David Lisnard : « Redresser la France ne se résume pas à un slogan »
Candidat à la présidentielle, le maire de Cannes souhaite porter un projet libéral pour 2027 qui repose sur trois principes fondamentaux : un État recentré sur ses missions régaliennes, une débureaucratisation radicale ainsi qu’une école d’excellence. Un article de Lara Tchekov paru dans le JDNews.

Le JDNews. Les sondages commencent à vous sourire : vous êtes passé de 2 à 3,5 %. Un certain « monsieur 3 % », François Hollande, a d’ailleurs fini à l’Élysée en 2012… Qu’est-ce que tout cela vous inspire ?
David Lisnard. Je reste concentré sur ma démarche. Elle ne relève ni de la superstition ni de la langue de bois : en politique comme dans le sport ou l’entreprise, j’ai toujours suivi la même ligne. Je défends des propositions politiques qui sont celles de mes convictions et du terrain. Ce qui se passe en ce moment, je l’annonce depuis deux ans. Les candidatures à droite se dispersent et une alternative puissante doit s’imposer face à tous ceux qui nous ont gouvernés. Si les sondages montent, je m’en réjouirai – je ne vais pas être hypocrite –, mais je veux avant tout mener cette épopée, née au fil des années, et porter le projet que je nourris depuis toujours, inspiré par mon expérience de commerçant, de père de famille et de maire. Je ne viens pas du système, les sondeurs ne me testent pas toujours. Mais il se passe quelque chose…
Vous parcourez la France depuis plusieurs mois. Quel accueil les Français vous réservent-ils ?
Nos déplacements suscitent un excellent accueil et un véritable engouement. Notre pays manque d’oxygène, et je veux lui en apporter. Les échanges sont positifs. Beaucoup de personnes qui veulent s’en sortir viennent à ma rencontre. Hier, Nouvelle Énergie a enregistré 2 000 adhésions en une seule journée. Au départ, nous avons surtout attiré une droite orpheline. Depuis le début de l’année, beaucoup de libéraux déçus par leur vote Macron nous rejoignent.
Pour la première fois, je commence aussi à élargir mon audience, notamment auprès d’électeurs du RN qui doutent de sa capacité à vraiment changer les choses. Cela suppose aussi de sortir du pouvoir ceux qui nous dirigent depuis dix ans, et même depuis bien plus longtemps. Tous les partis et mouvements en place sont imprégnés de collectivisme. Je propose une alternative claire et structurée : un changement radical, mais rationnel, pour retrouver l’espoir.
Les dernières décennies ont montré l’écart entre les promesses électorales et les résultats des présidents. En quoi serait-ce différent avec vous ?
Quand je me suis présenté à Cannes, ma ville, certains doutaient. C’est une ville complexe, marquée depuis le XIXe siècle par une immigration pauvre, mais aussi avec des quartiers prestigieux. Le taux de pauvreté atteint 22 %. J’avais présenté un programme ambitieux. Beaucoup me disaient que je ne parviendrais ni à réduire la dette, ni à baisser les impôts, ni à investir. Douze ans plus tard : 85 millions d’euros de dette en moins, une fiscalité réduite de 3,6 %, une capacité d’autofinancement multipliée par dix et 20 % d’agents en moins, mieux payés et mieux encadrés. Réduire les dépenses, mieux organiser les services, pour baisser la dette et les impôts tout en investissant davantage : cette méthode fonctionne partout. Elle a fait ses preuves en France à l’époque de Pompidou, de Gaulle, Debré ou avant, de Poincaré. Elle a aussi permis de redresser de nombreux pays.
Imaginons que vous entriez demain à l’Élysée. Quelles seraient vos premières décisions ?
Une réforme profonde de l’appareil public – mère de toutes les réformes – s’impose. Aucun trésor caché n’existe, rien ne peut dispenser l’État de se réformer et de se moderniser. Ma première décision consisterait à nommer un DRH de l’État et à envoyer, à la tête des administrations centrales, un commando que je constitue actuellement. Sa mission : repérer les talents et les agents motivés, puis mettre en œuvre le projet sur lequel j’aurai été élu. Ce changement ne sera pas seulement générationnel. Il supposera un nouvel état d’esprit. La France compte de très bons fonctionnaires, qui s’inscriront dans cette dynamique. Nous ferons aussi entrer, dans une juste proportion, des personnes issues de l’entreprise dans les ministères. Nous développerons un management participatif sur le terrain et valoriserons les fonctionnaires de proximité. Dès le lendemain de l’élection, le peuple reprendra sa place dans la décision publique. Nous resserrerons aussi le gouvernement : il comptera entre neuf et quatorze membres. Je ne cherche pas forcément des personnalités connues : Raymond Barre et Pompidou n’en faisaient pas partie.
Nous nous attaquerons au Code du travail, qui compte 4 000 pages en France, contre 70 en Suisse, où les salariés sont mieux protégés. Trop de règles finissent par affaiblir la protection. Nous porterons une grande loi régalienne sur le Code pénal des mineurs et la création de places de prison, dans l’attente d’un accord avec les pays limitrophes. Pour maîtriser les flux migratoires, un bras de fer avec les hautes cours européennes et françaises, dont le Conseil constitutionnel, par le recours au référendum, s’imposera. Je veux aussi mettre en place une vraie politique de la jeunesse par le sport, la culture, la formation et une école de haut niveau. Les élèves qui perturbent les classes seront placés dans des établissements disciplinaires avec internat et travaux d’intérêt général. Nous protégerons ainsi la société et l’immense majorité des jeunes qui veulent progresser, mais que l’idéologie égalitariste et gauchiste et les voyous tirent vers le bas. Nous mènerons également une politique d’éducation artistique et culturelle. Les grandes œuvres de l’esprit deviendront accessibles à chaque Français grâce à un socle commun de références et de partage, pour créer de l’unité nationale.
Emmanuel Macron avait promis aux Français une « révolution » économique. Près de dix ans plus tard, le chômage atteint 8,3 %. Comment comptez-vous redonner aux Français le goût de travailler ?
La priorité consiste à encourager ceux qui travaillent. À une époque de forte croissance, de natalité dynamique et de références culturelles communes, l’État-providence rendait de grands services. Aujourd’hui, ce modèle ne tient plus : il enferme nos enfants et nos petits-enfants dans la pauvreté et les surendette. Nous devons lui substituer un État performant, recentré sur ses missions régaliennes et débarrassé d’une grande partie de la bureaucratie. La France compte 800 000 fonctionnaires de plus que si elle disposait d’une administration d’un niveau comparable à celui des pays scandinaves. Ce changement créera de l’espoir. Je présenterai une grande loi économique et sociale. Nous irons plus loin pour mettre en place un État performant : rapprocher notre niveau de dépense publique d’un pays comme les Pays-Bas. Sur ces économies, je veux restituer immédiatement 60 % aux actifs sous forme de salaire net, grâce à une baisse des cotisations et à l’alignement de leur CSG sur celle des inactifs. Nous ferons converger les systèmes de retraite public et privé. Nous mettrons en place une retraite par capitalisation et créerons une retraite individualisée, mêlant capitalisation et répartition. Nous engagerons immédiatement un vaste chantier contre la bureaucratie, avec un moratoire réglementaire. Nous gérerons les départs à la retraite dans la fonction publique, formerons les fonctionnaires, faciliterons les mutations et supprimerons des agences et des organismes. L’objectif étant d’en supprimer la moitié. Dans la santé, j’ai recensé quatorze agences en France… En Allemagne ou en Italie, un médicament innovant arrive sur le marché 120 jours après son autorisation européenne. En France, le délai grimpe à 700 jours, soit 580 jours de plus, ce qui dissuade les industriels. Les Français sont ainsi privés de 40 % des nouveaux traitements !
Comment entendez-vous remettre de l’ordre dans les comptes publics ?
En relançant la croissance et supprimant les excès de dépense, ce qui est lié, et en libérant l’État et les entreprises des surcharges fiscales, sociales et bureaucratiques. Si les impôts manquaient, nous pourrions les augmenter. Or la fiscalité, les charges et les prélèvements obligatoires ne cessent de croître. La dette augmente, tandis que les services publics perdent en efficacité. Nous devons sortir du débat technocratique qui nous conduit dans le mur de la dette. Les dépenses excessives s’expliquent par une bureaucratie trop lourde et une désorganisation totale des pouvoirs publics.
La réforme prioritaire consiste à réorganiser l’État, à transférer le pouvoir réglementaire aux collectivités, à supprimer un échelon et à améliorer la performance. Aux Pays-Bas, le revenu par habitant et le salaire minimum dépassent les nôtres ; la pauvreté et le chômage y reculent. La dépense publique y représente 45 % de la richesse produite, contre 57 % en France. Douze points d’écart, soit 350 milliards d’euros. Mon objectif, sur dix ans, consiste à ramener notre dépense publique au niveau actuel des Pays-Bas.
Si vous étiez élu, rompriez-vous avec la ligne diplomatique actuelle de la France ?
J’aimerais que quelqu’un m’explique quelle est cette ligne. Quelle ligne au Maghreb ? En Asie du Sud-Est ? Au Proche-Orient ? En Europe ? Je veux une diplomatie fondée sur nos intérêts et les moyens de les défendre. Les impasses des projets franco-allemands d’avion de combat et de char du futur imposent de partir des besoins militaires et des intérêts industriels pour bâtir des coopérations solides. Nous devons rester alliés des États-Unis sans nous aligner sur toutes leurs positions et réduire nos dépendances stratégiques envers la Chine. Notre influence doit s’appuyer sur nos atouts économiques et culturels. En Afrique et au Levant, notre agriculture de production doit renforcer la sécurité alimentaire, nos partenariats, notre influence. Les lycées français à l’étranger doivent transmettre notre langue, notre culture, et former les générations avec lesquelles nous bâtirons ces relations. Face à Moscou, recherchons la paix et évitons l’escalade comme les rodomontades, sans être naïfs et sans céder à l’intimidation ni abandonner l’Ukraine. La Russie ne respectera que notre force. Enfin, prenons au sérieux les ambitions de la Turquie d’Erdogan au Levant, en Afrique et dans le Caucase. Défendons nos intérêts et soutenons nos partenaires. Il y va de notre crédibilité, de nos principes comme de nos intérêts.
Emmanuel Macron avait promis « l’école de la confiance », le « choc des savoirs », un prof devant chaque classe. Là encore, le compte n’y est pas. Que faudrait-il faire, selon vous, pour que l’école française tienne sa promesse et que ses élèves retrouvent le goût d’apprendre ?
La décision d’affecter 3 000 professeurs en quelques heures à des classes qui manquaient d’enseignants révèle tragiquement la désorganisation de l’État et l’échec d’un système centralisé et bureaucratique. L’école doit redevenir un lieu d’instruction. L’éducation relève d’abord des parents, même si le respect des règles en classe y contribue. Remettons les priorités dans le bon ordre : l’école permet avant tout aux enfants de s’élever et d’acquérir des savoirs. Nous établirons un tronc commun d’enseignement, quel que soit le type d’établissement, avec des fondamentaux renforcés, notamment en mathématiques et en français le matin.
L’après-midi, nous développerons les compétences douces, le sport, les humanités et l’éducation artistique et culturelle. Celle-ci ne doit pas relever d’une approche idéologique. Elle doit faire découvrir les grandes œuvres architecturales, musicales et littéraires françaises, pour rassembler des jeunes venus d’horizons sociaux et ethniques différents. L’école doit jouer ce rôle dès le plus jeune âge. J’ai mis cette politique en place à Cannes, première ville à proposer une éducation artistique et culturelle à 100 % sur le temps scolaire. Je veux aussi développer la philosophie et la raison critique dès le plus jeune âge. Dans le monde de l’IA, du quantique et de la robotique, nous devons sanctuariser ces apprentissages, à un âge où les connexions neuronales se construisent, pour que les jeunes apprennent à penser par eux-mêmes plutôt que de s’en remettre aux algorithmes. Je créerai aussi un réseau d’établissements publics d’excellence à l’échelle des anciens cantons, avec des internats d’excellence, ainsi que des établissements disciplinaires pour les élèves récalcitrants. Il s’agira de véritables internats de redressement, encadrés par des enseignants et éducateurs solides. Avant tout, il faut libérer l’école : de l’idéologie de la déconstruction et de la sectorisation qui a créé des écoles ghettos et de l’échec. Les parents choisiront où ils inscriront leur enfant et le financement public suivra ce choix, que l’établissement soit privé ou public. Les chefs d’établissement auront la liberté d’organisation, de recrutement et de management, les enseignants pourront choisir leur statut. Tous les pays qui ont procédé ainsi ont créé de l’émulation entre établissements, ont relevé le niveau, ont amélioré la justice du système.
On nous répète que la France s’est déchristianisée, que les églises se vident. Pourtant, le pape Léon XIV a attiré les foules. Sa visite ne s’adresse-t-elle pas, au fond, à tous les Français, qu’ils soient croyants ou non ?
Le christianisme concerne tous les Français, croyants ou non. Croyant, athée, agnostique, juif ou musulman, chaque Français vit dans un système façonné notamment par le christianisme. N’en déplaise aux bouffeurs de curés, aux islamistes et aux laïcards extrémistes, notamment ceux de la Ligue des droits de l’homme – d’extrême gauche, bien sûr –, tous héritent de ces valeurs et doivent les défendre. La venue du pape a oxygéné le pays et ouvert une formidable parenthèse. Elle révèle une France discrète, humble et pudique, dotée de belles vertus, qui existe et veut exister. Nous devons veiller à ce qu’elle puisse vivre et, pourquoi pas, prospérer. Mais restons réalistes. Catholique pratiquant, j’ai vécu la formidable venue de Jean-Paul II, qui avait suscité un engouement exceptionnel et lancé cette phrase : « France, fille aînée de l’Église, qu’as-tu fait des promesses de ton baptême ? » Pourtant, la déchristianisation s’est poursuivie les années suivantes. La nouveauté, aujourd’hui, tient à la résurgence d’une affirmation chrétienne. Le grand mystère du christianisme, c’est l’Incarnation : « Dieu s’est fait homme et l’homme est à l’image de Dieu. » L’Incarnation ne cesse de nous interroger. La venue du pape a donné chair à ce mystère, notamment par la bonté qui se dégage de lui. Il en résulte une réjouissante espérance.