“Le libéralisme n’est pas une posture”
Dans une tribune parue dans l’Express, David Lisnard répond aux critiques formulées dans les colonnes de l’Express par le journaliste indépendant Rafaël Amselem, et se défend de toute accointance avec l’extrême droite.
Dans une interview à charge accordée à L’Express, Rafaël Amselem s’en prend à mon projet politique ainsi qu’à ma personne. Il m’attribue un “antigauchisme niais”, un “sentiment de décadence” et un “propriétarisme” qui me conduiraient à “courir avec tous les réactionnaires en échange de quelques baisses d’impôts et formules pseudo-afueristes”. Il juge enfin “honteux” que je propose une primaire ouverte à toute la droite, au prétexte que Reconquête! pourrait y participer. Ce faisant, il construit un portrait dont je ne reconnais aucun trait et révèle, sans le vouloir, les limites de certains intellectuels dits “libéraux” qui ont fait du libéralisme une philosophie de la reconnaissance et de la vulnérabilité en oubliant qu’il est d’abord une doctrine de la liberté et de la responsabilité individuelle. Et surtout un réalisme.
Commençons par la primaire. Défendre le principe d’une primaire, ce n’est pas prétendre partager les mêmes convictions que les candidats qu’on y affrontera. La présence éventuelle d’un candidat Reconquête! ou de centristes, que je propose également, n’impliquerait pas plus mon adhésion à leurs positions et encore moins à leurs actions, s’agissant de ceux qui ont aggravé la dette, étouffé les libertés locales et bureaucratisé le pays pendant dix ans. Une primaire est une procédure démocratique. Elle soumet des projets concurrents à l’arbitrage des électeurs plutôt qu’aux arrangements d’appareils. Confondre une procédure de sélection avec un accord programmatique n’est pas sérieux. Et ne pas admettre qu’il existe plusieurs nuances de droite qu’il sera bon de faire trancher par nos électeurs avant le premier tour de la présidentielle, c’est être aveugle aux réalités politiques du pays.
Rafaël Amselem me reproche ensuite d’avoir adjoint à mon corpus libéral un “bloc sécuritaire très sonore”. Il y voit un glissement. J’y vois une cohérence. Locke définit bien la finalité première de la société civile comme devant protéger la vie, la liberté et les biens de chaque individu contre les empiètements des autres. Hayek démontre que l’ordre spontané des échanges libres ne peut fonctionner que si les anticipations des individus sont protégées par une règle de droit stable et effectivement appliquée. On le sait depuis des siècles : la sécurité est une condition fondatrice de la liberté. Un État qui tolère l’impunité produit la loi du plus fort. Et la loi du plus fort n’a plus rien à voir avec la liberté de chacun.
Refuser l’État obèse et impuissant
Défendre, comme je le fais et comme je l’assume, un projet libéral et sécuritaire – et aussi éducatif – c’est refuser l’État obèse et impuissant que nous subissons depuis plus de quarante ans. C’est aussi tenir ensemble deux exigences que la tradition libérale classique n’a jamais séparées : la limitation du pouvoir d’un côté, l’effectivité de ce pouvoir dans ses fonctions régaliennes de l’autre.
Comme l’écrivait Montesquieu dans L’Esprit des lois, la liberté politique d’un citoyen est cette tranquillité d’esprit qui naît de l’opinion qu’il a de sa sûreté. Non pas la sécurité comme une fin en soi, mais la sécurité comme condition sans laquelle toutes les libertés formelles restent lettre morte pour ceux qui n’ont pas les moyens de se protéger eux-mêmes. Rafaël Amselem ne cite aucune de mes propositions pour étayer son accusation de dérive autoritaire – et pour cause, puisque je propose de rétablir un véritable État de droit qui sorte de l’arbitraire actuel d’un système “fort avec les faibles et faible avec les forts”. Rafaël Amselem procède par insinuation et amalgame. On est très loin d’une nécessaire rigueur de pensée et de la philosophie politique.
Sur la propriété enfin. Amselem parle de “propriétarisme” pour désigner les libéraux qui sacrifieraient les libertés politiques sur l’autel des libertés économiques, et convoque Rothbard comme repoussoir. Son libertarianisme étant aux antipodes de ce que je défends en la matière, cela n’a strictement aucun sens. La propriété, comme l’avait parfaitement montré Jacques Garello, est l’un des quatre piliers du libéralisme avec la liberté, la responsabilité et la dignité, finalité ultime. La propriété est centrale, car condition de tout le reste. La Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 la consacre comme un droit naturel “inviolable et sacré”, aux côtés de la liberté et de la sûreté. Elle ne prend toutefois tout son sens que dans un cadre de responsabilité individuelle et de dignité de la personne humaine. La propriété est une possession stabilisée par la reconnaissance mutuelle et par la puissance publique qui la juge légitime. Défendre la propriété dans la France de 2026, ce n’est pas du fétichisme. C’est défendre le droit pour chaque famille de devenir propriétaire de son logement. C’est défendre l’entrepreneur, l’agriculteur, l’artisan, le commerçant qui ont investi dans un outil de travail et qui dépendent de la stabilité des règles fiscales et juridiques. C’est défendre l’épargne et permettre à chacun de devenir propriétaire de sa retraite. C’est défendre la transmission, c’est-à-dire le droit de léguer à ses enfants une maison, une entreprise, un capital, sans que l’État ne transforme systématiquement cet héritage en variable d’ajustement budgétaire. Et garantir la propriété privée, c’est forcément garantir la liberté d’autrui.
Quand un raisonnement est solide, il n’a pas besoin d’être outrancier. Dans cet entretien, Rafaël Amselem n’a examiné aucune de mes propositions, cité aucun de mes textes, analysé aucun des fondements de mon projet. Il a substitué l’invective à la démonstration et l’amalgame à l’argument. Oui, je défends un projet libéral, sécuritaire et éducatif, ancré dans la meilleure tradition du libéralisme classique, assumé sans complexe et sans excuse. C’est précisément ce que Rafaël Amselem ne supporte pas : qu’on puisse vouloir à la fois limiter l’État-providence obèse, restaurer l’autorité régalienne et renforcer l’école, sans renier une seule des exigences de l’État de droit ni de la protection des minorités.
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de Nouvelle Énergie et David Lisnard