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David Lisnard et Romain Marsily : la France face au défi de l'IA

Face à l’intelligence artificielle, David Lisnard et Romain Marsily défendent une ambition qui dépasse le seul enjeu technologique : préserver la liberté humaine, reconquérir notre souveraineté et rendre à la France le goût de l’avenir. Un article paru dans le JDNews.

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JDNews DL RM

Un jeune homme, sanglé dans un exosquelette, s’avance sous le regard ému de son père. La scène a lieu le 27 mai dernier chez Wandercraft, l’entreprise parisienne de robotique qui fabrique l’appareil. Le marcheur s’appelle Oscar ; son père, Jean-Louis Constanza, est le cofondateur de la société, pionnière des exosquelettes médicaux. C’est par cette image que David Lisnard ouvre le court essai qu’il cosigne avec Romain Marsily, directeur général de son parti Nouvelle Énergie.

Candidat à la présidentielle, le maire de Cannes propose une relecture stimulante d’un texte que la classe politique, laïcité oblige, cite bien peu : Magnifica humanitas, la première encyclique du pape Léon XIV, parue cent trente-cinq ans jour pour jour après Rerum novarum, texte de son prédécesseur Léon XIII qui inaugure la doctrine sociale de l’Église. À la suite du pape, Lisnard et Marsily posent cette question anthropologique : « Quel type d’homme une civilisation technologique est-elle en train de produire ? » Le danger, répondent-ils, vient moins d’une machine qui raisonnerait comme nous que de « l’homme qui renoncerait à penser parce que la machine le fait à sa place ».

Contre la technocratie

Au vieux cauchemar du robot rebelle, les auteurs opposent un péril plus insidieux : la machine dangereuse « par excès de service », qui nous épargne l’effort, l’ennui et la recherche jusqu’à installer une « dépendance confortable ». Baudelaire n’annonçait-il pas que l’ennui « ferait volontiers de la terre un débris, et dans un bâillement avalerait le monde » ? Jean-Louis Constanza propose d’ajouter trois commandements aux fameuses lois de la robotique formulées par Asimov (ne pas porter atteinte à l’homme, lui obéir, préserver sa propre existence tant que cela ne contredit pas les deux premières exigences) : « Tu pousseras ton humain à tous les jours se déplacer, à tous les jours apprendre, à tous les jours sociabiliser. » Contre le transhumanisme, qui voudrait corriger la vieillesse et la mort comme des défauts de fabrication, les auteurs soulignent que « l’homme n’est pas un brouillon biologique en attente d’amélioration industrielle ». Ils refusent de laisser la machine faire parler les morts, car le deuil est « l’apprentissage douloureux de la vérité de l’absence ». La machine, ont-ils soin de rappeler, peut simuler une émotion, mais elle ne pourra jamais faire l’expérience du pardon, du deuil ou de la repentance.

L’encyclique de Léon XIV fournit encore deux figures bibliques bien connues : Babel, la tour de l’unité forcée, et Néhémie, qui fait rebâtir Jérusalem en confiant à chacun le pan de muraille qui fait face à sa maison. En libéraux non dogmatiques, Lisnard et Marsily en tirent une défense de la subsidiarité contre la technocratie, dont l’État administrateur reste à leurs yeux la forme la plus française. Les deux hommes refusent tout autant de remettre l’arbitrage des faits à « un ministère de la Vérité dont les fonctionnaires seraient des algorithmes », ou à une Arcom dont ils dénoncent l’hypertrophie. La lutte contre la désinformation ne justifie, pour eux, aucune « police de la pensée » orwellienne. Le travail n’est pas un simple coût que la machine viendrait effacer : il enseigne l’effort et la constance, et les auteurs ont raison de rappeler qu’il n’est « pas d’otium sans negotium », pas de loisir sans labeur. Face aux robots, ils récusent le revenu universel et la taxation des machines, slogans qui préparent « nos prochaines servitudes ». Pour l’éviter, notre pays doit se défaire de son double vice d’impuissance productive et de prolixité normative ; sombrer dans le protectionnisme ou s’en remettre à des réglementations tardives équivaudrait à organiser notre propre dépendance. Si la France ne prend pas le tournant de l’IA et de la robotique, la vassalisation sous tutelle chinoise et américaine sera sans doute définitive.

Un programme concret

La souveraineté, loin d’être un « concept marketing de campagne sans imagination », tient aux usines, à l’électricité, aux ingénieurs et aux capitaux, non aux incantations ou aux « grands plans bavards ». D’où ces propositions concrètes : remplacer dans la Constitution le principe de précaution par un principe de responsabilité, car on ne s’empare pas du futur en « constitutionnalisant la peur de l’avenir » ; imposer la réversibilité dans la commande publique ; conquérir « l’aiguillage », ces routeurs qui répartissent les requêtes entre les modèles et par lesquels transitent les données. La France, pourvue d’une énergie nucléaire abondante, décarbonée et bon marché, possède un avantage considérable. David Lisnard et Romain Marsily saluent à ce titre l’Opération Prométhée, projet d’ampleur gaullienne visant à doter la France d’un laboratoire d’IA capable de rivaliser d’ici trois ans avec OpenAI ou Anthropic. Coût estimé : 620 milliards d’euros, dont quelque 130 milliards d’argent public, soit 1,5 % du PIB par an. Une IA « humaine, libre et souveraine », résument les deux hommes, « c’est un programme de redressement national ».

Comme le souligne Charles Gorintin, conseiller fondateur de Mistral AI, dans les colonnes de la nouvelle revue Civilisation : « Reculer, c’est se condamner à la situation du Japon en 1853 face au commodore Perry. Les canons finissent toujours par avoir raison des sabres. » Les dernières pages du livre insistent sur une idée qui résiste encore (et c’est heureux) à la machine : la volonté. « La machine peut beaucoup. Mais elle ne peut pas vouloir à notre place. » À quelques mois de l’élection, cela vaut profession de foi.