La culture, un enjeu politique de droite
Les politiques culturelles ont trop souvent été l’apanage de la gauche. Les élections municipales doivent être l’occasion pour la droite de briser ce monopole. Une tribune de Jean-Michel Arnaud et David Lisnard parue dans le Journal du Dimanche.
La culture, un enjeu politique de droite
TRIBUNE
Les politiques culturelles ont trop souvent été l’apanage de la gauche.
Les élections municipales doivent être l’occasion pour la droite de briser ce monopole.
Une tribune de Jean-Michel Arnaud et David Lisnard parue dans le Journal du Dimanche.
À l’approche des élections municipales, un paradoxe frappe le débat public français : chacun invoque la menace qui pèse sur la culture, mais personne ne propose de politique pour y faire face. Pire : lorsqu’une initiative émerge, elle est quasi systématiquement confisquée par le même horizon idéologique. Tout se passe comme si la droite avait intériorisé l’idée que la culture n’était pas son terrain naturel, qu’elle relevait d’un autre camp, d’une autre légitimité. Il est temps d’y mettre fin.
La culture n’est ni un luxe, ni une variable d’ajustement budgétaire. Elle est tout sauf un « bien non essentiel ». Elle est ce qui relie les individus entre eux, les générations entre elles, un territoire à son histoire et à son avenir. Elle est un instrument de construction de l’humain, une condition de possibilité du politique. Dans une société fragmentée par l’individualisme, le communautarisme et la polarisation algorithmique, la culture est l’un des derniers espaces où peut encore se forger l’unité nationale.
Le monopole culturel de la gauche
Pourquoi la droite a-t-elle si longtemps déserté ce champ ? L’histoire française apporte une partie de la réponse. Depuis la Révolution et plus encore à partir du XXᵉ siècle, la gauche a bâti un imaginaire puissant associé aux concepts d’émancipation, de démocratisation, de contestation, de résistance, de liberté de création et d’avant-garde. En face, la droite s’est souvent retranchée derrière les notions de gestion (des institutions), de sauvegarde (du patrimoine), de préservation (de l’identité), comme si la création lui était étrangère ou suspecte. Elle a soutenu des institutions sans produire de récit. Elle a administré sans assumer le symbolique. Ce « grand refoulement » a laissé à la gauche un quasi-monopole de la légitimité culturelle en France.
Mais tout monopole finit par produire ses dérives. L’entre-soi culturel s’est renforcé. La démocratisation promise n’a pas eu lieu : les mêmes publics fréquentent les mêmes lieux, pendant que d’autres s’en sentent toujours exclus. La morale a souvent remplacé l’esthétique, le discours s’est substitué à l’œuvre et la culture, au lieu de rassembler, a contribué à diviser.
À l’échelle municipale, la culture n’est pas un slogan, mais une pratique. Elle oblige à concilier exigence artistique et accessibilité, patrimoine et création, institutions et initiatives locales. Elle impose de sortir du parisianisme, de faire confiance aux collectivités locales, aux associations, aux artistes, aux artisans. Elle rappelle surtout une chose essentielle : la culture n’est vivante que lorsqu’elle est partagée.
L’heure du sursaut
Ce que la droite doit aujourd’hui proposer, ce n’est donc pas une guerre culturelle de plus, ni une reprise en main idéologique. C’est une voie alternative. Une politique culturelle à la fois humble et ambitieuse, tournée vers la transmission plutôt que la provocation, vers la construction plutôt que la rupture, vers les communs plutôt que le repli. Une politique qui ne confonde pas tradition et crispation, qui assume l’enracinement, pour en faire non pas un motif de nostalgie ou de repli sur soi, mais une force d’invention. Une politique qui ne fasse pas de la culture un instrument militant, mais un espace de résonance, qui fasse confiance à l’intelligence du public, sans le mépriser ni chercher à lui faire la morale.
Les élections municipales sont le bon moment pour ce sursaut. Parce que la culture se vit d’abord dans les villes et les villages. Parce que c’est là que se joue la cohésion réelle, loin des déclarations de principe. Parce que les maires savent, mieux que quiconque, que sans culture, il n’y a pas de communauté durable.
Jean-Michel Arnaud, élu délégué à la culture à la ville de Cannes et président du Palais des Festivals de Cannes.
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de Nouvelle Énergie et David Lisnard