« C’est juste fou » : immersion dans les coulisses de la campagne de David Lisnard, en pleine accélération
Le candidat de Nouvelle Énergie se réjouit d’avoir franchi la barre des 54 000 adhérents et observe une dynamique sur les réseaux sociaux. « Il vaut mieux gérer la croissance que la pénurie », confie le maire de Cannes au Figaro. Un reportage d’Emmanuel Galiero.

9h30, le 13 octobre 2026. À 187 jours du premier tour de l’élection présidentielle, la fourmilière parisienne de David Lisnard s’active. Avant de rejoindre son équipe de Nouvelle Énergie, le candidat est sur l’antenne de BFMTV mardi matin. On l’interroge sur la crise lycéenne, l’éducation, le budget… Une fois encore, on lui demande d’expliquer pourquoi il croit toujours à une primaire élargie. Une fois encore, il répond que c’est le seul moyen de faire le tri à droite. Fin août, lors de son meeting de rentrée, on l’avait vu bondir sur la scène cannoise du Mont Cassien. Dans la fièvre d’un remix d’Elvis Presley, il réclamait une compétition. « Pour éliminer les macronistes », lâchait-il publiquement. « Ceux qui ont fait monter les extrêmes sont une partie du problème », répète-t-il mardi matin, avec constance.
Toujours en mouvement, David Lisnard se targue d’être très souvent sur le terrain. Les vidéastes de Nouvelle Énergie acquiescent, en regrettant de ne pas pouvoir le bloquer plus souvent pour produire les 2 à 4 vidéos diffusées chaque jour. « 27 millions de vues en septembre, 20 millions depuis le début du mois d’octobre et surtout 1,6 million d’interactions », souligne avec enthousiasme Pierre. À entendre le spécialiste des médias numériques, ces chiffres sont « hallucinants », et un tel niveau d’interactions prouve l’existence d’un lien avec les Français. Depuis l’accélération du mois d’août, le candidat a drainé 430 000 nouveaux abonnés sous son propre nom, tous réseaux confondus (X, Instagram, Facebook, TikTok, YouTube, LinkedIn). Aujourd’hui, sur ces mêmes réseaux, les chiffres cumulés affichent 930 000 abonnés. Jean-Luc Mélenchon (10 millions d’abonnés) et Marine Le Pen (8 millions) font la course en tête. Bruno Retailleau, candidat LR, est évalué à 600 000 abonnés.
« Nous allons devenir le 2e parti de France »
En poussant la porte des locaux de Nouvelle Énergie dans le 15e arrondissement de Paris, sur la rue bien nommée des « Entrepreneurs », le visiteur est accueilli par cinq mots gravés sur un t-shirt à 25 euros : « Il se passe quelque chose ». Les 120 m² loués par le siège parisien sont en train de s’élargir au bâtiment voisin. Soit 120 m² supplémentaires. « On n’est pas dans une stratégie feu de paille, explique l’ex-préfet, nous allons devenir le 2e parti de France en nombre d’adhérents ». À l’entrée, David Lisnard enregistre un message destiné aux soutiens. « Nous sommes mardi 13 octobre, nous avons eu 2 000 adhésions nouvelles hier et nous avons dépassé la barre des 54 000 adhérents ». Le candidat reconnaît que la dynamique peut faire peur mais il ajoute aussitôt : « Il vaut mieux gérer la croissance que la pénurie ».
Sur la table centrale, cernée par cinq fauteuils blancs à roulettes, chacun est à sa tâche. Diane, 66 ans, enregistre les chèques et imprime les cartes sur la machine Zenius. Elle a aimé Giscard, soutenu Fillon et s’implique bénévolement pour Lisnard depuis trois ans. Également référente « adhérents » du 16e arrondissement, elle vient de doubler les effectifs en quinze jours, soit 950 encartés. « C’est juste fou », juge-t-elle. Comment expliquer un tel intérêt ? « C’est le charisme du patron. Ça infuse et ça diffuse. Puis il y a un moment où la mayonnaise prend ». Plus personnellement, Diane se dit séduite par le tempérament de David Lisnard. « Cool », « reconnaissant »… « Et j’ai tellement envie que ça change, parce que y’en a marre ! », ajoute-t-elle.
À 13h, des curieux osent pousser la porte de Nouvelle Énergie pour saluer le candidat. « On aime bien ce que vous dites », lancent deux étudiants en Sorbonne. Une voisine du quartier s’arrête aussi pour serrer la main du maire de Cannes. Au même moment, un entrepreneur descend de son scooter pour l’encourager. « On a besoin d’un candidat à droite », félicite le motard. Les fidèles du Cannois assurent que l’engouement est visible partout. Alexandra Ardisson, ex-députée macroniste et responsable des élus, voit les choses frétiller du côté des Français de l’étranger. « Nous avions 250 adhérents il y a un an, nous venons de franchir le cap des 1 000. N’oublions pas que cela représente 3 millions d’électeurs potentiels et que Macron avait fait une razzia dans cet électorat en 2017 ». Le directeur de campagne rebondit : « Les Français hors de France voient la France couler plus que les autres ».
Sur la table centrale du QG de campagne, le calcul en temps réel des intérêts de la dette française défile en chiffres lumineux au rythme effrayant de 131 000 euros par minute. L’argent, nerf de la guerre ? En tout cas celui des adhésions permet d’assurer le fonctionnement courant du mouvement, représentant environ 1 million d’euros par an. Pour financer la campagne du premier tour, le parti compte sur les dons et sur un budget de 8 millions d’euros. Sans compter les contributions attendues des parlementaires appelés à choisir fin novembre leur parti d’affiliation. Cela représente 300 000 à 600 000 euros potentiels, soit 10 à 17 élus. « Nous étions une start-up, nous sommes en train de devenir une petite entreprise très efficace », se réjouit Philippe Castanet, armé d’une dizaine de salariés, d’une dizaine de bénévoles et d’une centaine de relais locaux.
Le bocal et l’océan
Dans le dernier baromètre Ipsos/BVA de La Tribune Dimanche, le candidat maralpin récolte 16 % d’opinions favorables (+4 points entre septembre et octobre). Mais comment expliquer le décalage entre la dynamique dont il se réjouit et le silence des sondages d’intentions de vote ? Et que le président de la République n’ait pas jugé utile de convier le président de Nouvelle Énergie à l’Élysée le 17 septembre dernier, avec d’autres chefs de partis ? « Moi, dans quelques mois, j’inviterai Emmanuel Macron, comme les anciens présidents, à venir de temps en temps à l’Élysée ». Plus sérieusement, David Lisnard pense que son profil d’élu de province hors système ne joue pas en sa faveur. « Ce serait prétentieux de dire que je fais peur mais en tout cas, ça dérange. Et nous sommes en train de construire ce qui nous permettra d’être de plus en plus dans les sondages. Le bocal ne sent pas la vague, comme la mer ou l’océan ».
David Lisnard entend les voix de ceux qui, à droite, réclament avec impatience l’union des forces. Mais aujourd’hui, il reste sur une cible. « Je suis dans l’objectif d’être président de la République et j’accélère ». Ce mois-ci, un déjeuner est prévu avec Bruno Retailleau et Robert Ménard. Il ne refuse pas les échanges mais prévient : « Faisons la primaire que je propose depuis des mois. J’ai quitté LR parce que je ne cautionnais pas l’abandon de la réforme des retraites, ni le soutien de mesures budgétaires ineptes. Je ne vais pas renoncer à une proposition politique en pleine dynamique, à laquelle je crois, parce que des personnes en place estiment que le pouvoir leur revient ». Il reconnaît une proximité avec Bruno Retailleau et considère que le Vendéen s’inspire de plus en plus de ses idées. « Tant mieux, cela veut dire qu’on pourra bosser ensemble », conclut David Lisnard. Le candidat se dit fermement décidé à porter sa proposition jusqu’au bout, soit dans une grande primaire ouverte, soit à la présidentielle. « Pour la faire gagner ».