TRIBUNE. Le ras-le-bol des agriculteurs français, les bons élèves de l’Europe, est légitime. Il est temps pour le gouvernement français d’agir afin de les protéger davantage.

Par David Lisnard et Yves d’Amécourt

Des panneaux d’entrée d’agglomération sont retournés par les Jeunes Agriculteurs pour dénoncer une politique agricole qui marche sur la tête. © Catherine Nicol / MAXPPP / PHOTOPQR/LE TELEGRAMME/MAXPPP

Depuis quelques jours, les panneaux de certaines communes sont retournés par les associations de Jeunes Agriculteurs. Même si on aimerait que les panneaux restent à l’endroit et que les maires ne soient pas obligés d’ajouter cela à leurs préoccupations, le plus important est que la France retrouve le bon sens agricole. Il convient de saluer cette action nationale, non violente, destinée à attirer l’attention du plus grand nombre sur l’inflation des prix, l’inflation des normes, l’inflation de la bureaucratie.

Le message des Jeunes Agriculteurs est simple : « On marche sur la tête ! » D’un côté, l’inflation frappe de plein fouet les exploitations agricoles et de l’autre, le gouvernement leur demande de baisser les prix pour augmenter le pouvoir d’achat des consommateurs. Il y a quelques jours, l’Europe a décidé de redonner une autorisation à l’utilisation du glyphosate en agriculture et de l’autre, la France, qui s’est abstenue, a annoncé qu’elle maintiendrait les restrictions d’usage.

Cette même Europe continue à signer des traités internationaux dits « de libre-échange » alors que les produits importés n’ont pas les mêmes contraintes ni les mêmes normes de production que les productions européennes. Le vrai libéralisme n’admet pas les distorsions normatives ou fiscales de commerce.

Vilipender au lieu de féliciter

L’agriculture française est reconnue mondialement comme l’une des plus saines et des plus respectueuses de l’environnement, en progrès permanent, mais on n’arrête pas de la vilipender au lieu de la féliciter, de l’encourager et de la promouvoir !

À ce rythme, nous risquons de ne pas rester longtemps la première puissance agricole européenne et la cinquième mondiale, ni d’afficher un excédent commercial dans ce secteur, qui tient grâce à l’exportation des céréales, des vins et des spiritueux.

Il s’avère en effet que nous importons toujours davantage de denrées alimentaires et de produits d’entrée de gamme que nous interdisons à nos propres agriculteurs de produire. Quelque 60 % des fruits que nous consommons, 40 % des légumes, 50 % de la viande blanche et 25 % de la viande rouge sont ainsi des produits d’importation.

Agriculture : à quand un plan d’envergure ?

Face à cela, aucun plan d’envergure de souveraineté alimentaire n’a été finalement proposé. Le discours du gouvernement sur la nécessaire baisse des prix a même incité les industriels de l’agroalimentaire à délaisser l’achat des productions françaises, pour aller chercher moins cher ailleurs. Si l’on n’y prend garde, l’agriculture française pourrait bien connaître le même sort que notre industrie.

Aujourd’hui, près d’un quart des agriculteurs vit sous le seuil de pauvreté. Et en trente ans, le revenu net de la branche agricole a baissé de près de 40 % en euros constants. Le transfert d’une partie des prélèvements sociaux et fiscaux vers la valeur ajoutée permettrait d’augmenter les rémunérations de nos agriculteurs et de leurs salariés et rendrait de la sorte plus attractifs les métiers de la terre.

Il est temps d’agir pour offrir aux jeunes agriculteurs des perspectives au sein d’une filière qui a toujours été un pilier de notre économie et même de notre patrimoine. La modernisation des pratiques, l’intégration des technologies vertes et l’accent sur une agriculture durable et respectueuse de l’environnement sont essentiels.

Nous devons également renforcer les politiques de soutien aux producteurs locaux et encourager l’innovation dans les méthodes de culture et de distribution. Par la promotion d’une agriculture diversifiée et de qualité, nous pourrons assurer la pérennité de ce secteur vital et améliorer notre indépendance alimentaire, tout en préservant le savoir-faire agricole unique de la France.

Comme nous l’avons déjà affirmé, il faudra : mettre fin aux distorsions de concurrence au profit de pays, au sein même de l’Union européenne, qui ne respectent pas nos standards ; réviser les termes de la PAC, devenue une vaste politique environnementale, ni vraiment agricole ni vraiment commune, avec comme objectifs notre souveraineté alimentaire et l’augmentation de nos exportations ; rendre plus efficace le système assurantiel pour protéger nos agriculteurs (et forestiers) et créer dans chaque exploitation un compte « aléas climatiques et économiques » ; faire revenir sur le sol français la valeur ajoutée issue de notre agriculture et de nos forêts par l’implantation d’industries de transformation de nos productions agricoles et forestières ; lutter contre la bureaucratie chronophage et l’inflation des normes qui asphyxient les agriculteurs ; simplifier le statut de l’exploitation agricole pour permettre de réaliser toutes les activités rurales : gestion foncière, exploitation agricole et forestière, production et d’énergie, tourisme vert, commerce de proximité, immobilier et entretien du patrimoine, participation positive au bilan carbone de la planète ; accentuer la recherche et l’innovation pour une meilleure productivité, de meilleurs rendements, une plus grande précision et aussi un accès amélioré à l’eau potable et à l’assainissement, par exemple grâce à des technologies de purification plus efficaces ou à des solutions d’assainissement hors réseau.

Parce que ce qui est bon pour l’agriculture est bon pour la France, il est temps d’arrêter de « marcher sur la tête » comme le demandent à raison nos jeunes agriculteurs. Il est temps de retrouver nos assises… et de remettre nos panneaux d’entrée de ville à l’endroit !

« Dans une démocratie bien ordonnée, c’est à l’Etat d’être vigilant, car la société que nous voulons, c’est-à dire une société d’individus libres, doit être non pas une société de vigilance, mais de confiance »


Le « narratif », comme on dit aujourd’hui, était presque parfait. A la suite du drame de Romans-sur-Isère, « l’ultra-droite » était devenue en quelques jours la menace principale pour notre société, l’ennemi à abattre en priorité et la cible d’un gouvernement et d’une justice passée d’une prudence de sioux à une rigueur soudaine et, enfin, implacable. Et, tandis que les contorsions rhétoriques coutumières pour nommer les agresseurs le cédaient à la surenchère de l’opprobre, les condamnations à la prison ferme tombaient comme à Gravelotte sur les nazillons.

Peu importait que les chiffres élémentaires démentissent clairement ce retour annoncé (espéré par certains ?) des « heures sombres de notre histoire » : 1 300 fichés S d’ultra-droite contre six fois plus de radicalisés islamistes susceptibles de passer à l’acte et, donnée curieusement tue par les principaux médias, 3 000 individus fichés d’ultra-gauche ; quinze attentats islamistes ayant hélas abouti depuis 2017 contre zéro pour l’ultra-droite. Zéro mort encore venu de ce côté-là contre plus de 270 tombés sous les coups du terrorisme jihadiste depuis 2012.

Las ! Dimanche soir, à Paris, aux alentours du pont de Bir-Hakeim, en même temps qu’un touriste allemand perdait la vie sous le énième couteau d’un énième fanatique, ce « narratif » providentiel se brisait sur la réalité. Et puisque l’époque est aussi au mot « ultra », ce n’était pas la menace – qu’il ne s’agit pas ici de nier – de l’ultra-droite dénoncée urbi et orbi, mais l’ultra violence de l’islamisme qui est venue tragiquement rappeler son ultra-réalité. Puisque selon le mot prêté à Jacques Lacan, « le réel, c’est quand on se cogne ».

C’est la réalité du vrai péril jihadiste, que les esprits lucides ne cessaient de rappeler.

Déni. C’est la réalité de l’impuissance publique, dramatiquement confessée (le remarque-t-on assez ?) par nos gouvernants eux-mêmes quand ils cherchent à diluer leur propre responsabilité dans un prétendu « échec collectif », dont on voit mal en quoi les Français, qui réclament à cor et à cri (en vain) un changement radical de politique pénale, pourraient être partie prenante ; ou, pire, quand les mêmes vont jusqu’à transférer cette responsabilité première de l’Etat qu’ils ont en charge, à la société, sommée d’être désormais « vigilante ». Or, dans une démocratie bien ordonnée, c’est à l’Etat de l’être, car la société que nous voulons, c’est-à dire une société d’individus libres, doit être non une société de vigilance, mais de confiance ; nos dirigeants doivent avoir conscience qu’en démocratie, le désordre et l’impuissance publique sont liberticides.

C’est encore la réalité du déni, hélas toujours persistant au sommet même de l’exécutif où, malgré la signature immédiatement flagrante et établie de ce dernier acte jihadiste, aussi bien le chef de l’Etat que la Première ministre n’ont encore pas su, dans leur première réaction, associer le mot « islamiste » à celui de « terrorisme ».

C’est la réalité de la diversion, encore et toujours : après « la faute à la stigmatisation » puis « à l’ensauvagement », c’est désormais « la faute à la psychiatrie », si l’on en croit le ministre de l’Intérieur.

C’est enfin, la réalité de la complaisance – voire davantage – vis-à-vis de l’islamisme manifestée par une extrême gauche, résolue, semble-t-il, à descendre, marche par marche, l’escalier de l’ignominie.

Et, au cours de cette « séquence de communication » qui semble avoir remplacé, chez nos gouvernants, l’agenda politique, mention spéciale doit être faite, parmi toutes les ruses rhétoriques employées, du raisonnement circulaire qui est la traduction syllogistique du « en même temps » macronien.

Social-étatisme. Pas assez de places de prison ? Eh bien, emprisonnons moins et libérons vite les délinquants ! Expression parmi d’autres de l’échec du social-étatisme qui parvient, en même temps, à sur-dépenser et à sous-équiper les missions essentielles, en même temps à entasser de façon scandaleusement indigne les détenus dans les cellules (surpopulation carcérale) et à sous-incarcérer les voyous (taux d’incarcération en France nettement en dessous de la moyenne européenne), la pratique pénale s’adaptant à la pénurie carcérale, ce qui génère de l’arbitraire donc de l’injustice ; et renforce l’explosion de la délinquance. Mais, voilà, pas assez de place de prison.

Pas assez de places en psychiatrie ? Or, nous acceptons par dizaines de milliers des malades psychiatriques étrangers (pris en charge par la large couverture de l’aide médicale d’Etat. Résultat : encore moins de places disponibles en psychiatrie.

L’on pourra, comme ne manque pas de le faire le gouvernement lui-même, multiplier ce raisonnement circulaire à l’infini, dans le pays où nous manquons de production industrielle et où la consommation s’essouffle, mais où nous bénéficions avec nos impôts du conseil des nouveaux « dévendeurs » (sic) de la parole officielle.

Comment dès lors, devant tant de dissonances cognitives suscitées par le discours dominant, s’étonner d’une autre « ultra-réalité » : celle de l’ultra-exaspération de nos concitoyens, qui, de sondage en sondage, marquent une défiance croissante vis-à-vis de ses dirigeants comme de la justice ?

Car le peuple français, dans son immense majorité, ne vit pas dans « l’ère de la post-vérité ». Insensible aux sirènes relativistes et à l’inversion victimaire du wokisme, il n’achète plus les narratifs changeants du tournez-manège de la communication politique.

« Compétence morale ». Car il voit ce qu’il voit. Il voit que, dans l’explosion de cette ultra-violence, ce sont trop souvent les mêmes victimes. Trop souvent, les mêmes coupables. Et trop souvent, le même mode opératoire dans le retour terrifiant et, lui bien réel, du temps des « longs couteaux ».

Car ce vieux peuple à la longue culture démocratique dispose, pour distinguer les vessies des lanternes, d’une vraie « compétence morale », selon la belle expression et la puissante analyse du regretté Raymond Boudon dans une note publiée par la Fondation pour l’innovation politique en 2010.

Cette « compétence morale », qui sait distinguer l’apparence de la réalité et le discours des faits, est tout simplement la traduction de l’adage : si l’on peut tromper tout le monde un certain temps, on ne peut tromper tout le monde tout le temps. Et ceci est une ultra-vérité pour qui connaît un peu notre peuple. Ainsi va la France.

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David Lisnard.  François BOUCHON/Le Figaro

ENTRETIEN – Le maire de Cannes et président de l’Association des maires de France appelle à «diviser au moins par 8 l’immigration légale», en fixant «des quotas».

LE FIGARO. – Après l’attentat de Paris, vous avez dit vouloir «remettre de l’ordre» dans le pays pour ne pas le laisser «sombrer dans l’impuissance». Comment?

David LISNARD. – Par l’action politique. Aujourd’hui, la remise en ordre est indispensable. Le laxisme est devenu liberticide. La défaillance de l’État et celle de la justice créent de l’arbitraire, et donc, agissent contre nos libertés. Cette impuissance publique, constatée pas seulement sur le régalien, exaspère beaucoup les Français et ouvre la voie à des aventures extrémistes. Dans chaque secteur, il faut des mesures pour en finir avec le désordre sécuritaire, migratoire, éducatif… Tout est conditionné par la remise en ordre du fonctionnement de l’État. Cela impose aussi de mener une politique répressive, donc pénale, implacable. On observe une surdensité carcérale record et, paradoxalement, on a l’un des taux d’incarcération le plus faible d’Europe. Il faut ensuite réformer le code de justice pénale des mineurs. L’excuse de minorité doit être fixée à 13 ans dans les cas les plus graves et l’atténuation de la peine doit être à 20 % et non 50 %. Enfin, il faut couper le robinet de l’immigration légale et illégale. Diviser au moins par 8 l’immigration légale, ce qui nécessite des quotas. Il faut expulser tous les délinquants étrangers. Ces mesures de bon sens peuvent transcender les clivages partisans!

Avant l’attentat, le pays avait déjà été secoué par le meurtre du jeune Thomas à Crépol. Quelle est votre lecture de cette tragédie?

Il y a toujours une tentation de certains de vouloir amoindrir les choses. C’est un détournement d’opinion publique. Lors des émeutes, le premier réflexe a été de dire que la majorité des émeutiers s’appelaient Kevin et Matteo. Après Crépol, on se jette sur l’ultra-droite. Annecy, c’était la faute aux Suédois. La finale de la Champions League, celle des hooligans de Liverpool, etc. À Paris, on a insisté sur le prénom Armand du terroriste. Puis, on a parlé de sa folie. Or son acte a une cohérence idéologique. Concernant le meurtre de Thomas à Crépol, il faudra voir ce qui sera qualifié pénalement. Mais je fais confiance à ce qu’a dit Marie-Hélène Thoraval, maire de Romans-sur-Isère. Ce qui est certain, c’est que nous avons aujourd’hui des insultes qui n’existaient pas il y a quarante ans. «Sale Français», ça n’existait pas. Incendier les drapeaux français, 168 écoles, des mairies… Ce sont des attaques inédites. Ce n’est pas un délire d’extrémiste que de le dire.

À six mois des JO, une inquiétude monte chez les organisateurs de l’événement. Quel est votre avis?

Le monde ne va pas se paver de roses le temps des Jeux olympiques. Le véritable enjeu, c’est la France. La sécurisation de cet événement aura évidemment un impact sur les Français et l’image du pays, mais ce qui doit surtout nous préoccuper, c’est la menace permanente des attentats islamistes, hors JO. L’État n’a jamais dépensé autant d’argent public (+ 56 % du PIB), jamais autant prélevé d’impôts et n’a jamais été aussi défaillant sur ses missions de base, tout en ayant la prétention de vouloir s’occuper de tout. Et l’État, ne parvenant pas à maîtriser certains phénomènes, en vient à multiplier les atteintes aux libertés. C’est pour cela qu’un changement radical s’impose.

Faut-il rendre publiques les identités des délinquants?

Qu’on respecte l’anonymat, je trouve cela logique. Mais qu’on n’essaie pas de détourner l’opinion. On l’a vu sur Crépol, sur les émeutes, sur l’attentat de samedi. Le déni de réalité stimule les comportements extrémistes.

Est-ce le maire qui parle, ou le leader de Nouvelle Énergie?

Le citoyen engagé en politique. L’un des trois agresseurs âgés de 15 ans qui ont violemment frappé une dame de 80 ans à Cannes il y a un an est aujourd’hui dealer dans ma ville. En tant que président de Nouvelle Énergie, je croise la réalité et les concepts.

Pourquoi les Français devraient-ils refaire confiance à la droite?

Je suis un des premiers à avoir été déçu. Mais je n’ai jamais dirigé le pays donc je refuse les punitions collectives. Si je m’engage, c’est parce que je suis exaspéré par l’impuissance publique depuis quarante ans. Je propose qu’on sorte d’un système qui, sous couvert d’État-providence, a déresponsabilisé tout le monde. Ce sera long et compliqué, il faudra un travail de remise en ordre qui prendra dix ans et cela passe par un corpus d’idées que je veux pousser. Ceux qui croiront en moi seront à mes côtés et les autres ne le seront pas. Ceux qui se sont engagés et qui sont défaillants ne peuvent pas reprocher aux autres de s’engager eux-mêmes et de chercher des solutions. Je ne vais pas m’excuser. Je ne cherche pas à séduire, j’essaie de convaincre.

Les troubles psychiatriques du terroriste de Paris servent-ils à nier une partie du problème?

Oui, car cela permet d’occulter d’autres réalités, notamment religieuse et politique. La dimension psychiatrique n’est qu’un élément de l’équation, avec le parcours individuel du terroriste. Il est faux de résumer l’analyse du phénomène à des facteurs psychiatriques car cela conduit à sous-évaluer d’autres déterminants majeurs. Il existe aujourd’hui une internationale islamiste, un renouveau de l’État islamique, le retour des talibans, des connexions sourcées sur les réseaux sociaux… Je note d’ailleurs que la vidéo postée par le terroriste avant son attentat à Paris semble très structurée. Et le paramètre commun à tous ces assassins est bien l’idéologie djihadiste qui met les démocraties au défi partout en Occident. Mais l’on sait tout cela depuis longtemps sans ignorer les problèmes du secteur psychiatrique en France.

Le texte immigration, en débat au Parlement, est-il satisfaisant?

L’immigration massive est devenue un problème politique massif qui doit faire l’objet de mesures puissantes. Ces mesures ne peuvent pas être cantonnées à un 30e texte de loi depuis 1980 qui ne réglera rien en profondeur. Que l’exécutif prenne ses responsabilités! Sachant que LR a été très clair depuis le départ en disant que l’effectivité d’une politique migratoire ferme ne sera possible qu’en engageant une réforme constitutionnelle. Il faut une réorganisation des services de l’État et des jurisprudences européennes. Celles-ci nous empêchent d’exécuter des expulsions, de revenir sur l’immigration légale et le droit du sol. On ne peut pas se contenter d’une énième loi d’affichage car tout le monde sait que cela ne réglera pas le problème et trompera l’opinion. Ce qui créera la défiance, amplifiera la crise civique et nourrira l’abstention, voire l’aventure vers les votes extrémistes.

LR ne doit donc pas voter le texte?

Autant les LR étaient cohérents en soutenant la réforme des retraites, autant ils ne le seraient pas en validant une loi immigration inefficace. Le problème est trop important pour se contenter de petites touches, raison pour laquelle je pense qu’une telle réforme devrait être validée par la décision d’une souveraineté nationale telle qu’un référendum. Le résultat de cette consultation pourrait d’ailleurs nous surprendre car nombre de Français, y compris d’origine immigrée, refusent ce désordre.

Mais comment y mettre fin?

Je crois à la force de l’argumentation et des principes de la République française. Quelle que soit son origine, chaque Français est capable de comprendre aujourd’hui que l’enjeu est l’avenir de la France, dans sa sécurité, sa liberté et sa singularité républicaine.

Colère, émotion, hommage… Peut-on sortir de ce funeste cycle?

Ce sera long et difficile. Mais tout passera par un retour de la confiance sur l’exécution des choses. C’était d’ailleurs tout le sens des mots puissants de la sœur de Samuel Paty entendus lors du dernier congrès des maires. Une politique constante et cohérente s’impose contre l’exaspération.

Retrouvez l’interview en intégralité sur le site du Figaro en cliquant ici.

Une tribune de David Lisnard et David Angevin pour Marianne, parue le 21 novembre 2023.

Une société Française spécialisée dans la veille médiatique vient d’annoncer un plan social de grande ampleur : 217 de ses 383 salariés vont être remplacés par l’intelligence artificielle. L’IA sera chargée de lire la presse et de réaliser des résumés pour les clients de l’entreprise. Face à cette « catastrophe humaine », David Lisnard, maire de Cannes et président de la Nouvelle Énergie, et David Angevin, écrivain et journaliste, appellent à une politique de l’audace numérique face à l’hégémonie américaine et asiatique.

« Une catastrophe humaine », commente à juste titre un syndicaliste. L’essor spectaculaire des IA génératives américaines comme Google BARD ou ChatGPT s’accompagne d’une légitime anxiété dans le monde du travail. Face à la plus puissante invention de l’histoire de l’humanité, le FOBO (« Fear of being obsolete »), la peur de devenir obsolète, mine les esprits.

Une technologie « exponentielle »

De nombreux Français découvrent avec consternation ce que tous les spécialistes savent depuis plus de dix ans : l’IA est une technologie « exponentielle » (son évolution n’est pas linéaire mais ultrarapide) qui va bouleverser le monde du travail, et la société dans son ensemble, de A à Z. Or rien n’a été anticipé sur le plan politique pour accompagner cette révolution schumpeterienne. Le pouvoir a eu une décennie pour préparer le pays à l’inévitable lame de fond des nouvelles technologies. Il a préféré le déni du réel : zéro anticipation du futur, zéro réflexion sur les métiers de demain, zéro réforme de l’éducation à l’ère de l’IA (pour former des citoyens non soumis aux machines et en bonne interaction complémentaire avec elles), zéro investissement massif dans les secteurs de croissance du futur. Et nous n’avons encore rien vu : les révolutions technologiques en cours et celles à venir seront une succession de tsunamis. Les remous actuels ne sont que clapotis à la surface d’un lac. Et le monde ne renoncera jamais à une technologie qui fonctionne, comme il n’a pas renoncé à l’automobile pour protéger le maréchal-ferrant.

« Une révolution technologique d’une ampleur et d’une rapidité sans précédent dans l’histoire »

« Qui aurait pu prévoir ? », nous dira encore le Président Macron, quand la convergence IA et robotique révolutionnera des pans entiers de l’économie française. Dès le début du premier mandat Macron, Hervé Morin et l’ensemble des douze Présidents de région alertaient le Président sur le décrochage de la France dans une tribune transpartisane : « Le monde est aujourd’hui confronté à une révolution technologique d’une ampleur et d’une rapidité sans précédent dans l’histoire, prévenaient-ils. Des secteurs économiques que certains pensaient pérennes pour l’éternité se sont effondrés, à l’image du géant Kodak qui n’a pas su anticiper la photographie numérique. Si l’Europe a raté la grande disruption de l’Internet, dont nous sommes aujourd’hui les clients plus que les acteurs, elle ne peut pas se permettre de manquer les prochaines révolutions, comme l’intelligence artificielle ou la médecine personnalisée. Les plus grands bouleversements ne sont pas derrière nous, mais devant nous ». À cette tribune salutaire publiée dans le Monde, appelant à un urgent sursaut de la France et de l’Europe, le nouveau président de la République, pourtant autoproclamé « disruptif », ne répondit pas. Il se contenta de satisfaire ses alliés technophobes en fermant la centrale nucléaire de Fessenheim.

Cette politique politicienne d’un autre âge, qui se préoccupe moins des prochaines générations que du prochain sondage d’opinion, a des conséquences dramatiques : le futur s’invente ailleurs, et la France et l’Europe sont aujourd’hui des colonies numériques de la zone Asie-Pacifique et des États-Unis. Aucun géant de la tech n’est européen. De plus en plus obèse et passif sur ses missions essentielles, l’État préfère réguler de manière soviétique ce qui peut encore l’être, légiférer sur les punaises de lit ou accorder des « aides » aux réparations de chaussures.

La France est en panne d’un grand projet politique ambitieux

L’esprit de conquête doit à nouveau guider l’action politique. Il y a plus de cent ans, l’aéronautique, l’électricité, la chimie, l’automobile, le téléphone ou encore le cinéma sont nés en Europe. Aujourd’hui, nous sommes des suiveurs. Qui ne suivent plus. La France est en panne d’un grand projet politique ambitieux et courageux pour affronter la Révolution industrielle la plus puissante de l’Histoire. Le déclin actuel n’est pas une fatalité, mais la conséquence de la soumission a l’irrationalité de l’idéologie effondriste, axée sur la peur et le repli sur soi, qui fait tant de mal à notre pays et notre continent. Nous avons tous les talents pour que l’Europe redevienne une grande puissance technologique. Transformer les défis de l’IA et de la robotisation en opportunités de développement économique constitue un enjeu majeur du prochain quinquennat. Il en va de la prospérité du pays, de notre souveraineté, donc de notre liberté et de notre sécurité, comme du financement de notre modèle social menacé par une croissance exsangue et plus de 3000 milliards d’euros de dette publique. Le « n’importe quoi qu’il en coûte » aura financé à peu près tout, sauf les solutions scientifiques à la lutte contre le réchauffement climatique ou le stockage de l’énergie.

IA forte, robotique (fin du travail pénible), fusion nucléaire (énergie propre et gratuite), ordinateur quantique, biotechnologies (lutte efficace contre le cancer), nanotechs (désalinisation de l’eau)… Jamais l’humanité n’a été confrontée à des défis aussi enthousiasmants et en voie de disposer d’outils aussi puissants. Orienter notre destin à long terme devient la tâche politique la plus cruciale. Face à cette nouvelle Renaissance, qui ouvre des perspectives économiques importantes à ceux qui en prendront le leadership, qui devraient nous pousser à investir dans l’avenir, la France et l’Europe sont en retrait. Dans un contexte anxiogène de croissance faible, d’ensauvagement de la société, de démagogie politique de droite comme de gauche, la peur du lendemain a remplacé l’esprit de conquête. Nous avons pourtant toutes les raisons d’être optimistes, à condition de sortir du statu quo et du « en même temps » mortifère.

Faire de la politique ne peut plus seulement consister à gérer le présent

Face au nouveau monde qui se dessine, la réforme politique la plus urgente est celle de l’instruction et de la formation. Nous continuons à former à des métiers automatisables qui vont disparaître. Il convient de favoriser les fondamentaux et les “softs skills” (culture générale, sens critique, créativité, vision systémique du monde…) pour former des citoyens autonomes et complémentaires des algorithmes. Savoir “décoder le monde” sera demain plus utile que de connaître le code informatique, tache répétitive que le ChatGPT du futur fera en un centième de seconde.

Deuxième urgence absolue : mener des investissements massifs dans les secteurs de croissance du futur, à la hauteur de ceux de la zone Asie-Pacifique et des Etats-Unis, pour que le futur s’invente chez nous. Il est impératif de créer une DARPA à l’échelle européenne. Cette structure de recherche publique américaine est à l’origine de nombreuses inventions (dont internet ou le GPS), qui expliquent l’hégémonie américaine.

Retrouvez l’intégralité de l’émission en cliquant sur la photo ci-dessus ou sur ce lien.

Retrouvez la chronique de David Lisnard pour L’Opinion.

Une interview parue dans Le Parisien, dimanche 19 novembre 2023.

Ils sont 10 000 maires attendus pour le traditionnel congrès de l’Association des maires de France (AMF), qui s’ouvre ce lundi et pour trois jours à la porte de Versailles à Paris. Plus que jamais, alors que les tensions se multiplient dans la société française, accentuées par le chamboulement géopolitique mondial, les édiles sont en première ligne. Candidat à un nouveau mandat de trois ans à la tête de l’AMF, le maire (LR) de Cannes, David Lisnard, qui vient par ailleurs d’installer le siège de son mouvement Nouvelle Énergie à Paris, répond aux questions du Point.

Le Point : Dans quel état d’esprit les maires abordent-ils ce nouveau congrès ?

David Lisnard : Le thème du congrès parle de lui-même : « Communes attaquées, République menacée ». Chacun ressent, au vu du contexte de ces dernières semaines et derniers mois, que notre nation est en danger dans ses fondamentaux républicains. Les maux se multiplient : violences, délitement civique, antagonisme identitaire, antisémitisme, insécurité culturelle, le tout combiné aux menaces extérieures et troubles géopolitiques, avec, parallèlement, la nécessité cruciale de relever les défis écologiques, numériques, économiques, démographiques. Les communes sont la dernière institution qui rassemble et crée du sentiment d’appartenance, mais elles sont fragilisées par la perte de pouvoir des maires.

Constatez-vous une contagion des tensions internationales dans vos communes ?

Cela dépend des communes. Le phénomène de tension que vous évoquez, qui se traduit notamment par des manifestations dites « propalestiniennes » ou des expressions antagonistes dans les espaces publics, se concentre surtout dans les grandes zones urbaines. S’agissant de l’antisémitisme qui se révèle dans ce contexte, chacun sait, hélas, qu’il y a eu près de quatre fois plus d’actes antisémites depuis le 7 octobre que durant toute l’année 2022. Donc, oui, on ressent des tensions et on se dit que nous marchons sur un fil. D’où le caractère irresponsable des déclarations incendiaires de quelques dirigeants politiques de la gauche radicale.

A-t-on suffisamment fait pour combattre les émeutes urbaines de l’été dernier ? A-t-on pris le mal à la racine ? Craignez-vous de nouvelles émeutes ? Cette crainte pèse-t-elle sur l’action de l’exécutif ?

Je crois que l’exécutif a peur de nouvelles émeutes. Mais rien n’est pire que de vouloir transiger pour acheter la paix sociale. Cela ne fera que reculer des échéances douloureuses. Il y aura d’autres émeutes. La question est de savoir quand et si les voyous utiliseront cette fois les armes automatiques qui pullulent dans certains quartiers dans les mains de dealers. Il faut au sommet de l’État de la constance dans les mots et de la cohérence dans les actes. Et inversement.

La crise des vocations de maires s’aggrave-t-elle ? Pour quelles raisons ?

Oui, essentiellement à cause des difficultés croissantes à pouvoir agir, auxquelles s’ajoutent tous les phénomènes de violences et de délitement civique que j’évoquais avant. Dans l’étude que nous avons conduite avec le Cevipof, nous observons que les démissions s’accélèrent : 350 par an lors de la précédente mandature ; 450 par an depuis 2020. Cela fait une moyenne de 40 démissions par mois. La hausse des incivilités, de façon générale, mais aussi à l’encontre des maires, dans la rue, sur Internet et maintenant jusque chez eux ou à l’endroit de leurs proches, pousse à hésiter voire renoncer à s’engager. Le renoncement par la menace ou la peur est inacceptable en démocratie. Nous devons être intransigeants.

Une réforme de la décentralisation est-elle à l’ordre du jour ? Dans quelle direction devrait-elle s’orienter ?

La décentralisation, c’est un peu l’Arlésienne du président de la République. Un coup, c’est inutile, un coup, c’est une priorité. En octobre 2022, il annonce qu’il va « ouvrir un nouveau chapitre de la vraie décentralisation » puis en novembre 2022, il explique que « la décentralisation n’a jamais réglé aucun problème ». Aujourd’hui, il confie une mission à Éric Woerth sur le sujet. Comme toujours, l’AMF sera présente et fera part de ses propositions pour enfin avancer sur cette question centrale, car l’organisation des pouvoirs publics, collectivités locales mais aussi services déconcentrés de l’État, est au cœur de la crise que nous traversons, qui est une crise de l’exécution. En rendant du pouvoir d’agir aux élus locaux, en leur faisant confiance, en les responsabilisant, donc en leur offrant une liberté d’action plus grande, nous irons vers davantage d’efficacité dans l’action publique, donc de défense des contribuables et de meilleur service aux usagers. Pour retrouver du sens et de la performance, il faut remplacer la bureaucratie par la démocratie locale.

Emmanuel Macron ne viendra pas s’exprimer devant les maires, une fois de plus. Comment interprétez-vous cette absence ?

Je n’interprète rien, d’autant plus que nous n’avons rien demandé. C’est Emmanuel Macron lui-même qui avait annoncé qu’il viendrait chaque année. En tout état de cause, il s’agit du congrès des maires et non celui de l’Élysée. Le gouvernement sera largement représenté avec la Première ministre et une quinzaine de ses ministres. Les présents auront raison d’être là pour prendre le pouls de la France réelle.

Qu’auriez-vous aimé lui dire ?

Que le temps est venu de faire confiance aux maires. Dans les actes.

Un maire à la tête de la France en 2027 ferait-il mieux ? Et pourquoi ?

Il serait démagogique d’affirmer que 35 000 personnes feraient mieux que le président actuel. En revanche, les maires sont des praticiens et ont une expertise de la proximité au contact direct des habitants. Ils partagent leur quotidien et sont connectés à la réalité humaine.

Vous êtes candidat ?

À la présidence des maires de France, oui. Pour le reste, nous ne sommes pas dans le temps de la présidentielle. Répondre par oui ou non à cette question serait soit alimenter un récit narcissique, soit se passer d’une caisse de résonance médiatique pour faire avancer mes idées. À quatre ans de l’élection présidentielle, le temps est à la construction d’un corpus reposant sur des principes. C’est par la constance des principes que nous rétablirons la confiance. C’est ce à quoi nous nous attelons avec mon parti, Nouvelle Énergie. Ici est le principal enjeu pour les années à venir : recréer de la confiance pour résoudre cette crise civique et sortir de ce choix mortifère entre des votes extrémistes et le techno-conformisme en proposant une alternance crédible et solide. En rupture avec le social-étatisme qui nous gouverne depuis 40 ans.

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