Une tribune de David Lisnard et Jean-Paul Oury pour Le Figaro.

Une tribune de David Lisnard, Frédéric Bizard et Alexandra Martin.

Comment enrayer la course permanente à la réglementation ? Quatre personnalités proposent une solution pour lâcher (un peu) la bride des Français.

Une tribune à lire sur le site de Valeurs Actuelles

David Lisnard, photo AFP

La loi sur l’immigration, adoptée au parlement en début de semaine, soulève notamment la question de l’immigration économique. Pour David Lisnard, il est essentiel de ne pas tomber dans les mêmes travers que certains de nos voisins. Explications.

Atlantico : Le vote du projet de loi immigration provoque une crise politique. Les Républicains sortent-ils renforcés de cette séquence ? 

David Lisnard : C’est évident. Pour plusieurs raisons. Ce sont Les Républicains qui ont mené la discussion et qui ont imposé leurs propositions. Ils en sortent renforcés. Tout le monde reconnaît que l’immigration est devenue un problème majeur et qu’elle pose un problème massif au pays. En face, il faut maintenant une politique puissante et une évolution constitutionnelle. Et c’est ce que propose LR.

Cette loi n’apporte qu’un début de réponse. Elle a suscité un psychodrame alors qu’il manque tant d’éléments pour qu’on ait une vraie politique migratoire efficace. Pour être effective, il faut une réforme constitutionnelle pour que l’action ne soit plus contredite par des jurisprudences sclérosantes. Mais au-delà du droit ; avec mon parti Nouvelle Energie nous insistons aussi sur la nécessité de réorganiser les services de l’Etat qui sont totalement dispersés pour le traitement de l’immigration. En France, on parle toujours du législatif mais jamais de l’exécution. Or, nous avons un problème d’exécution. On le voit très bien avec les OQTF ou avec les interdictions de séjour, comme d’ailleurs dans tous les autres domaines de l’action de l’Etat. 

 

Comment faire ?

Pour maîtriser l’immigration, il nous faut certes mieux lutter contre l’immigration illégale mais aussi considérablement diminuer l’immigration légale. Il ne s’agit pas de dire qu’il faut une immigration zéro, ça, ce sont des positions démagogiques. On ne peut pas et on ne doit pas le faire. Mais je pense qu’il faut au moins diviser par huit l’immigration légale. Il faut avoir des quotas pour maîtriser l’immigration sur le plan quantitatif et qualitatif. C’est ce qui commence à être prévu par cette cette loi et qui se fait dans quasiment tous les pays. Voilà pourquoi il faut sortir de l’étau des jurisprudences européennes, des interprétations de la CEDH, du Conseil d’Etat et du Conseil Constitutionnel. Il faut sortir de cette jurisprudence qui empêche d’avoir une politique effective de quota et de maîtrise de l’immigration légale.

Vous dîtes que Les Républicains ont marqué un point en montrant qu’il fallait une réforme de la Constitution. Ont-ils une stratégie politique pour y parvenir sans passer par une alliance avec le Rassemblement National ? Quel est le chemin politique ?

 

Le chemin qui compte est celui qui permettra le sursaut salutaire de la France. Il ne peut se faire dans les arrangements politiciens. Pour cela il faut être fort, fort d’un corpus clair, opérationnel, puissant qui ne s’affaiblisse d’aucune tractation tactique et électoraliste. Et parallèlement faire monter des nouveaux talents, en prise avec la vie réelle, refuser tout conformisme et tout « révolutionarisme », convaincre, avec abnégation, partout, dans les collectivités, en entreprise, à l’université, par chaque discussion, sur les réseaux sociaux, dans les médias. C’est bien pourquoi j’ai lancé Nouvelle Energie, pour ne pas faire des habiletés, de l’eau tiède et de l’ambiguïté racoleuse, parce que je suis certain que les propositions que nous portons sont les bonnes, utiles au pays, pour, par exemple, la retraite par capitalisation collective obligatoire, pour une nouvelle politique de la famille et démographique, pour redevenir une puissance éducative et culturelle, pour une espérance environnementale par la science, le droit international, l’innovation et l’investissement entrepreneurial, pour une ambition numérique, pour lutter contre la bureaucratie, pour retrouver de l’efficacité sécuritaire et du bon sens régalien, pour restaurer une Justice digne de ce nom, pour régénérer notre démocratie, donc notre état de droit, en sortant de l’impuissance publique… 

 

Le Medef ne partage pas votre position sur l’immigration légale. Patrick Martin, au contraire, demande plus d’immigration pour les entreprises 

La position du Medef, je l’entends et je la respecte, mais je ne la partage pas puisque telle que vous la présentez elle limite l’immigration à une question économique. Je suis pour la liberté entrepreneuriale. L’immigration n’a pas à être l’armée de réserve du patronat comme disait Marx à propos du chômage. Or aujourd’hui, nous savons et nous voyons que l’immigration pose un problème beaucoup plus large et intense que celui du travail comme facteur de production. La dimension économique est une dimension parmi beaucoup d’autres. Nous sommes face à une problématique sociale et sociétale. Par certains aspects, c’est aussi une problématique civilisationnelle et sécuritaire. 

Je ne trouve pas non plus leurs arguments valables sur le plan économique puisqu’avec l’immigration actuelle, massive et non maîtrisée, on importe de la pauvreté. Elle pèse, entre autres, très lourd sur le coût des services publics. En l’absence de quotas, nous subissons une immigration d’emplois non qualifiés. Ce qui amplifie le problème de l’accès au travail puisque l’immigration tire les salaires vers le bas.

 

Le patronat devrait davantage se focaliser sur la question du coût de l’emploi, le coût du travail et le fait qu’il y ait trop peu de différentiel entre les revenus liés à l’assistance et les revenus liés au travail, notamment au moment de l’entrée sur le marché de l’emploi. Il faut que le salaire net soit beaucoup plus élevé sans remettre en cause la compétitivité des entreprises. C’est tout le magma du système social, une spécificité française, qui consomme un tiers du PIB et qui est un boulet. Entre le salaire brut versé et le salaire net perçu, il y a une énorme différence. Il faut trouver le moyen d’avoir un salaire net d’entrée sur le marché du travail plus élevé pour le travailleur et moins coûteux pour l’employeur. C’est un peu plus compliqué que de se contenter de dire qu’on va faire rentrer on ne sait pas combien de travailleurs clandestins sur les métiers en tension. 

 

Ne faisons pas la même erreur que l’Allemagne. Souvenez-vous il y a quatre ans. L’Allemagne a ouvert les vannes à l’immigration économique à la demande du patronat. Elle les ferme complètement aujourd’hui. En France, le taux de chômage chez les étrangers est au moins le double du taux de chômage des Français. Par ailleurs, le prisme d’une immigration pour faire des jobs que ne veulent pas faire les français est souvent faux. C’est une considération très démagogique. Je le constate sur le terrain et en tant qu’employeur public. Ce ne sont pas des étrangers qui ramassent les poubelles par exemple, ce sont des Français. Dans ces français, il y a une part issue de l’immigration mais qui, contrairement à ce qu’on croit, est minoritaire.

Avec le vote de la loi immigration, Emmanuel Macron se trouve-t-il dans une impasse politique ? Comment gouverner sereinement le pays jusqu’à la fin de son mandat ?

 

Cette loi, qui a généré une tragicomédie politique, dans le meilleur des cas, ne règle qu’une petite partie du problème. Dans le pire des cas, elle renvoie à la pertinence de ce que dit LR c’est-à-dire qu’il faut refaire une réforme constitutionnelle. Emmanuel Macron a publié un livre en 2016 intitulé « Révolution ». Il y a deux acceptions au terme, soit c’est un changement radical soit on tourne en rond. Là, on tourne en rond. On a eu « le grand débat », le CNR – même sigle qu’à la libération, rien de moins -, les « grands rendez-vous » du Ségur, du Beauvau de la sécurité ou encore cet automne « l’initiative d’ampleur » des réunions de Saint-Denis avec les partis politiques, en attendant « le rendez-vous avec la nation » en janvier annoncé il y a quelques jour par le président de la République. Et je dois en oublier… Quels sont les actes ? Leur suivi, leur évaluation ? Quelle est dans tout cela  la vision au sommet de l’Etat de l’avenir de la France?  Il y a une succession de séquences de communication avec de l’emphase linguistique proportionnelle à l’incapacité d’action.

 

Le Président doit-il dissoudre l’Assemblée Nationale ? A-t-il encore les moyens de faire passer des projets de lois sans créer un maximum de tensions ?

Là, le projet de loi pour l’immigration est passé dans le sens que voulait LR. On verra pour le reste. Je ne suis ni parlementaire, ni dans l’Exécutif d’Etat. Je suis maire. J’ai appris à me concentrer sur ce que je maîtrise. C’est-à-dire ce que je fais dans ma mairie et ce que je propose avec mon parti Nouvelle Energie. Nous, on travaille. On essaye de faire des propositions fortes sur l’éducation, l’économie, la retraite etc. Les circonstances seront ce qu’elles seront. Seules la constance et la consistance permettront d’y répondre.

Si dissolution, faut-il un LR comme Premier ministre ? Certains disent qu’Edouard Philippe, patron d’Horizon, pourrait redevenir Premier ministre.

Je ne veux pas commenter. Tout ça c’est de la fiction. Si il y a dissolution, il y aura une nouvelle élection. C’est la nouvelle majorité parlementaire qui déterminera qui sera le nouveau Premier ministre. Objectivement, je ne crois pas que ce sera un Horizon ou d’autres partis d’ailleurs de la macronie. Je pense que la majorité parlementaire serait plus à droite.

 

En tant qu’élu local, comprenez-vous la fronde des 32 départements de gauche qui disent ne pas vouloir appliquer la loi immigration concernant notamment la restriction de l’allocation d’autonomie ? 

Moi, même si je ne partage pas sa conviction, je comprends la position d’Aurélien Rousseau, ministre sortant de la santé, qui ne se sentait pas en phase avec la philosophie d’une loi votée avec l’assentiment du gouvernement. Il a démissionné de son poste de ministre de la Santé, c’est une décision très respectable. En revanche, cette loi est légitime donc elle doit être appliquée. Ce n’est pas une loi scélérate, une loi d’un régime d’exception. Donc, je comprends la résistance intellectuelle de ces conseillers départementaux mais pas la posture d’une non-application de loi. Ce n’est pas admissible par définition. Je ne peux pas cautionner ça. Si à chaque fois qu’il y a une loi qui m’offusque, je ne devais pas l’appliquer; on n’appliquerait pas grand-chose à Cannes : Le zéro artificialisation nette, la mise sous tutelle des collectivités territoriales, on nous met sous dépendance de l’État, on conteste politiquement, on essaie d’obtenir des changements, mais en attendant on s’attache à appliquer. « Résistance et obéissance, voilà les deux vertus du citoyen », disait le philosophe Alain.

 

Enfin, en cette période de fêtes vous publiez une lettre au Père Noël. Une lettre dans laquelle vous dénoncez le social étatisme à travers le dispositif ETincelles. De quoi s’agit-il? 

Un machin dont personne n’a parlé à cause du psychodrame sur l’immigration. Le Président de la République fait pourtant un bon constat et identifie un problème. Nous avons des PME et des grands groupes, mais nous manquons d’ETI, les Entreprises de Taille Intermédiaire. Pourquoi n’avons-nous-pas, comme en Allemagne, ce capitalisme familial qu’on retrouve dans les petites entreprises qui ont entre 250 et 5000 salariés ? Tout simplement d’une part parce que les transmissions y sont fiscalement plus difficiles, s’autre part parce qu’on manque de capitalisation. On manque d’épargne tournée vers l’entreprise. C’est pour ça qu’au moment de la réforme des retraites il fallait aller plus loin. Il faut qu’on instaure une retraite par capitalisation obligatoire collective, entre un filet de sécurité par répartition et la liberté de capitalisation. Cela permettrait d’avoir des pensions beaucoup mieux garanties pour les futurs retraités, de contribuer progressivement à assainir les comptes publics qui ont en bien besoin, c’est un euphémisme, et à financer les entreprises intermédiaires notamment. Il y a beaucoup de pays où ça marche très bien. 

 

En France, on ne fait pas ça. A la place, on invente le dispositif ETincelles. Il faut voir le verbatim sur le site de l’Elysée, il y a douze fois le mot « bienveillance ». Ce dispositif prévoit que des hauts fonctionnaires de qualité vont accompagner 500 PME sélectionnées pour devenir une ETI. Sélectionné par qui ? Comment ? on ne sait pas. Par ailleurs, 500 PME c’est moins de 10% des PME françaises. C’est totalement déconnecté de la vraie vie des entreprises. On est sur une énième expression du social-étatisme qui plombe le pays depuis 40 ans. Emmanuel Macron, c’est un peu plus sophistiqué que François Hollande. Mais c’est la même matrice. Il en faut du social-étatisme, mais tout est une question de proportion. Quand on a 57% de dépenses publiques et le record des prélèvements obligatoires, c’est trop. Beaucoup trop. Et c’est ce qui tire notre pays vers le bas.

Retrouvez l’interview de David Lisnard pour Atlantico ici.

TRIBUNE. Le ras-le-bol des agriculteurs français, les bons élèves de l’Europe, est légitime. Il est temps pour le gouvernement français d’agir afin de les protéger davantage.

Par David Lisnard et Yves d’Amécourt

Des panneaux d’entrée d’agglomération sont retournés par les Jeunes Agriculteurs pour dénoncer une politique agricole qui marche sur la tête. © Catherine Nicol / MAXPPP / PHOTOPQR/LE TELEGRAMME/MAXPPP

Depuis quelques jours, les panneaux de certaines communes sont retournés par les associations de Jeunes Agriculteurs. Même si on aimerait que les panneaux restent à l’endroit et que les maires ne soient pas obligés d’ajouter cela à leurs préoccupations, le plus important est que la France retrouve le bon sens agricole. Il convient de saluer cette action nationale, non violente, destinée à attirer l’attention du plus grand nombre sur l’inflation des prix, l’inflation des normes, l’inflation de la bureaucratie.

Le message des Jeunes Agriculteurs est simple : « On marche sur la tête ! » D’un côté, l’inflation frappe de plein fouet les exploitations agricoles et de l’autre, le gouvernement leur demande de baisser les prix pour augmenter le pouvoir d’achat des consommateurs. Il y a quelques jours, l’Europe a décidé de redonner une autorisation à l’utilisation du glyphosate en agriculture et de l’autre, la France, qui s’est abstenue, a annoncé qu’elle maintiendrait les restrictions d’usage.

Cette même Europe continue à signer des traités internationaux dits « de libre-échange » alors que les produits importés n’ont pas les mêmes contraintes ni les mêmes normes de production que les productions européennes. Le vrai libéralisme n’admet pas les distorsions normatives ou fiscales de commerce.

Vilipender au lieu de féliciter

L’agriculture française est reconnue mondialement comme l’une des plus saines et des plus respectueuses de l’environnement, en progrès permanent, mais on n’arrête pas de la vilipender au lieu de la féliciter, de l’encourager et de la promouvoir !

À ce rythme, nous risquons de ne pas rester longtemps la première puissance agricole européenne et la cinquième mondiale, ni d’afficher un excédent commercial dans ce secteur, qui tient grâce à l’exportation des céréales, des vins et des spiritueux.

Il s’avère en effet que nous importons toujours davantage de denrées alimentaires et de produits d’entrée de gamme que nous interdisons à nos propres agriculteurs de produire. Quelque 60 % des fruits que nous consommons, 40 % des légumes, 50 % de la viande blanche et 25 % de la viande rouge sont ainsi des produits d’importation.

Agriculture : à quand un plan d’envergure ?

Face à cela, aucun plan d’envergure de souveraineté alimentaire n’a été finalement proposé. Le discours du gouvernement sur la nécessaire baisse des prix a même incité les industriels de l’agroalimentaire à délaisser l’achat des productions françaises, pour aller chercher moins cher ailleurs. Si l’on n’y prend garde, l’agriculture française pourrait bien connaître le même sort que notre industrie.

Aujourd’hui, près d’un quart des agriculteurs vit sous le seuil de pauvreté. Et en trente ans, le revenu net de la branche agricole a baissé de près de 40 % en euros constants. Le transfert d’une partie des prélèvements sociaux et fiscaux vers la valeur ajoutée permettrait d’augmenter les rémunérations de nos agriculteurs et de leurs salariés et rendrait de la sorte plus attractifs les métiers de la terre.

Il est temps d’agir pour offrir aux jeunes agriculteurs des perspectives au sein d’une filière qui a toujours été un pilier de notre économie et même de notre patrimoine. La modernisation des pratiques, l’intégration des technologies vertes et l’accent sur une agriculture durable et respectueuse de l’environnement sont essentiels.

Nous devons également renforcer les politiques de soutien aux producteurs locaux et encourager l’innovation dans les méthodes de culture et de distribution. Par la promotion d’une agriculture diversifiée et de qualité, nous pourrons assurer la pérennité de ce secteur vital et améliorer notre indépendance alimentaire, tout en préservant le savoir-faire agricole unique de la France.

Comme nous l’avons déjà affirmé, il faudra : mettre fin aux distorsions de concurrence au profit de pays, au sein même de l’Union européenne, qui ne respectent pas nos standards ; réviser les termes de la PAC, devenue une vaste politique environnementale, ni vraiment agricole ni vraiment commune, avec comme objectifs notre souveraineté alimentaire et l’augmentation de nos exportations ; rendre plus efficace le système assurantiel pour protéger nos agriculteurs (et forestiers) et créer dans chaque exploitation un compte « aléas climatiques et économiques » ; faire revenir sur le sol français la valeur ajoutée issue de notre agriculture et de nos forêts par l’implantation d’industries de transformation de nos productions agricoles et forestières ; lutter contre la bureaucratie chronophage et l’inflation des normes qui asphyxient les agriculteurs ; simplifier le statut de l’exploitation agricole pour permettre de réaliser toutes les activités rurales : gestion foncière, exploitation agricole et forestière, production et d’énergie, tourisme vert, commerce de proximité, immobilier et entretien du patrimoine, participation positive au bilan carbone de la planète ; accentuer la recherche et l’innovation pour une meilleure productivité, de meilleurs rendements, une plus grande précision et aussi un accès amélioré à l’eau potable et à l’assainissement, par exemple grâce à des technologies de purification plus efficaces ou à des solutions d’assainissement hors réseau.

Parce que ce qui est bon pour l’agriculture est bon pour la France, il est temps d’arrêter de « marcher sur la tête » comme le demandent à raison nos jeunes agriculteurs. Il est temps de retrouver nos assises… et de remettre nos panneaux d’entrée de ville à l’endroit !

« Dans une démocratie bien ordonnée, c’est à l’Etat d’être vigilant, car la société que nous voulons, c’est-à dire une société d’individus libres, doit être non pas une société de vigilance, mais de confiance »


Le « narratif », comme on dit aujourd’hui, était presque parfait. A la suite du drame de Romans-sur-Isère, « l’ultra-droite » était devenue en quelques jours la menace principale pour notre société, l’ennemi à abattre en priorité et la cible d’un gouvernement et d’une justice passée d’une prudence de sioux à une rigueur soudaine et, enfin, implacable. Et, tandis que les contorsions rhétoriques coutumières pour nommer les agresseurs le cédaient à la surenchère de l’opprobre, les condamnations à la prison ferme tombaient comme à Gravelotte sur les nazillons.

Peu importait que les chiffres élémentaires démentissent clairement ce retour annoncé (espéré par certains ?) des « heures sombres de notre histoire » : 1 300 fichés S d’ultra-droite contre six fois plus de radicalisés islamistes susceptibles de passer à l’acte et, donnée curieusement tue par les principaux médias, 3 000 individus fichés d’ultra-gauche ; quinze attentats islamistes ayant hélas abouti depuis 2017 contre zéro pour l’ultra-droite. Zéro mort encore venu de ce côté-là contre plus de 270 tombés sous les coups du terrorisme jihadiste depuis 2012.

Las ! Dimanche soir, à Paris, aux alentours du pont de Bir-Hakeim, en même temps qu’un touriste allemand perdait la vie sous le énième couteau d’un énième fanatique, ce « narratif » providentiel se brisait sur la réalité. Et puisque l’époque est aussi au mot « ultra », ce n’était pas la menace – qu’il ne s’agit pas ici de nier – de l’ultra-droite dénoncée urbi et orbi, mais l’ultra violence de l’islamisme qui est venue tragiquement rappeler son ultra-réalité. Puisque selon le mot prêté à Jacques Lacan, « le réel, c’est quand on se cogne ».

C’est la réalité du vrai péril jihadiste, que les esprits lucides ne cessaient de rappeler.

Déni. C’est la réalité de l’impuissance publique, dramatiquement confessée (le remarque-t-on assez ?) par nos gouvernants eux-mêmes quand ils cherchent à diluer leur propre responsabilité dans un prétendu « échec collectif », dont on voit mal en quoi les Français, qui réclament à cor et à cri (en vain) un changement radical de politique pénale, pourraient être partie prenante ; ou, pire, quand les mêmes vont jusqu’à transférer cette responsabilité première de l’Etat qu’ils ont en charge, à la société, sommée d’être désormais « vigilante ». Or, dans une démocratie bien ordonnée, c’est à l’Etat de l’être, car la société que nous voulons, c’est-à dire une société d’individus libres, doit être non une société de vigilance, mais de confiance ; nos dirigeants doivent avoir conscience qu’en démocratie, le désordre et l’impuissance publique sont liberticides.

C’est encore la réalité du déni, hélas toujours persistant au sommet même de l’exécutif où, malgré la signature immédiatement flagrante et établie de ce dernier acte jihadiste, aussi bien le chef de l’Etat que la Première ministre n’ont encore pas su, dans leur première réaction, associer le mot « islamiste » à celui de « terrorisme ».

C’est la réalité de la diversion, encore et toujours : après « la faute à la stigmatisation » puis « à l’ensauvagement », c’est désormais « la faute à la psychiatrie », si l’on en croit le ministre de l’Intérieur.

C’est enfin, la réalité de la complaisance – voire davantage – vis-à-vis de l’islamisme manifestée par une extrême gauche, résolue, semble-t-il, à descendre, marche par marche, l’escalier de l’ignominie.

Et, au cours de cette « séquence de communication » qui semble avoir remplacé, chez nos gouvernants, l’agenda politique, mention spéciale doit être faite, parmi toutes les ruses rhétoriques employées, du raisonnement circulaire qui est la traduction syllogistique du « en même temps » macronien.

Social-étatisme. Pas assez de places de prison ? Eh bien, emprisonnons moins et libérons vite les délinquants ! Expression parmi d’autres de l’échec du social-étatisme qui parvient, en même temps, à sur-dépenser et à sous-équiper les missions essentielles, en même temps à entasser de façon scandaleusement indigne les détenus dans les cellules (surpopulation carcérale) et à sous-incarcérer les voyous (taux d’incarcération en France nettement en dessous de la moyenne européenne), la pratique pénale s’adaptant à la pénurie carcérale, ce qui génère de l’arbitraire donc de l’injustice ; et renforce l’explosion de la délinquance. Mais, voilà, pas assez de place de prison.

Pas assez de places en psychiatrie ? Or, nous acceptons par dizaines de milliers des malades psychiatriques étrangers (pris en charge par la large couverture de l’aide médicale d’Etat. Résultat : encore moins de places disponibles en psychiatrie.

L’on pourra, comme ne manque pas de le faire le gouvernement lui-même, multiplier ce raisonnement circulaire à l’infini, dans le pays où nous manquons de production industrielle et où la consommation s’essouffle, mais où nous bénéficions avec nos impôts du conseil des nouveaux « dévendeurs » (sic) de la parole officielle.

Comment dès lors, devant tant de dissonances cognitives suscitées par le discours dominant, s’étonner d’une autre « ultra-réalité » : celle de l’ultra-exaspération de nos concitoyens, qui, de sondage en sondage, marquent une défiance croissante vis-à-vis de ses dirigeants comme de la justice ?

Car le peuple français, dans son immense majorité, ne vit pas dans « l’ère de la post-vérité ». Insensible aux sirènes relativistes et à l’inversion victimaire du wokisme, il n’achète plus les narratifs changeants du tournez-manège de la communication politique.

« Compétence morale ». Car il voit ce qu’il voit. Il voit que, dans l’explosion de cette ultra-violence, ce sont trop souvent les mêmes victimes. Trop souvent, les mêmes coupables. Et trop souvent, le même mode opératoire dans le retour terrifiant et, lui bien réel, du temps des « longs couteaux ».

Car ce vieux peuple à la longue culture démocratique dispose, pour distinguer les vessies des lanternes, d’une vraie « compétence morale », selon la belle expression et la puissante analyse du regretté Raymond Boudon dans une note publiée par la Fondation pour l’innovation politique en 2010.

Cette « compétence morale », qui sait distinguer l’apparence de la réalité et le discours des faits, est tout simplement la traduction de l’adage : si l’on peut tromper tout le monde un certain temps, on ne peut tromper tout le monde tout le temps. Et ceci est une ultra-vérité pour qui connaît un peu notre peuple. Ainsi va la France.

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Une tribune de David Lisnard et David Angevin pour Marianne, parue le 21 novembre 2023.

Une société Française spécialisée dans la veille médiatique vient d’annoncer un plan social de grande ampleur : 217 de ses 383 salariés vont être remplacés par l’intelligence artificielle. L’IA sera chargée de lire la presse et de réaliser des résumés pour les clients de l’entreprise. Face à cette « catastrophe humaine », David Lisnard, maire de Cannes et président de la Nouvelle Énergie, et David Angevin, écrivain et journaliste, appellent à une politique de l’audace numérique face à l’hégémonie américaine et asiatique.

« Une catastrophe humaine », commente à juste titre un syndicaliste. L’essor spectaculaire des IA génératives américaines comme Google BARD ou ChatGPT s’accompagne d’une légitime anxiété dans le monde du travail. Face à la plus puissante invention de l’histoire de l’humanité, le FOBO (« Fear of being obsolete »), la peur de devenir obsolète, mine les esprits.

Une technologie « exponentielle »

De nombreux Français découvrent avec consternation ce que tous les spécialistes savent depuis plus de dix ans : l’IA est une technologie « exponentielle » (son évolution n’est pas linéaire mais ultrarapide) qui va bouleverser le monde du travail, et la société dans son ensemble, de A à Z. Or rien n’a été anticipé sur le plan politique pour accompagner cette révolution schumpeterienne. Le pouvoir a eu une décennie pour préparer le pays à l’inévitable lame de fond des nouvelles technologies. Il a préféré le déni du réel : zéro anticipation du futur, zéro réflexion sur les métiers de demain, zéro réforme de l’éducation à l’ère de l’IA (pour former des citoyens non soumis aux machines et en bonne interaction complémentaire avec elles), zéro investissement massif dans les secteurs de croissance du futur. Et nous n’avons encore rien vu : les révolutions technologiques en cours et celles à venir seront une succession de tsunamis. Les remous actuels ne sont que clapotis à la surface d’un lac. Et le monde ne renoncera jamais à une technologie qui fonctionne, comme il n’a pas renoncé à l’automobile pour protéger le maréchal-ferrant.

« Une révolution technologique d’une ampleur et d’une rapidité sans précédent dans l’histoire »

« Qui aurait pu prévoir ? », nous dira encore le Président Macron, quand la convergence IA et robotique révolutionnera des pans entiers de l’économie française. Dès le début du premier mandat Macron, Hervé Morin et l’ensemble des douze Présidents de région alertaient le Président sur le décrochage de la France dans une tribune transpartisane : « Le monde est aujourd’hui confronté à une révolution technologique d’une ampleur et d’une rapidité sans précédent dans l’histoire, prévenaient-ils. Des secteurs économiques que certains pensaient pérennes pour l’éternité se sont effondrés, à l’image du géant Kodak qui n’a pas su anticiper la photographie numérique. Si l’Europe a raté la grande disruption de l’Internet, dont nous sommes aujourd’hui les clients plus que les acteurs, elle ne peut pas se permettre de manquer les prochaines révolutions, comme l’intelligence artificielle ou la médecine personnalisée. Les plus grands bouleversements ne sont pas derrière nous, mais devant nous ». À cette tribune salutaire publiée dans le Monde, appelant à un urgent sursaut de la France et de l’Europe, le nouveau président de la République, pourtant autoproclamé « disruptif », ne répondit pas. Il se contenta de satisfaire ses alliés technophobes en fermant la centrale nucléaire de Fessenheim.

Cette politique politicienne d’un autre âge, qui se préoccupe moins des prochaines générations que du prochain sondage d’opinion, a des conséquences dramatiques : le futur s’invente ailleurs, et la France et l’Europe sont aujourd’hui des colonies numériques de la zone Asie-Pacifique et des États-Unis. Aucun géant de la tech n’est européen. De plus en plus obèse et passif sur ses missions essentielles, l’État préfère réguler de manière soviétique ce qui peut encore l’être, légiférer sur les punaises de lit ou accorder des « aides » aux réparations de chaussures.

La France est en panne d’un grand projet politique ambitieux

L’esprit de conquête doit à nouveau guider l’action politique. Il y a plus de cent ans, l’aéronautique, l’électricité, la chimie, l’automobile, le téléphone ou encore le cinéma sont nés en Europe. Aujourd’hui, nous sommes des suiveurs. Qui ne suivent plus. La France est en panne d’un grand projet politique ambitieux et courageux pour affronter la Révolution industrielle la plus puissante de l’Histoire. Le déclin actuel n’est pas une fatalité, mais la conséquence de la soumission a l’irrationalité de l’idéologie effondriste, axée sur la peur et le repli sur soi, qui fait tant de mal à notre pays et notre continent. Nous avons tous les talents pour que l’Europe redevienne une grande puissance technologique. Transformer les défis de l’IA et de la robotisation en opportunités de développement économique constitue un enjeu majeur du prochain quinquennat. Il en va de la prospérité du pays, de notre souveraineté, donc de notre liberté et de notre sécurité, comme du financement de notre modèle social menacé par une croissance exsangue et plus de 3000 milliards d’euros de dette publique. Le « n’importe quoi qu’il en coûte » aura financé à peu près tout, sauf les solutions scientifiques à la lutte contre le réchauffement climatique ou le stockage de l’énergie.

IA forte, robotique (fin du travail pénible), fusion nucléaire (énergie propre et gratuite), ordinateur quantique, biotechnologies (lutte efficace contre le cancer), nanotechs (désalinisation de l’eau)… Jamais l’humanité n’a été confrontée à des défis aussi enthousiasmants et en voie de disposer d’outils aussi puissants. Orienter notre destin à long terme devient la tâche politique la plus cruciale. Face à cette nouvelle Renaissance, qui ouvre des perspectives économiques importantes à ceux qui en prendront le leadership, qui devraient nous pousser à investir dans l’avenir, la France et l’Europe sont en retrait. Dans un contexte anxiogène de croissance faible, d’ensauvagement de la société, de démagogie politique de droite comme de gauche, la peur du lendemain a remplacé l’esprit de conquête. Nous avons pourtant toutes les raisons d’être optimistes, à condition de sortir du statu quo et du « en même temps » mortifère.

Faire de la politique ne peut plus seulement consister à gérer le présent

Face au nouveau monde qui se dessine, la réforme politique la plus urgente est celle de l’instruction et de la formation. Nous continuons à former à des métiers automatisables qui vont disparaître. Il convient de favoriser les fondamentaux et les “softs skills” (culture générale, sens critique, créativité, vision systémique du monde…) pour former des citoyens autonomes et complémentaires des algorithmes. Savoir “décoder le monde” sera demain plus utile que de connaître le code informatique, tache répétitive que le ChatGPT du futur fera en un centième de seconde.

Deuxième urgence absolue : mener des investissements massifs dans les secteurs de croissance du futur, à la hauteur de ceux de la zone Asie-Pacifique et des Etats-Unis, pour que le futur s’invente chez nous. Il est impératif de créer une DARPA à l’échelle européenne. Cette structure de recherche publique américaine est à l’origine de nombreuses inventions (dont internet ou le GPS), qui expliquent l’hégémonie américaine.

« Plutôt que de proposer des programmes militants aux élèves comme la visite d’associations promigrants, l’Education nationale devrait se recentrer sur ses missions fondamentales ».

« Avec les semaines qui passent et la manipulation des opinions, l’agresseur devient l’agressé et l’on défile au cri “d’Israël assassin”».

Le Hamas a commis une attaque terroriste islamiste sans précédent sur le sol israélien samedi 7 octobre 2023. David Lisnard a immédiatement réagi sur les réseaux sociaux puis dans sa chronique pour L’Opinion : « Démocratie, l’heure du combat est arrivée ».

Samedi 7 octobre, au petit matin, le monde se réveillait avec ces informations et images terribles sur les chaînes d’information et réseaux sociaux. Le Hamas, organisation terroriste et reconnue ainsi par les États-Unis et l’Union Européenne, frappait Israël sur son sol, via une attaque de très grande ampleur : frappes aériennes, exécutions de civils, viols, kidnappings, actes de barbarie… A l’heure où nous écrivons ces lignes, le bilan s’établit à plus de 1000 morts, dont 11 Français. Dans le désert du Néguev, les terroristes du Hamas ont attaqué un festival de musique où 260 corps ont été retrouvés.

Dès samedi 7 octobre, face à l’horreur de cette attaque, qualifiée de « 11 septembre israélien » par de nombreux médias, et face à la relativisation, voire au soutien de l’extrême-gauche française, David Lisnard a souhaité réagir sur ses réseaux sociaux.

Jeudi 12 octobre, David Lisnard s’est exprimé à travers sa chronique pour L’Opinion, dans laquelle il propose une analyse de cette attaque terroriste et des répercussions que la situation israélo-palestinienne peut avoir sur nos démocraties : « L’imbrication de la tragédie du Moyen-Orient et de nos fièvres domestiques incarne le véritable nœud gordien qu’a noué dans nos démocraties la conjonction des pressions extérieures de l’islamisme, des empires illibéraux et des périls intérieurs ». Une chronique à lire ci-dessous.