, la misère et la répression.


Démunis face à la délinquance, certains maires mettent en place des couvre-feux pour les mineurs. Y voyez-vous un symptôme de la défaillance de l’État ?

Absolument, et d’abord dans les zones relevant de la Police nationale. Toute mesure coercitive doit être légitime, proportionnée et motivée : je comprends donc que des maires y recourent dans certaines circonstances. Nos policiers sont courageux et compétents, mais la Police nationale n’échappe pas à la gangrène de la bureaucratie et des procédures. Dans les faits, nous n’avons quasiment plus de Police nationale la nuit. Je n’ai pas pris une telle mesure dans ma commune, mais heureusement que nous disposons d’une police municipale H24, financée par le contribuable local. Car à partir d’une heure du matin, côté État, il n’y a plus personne.


En juillet, un vide juridique a entraîné la remise en liberté de plusieurs mineurs placés en détention provisoire pour des crimes. Cela aurait-il pu être évité ?

Bien sûr. Le Conseil constitutionnel avait laissé un an au gouvernement et au Parlement pour adopter les dispositions nécessaires. Rien n’a été fait, et plusieurs mineurs ont été libérés, dont un multirécidiviste placé en détention provisoire pour des faits criminels.


À chaque drame, les déclarations martiales se succèdent, avec des trémolos dans la voix ; à chaque fois, la grandiloquence masque l’impuissance. Il faut revoir l’architecture légale de la justice pénale des mineurs, et surtout se donner les moyens d’exécuter les décisions. Une sanction qui n’est pas exécutée n’est pas une sanction. Or, la sanction protège la société !


Plusieurs candidats déclarés ou pressentis à l’élection présidentielle ont été la cible d’opérations de déstabilisation étrangère. Cela vous inquiète-t-il ?

Il ne faut ni surestimer ni négliger ce risque. Des ingérences ont déjà eu lieu dans des campagnes électorales, à l’étranger comme en France, et les fermes de robots existent. Les services spécialisés de l’État nous ont alertés à plusieurs reprises. À l’Association des maires de France, nous proposons aux communes et aux intercommunalités des formations pour réduire les risques de cybercriminalité : nul n’est à l’abri, mais on peut limiter les attaques les plus courantes. La problématique est la même pour les sanctions. Les ingérences électorales ne relèvent pas d’une vue de l’esprit. Cela dit, les candidats évoqués auront d’autres raisons, très françaises, de perdre…


Depuis votre déclaration de candidature en mars dernier, vous peinez à franchir le mur du son. Pourquoi, selon vous ?

C’est une réalité, c’est logique et j’espère que c’est provisoire. J'ai fait le choix de ne pas exercer de fonctions nationales, ministérielles ou parlementaires, qui sont de puissants projecteurs de notoriété. J’ai choisi le travail de terrain. Ma vie, c’est le pays réel, et je veux être le candidat du pays réel. Ma progression se fait donc par capillarité. On espère toujours que la cristallisation viendra plus vite. Mais Nouvelle Énergie avance : nous allons passer le cap des 20 000 adhérents à jour de cotisation, nous avons davantage de donateurs, je recrute un directeur de campagne. Et j’ai la satisfaction de voir reprises les idées que je défends depuis des années : la retraite par capitalisation, la remise en cause de l’État-providence face à l’effondrement démographique, à l’immigration non maîtrisée et à la stagnation économique, la baisse des cotisations, parallèlement à celle des dépenses sociales, pour augmenter le salaire net et rétablir les comptes. Je dénonce aussi l’effondrement éducatif et propose de libérer l’école de la suradministration et de l’idéologie, de même que je propose de remplacer dans la Constitution le principe de précaution, qui bloque tant de projets, par un principe de responsabilité. Avant la victoire électorale, il y a la victoire des idées. Ce sont elles qui peuvent redonner espoir, rendre confiance dans la parole publique à la majorité silencieuse que l’on n’entend pas. Il est temps d’oxygéner notre démocratie et de respecter les engagements pris. Si je suis élu, les Français ne seront pas virés du pouvoir, comme ils l’ont été précédemment, dès les lendemains de second tour.


Êtes-vous toujours favorable à une grande primaire de la droite allant jusqu’à Reconquête ?

Oui. Je ne suis pas un partisan absolu des primaires, mais les voix sont dispersées et nous avons encore le temps d’organiser une grande compétition. Il faut un quart de finale avant la demi-finale que constitue le premier tour. Elle doit être ouverte à tous ceux qui ne se reconnaissent ni dans la gauche ni dans le Rassemblement national, c’est-à-dire de la droite au centre droit. Ceux qui veulent se présenter à la présidentielle ne devraient pas avoir peur d’une pré-compétition. Elle éviterait l’éparpillement des voix, qui fait perdre les élections, et les arrangements entre notables, qui font perdre le pays : ils aboutissent à des mesures marketing, puis à une nouvelle bouillie politique une fois au pouvoir.


En cas de second tour opposant Marine Le Pen à un candidat issu du bloc central, pour qui voteriez-vous ?

Je suis candidat à l’élection présidentielle, pas au commentaire d’un second tour dont je serais exclu. Soyez néanmoins sûr d’une chose : je voterais pour n’importe quel candidat opposé à Jean-Luc Mélenchon. À sa « Nouvelle France », j’oppose la « Belle France ». C’est cette belle France que je peux faire gagner. Et c’est ainsi que nous retrouverons la Grande France, prospère, sûre, respectée, capable d’innover et d’offrir un avenir à ses enfants. Les Français sont créatifs, mais freinés par les normes, la bureaucratie et la fiscalité. L’État doit moins entraver les entreprises, les collectivités et les travailleurs, et se concentrer sur ses missions essentielles : sécurité, justice, éducation, santé et aménagement du territoire. Le XXIe siècle sera celui de l’IA et des technologies : misons sur l’école, la recherche, l’investissement et la liberté d’entreprendre. Ma démarche porte une espérance.