« Incarner une majorité silencieuse et orpheline »

Candidat à l’élection présidentielle, en rupture de LR, le maire de Cannes David Lisnard entend ouvrir sa propre voie, indépendante et claire, dans le chaos politique ambiant tiraillé par les extrêmes et un bloc centriste fluctuant. Retrouvez l’entretien de David Lisnard accordé à Nice-Matin.

le 03 avril 2026
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Le marathonien a lancé sa course de fond vers l’Élysée. Avec son départ de LR et son passage au « 20 h » de France 2 mardi, David Lisnard a même accéléré sa foulée.

Pas question de (con) courir uniquement au bord de cette Croisette qu’il chérit tant, et où il a été réélu triomphalement à 81 %.

Outsider assumé mais compétiteur acharné, le voilà plus que jamais décidé à « exporter » ses idées. Au nom de l’intérêt général et de la Nation. Il s’en explique.

Départ de LR, candidature à la présidentielle sur France 2, c’est l’heure du « grand saut » ?

Ma déclaration sur France 2 est une confirmation de ce que j’avais déjà annoncé lors de mon discours à la Mutualité devant les militants de mon parti Nouvelle Énergie, le 20 janvier. Mon départ de LR n’est pas non plus un coup de tête. Il relève d’un constat sur les différences entre ce que je pense et les inconstances d’un parti qui a du mal à définir une ligne claire et assumée.

L’étiquette LR était aussi devenue un boulet ?

Non, je ne dis pas ça, je ne veux pas dénigrer ce parti. Mais depuis un moment, je n’y vois plus de cohérence doctrinale, c’est d’ailleurs pour ça que j’ai créé Nouvelle Énergie, même si je gardais espoir. Après la confiance accordée au gouvernement Bayrou, le vote d’un budget socialiste qui augmente les prélèvements tout en s’asseyant sur la réforme des retraites, je ne voulais plus encombrer LR de mes pensées contraires, ni moi-même être encombré par les incohérences de LR !

Est-ce que votre inimitié connue avec les Tabarot au niveau local s’est également transposée aux instances LR nationales ?

Pas plus qu’avant. On était déjà à l’UMP et notre relation était beaucoup plus dure qu’aujourd’hui. Ma rupture avec LR n’est pas du tout liée à une question de personnalité. Je n’ai d’ailleurs aucune inimitié avec Bruno Retailleau, et je m’entends bien avec François-Xavier Bellamy.

Président de la République, un rêve de gosse ?

Pas du tout. Gosse, je me projetais pour être maire de Cannes. Président, c’est plutôt une responsabilité de parent ! Les choses se sont faites progressivement car je suis un élu local, dont le mandat au sein de l’AMF (association des maires de France qu’il préside) m’a donné plus de visibilité et d’expérience. Je constate hélas le déclassement vertigineux de la France, et je ne peux pas accepter cette fatalité. Moi, je suis persuadé que la France peut redevenir une grande nation éducative, qui maîtrise ses flux migratoires et dont le développement économique n’est pas inférieur à celui de l’Italie. Et je crois qu’une majorité silencieuse est proche de mes convictions, qui prônent la prospérité par la libération économique, sans tous les excès bureaucratiques, qui veut un État fort avec les voyous mais avec moins d’entraves et de restrictions pour les gens honnêtes, qui souhaite que la France retrouve sa grandeur avec une ambition écologique et démographique.

Votre proposition politique s’inscrit où ?

Cette majorité silencieuse, qui n’est pas celle des plateaux télé ni les bobos des grandes villes, n’avait pas de proposition politique, qui ne soit pas la gauche fasciste de LFI ni le RN. Il s’agit de construire une offre qui répond à cette demande, orpheline de la droite classique, mais aussi du centre et de la gauche républicaine. C’est le mouvement des gens qui travaillent et veulent s’en sortir.

Le déclic, c’est aussi l’élection d’Emmanuel Macron en 2017, qui n’était pas attendue, et d’une génération encore plus jeune que la vôtre. Il a soudain fait écho à votre propre destin ?

Non (ferme). Nicolas Sarkozy avait aussi un parcours atypique, et j’ai le mien. Mon destin, c’est un bien grand mot car je suis lucide sur ma position politique nationale d’outsider. Mais je me sens aligné entre ce que je fais au quotidien en tant que maire de Cannes, ce que je dis, et ce que je suis, contrairement à certains. Si je parle de baisser la dette de l’État par exemple, je dois déjà faire pareil à Cannes !

L’AMF a permis de vous créer un réseau transpartisan. Dans un esprit gaulliste de rassemblement ?

L’AMF m’a déjà permis de travailler avec 900.000 élus locaux, qui œuvrent de manière pragmatique concrète, partout, en outre-mer comme dans les grandes villes. J’ai parcouru 82 départements, visité des usines, échangé avec les élus locaux, ce qui a renforcé ma connaissance du pays et me permet de prendre des positions fortes dépassant les clivages partisans. Quant à de Gaulle, face à l’anesthésie actuelle du gouvernement, j’aime sa radicalité de 1958, lorsqu’il a pris 360 ordonnances en moins de huit mois pour rétablir l’ordre, résorber un déficit de 6 % et revenir à l’équilibre budgétaire en un an.

Vous êtes partisan d’une primaire élargie à droite. Et si elle ne se fait pas, vous y allez seul ?

Il m’est impossible de répondre à cette question. Mais je souhaite que ce projet que je porte entre enfin dans la compétition électorale, et qu’il y ait un quart de finale à droite avant la demi-finale représentée par le premier tour de l’élection présidentielle.

L’appel du pied d’Éric Ciotti, qui vous invite à le rejoindre à l’UDR ?

Moi, ça ne m’intéresse pas. Je ne recherche pas une gloire personnelle pour embellir ma retraite, mais je veux convaincre sur la densité de mes propositions. Je ne veux pas dénigrer les autres candidats, mais si je devais être au centre ou au RN, j’y serais. Pour moi, il existe une droite indépendante qui peut être gagnante, une alternative attractive.

Votre projet est « libéral, sécuritaire, éducatif, scientifique ». Avec un ordre de priorité ?

Tout doit être mené en concomitance car s’il n’y a pas de sécurité ni de restrictions aux frontières, ça amplifie les problèmes d’éducation, d’instruction et nos déficits sociaux. Et il n’y a pas de réforme de notre appareil social sans garde-frontière, sinon la France reste un aspirateur à immigration.

« Cannes gagne » était votre slogan de campagne municipale. La France gagne sera celui de votre campagne nationale ?

Ce sera d’abord Pour que la France gagne. Avec ma personnalité pour dire ce que je fais et faire ce que je dis. Mais ce ne sera pas les mêmes méthodes, car pour mon mandat de maire, ma vocation, j’ai fait campagne comme si j’avais 21 ans, au porte à porte, ce qui n’est pas possible à l’échelon national.

Président normal ou providentiel ?

Ni l’un ni l’autre. Un Président ne peut être normal, et le providentiel est réservé à Dieu. Je veux être un Président efficace pour que la France retrouve dignité et prospérité. La Providence, je la laisse à la messe de Pâques !

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« Je me suis toujours organisé, en mettant en place une équipe capable de diriger la ville sans moi »

David Lisnard

David Lisnard a lancé sa course vers l’Élysée. Après son départ de LR et son passage au « 20 h » de France 2 mardi, le maire de Cannes ne compte plus uniquement concourir au bord de cette Croisette qu’il chérit tant, et où il a été réélu triomphalement à 81 % lors du scrutin du 15 mars. Outsider assumé mais compétiteur acharné, le voilà plus que jamais décidé à « exporter » ses idées. Au nom de l’intérêt général et de la Nation. Une question centrale demeure : et Cannes ?

En campagne présidentielle, vous restez maire à 100 % ?

Oui. Je veux démontrer que l’élection présidentielle n’est pas réservée aux Parisiens, ou à des élus de Normandie qui vivent à Paris. Moi, je n’ai pas d’appart ni de bureau à Paris, et j’ai déjà concilié mon mandat municipal avec la présidence de l’AMF. La campagne ne sera jamais au détriment du maire, et si j’acquiers vraiment une dimension de présidentiable, ça ne peut être que positif pour Cannes.

Qui vous remplacerait en cas d’accession à l’Élysée ?

Cette question me flatte car elle valide ma démarche. Depuis mon premier mandat en 2014, je me suis toujours organisé, en mettant en place une équipe capable de diriger la ville sans moi, tout le temps, car il peut aussi m’arriver un accident, un ennui de santé ou un problème familial. Et je sais déjà qui me remplacerait comme maire, mais je ne vous le dirai pas…

 

Retrouvez cet entretien sur le site de Nice-Matin en cliquant ici.

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