Fusion nucléaire, la révolution qui va tout changer
À force de privilégier les énergies intermittentes et de marginaliser le nucléaire, l'Europe se serait engagée dans une transition énergétique aussi coûteuse qu'inefficace. Pour l'auteur, la véritable révolution se joue désormais ailleurs : dans la fusion nucléaire, qui pourrait rebattre les cartes de la production d'énergie. Une tribune co-signée par David Lisnard, Etienne Blanc, David Angevin, Jean-Paul Oury, Samuel Furfari, Christian Semperes, Jean-Philippe Vuillez, Murielle Fabre, Béatrice De Montille et Stéphanie Von Euw.

L’Europe, et donc la France, se trouvent aujourd’hui prises au piège d'une des plus grandes mystifications économiques et technologiques de l’Histoire. Sous couvert d’urgence climatique, ceux qui nous gouvernent à Bruxelles, Paris ou Berlin, ont délaissé la rigueur scientifique pour embrasser une forme de fétichisme vert, où l’idéologie et le clientélisme électoral dictent des arbitrages déconnectés des réalités. Nous assistons depuis plus de 20 ans, médusés, à un spectacle absurde : la destruction méthodique d’outils industriels performants au profit de solutions intermittentes, inefficaces, et ruineuses. Économie mais aussi écologie sont perdantes.
Alors que l’argent manque cruellement pour la justice, pour l’école, pour la police, alors que la dette explose, et que des millions de Français ont du mal à se loger et à payer leurs factures, ceux qui nous dirigent claquent des centaines de milliards d’euros dans une transition qui n’a d’écologique que le nom. Le paroxysme de cette folie a été atteint avec les décisions croisées de démantèlement de centrales nucléaires parfaitement fonctionnelles et la réouverture consécutive, partout sur le continent, de centrales à charbon ou au gaz pour pallier ces fermetures. Nous en payons le prix fort : dépendance au gaz étranger, terrible perte de compétitivité de nos industries électro-intensives, carbonation et forte perte de pouvoir d’achat des citoyens.
En France, ce carnage industriel mené avec une légèreté coupable par Emmanuel Macron et ses Premiers ministres, est une faute historique lourde. La décision en 2018 d’arrêter 14 réacteurs, mais aussi de stopper net le projet ASTRID de réacteur de 4e génération, est un cas d’école de trahison des intérêts du pays pour des raisons bassement électoralistes. Grâce à notre parc électronucléaire de 57 réacteurs (depuis la fermeture de Fesseinheim) initié par le Général De Gaulle et le président Pompidou avec le Plan Messmer, qui fournit une électricité décarbonée, notre pays est un des meilleurs élèves de la planète en matière de lutte contre le réchauffement climatique. Avec la fermeture de Fessenheim, Emmanuel Macron entrera dans l’histoire pour avoir voulu (avant d’y avoir heureusement renoncé) détruire notre nucléaire, patrimoine des Français.
La « transition énergétique », telle qu’elle est menée, est devenue une fin en soi, aveugle à son objectif initial : la décarbonation.
Au nom d'un dogme antinucléaire absurde, l’Europe a préféré brûler du charbon plutôt que de réhabiliter l'atome. Au nom du politiquement correct, elle n’a pas hésité à enlaidir ses paysages naturels à coups de parcs éoliens (plus de 10 000 éoliennes en France, 22000 en Espagne, plus de 30 000 en Allemagne, etc.). Les milliards coulent à flots : on subventionne massivement le déploiement d’éoliennes terrestres et maritimes.
En France, le discours officiel prétend que l'éolien est désormais « au prix du marché ». Il est vrai que les nouvelles installations atteignent, selon l'ADEME, un coût de production d'environ 59 €/MWh, un niveau proche du prix spot moyen constaté en 2025 (61 €/MWh). Mais ce chiffre masque la réalité du stock : les contrats de soutien signés sur vingt ans dans les années 2000 et 2010, à des tarifs de 80 à 100 €/MWh, continuent de peser sur les factures. Le coût de rachat moyen du parc éolien terrestre existant s'établit à 97,5 €/MWh en 2025, soit 37 euros au-dessus du prix de marché. Ce sont les mécanismes de prix garantis sur vingt ans, déconnectés de tout signal-prix, qui ont engendré ces effets d'aubaine durables : l'État s'est révélé un piètre prescripteur technologique lorsqu'il s'est substitué au marché. La Commission de régulation de l'énergie prévoit 1,3 milliard d'euros de charges de soutien à l'éolien terrestre seul en 2026, sur un total de 12,9 milliards d'euros de charges de service public de l'énergie.
L'illusion de la compétitivité des renouvelables intermittents ne tient que grâce à la béquille permanente de l'argent public dont le citoyen français, déjà pressé comme un citron par les impôts et les taxes, continue de payer l'addition sur sa facture d'électricité.
L'autre grand pilier de cette transition dogmatique repose sur la rénovation thermique globale des bâtiments, dont les normes délirantes sont en train de tuer le marché du locatif. Certes, le chauffage représente plus d'un quart des émissions de gaz à effet de serre de la France. Mais la trajectoire financière imposée pour y répondre relève de l’inconscience macroéconomique. Selon l’Institut pour l'économie du climat (I4CE), il faudrait injecter pas moins de 33,4 milliards d’euros par an jusqu’en 2050 pour respecter la « Stratégie nationale bas-carbone ». Pour les seuls bâtiments de l’État français, la situation est vertigineuse : le coût de la planification écologique pour le parc étatique est estimé entre 140 et 150 milliards d’euros à l’horizon 2050. Ces chantiers d'isolation aux coûts délirants, dont le retour sur investissement écologique reste dérisoire à l’échelle globale, pourraient se discuter dans une économie prospère. Mais les urgences pour la France et les Français sont ailleurs, considérant le déclassement global de notre pays, étouffé par un social-Etatisme dépensier et son cortège de normes toujours plus castratrices pour notre économie.
Toutes ces politiques irrationnelles et ces dépenses astronomiques reposent sur un postulat erroné : celui d'une technologie énergétique figée à tout jamais, nous condamnant à l'austérité, au rationnement et à la régression industrielle. C’est omettre la rupture technologique majeure qui se prépare dans les laboratoires du monde entier et qui s'apprête à balayer ces plans technocratiques : la fusion nucléaire.
Pendant que l'Europe s’épuise à subventionner des technologies du XIXe siècle améliorées (les moulins à vent modernes) et à calfeutrer des murs à coups de milliards, la science progresse à pas de géant vers la fusion nucléaire, le Graal de la production d’énergie. Contrairement à la fission actuelle (qui casse des noyaux d'atomes lourds), la fusion consiste à marier deux noyaux d'isotopes légers de l'hydrogène (le deutérium et le tritium) pour former de l'hélium, libérant au passage une quantité phénoménale d'énergie. Ces dernières années, le calendrier de la fusion s'est considérablement emballé, porté à la fois par des consortiums internationaux et une vague de start-ups privées ultra-capitalisées.
Le National Ignition Facility (NIF) aux États-Unis a réussi à plusieurs reprises à libérer par fusion laser plus d'énergie que celle apportée par les faisceaux de photons sur la cible. Des réacteurs expérimentaux en Corée du Sud (KSTAR), en Chine (EAST) et en Europe (JET) ont battu coup sur coup des records de maintien de plasmas à plus de 100 millions de degrés Celsius, prouvant la viabilité du confinement magnétique.
Une autre piste, les supraconducteurs à haute température (HTS), permet de générer des champs magnétiques d'une puissance inédite, réduisant drastiquement la taille nécessaire des réacteurs pour atteindre le point de rentabilité. Des entreprises privées prévoient désormais la mise en service de prototypes commerciaux injectant de l'électricité sur le réseau bien avant les horizons pessimistes fixés par les bureaucraties étatiques.
Sur le sol européen, cette accélération se concrétise sur le site d'ITER, en France. Le plus grand projet scientifique de la planète, financé par de nombreux Etats, vient de franchir un cap décisif en passant de la phase d'ingénierie aux travaux pratiques : l'assemblage de sa monumentale chambre à vide progresse à grands pas avec l'installation réussie de plus de la moitié de ses neuf modules, tandis que ses colossaux aimants supraconducteurs entrent en phase d'essais cryogéniques à des températures extrêmes de moins 269° Celsius.
Parallèlement à ces nécessaires efforts publics, la dynamique mondiale est désormais largement portée par l'écosystème des start-ups privées. C’est le cas en France avec la pépite grenobloise « Renaissance Fusion », basée dans l'Isère. Première entreprise de fusion par confinement magnétique en Europe, elle ambitionne de bousculer les calendriers traditionnels en visant une mise en service commerciale de son réacteur dès 2035. Pour réussir ce pari, l'entreprise mise sur une rupture technologique majeure : le stellarator compact. En combinant des aimants supraconducteurs à haute température et un bouclier thermique révolutionnaire à base de parois de métal liquide (lithium), « Renaissance Fusion » s'affranchit de la complexité et de la lourdeur des méthodes bureaucratiques. La start-up valide brevet après brevet ses jalons techniques et prouve que la souveraineté énergétique de demain se dessine dès aujourd'hui au cœur des territoires français.
Nul ne sait aujourd’hui quelle technologie s’imposera, mais la fusion nucléaire offre une promesse qu'aucune autre source d'énergie ne peut égaler. Elle est illimitée, puisque le deutérium s'extrait de l'eau de mer. Elle est sûre, car elle exclut tout risque d'emballement ou de fusion du cœur : la réaction s'arrête instantanément en cas d'anomalie. Elle est bas carbone et ne produit pas de déchets radioactifs de haute activité à vie longue, contrairement à la fission.
Le contraste est saisissant, pour ne pas dire tragique.
D’un côté, une technocratie européenne hors sol qui s'apprête à dépenser des milliers de milliards d'euros dans l'isolation thermique, les subventions aux énergies intermittentes et la restriction des libertés productives.
De l’autre, la science pure, qui s'apprête à offrir à l’humanité une énergie propre, abondante et bon marché.