L’intelligence artificielle menace ceux qui ne pensent plus
« Utilisée comme béquille cognitive, l’IA atrophie l’esprit critique, la capacité de raisonnement autonome, l’effort intellectuel qui est le socle même de l’apprentissage », écrit David Lisnard dans sa chronique pour l’Opinion. « Le paradoxe est cruel : au moment où l’IA exige plus d’intelligence humaine, notre système éducatif en produit moins »
Le World AI Cannes Festival ouvre cette semaine sa cinquième édition au Palais des Festivals. 10 000 professionnels. 320 speakers internationaux. 220 exposants. Et une nouveauté qui dit beaucoup : le premier Sommet IA des Elus qui réunira plus de 150 maires, présidents de département et décideurs publics engagés dans la transformation numérique de leurs collectivités. L’IA est une réalité industrielle qui s’accélère. Savoir la produire, la maîtriser et l’utiliser est désormais une condition de notre souveraineté. Malheureusement, malgré des effets d’annonce grandiloquents, la France est en train de la regarder passer.
Un an après le Sommet de Paris de février 2025, où en sommes-nous ? Les 109 milliards d’euros annoncés par le président de la République étaient pour l’essentiel des promesses d’investissements privés étrangers sur cinq à dix ans. Les investisseurs français ne représentent qu’environ 6 % de l’enveloppe totale.
Mais construire des data centers en France financés par des capitaux étrangers pour faire tourner des modèles d’IA américains sur des puces Nvidia, grâce à de l’énergie nucléaire bon marché et quelques facilités d’acquisition du foncier, ce n’est pas de la souveraineté numérique. C’est de l’hébergement. Pas de la maîtrise industrielle.
Trois entreprises américaines – Amazon, Microsoft, Google – captent à elles seules plus des deux tiers du marché français du cloud, infrastructure indispensable à l’IA. Quand nos entreprises investissent dans l’intelligence artificielle, l’essentiel de la dépense remonte vers la côte ouest des Etats-Unis. Et les grands modèles d’IA générative sont quasiment tous américains ou chinois à l’exception notable du français Mistral. Comment s’en étonner ? Entre 2019 et 2024, l’Union européenne a adopté 13 000 actes législatifs contre 3 500 pour les Etats-Unis. Résultat : 23 % des start-up européennes de l’IA envisagent de transférer leur siège aux Etats-Unis.
Avec 46 % des start-up européennes de l’IA qui réalisent déjà leur principal chiffre d’affaires outre-Atlantique, cette dépendance est profonde. Mais elle n’est pas une fatalité.
En 2011, Marc Andreessen publiait dans le Wall Street Journal un essai devenu prophétique : « Software is eating the world. » Il avait raison. Pendant quinze ans, le logiciel a dévoré le monde, et nous avons accepté d’être dévorés. Les plateformes américaines ont capté la valeur, les données, les talents. Nous sommes devenus une colonie numérique. Mais le paradigme est en train de basculer. L’IA sait désormais écrire du code et elle le fait de mieux en mieux. La rareté n’est plus dans la capacité technique de coder. Elle est dans la vision, la culture, le discernement. Autrement dit, dans l’intelligence humaine. C’est une fenêtre de tir historique. A condition d’avoir les cerveaux pour s’y engouffrer.
IA et déclassement scolaire
Or, le déclassement scolaire français est documenté et massif depuis le début du siècle.
L’IA générative arrive dans ce contexte de fragilité intellectuelle. Utilisée comme béquille cognitive, elle atrophie l’esprit critique, la capacité de raisonnement autonome, l’effort intellectuel qui est le socle même de l’apprentissage.
Ce qui fait la supériorité de l’homme sur la machine n’est évidemment pas la vitesse de calcul. C’est le jugement. C’est la capacité de douter, de questionner, de refuser une réponse toute faite.
Grâce à la logique d’Aristote, qui nous a appris à structurer un raisonnement et à identifier un sophisme. Grâce au doute méthodique de Descartes, qui enseigne à ne rien tenir pour acquis. Grâce à Montaigne, qui fait de l’incertitude le point de départ de la pensée. Grâce à Pascal, qui distinguait l’esprit de géométrie – le calcul – et l’esprit de finesse – le jugement – et savait qu’on a besoin des deux. Grâce aux Lumières, qui ont érigé la raison critique contre l’argument d’autorité.
Les humanités ne sont pas un luxe de l’ancien monde. Elles sont l’armature intellectuelle du nouveau.
Le paradoxe est cruel : au moment où l’IA exige plus d’intelligence humaine, notre système éducatif en produit moins.
Médecine, environnement, service public : c’est l’IA qu’on ne voit pas qui change la donne
D’autant plus que l’IA la plus transformatrice est celle qu’on ne voit pas et qui change la donne : prédictive, embarquée, couplée à des capteurs, à la robotique, aux biotechnologies.
En médecine, des modèles de diagnostic précoce des cancers dépassent 90 % de précision. AlphaFold, qui a valu le Nobel de chimie 2024, prédit la structure des protéines et en conçoit de nouvelles, accélérant la découverte de molécules thérapeutiques. Dans l’industrie, la maintenance prédictive, la robotique collaborative, l’optimisation logistique transforment déjà les chaînes de production. En environnement, l’IA affine la modélisation climatique, optimise la consommation énergétique, détecte les pollutions.
Jusque dans le service public, la démonstration est parlante. Car l’IA n’est pas seulement une promesse pour la recherche de pointe ou les géants de la tech. C’est un levier immédiat de simplification et de performance de l’action publique.
A Cannes, nous avons développé un jumeau numérique en 4D pour suivre les 15 000 arbres du patrimoine arboré de la ville, contre 200 suivis physiquement auparavant. Des caméras embarquées sur les véhicules de voirie analysent l’état des chaussées en temps réel et programment les réparations. Sur le réseau de bus, des capteurs prédictifs détectent les défaillances mécaniques invisibles à l’œil nu. Dans la collecte des déchets, une IA identifie automatiquement les produits dangereux et a réduit de 220 tonnes les refus de tri. Et l’IA générative, loin du gadget, a divisé par dix le temps de production des rapports de délégation de service public.
Au final, un service public plus rapide, moins cher pour le contribuable, plus qualitatif pour l’usager et un travail plus intéressant pour l’agent.
Cinq critères pour une IA au service de l’intérêt général
L’IA au service de l’intérêt général suppose cinq choix clairs :
Relever massivement le niveau éducatif. Pour résister aux réponses instantanées, aux certitudes algorithmiques, il faudra des esprits formés au doute méthodique, à l’argumentation, à la distinction entre le vrai et le vraisemblable.
Former à tous les niveaux. BTS, CFA, formation continue, reconversions professionnelles : l’IA ne doit pas être réservée aux bac+5.
Faire confiance au local. De l’écosystème Sophia Antipolis–Côte d’Azur, au WAICF à Cannes, l’innovation se construit par le bas, par les collectivités, les entreprises locales.
Produire et non pas seulement réguler. Il est temps de créer une véritable DARPA européenne, et de la financer sur fonds européens, pas uniquement sur des capitaux étrangers.
Libérer l’innovation. Simplifier drastiquement la réglementation, accélérer les procédures, cesser de surtransposer les directives européennes, mettre en place des bacs à sable réglementaires pour tester sans risque juridique.
L’IA peut libérer ou asservir, éclairer ou abrutir. Le danger n’est pas qu’elle devienne plus intelligente que nous, mais que nous devenions plus bêtes avec elle. Le choix dépend donc de notre capacité à former, produire, innover, et à penser. Le WAICF à Cannes existe pour cela : rappeler que c’est l’homme, instruit et libre, qui doit en rester le maître. Ainsi va la France.
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« L’État-providence, c’est la mort » : à Cannes, les confidences du candidat Lisnard
Le patron des maires de France mène une campagne énergique, même s’il a été réélu en 2020 avec 88 % des voix au premier tour. Un reportage de Jérôme Cordelier paru dans Le Point.
Au volant de sa vieille Lexus – « 17 ans d’âge, achetée d’occasion », précise-t-il –, David Lisnard file le long de la Méditerranée. La voiture est bourrée de bons vieux CD pop-rock (Ramones, The Clash, Hendrix, Motörhead, Feu ! Chatterton, et on en passe…), passion que le conducteur cultive avec la délectation d’un entomologiste. Le paysage invite, lui, à la contemplation, mais l’heure n’est pas au « road-trip »
David Lisnard en conquête
David Lisnard vient de plonger dans la campagne municipale, et il reste un mois avant le premier tour (15 mars). Ayant été réélu en 2020 dès le premier scrutin avec plus de 88 % des suffrages face à quatre listes, on pourrait penser que le marathonien se lance dans une course de santé. Que nenni !
D’abord, ce n’est pas le genre de ce politique quinquagénaire fougueux, voire sanguin, en conquête. Ensuite, parce que le terrain politique s’apparente ces temps-ci aux sables mouvants. « Les 88 % de 2020, c’était un score atypique et anormal, observe David Lisnard. Jamais aucun maire de Cannes auparavant n’avait été élu au premier tour. Il n’y a jamais de stock de voix. En politique, rien n’est jamais acquis. On repart de zéro. Et le contexte national perturbe les élections locales ».
La voiture se faufile dans les rues de la Bocca – qui rassemble 30 000 des 75 000 habitants de Cannes intra-muros – et déboule dans le vaste parking (bientôt 374 places, avec deux heures de stationnement gratuites chaque jour, et trois heures le week-end), au cœur d’une immense opération de requalification immobilière que le maire mène : nouvelles halles, un jardin de 3-000 mètres carrés – avec 174 arbres et… plus de 70 caméras de vidéosurveillance… Fierté lisnardienne.
« Je ne suis pas anti-bagnoles, je crois même en l’avenir de la voiture », glisse l’édile, vantant dans la foulée la saine gestion de la ville : « Nous avons progressé sur les investissements et les équipements, en multipliant par dix sur dix ans notre capacité d’autofinancement, en réduisant la dette de 82 millions d’euros et les dépenses de fonctionnement de 55 millions, alors que l’État a prélevé plus de 250 millions d’euros sur les finances de la ville ».
Marottes lisnardiennes, que le candidat répète devant la foule de ses partisans se pressant sur le trottoir pour l’inauguration de sa permanence de campagne, dans un discours offensif amorcé au son de « Passenger » du groupe londonien post-punk Siouxsie and the Banshees. Ce n’est pas pour rien que Lisnard a baptisé son mouvement politique « Nouvelle Énergie ». Et il a beau être roi en son domaine, il ira, qu’on se le dise, chercher chacun des électeurs cannois avec les dents. En commençant par ceux de La Bocca, quartier populaire que drague le RN, où il a installé son QG.
Alors, il martèle ses credo. La sécurité, s’enorgueillissant d’avoir le réseau de vidéosurveillance le plus dense de France (une caméra pour 76 habitants) : « Que l’on me donne le pouvoir en tant que maire d’expulser les familles de délinquants, et vous verrez. Virer les voyous des HLM, c’est permettre aux gens bien de se loger ! ».
Le civisme : « Chacun pense et croit à ce qu’il veut à condition qu’il respecte le drapeau français ». La culture et l’éducation, lui qui a poussé l’enseignement du latin et du grec dans les écoles de la ville. Les dérives bureaucratiques : « L’État n’a pas été créé pour nous dire combien de fruits et légumes nous devons manger par jour ou pour expliquer comment nous devons éduquer nos enfants, mais pour assurer l’autorité régalienne, sur la sécurité intérieure et extérieure ».
L’homme qui secoue la droite française électrise son auditoire. « J’ai une vraie radicalité, que j’assume, nous confie David Lisnard. Car pour moi, l’État-providence, c’est la mort ! Quarante ans de social étatisme et de laxisme sécuritaire, ça suffit ! Il faut donner de la liberté à ceux qui produisent et avoir de l’autorité contre ceux qui nuisent ».
L’homme est « concentré », dit-il, sur les échéances locales – il présentera son projet le 19 février à La Licorne, grande salle cannoise, fort « d’un bilan solide et d’une équipe soudée ». Celui qui est maire de Cannes depuis 2014, après avoir été l’indispensable premier adjoint de son prédécesseur, Bernard Brochand, repart au feu avec l’allant du débutant.
« Ce qui me passionne, c’est l’action concrète, l’exécution, savoure-t-il, j’adore le mandat municipal qui est le seul à permettre de poser une vision et de la réaliser en lien direct avec les habitants. J’ai refusé plein de propositions au gouvernement, au Sénat parce que je voulais rester maire à plein temps. Mon moteur, c’est de transformer le quotidien ».
Ses opposants l’attaquent sur ses appétits nationaux. On ne peut pas faire procès à Lisnard, qui préside – depuis quatre ans – la puissante Association des maires de France et monte en puissance dans le débat national, d’en faire mystère. Et qu’on ne vienne pas le chercher là-dessus.
« C’est un faux débat souvent alimenté par le microcosme, s’enflamme l’intéressé. Pourquoi un maire n’aurait-il pas le droit d’avoir une ambition nationale alors qu’on ne pose pas la question aux parlementaires ou aux technocrates ? Je viens du monde de l’entreprise, pas de la haute fonction publique. Ma singularité, c’est d’apporter la voix du terrain – celle des commerçants, des artisans, des maires – dans le débat national. Pour Cannes, avoir un maire dont la voix porte à Paris est un atout majeur afin de faire avancer les dossiers locaux. Et les Cannois, je peux vous dire, sont plutôt fiers de voir l’un des leurs ainsi réussir ».
Une ambition n’empêche pas l’autre. « Plus je suis présent au national, plus je suis sur le terrain à Cannes, c’est presque obsessionnel » , lâche-t-il. Mais derrière l’élu local, le candidat à la présidentielle bouillonne. « Les données sont claires pour 2027 : on ne peut plus aller directement en demi-finale, constate David Lisnard, quand on le titille sur le sujet. Il y a une multitude de candidatures prêtes à séduire l’électorat de la droite et du centre, et personne ne se détache. Il faut donc que nous organisions un quart de finale. Mettons sur le papier les grands objectifs, nos valeurs communes, et, après, se présente et vote qui veut. C’est pourquoi j’ai plaidé pour une large primaire, des centristes de l’UDI à Reconquête. Ceux qui ne veulent pas venir prennent le risque de faire perdre leur camp et de faire gagner LFI ou le RN. Je porte ma voix dans le débat parce que je suis intimement persuadé qu’il faut créer une compétition pour comparer les projets, sélectionner puis rassembler les électeurs ; sinon, nous sortirons du jeu ».
Éric Ciotti le soutient
Pour ces municipales, Lisnard a face à lui une liste d’union de la gauche conduite par le socialiste Michel Hugues et aussi une liste RN menée par Lucas Mussio. Le mouvement lepéniste n’était pas représenté en 2020. « Mais nous avons fait plus de 46 % des voix aux dernières législatives, il y a donc une demande pour l’alternance », affirme le candidat, conseiller en gestion de patrimoine, trentenaire engagé au RN depuis trois ans seulement.
Il part à la bataille sans l’allié Éric Ciotti, qui a pris fait et cause pour David Lisnard. « Nous travaillons ensemble depuis 2008 au département, je l’avais soutenu pour la première fois en 2014, j’éprouve de l’amitié pour lui, c’est un élu de grande qualité, il n’était pas envisageable de ne pas le soutenir, appuie le Niçois. Notre mouvement présente 80 listes lors de ses municipales, nous avons un accord systématique avec le RN, à trois exceptions, dans les Alpes-Maritimes, par amitié, à Cannes, A Antibes pour Jean Leonetti, et à Grasse, pour Jérôme Viaud ».
Dans sa vieille Lexus, David Lisnard devrait rouler avec « The Clash » à fond les ballons.
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Réseaux sociaux : « L’interdiction est le dernier refuge de l’impuissance publique »
Pendant vingt ans, l’Etat a laissé les géants de la tech installer des modèles économiques fondés sur l’addiction des mineurs. Aujourd’hui, il répond par une interdiction aussi dérisoire qu’inefficace, dénoncent David Lisnard et Constance Nebbula, vice-présidente de la région Pays de la Loire, dans une tribune parue dans Les Échos.
L’Assemblée nationale a adopté en première lecture une proposition de loi instaurant une interdiction d’accès aux réseaux sociaux pour les moins de 15 ans. Face à l’anxiété juvénile, au cyberharcèlement, à l’érosion des capacités d’attention, la solution serait enfin trouvée. Pourquoi n’y avons-nous pas pensé plus tôt ?
Ce qui est présenté comme un acte de courage n’est en réalité qu’un aveu de faiblesse. Ce n’est pas un décret qui va nous permettre de résoudre un problème de société.
Nous partageons le diagnostic. Personne ne peut ignorer les ravages d’une exposition précoce aux écrans ni les mécanismes d’addiction du scroll infini. La réalité clinique est documentée : troubles du sommeil, sédentarité, pollution cognitive qui fragilise la construction de l’esprit critique.
Une réponse du siècle dernier
Les algorithmes de gratification immédiate saturent le temps de cerveau disponible de nos enfants. Le cyberharcèlement poursuit les adolescents jusque dans l’intimité de leur chambre et peut conduire au pire. Et le pire doit évidemment être évité. Mais si le diagnostic est juste, le traitement est mauvais. L’interdiction est ici une réponse du siècle dernier à un défi d’aujourd’hui.
L’histoire devrait pourtant nous instruire. L’imprimerie, le théâtre, le cinéma, la télévision : chaque nouveau moyen d’expression a été perçu en son temps comme une menace pour l’ordre moral et la jeunesse. À chaque fois, le pouvoir a voulu contenir ce qui semblait lui échapper. À chaque fois, c’est l’éducation qui a fini par l’emporter sur la prohibition.
Depuis l’explosion d’Internet dans les foyers au début des années 2000, qu’a fait l’Etat pour anticiper la transformation numérique de notre société ? Pendant que les géants de la tech bouleversaient notre rapport au savoir et à autrui, la puissance publique a traité le sujet comme une question périphérique et simplement technique. On a laissé s’installer des modèles économiques fondés sur la prédation attentionnelle sans jamais en interroger les fondements.
Une illusion technique
Le réveil est brutal. Et la réponse, dérisoire. Prétendre ériger une frontière administrative entre nos adolescents et TikTok est une illusion technique. Le texte voulu en procédure accélérée par le Président de la République n’indique aucune méthode de contrôle d’âge du côté des plateformes. On connaît la suite : fausses dates de naissance, cases à cocher, contournements techniques.
Six mois après l’entrée en vigueur du dispositif d’obligation de vérification d’âge pour les sites pornographiques, plus d’un tiers des internautes reconnaissent déjà avoir contourné la vérification, notamment grâce aux VPN, dont certains fournisseurs revendiquent des hausses spectaculaires d’abonnements après les premiers blocages de sites. Pourquoi en irait-il autrement pour les réseaux sociaux ?
Légiférer dans le vide pour obtenir un effet d’annonce ne fait que nourrir la défiance envers une parole publique dont la crédibilité est chaque jour un peu plus entamée.
Plus inquiétant encore : la logique de l’interdiction conduit inévitablement vers un contrôle d’âge généralisé, puis vers une vérification d’identité pour tous. Toute infrastructure de contrôle finit par servir d’autres fins que celles qui ont justifié sa création. Au motif de protéger les mineurs aujourd’hui, on pose les fondements d’un traçage numérique de masse.
Ce glissement menace les libertés fondamentales.
C’est aux familles d’exercer cette autorité
Le discours ambiant culpabilise les familles légitimement dépassées. C’est une injustice. Les parents n’ont pas démissionné ; ils ont été jetés sans boussole dans un tsunami numérique. Mais l’Etat peut-il et doit-il se substituer à l’autorité parentale ? En interdisant, on déresponsabilise. En éduquant, on libère. Les outils de contrôle parental n’ont jamais été aussi efficaces. C’est aux familles d’exercer cette autorité, c’est à l’Etat de les y inciter et non de s’y substituer.
La focale doit changer de cible. Le courage, ce n’est pas dans ce cas l’interdiction pour tous, mantra de ceux qui renoncent, mais l’interdiction de ce qui nuit aux autres. Que l’Etat l’exerce contre les pratiques abusives, opaques et dangereuses des entreprises de réseaux sociaux. Et pour la protection de nos enfants, le courage, c’est la responsabilité, l’éducation et l’exigence.
Il faut casser le modèle de l’addiction. Ce n’est pas l’accès qu’il faut interdire, mais les mécanismes prédateurs — scroll infini, notifications intrusives, publicité ciblée — qui doivent être proscrits pour les mineurs, en imposant aux plateformes un design protecteur par défaut : pagination obligatoire, notifications désactivées, publicité non ciblée. De même, il revient aux parents de combattre ces mécanismes au quotidien et à la puissance publique de s’y atteler auprès des professionnels.
L’enjeu est de bâtir une école du discernement : l’éducation au numérique est fondamentale. Apprendre à hiérarchiser l’information, à déceler la manipulation, tout en formant les parents aux outils dont ils disposent.
C’est une volonté politique du temps long. Mettre fin à l’impunité : ce qui est interdit dans la rue doit l’être sur Internet. L’anonymat n’existe pas sur Internet. L’Etat dispose des moyens techniques et légaux pour identifier et poursuivre sans délai ceux qui se cachent pour cibler et détruire de façon infractionnelle. Qu’il les utilise.
Nos jeunes ont besoin de limites, d’interdits aussi bien sûr, essentiellement de leurs parents, et ils ont besoin de repères. Ne leur fermons pas les portes du monde ; apprenons-leur à le traverser sans s’y perdre. La protection de notre jeunesse ne passera pas par moins de liberté, mais par plus d’apprentissage de la responsabilité et de transmission.
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«Sans sécurité, il n’y a pas de qualité de vie !» : l’alerte de David Lisnard sur l’état des communes
Finances contraintes, normes absurdes, insécurité : les communes tiennent en première ligne. Mais David Lisnard alerte sur l’épuisement du modèle communal. Un entretien paru dans le JDD.
Le JDD. Quel est l’état de santé des villes et villages au bout de ce mandat ?
David Lisnard : Beaucoup de communes françaises ont fait preuve de solidité. Covid, émeutes, inflation, instabilité politique : à chaque crise, les maires et leurs équipes ont assuré la continuité du service public et le lien avec les citoyens. Lorsque l’État est défaillant, les maires sont le dernier rempart et apportent des solutions. Les Français le savent : 70 % leur font confiance. C’est le seul échelon qui conserve ce niveau de légitimité. Derrière cette solidité se cache cependant un étranglement financier des collectivités, avec 82 milliards d’euros de dotation prélevés depuis 2010 par l’État, le dispositif de lissage conjoncturel des recettes fiscales des collectivités (Dilico) et autres ponctions qui pénalisent l’innovation locale et entretiennent le pouvoir central dans sa gabegie.
Malgré cela, les communes votent des budgets à l’équilibre. À Cannes, nous avons baissé les impôts locaux de 3,6 % en 2025, et la dette de 81,7 millions d’euros en dix ans. Le poids des normes continue aussi de s’accroître. Ces difficultés à agir sont d’ailleurs la première cause de découragement. Il y a eu 40 démissions de maires par mois sur cette mandature, un record. Les communes tiennent, mais ça ne durera pas indéfiniment. Leur état de santé dépendra de la capacité de l’État à se recentrer sur ses missions, libérer la société et cesser sa défiance envers les élus locaux, c’est-à-dire les Français.
Faut-il globalement donner plus de pouvoirs aux maires et aux intercommunalités ?
Oui. S’il ne s’agit pas de la caricature qu’on nous sert depuis des années. Ce que nous vivons est une recentralisation déguisée. Plusieurs lois ont ajouté des strates, éloigné les décisions et consacré le culte du gigantisme administratif. Décentraliser ne signifie pas transférer sans moyens les compétences que l’État a lui-même sabordées. Le logement ? Sinistré par vingt-cinq ans de lois contradictoires. La santé ? Désertifiée par la planification bureaucratique. L’État casse, puis délègue les décombres. La décentralisation ne doit pas être un transfert de charges, mais de pouvoir et de confiance. Les maires veulent avoir la liberté d’agir. Les normes doivent être applicables sur le terrain. Or, derrière les discours décentralisateurs, la technocratie continue de sévir. Dernier exemple parmi tant : l’obligation de supprimer toutes les places de stationnement à moins de cinq mètres d’un passage piéton, indépendamment de la configuration du site.
Le nouveau palmarès des villes et villages 2026 montre que les Français choisissent d’abord la qualité de vie, de plus en plus indissociable de la sécurité. Comment l’expliquer ?
Parce que sans sécurité, il n’y a pas de qualité de vie. L’insécurité n’est pas un sentiment, c’est une réalité, désormais partagée par l’ensemble des générations. Les Français ne demandent rien d’extravagant. Ils veulent pouvoir sortir le soir, laisser leurs enfants jouer dehors, prendre les transports en commun sans appréhension. L’insécurité, c’est une assignation à résidence qui ne dit pas son nom. Un chiffre doit nous alerter : en sept ans, l’importance accordée à la sécurité a bondi de 13 points chez les femmes. Ce n’est pas un hasard. Partout dans le monde, quand l’insécurité progresse, ce sont les femmes qui perdent leur liberté en premier. La sécurité n’est pas l’ennemie des libertés. Elle en est la condition première.
Le développement des polices municipales est spectaculaire depuis quelques années, mais ont-elles assez de moyens pour lutter contre la délinquance ? Faut-il leur donner de nouvelles prérogatives, elles qui sont au plus proche du terrain ?
La sécurité est « la » compétence régalienne. Mais face à la défaillance de celui-ci, les maires ont dû agir : + 36 % d’effectifs de police municipale en dix ans, pour un coût de 2,2 milliards d’euros par an supporté par les communes. Nous finançons la sécurité que l’État ne garantit plus. Le Beauvau des polices municipales, relancé lors du Congrès des maires de novembre 2024, a abouti fin 2025 à un texte consensuel. Ce texte permet aux communes qui le souhaitent, et le peuvent, de doter leur police municipale de plus de pouvoirs d’action, notamment sur les infractions du quotidien – celles qui pourrissent la vie des gens. Ce texte existe. Il est prêt. Il fait consensus. Il ne manque qu’une chose : que le Parlement le vote.
Le narcotrafic est de plus en plus régulièrement pointé du doigt, y compris dans les campagnes. Comment interrompre la déferlante, cela semble impossible ?
Les maires sont évidemment en première ligne, comme nous le sommes face au protoxyde d’azote sur lequel nous alertons depuis des années. L’État a été inventé pour protéger la nation, c’est sa raison d’être. Contre le narcotrafic, il faut une action totale et frontale : diplomatique sur les pays producteurs, militaire quand c’est nécessaire, judiciaire avec des peines réellement exécutées, fiscale pour assécher les flux d’argent sale. C’est aussi un sujet sanitaire. Et les consommateurs doivent être sanctionnés. Il faut également protéger notre jeunesse par de la prévention. Localement, nous devons avoir le pouvoir de fermer les commerces qui blanchissent, supprimer toutes les aides publiques aux trafiquants et à leurs familles complices, sortir les dealers des logements sociaux.
La santé est centrale dans le palmarès. Comment attirer les médecins quand certaines communes leur offrent tout sans succès ?
La vision technocratique – dont le numerus clausus fut un étendard –, l’incapacité française à proposer une politique de santé globale, avec un vrai volet prévention, la bureaucratisation des soins nous ont conduits à ce système, très coûteux en charges et impôts et de moins en moins performant. Un médecin passe 20 heures par semaine à remplir des formulaires. On ne soigne plus, on documente. Il vaut mieux guérir que cocher des cases. Et pendant ce temps, des professionnels compétents – infirmiers, pharmaciens, kinés, sages-femmes – sont bridés par un système qui leur interdit de faire ce qu’ils savent faire. Dans les déserts médicaux, ils sont souvent les seuls présents. Ils connaissent leurs patients. Ils veulent agir. On leur dit : attendez l’autorisation. Alors, oui, les maires se battent pour attirer des médecins. Locaux gratuits, logements, maisons de santé… Mais les normes tuent leurs efforts. Deux médecins généralistes obligatoires pour ouvrir une maison de santé, en zone rurale, c’est un de trop. Certaines ARS exigent 40 heures d’ouverture, donc deux temps pleins à l’accueil. Résultat : plutôt qu’ouvrir un peu moins, on n’ouvre pas.
Un serpent de mer, est-ce qu’il y a trop de communes en France ? Faut-il les regrouper pour réduire le coût de leur fonctionnement ? On vous reproche souvent de creuser la dette nationale, d’avoir trop d’employés municipaux. Que répondez-vous ?
Qu’il suffit de regarder les chiffres et pas les éléments de langage qu’on nous sert. Les collectivités respectent la règle d’or budgétaire. Elles ne s’endettent que pour investir, jamais pour fonctionner. L’État, lui, emprunte pour payer ses fonctionnaires. Résultat : la masse salariale des collectivités a augmenté deux fois moins vite que celle de l’État l’an dernier, selon la Cour des comptes. Et cela alors que les communes assument des missions croissantes, sans moyens supplémentaires. 1,9 million d’agents territoriaux assurent des services essentiels au quotidien : Atsem dans les écoles, entretien des routes, collecte des déchets, police municipale, état civil, services aux personnes âgées. Ce sont eux que les Français voient. Quant au nombre de communes : 34 800, c’est notre histoire, notre géographie. Ce maillage est une force, pas une faiblesse.
C’est lui qui permet cette proximité unique au monde entre élus et citoyens, cette capacité d’adaptation, cette démocratie de terrain. Le vrai sujet n’est pas la taille des communes, c’est la liberté et la responsabilité. C’est tout le système de l’organisation politique qui est à revoir, pour que les contribuables en aient pour leur argent, pour améliorer la performance publique. Le présupposé selon lequel plus c’est gros, plus c’est efficace est loin de se confirmer dans la réalité. Il y a toujours des dépenses à supprimer, des cas de gaspillage. C’est aux habitants de décider ce qu’ils veulent comme action communale. La dette de toutes les collectivités locales représente 9 % du PIB, un niveau stable depuis 35 ans. Pendant ce temps, la dette publique est passée de 60 % à 118 % du PIB, à cause des coûts sociaux et de l’État. Arrêtons de faire des communes les boucs émissaires de l’échec du centralisme français. L’État ne va pas mieux quand les communes vont mal.
Retrouvez cet entretien sur le site du JDD en cliquant ici.
Iran : silence, on massacre !
« Le silence des dirigeants français et européens, comme celui des sélectifs défenseurs des opprimés, sur la situation en Iran n’est pas soutenable. L’enjeu est humanitaire et géopolitique. » Contrepoints reprend les propos de David Lisnard sur la répression en Iran et l’absence de réaction des dirigeants occidentaux.
Le silence des dirigeants français et européens, comme celui des sélectifs défenseurs des opprimés, sur la situation en Iran n’est pas soutenable. L’enjeu est humanitaire et géopolitique.
Nous savons désormais qu’il y a eu en quelques jours a minima 20 000 morts, 40 000 selon certaines sources ! Il s’agit du pire massacre de civils désarmés par son gouvernement depuis la tuerie en 1982 des habitants de la ville d’Hama par Hafez el-Assad. La répression continue, même si évidemment les Iraniens n’osent plus sortir et manifester. Les images des défilés de révolte sont utilisées par le pouvoir pour persécuter des familles. L’indifférence mondiale est une infamie.
Nous devons manifester notre soutien au peuple iranien évidemment, et la France, avec ses alliés, doit enfin condamner le régime de la République islamique d’Iran et contribuer à tout ce qui peut le faire tomber : favoriser une couverture internet libre du pays, dénoncer les exactions du régime qui n’a pas hésité à recourir à des milliers de combattants du Hezbollah et à des milices chiites irakiennes ainsi qu’à des Afghans pour faire tirer sur son peuple, plaider pour l’inscription des Gardiens de la Révolution sur la liste des organisations criminelles et terroristes (en ayant bien à l’esprit les difficultés procédurales et les conséquences diplomatiques), en attendant une éventuelle intervention américaine qui ne pourrait avoir un effet que si elle parvient à vraiment et fortement cibler l’appareil répressif jusqu’à redonner confiance aux manifestants Iraniens, ce qui reste très aléatoire. En matière d’ingérences extérieures, soulignons que des sources fiables indiquent que la Chine a livré à Téhéran, depuis jeudi dernier, 16 avions cargos de matériel militaire anti-aérien.
Le régime islamique d’Iran n’hésite pas à prendre nos ressortissants en otage, il a fomenté des attentats sur le sol hexagonal, il alimente l’internationale islamiste qui nous combat et veut nous soumettre, pratique le chantage envers tous les pays du Proche-Orient, dont nos alliés.
Il est temps de regarder cette situation en face et de sortir de la torpeur coupable. Telle est la réalité humanitaire et tel est l’intérêt de la France.
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La palme de l’efficacité
Rigueur, transparence, efficacité : à Cannes, une gestion qui séduit bien au-delà de la Croisette. Un portrait réalisé par Fabrice Durtal pour le magazine Tous contribuables.
Dès qu’il le peut, David Lisnard enfile ses baskets. À 56 ans, l’édile de Cannes (et président de l’Association des maires de France, AMF) brigue un troisième mandat. Il participe régulièrement à des marathons, dont celui de Paris, qu’il a déjà bouclé en moins de trois heures. Avec la boxe anglaise, cette passion pour la course à pied colle à son approche de la politique : endurance, constance et dépassement de soi.
Vigilance budgétaire
Né le 2 février 1969 à Limoges, c’est pourtant un enfant du grand Sud. Son arrière-grand-père a construit le marché Forville, et son père a été footballeur professionnel à l’AS Cannes. Marié et père de trois enfants, il vit dans le quartier République-Gallieni, au cœur de Cannes. Après des études à Sciences Po Bordeaux, il entre au conseil municipal en 2001. Il est élu maire en 2014, puis réélu en 2020 dès le premier tour avec 88 % des voix. Sous sa houlette, la ville a vu sa dette fondre de 77 millions d’euros en dix ans, tout en maintenant une politique d’investissement soutenue. Il a récemment annoncé la création d’un musée international du cinéma à l’horizon 2029, avec 1 000 m² dédiés au Festival, afin de faire rayonner la ville au-delà des tapis rouges. La frugalité budgétaire de la municipalité a été saluée par le cabinet Localnova, qui a attribué à la mairie la note de 20/20 pour sa gestion des finances municipales. En 2024, la ville du cinéma a également été récompensée pour la troisième année consécutive par le prix « Expérience Citoyen », qui distingue la qualité et l’efficacité des services publics locaux. Membre des Républicains (LR), David Lisnard a appelé à la censure du gouvernement Lecornu II. Il plaide pour la baisse de la dépense publique au niveau national, mais refuse que l’effort commence par les communes et les départements. Il affirme que la vigilance budgétaire qu’il applique à Cannes peut servir de tuteur à toute collectivité.
Sus au parisianisme
Fils d’une grande lectrice, celui qui a écrit un livre sur Georges Pompidou – lui-même amateur de poésie – a grandi entouré de livres et ne fait pas mystère d’avoir adoré lire des San-Antonio. Il défend une décentralisation culturelle face au « parisianisme » qu’il juge étouffant. Contrairement aux écolos bobos qui franchissent rarement les limites du périphérique, le maire de Cannes a reçu le Prix de l’Enracinement Simone Weil, remis au Sénat en mars 2024. Il organise régulièrement des nettoyages de plages et se balade dans l’arrière-pays ou en mer, loin des eaux troubles de la politicaillerie parisienne.
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Budget : la jeunesse sacrifiée
Le budget procède à deux transferts massifs. Le premier, intergénérationnel : des actifs et des jeunes vers les retraités. Le second, économique : de la production vers la redistribution. Retrouvez la chronique de David Lisnard pour L’Opinion.
Dans son budget 2026, le gouvernement accroît les dépenses, la dette et les impôts dans un parfait cocktail socialiste. Plus de transferts sociaux, plus de fiscalité sur la production, aucune réforme structurelle. La gauche est minoritaire, mais elle impose sa matrice budgétaire. On ne peut pas lui en faire grief. La faute revient à ceux qui bradent leurs convictions – s’ils en ont – pour garder leur place.
Les deux se conjuguent pour hypothéquer notre avenir. Car on ne peut pas redistribuer ce qu’on ne produit pas. Et on ne financera pas les retraites de demain en sacrifiant ceux qui devraient les payer.
Les pensions de base sont à nouveau revalorisées selon l’inflation, conformément au principe d’indexation en vigueur depuis 2004, tandis que la réforme des retraites a été suspendue, pour un coût de 2 à 3 milliards d’euros par an à horizon 2030.
Et que propose le gouvernement pour faire accroire qu’il se soucie de la jeunesse ? Des repas CROUS à 1 euro pour tous les étudiants. Une mesure symbolique qui ne répond ni à la précarité structurelle – un quart des 18-24 ans vit sous le seuil de pauvreté – ni aux obstacles à l’entrée sur le marché du travail, et qui entretient le mythe de la gratuité, de l’intervention de l’Etat nounou. On n’émancipe pas une génération avec des tickets restaurant.
Des actifs pris en étau
Les actifs sont pris en étau. Ils financent, par la répartition, les retraites d’aujourd’hui. Ils doivent, en plus, épargner pour leur propre retraite, car le ratio cotisants-retraités sera durablement dégradé quand viendra leur tour. Il était de 4,7 en 1960, de 2,6 en 1990, s’est effondré à 1,7 aujourd’hui et tombera à 1,2 en 2070. Et on demande désormais aux actifs de supporter le coût de la suspension d’une réforme dont ils auraient été les premiers bénéficiaires. Autrement dit, ils paient trois fois.
Parallèlement, on affaiblit encore davantage les entreprises sur qui repose le financement d’un système social en déliquescence.
Le budget 2026 maintient la surtaxe sur les grandes entreprises et renonce à la baisse prévue de la CVAE, ce qui, mécaniquement, freinera l’investissement, et donc l’embauche, à un moment où le chômage repart à la hausse.
Le chômage des 15-24 ans atteint 18,8 %, contre 6,7 % en Allemagne et moins de 15 % en moyenne dans la zone euro. Cet écart ne tient pas à la conjoncture mais à un manque de dynamique économique dû notamment à l’excès de prélèvements, et à un système de formation et d’insertion que nous démantelons par étapes, que ce budget achève de saborder.
Or, les jeunes qui ne trouvent pas d’emploi stable ne cotisent pas, ne consomment pas, ne fondent pas de famille. Le cercle vicieux est complet.
Ces choix seraient déjà aberrants dans une France démographiquement dynamique. Ils sont dramatiques dans la situation actuelle.
Pour la première fois depuis 1945, la France a enregistré plus de décès que de naissances sur douze mois. L’indice de fécondité est tombé à 1,56 enfant par femme, soit son plus bas niveau depuis la fin de la Première Guerre mondiale. Ce basculement survient avec dix ans d’avance sur les projections de l’Insee. Le président de la République n’avait-il pas pourtant annoncé un « réarmement démographique » ? Encore une des nombreuses déclarations sans actions, un de ces discours incantatoires qui ont autant d’effet qu’un pétard mouillé.
Maximiser le nombre de cotisants
Il faut donc agir sur deux leviers. D’abord, maximiser le nombre de cotisants en investissant dans la formation et l’insertion des jeunes. Ensuite, créer un étage de capitalisation collective obligatoire pour rendre les Français propriétaires de leur retraite, et non plus dépendants d’un système par répartition structurellement déficitaire.
Ce budget fait l’inverse sur toute la ligne. Il sabre l’insertion des jeunes, freine l’investissement des entreprises, et taxe l’épargne retraite. Il aggrave l’impasse au lieu d’en sortir. Il privilégie les égoïsmes présents à la construction de l’avenir.
La politique n’a de sens que si elle consiste à voir plus loin que le prochain scrutin. Un budget qui sacrifie les jeunes pour préserver des arrangements politiques immédiats est une véritable trahison de ce que le pays doit à ses enfants.
L’Etat-providence tel qu’il a été conçu en 1945 reposait sur une démographie et une croissance qui n’existent plus. Pour le maintenir, coûte que coûte, l’exécutif a fait son choix : taxer les bébés !
Chaque enfant qui naît en France hérite aujourd’hui de plus de 50 000 euros de dette publique. La charge de la dette atteindra 74 milliards d’euros en 2026. C’est davantage que le budget de l’Education nationale. Nous préférons payer plus cher les erreurs du passé que la formation de l’avenir.
Une grande partie de la jeunesse n’attend pas d’être assistée. Elle souhaite pouvoir s’élever par ses études et son travail. Elle désire que l’effort soit récompensé plutôt que taxé.
L’égalitarisme est le poison de la jeunesse. Il est d’ailleurs le poison du pays. L’égalitarisme promet à chacun la même chose, indépendamment de son mérite. Il confond l’égalité des droits, qui est le fondement de la République, avec l’égalité des conditions, qui en est la négation. La première donne à chacun la même ligne de départ. La seconde empêche quiconque de franchir la ligne d’arrivée avant les autres.
Des savoirs exigeants, pas des diplômes dévalués
Une nation qui ne fait plus d’enfants, qui ne maîtrise ni son immigration croissante essentiellement pauvre ni l’émigration accélérée de ses talents, qui n’insère plus ses jeunes, et qui finance son présent en hypothéquant leur avenir, est une nation qui a cessé de se projeter.
Une nation qui croit en son destin fait le pari de sa jeunesse. Elle lui transmet des savoirs exigeants, pas des diplômes dévalués. Elle lui ouvre l’accès au travail, pas aux guichets. Elle lui permet de se loger, pas de faire la queue pour un logement social. Elle lui permet de se constituer un patrimoine, pas de dépendre toute sa vie de transferts sociaux financés par la dette. Elle libère la transmission entre générations au lieu de la taxer : que les parents puissent aider leurs enfants quand ils en ont besoin, pas leur léguer un capital quand ils sont eux-mêmes proches de la retraite.
La France s’est toujours relevée en misant sur sa jeunesse. Jamais en l’accablant. Le moment est venu de choisir entre la facilité immédiate au nom d’une prétendue stabilité et le redressement du pays. Ainsi va la France.
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Invité de RTL, David Lisnard tranche sur 2027, le budget et la souveraineté
Mardi 21 janvier 2026, David Lisnard était l’invité de RTL Matin, interrogé par Thomas Sotto. Une interview dense, sans détour, au cours de laquelle il a pris des positions claires sur l’élection présidentielle de 2027, le budget de l’État et la place de la France sur la scène internationale.
Présidentielle 2027 : une réponse sans ambiguïté
Interrogé directement, David Lisnard a confirmé qu’il serait candidat à l’élection présidentielle de 2027.
Il a insisté sur la nécessité d’une clarification démocratique et d’une confrontation politique assumée, refusant les ambiguïtés et les faux-semblants.
Son projet repose sur une ligne constante : libérer le travail, l’investissement et la création, réduire les prélèvements, restaurer l’autorité de l’État là où elle est indispensable, et redonner des perspectives à ceux qui produisent et travaillent.
Budget 2026 : « un budget socialiste »
Sur le budget de l’État, David Lisnard a été particulièrement ferme.
Il a qualifié le projet budgétaire de « budget socialiste », estimant qu’il amplifie les causes profondes des difficultés françaises : augmentation continue de la dépense publique, maintien d’un niveau excessif de prélèvements obligatoires et refus de traiter la question de la dette.
Pour cette raison, il appelle clairement à la censure du gouvernement et au vote de la motion de censure.
« Soit on estime qu’un budget est bon pour le pays et on le soutient, soit on estime qu’il est mauvais et on le censure. La vie est simple. »
Politique internationale : la crédibilité en question
Sur les enjeux internationaux, David Lisnard a livré une analyse directe du rapport de force mondial et de la crédibilité de la France.
« Comment voulez-vous être respecté de Donald Trump quand vous n’avez pas été respecté par Abdelmadjid Tebboune ?
Et comment voulez-vous être respecté par Tebboune quand vous avez cédé à Olivier Faure ?
La faiblesse se paie toujours. »
Pour lui, la diplomatie ne peut être crédible sans prospérité économique, sans autorité politique et sans capacité à assumer des rapports de force clairs.
Une ligne de constance et de cohérence
Tout au long de l’entretien, David Lisnard a défendu une même exigence : regarder la réalité en face, refuser la confusion idéologique et rompre avec les politiques qui aggravent les problèmes du pays.
Une parole directe et assumée, qui marque une étape importante dans la séquence politique ouverte vers 2027.
David Lisnard trace sa voie pour 2027 et appelle à censurer un budget « socialiste »
Avec le soutien de l’écrivain Boualem Sansal, le président de Nouvelle Énergie a défendu, mardi soir à la Mutualité, à Paris, son projet de redressement pour la France et la nécessité d’organiser une primaire élargie de la droite et du centre. Un article d’Emmanuel Galiero et Claire Conruyt paru dans Le Figaro.
Une image d’ouverture et la confirmation d’une ambition présidentielle. David Lisnard, président de Nouvelle Énergie, s’est offert la grande salle de la Mutualité mardi soir pour dévoiler ses projets pour l’année 2026. Et lancer un avertissement clair en vue du scrutin de 2027 : « Si personne ne veut de la primaire, eh bien on s’affrontera au premier tour de la présidentielle. » L’élu précisera un peu plus tard qu’il suivra cette ligne sauf si une candidature devait s’imposer de manière incontestable au-dessus de toutes les autres. Ce qui est loin d’être le cas aujourd’hui.
Dans cette salle parisienne historique, investie par près de 1 300 sympathisants, il y a une autre surprise : plusieurs messages vidéo enregistrés par des personnalités médiatiques louent les qualités du maire de Cannes. Il est perçu comme « l’homme de la situation », selon les mots de la comédienne Véronique Genest, en écho à ceux notamment d’Alexandre Jardin, Franz-Olivier Giesbert, Willy Sagnol et Boualem Sansal. Très applaudi, l’écrivain témoigne de son soutien et de son amitié, sans lésiner sur les éloges. « Je l’ai trouvé d’une intelligence extraordinaire, dit-il. Il a l’étoffe d’un homme d’État. David Lisnard est un homme formidable sur lequel le pays peut compter. »
L’orateur du soir en rougit, mais renvoie les compliments avec cette phrase en guise d’introduction : « Le secret de la liberté, c’est le courage. » Puis, debout, avec une cinquantaine de « relais » départementaux rassemblés derrière lui, David Lisnard fixe un cap et partage sa vision. « Nous devons être absolument obsédés par le devenir de notre pays », lance-t-il. Il pointe le « spectacle des générations actuelles sacrifiées sous les lâchetés politiciennes et au nom de la stabilité » et annonce la fin de trois cycles : le cycle court du macronisme, le cycle intermédiaire de l’État-providence et le cycle long de l’européanisation du monde. Puis il résume le défi en une question : « Quelle énergie vitale pour déployer une espérance française ? »
Madelin applaudi
En faisant applaudir Alain Madelin, assis devant lui (figure du libéralisme à laquelle beaucoup le comparent), il ironise sur l’argument de la « responsabilité » et les renoncements sur la réforme des retraites, en dénonçant la pénalisation des actifs. « Comme on ne regarde pas en face la réalité, on amuse les citoyens et on entretient l’égoïsme social », accuse l’élu sudiste. Renaître avec l’État performance, défendre la « radicalité » pour revenir à la « racine » des choses et rétablir tout ce qui dysfonctionne dans le pays, créer de la prospérité… il développe ses axes de réflexion.
À l’ouverture, Alexandra Martin, députée des Alpes-Maritimes et secrétaire générale de Nouvelle Énergie, a vanté un « autre chemin », une « rupture claire », « une alternative cohérente » et le « courage de dire la vérité », tout en dénonçant une situation nationale de « crise profonde ». L’élue a salué la présence d’ex-ministres, tels Guy Drut, Sophie Primas ou Hervé Morin, mais aussi celle de plusieurs parlementaires, à l’image des sénateurs Étienne Blanc et Valérie Boyer et des députés Justine Gruet et Éric Pauget.
Dans la « patouille politique » actuelle, telle qu’il la définit, Hervé Morin déplore auprès du Figaro les « compromissions » dans lesquelles s’est plongé le bloc central et constate l’arrivée d’un « budget socialiste ». Mais, en tant que coacteur des travaux engagés par le président de Nouvelle Énergie, il décrit son projet en trois mots (« liberté », « initiative » et « responsabilité ») et plaide pour la définition urgente d’un mode de départage. « Ceux qui refusent le tremplin de la primaire ont tort », juge l’ex-ministre de la Défense.
« Tout travail mérite cotisations. » Sur scène, David Lisnard fait rire la salle quand il compare la charge de la dette nationale à certains budgets ministériels, parle des « quinze chasseurs alpins au Groenland » ou voit « M. Faure » sur le siège du premier ministre. « Comment est-il possible d’augmenter la dépense publique sans faire payer les Français ? », interroge l’élu, adversaire déclaré de la « démagogie électorale » et du « déni de la démocratie ».
Primaire élargie
Mardi après-midi, quelques heures avant le discours, plus d’une cinquantaine de relais se sont retrouvés en séminaire pour travailler sur place. « Nous voulons porter cette idée du rassemblement en essayant de montrer que de nombreux Français cherchent une voie politique au-delà de la caste médiatico-politique », soutient-on au sein du parti, où David Lisnard ne veut rien lâcher de son idée de primaire, élargie à tous ceux se réclamant de la droite et du centre. Il ne voit toujours pas comment la droite pourrait atteindre le second tour de la présidentielle sans sélection préalable. On sait que l’élu déplore une valse-hésitation des Républicains sur le sujet, alors que la petite musique d’une « sélection naturelle » via les sondages d’opinion a beaucoup circulé ces derniers temps.
En coulisses, les proches de David Lisnard confirment une volonté de prise de distance progressive avec le parti LR, histoire de faire valoir sa singularité face à une famille politique incarnée par Bruno Retailleau, dont il reste proche, mais qu’il juge trop souvent contesté par des LR, de Laurent Wauquiez, président du groupe DR, à Xavier Bertrand, président de la région Hauts-de-France, jusqu’aux six ministres engagés dans l’aventure du gouvernement Lecornu 2, malgré leur suspension du mouvement.
Certains soutiens du président de l’Association des maires de France défendent son regard critique. « Le parti, David s’en tient loin. Le parti, c’est quoi, le parti ? Il ne se passe rien, Bruno ne cheffe pas. David lui a dit qu’il était le boss, mais il a l’impression qu’il n’aime pas ce statut. Donc, notre président trace sa route, fait son truc et se prépare. » Au sein de Nouvelle Énergie, on dit aussi que le créneau Meloni lui correspond bien. Et, quand certains LR ironisent sur son potentiel présidentiel, le chef de Nouvelle Énergie ne semble pas surpris. « Je sais que certains se moquent de moi. Les vieux LR n’aiment pas les iconoclastes, mais j’assume ! Et je suis en train de construire quelque chose. Je ne dis pas que je vais gagner, mais je ne vois pas pourquoi je ne me lancerais pas ! »
Peser sur les « affaires du monde »
Mardi soir, David Lisnard avertit encore qu’il faudra du « temps » avant que la France puisse peser sur « les affaires du monde ». À la lumière de son action locale de maire, il défend une approche libérale de la performance et de l’efficacité publique. C’est son domaine de prédilection, là où il puise ses solutions pour redresser la France et sa voix sur la scène internationale, de l’Iran au Levant en passant par la Chine et le Venezuela. Mais il dénonce un pouvoir « faible », incapable de « combattre implacablement l’antisémitisme », les trahisons de la gauche, les contradictions des partenaires européens, le déséquilibre du couple franco-allemand, les fragilités nationales. Il se fixe l’objectif de « 300 milliards » de réduction de la dépense publique en fustigeant la bureaucratie « parasite ».
Après presque deux heures de scène, David Lisnard termine sans veste et promet de porter un « projet libéral conservateur ». « Je suis fermement résolu à faire gagner la France », lance-t-il en souriant. Défenseur d’une droite « indépendante et gagnante », il juge « impensable » pour un parlementaire LR de ne pas voter « la censure d’un budget socialiste ». « Il est temps aujourd’hui d’aller chercher le pouvoir ! Nous allons libérer la France », clame enfin celui qui pense, comme Mitterrand, qu’un opposant doit s’opposer. Derrière lui, le logo bleu de Nouvelle Énergie scintille. Les soutiens ont applaudi souvent et se lèvent en criant. Ils sont comblés.
Yves, viticulteur et porte-parole du mouvement, compte parmi les impatients du parti. Il attend l’annonce officielle d’une candidature à la présidentielle. Il sait que les municipales de mars repoussent cette échéance (le maire de Cannes devrait postuler à sa propre succession dès février) et n’ignore pas que la droite n’a toujours pas choisi la méthode pour mettre l’un de ses talents en orbite vers la présidentielle. Mais, pour Yves, le discours de son candidat correspond à celui que les gens voudront entendre en 2027. Dans un mélange de ressentiment et d’espoir, l’adhérent de Nouvelle Énergie partage une franche confidence : « Pour sortir du merdier dans lequel se trouve la France, il faut trouver les solutions, enlever tout ce qui nous empêche de penser et d’innover. Il faut remettre les choses à l’endroit ! David Lisnard peut y arriver. »
Retrouvez cet article sur le site du Figaro en cliquant ici.
David Lisnard, candidat et libéral
Que ce soit à la primaire de la droite et du centre ou au premier tour de l’élection présidentielle, il y aura un « vrai » candidat libéral. Enfin ! Retrouvez l’article de Jean-Philippe Feldman paru dans Contrepoints.
Cela devient une tradition. Un an après ses vœux sur le thème « libérer pour gagner », David Lisnard a réitéré l’exercice le 20 janvier à Paris, devant la magnifique salle comble de la Mutualité, mais dans une tonalité plus politique. La presse aura généralement retenu la candidature du maire de Cannes à l’élection présidentielle, mais l’essentiel est ailleurs : David Lisnard assume son libéralisme et il portera bien un projet libéral. Une première depuis notre ami Alain Madelin en 2002 (nous laisserons de côté la candidature Fillon de 2017 car, même si l’ancien Premier ministre avait présenté quelques propositions agréables à nos oreilles, il n’était pas libéral).
Candidat dans tous les cas
Commençons par « l’info » qui n’est venue que vers la fin de son allocution mais qui l’a imprégnée. Brodant sur la question « Pourquoi une compétition ? » David Lisnard a précisé qu’il n’était pas un « fervent défenseur » de la primaire, mais qu’il fallait faire preuve de réalisme et que c’était la seule solution pour qu’un candidat de la droite et du centre atteigne le second tour de l’élection présidentielle face à la concurrence des extrêmes. On aura aussi compris que ces primaires seraient ouvertes, tout candidat de la droite ou du centre pouvant concourir. Puis, il a adopté un ton beaucoup plus personnel. Il a déclaré qu’il porterait un « projet libéral conservateur », « fondé sur la liberté ». L’ordre des termes n’a rien d’anodin et l’on saisit combien sa candidature différerait de celle de François Fillon autrefois. Et il a prévenu : faute de primaire, il sera candidat au premier tour de l’élection présidentielle. A bon entendeur, salut !
Une forme renouvelée
Nous connaissons les qualités rhétoriques de David Lisnard. Il a parlé une nouvelle fois sans notes (cela change de nos parlementaires ânonnant leurs fiches dans l’hémicycle…) avec une facilité déconcertante et cet art, malgré les digressions, de toujours retomber sur ses pattes. Certes, il n’est pas le seul à faire preuve de faconde, de Jean-Luc Mélenchon à Jordan Bardella en passant par Gabriel Attal et bien sûr Emmanuel Macron, mais la différence par rapport à la plupart d’entre eux, c’est que son discours n’est pas verbeux et qu’il tient à de profondes convictions.
Toutefois, si l’on compare ses vœux de l’année dernière à ceux de cette année, on constate une évolution importante. La forme a été modifiée avec des propos beaucoup moins théoriques, moins architecturés, mais plus strictement politiques, plus près du terrain ; on pourrait dire : un premier discours de campagne électorale, formules assassines à l’appui pour amuser le public (Sébastien Lecornu comparé à un hamster dans sa roue ; Olivier Faure qualifié de Premier ministre ; un « budget socialiste » qui se doit de faire l’objet d’une motion de censure ; les « y’a qu’a faut qu’on » des extrêmes ; les « néofascistes » de l’extrême gauche…).
Libéral dans tous les cas
En dépit de l’étiquette de « libéral conservateur », c’est l’aspect libéral qui aura été prégnant dans le discours de David Lisnard. Car, même s’il s’est agi d’une allocution de pré-campagne électorale, le maire de Cannes a repris les principes fondamentaux du libéralisme :
- en premier lieu, la « subsidiarité horizontale », chère à son cœur, qu’il a justement présentée comme « condition de la liberté », autrement dit la séparation primordiale entre la sphère de l’État et celle de la société civile. Nous l’avons dit et répété, il est le seul homme politique français de premier plan à saisir le concept de subsidiarité qui permet de réduire le périmètre de l’État ;
- en second lieu, la réduction de la dépense publique, gage du recentrage des missions de l’État, ce point étant directement lié au précédent. De là, le fait qu’il se soit prononcé, sous les acclamations du public, contre les aides aux entreprises, aides qui alimentent le « capitalisme de connivence » (dénoncé depuis des années par l’IREF), et de là également la proposition de trouver 8 à 10 milliards d’euros d’économies immédiates avec la suppression des « aides à faible effet de levier ». De là également, le dessin d’une nouvelle architecture étatique reposant sur un État central qui ne soit plus l’État providence actuel en déliquescence, mais qui se concentre enfin sur ses missions régaliennes (encore un thème porté par l’IREF) dans un double mouvement de liberté et de responsabilité. Ce fut l’unique moment de l’allocution où des propositions chiffrées ont été émises en nombre, avec entre autres des pistes pour réduire la dépense publique et réaliser « 200 à 300 milliards d’euros d’économies dont 80 milliards la première année » ;
- en troisième lieu – et ceci aura été la seule partie vraiment théorique de son discours –, le fait que Nouvelle Energie devait être le « mouvement de la propriété privée » (nous nous étions récemment étonnés qu’aucun homme politique ne prenne la propriété à bras le corps alors même que près de 60 % des foyers français étaient propriétaires d’au moins un bien immobilier : David Lisnard comble une fois encore le vide !). Dans un schéma montré sur les écrans géants, la propriété s’est trouvée au centre de quatre notions : la liberté, la responsabilité, la dignité, l’efficacité, auxquelles David Lisnard a oralement ajouté la prospérité. Citant Frédéric Bastiat, il a martelé qu’il n’y avait pas de liberté sans propriété. La destruction de la liberté, de la propriété et de la responsabilité se fait au détriment de la dignité d’une « personne souveraine qui transfère à l’État des droits (nous aurions dit : des charges), et non l’inverse ». « C’est la pensée libérale qui va rétablir l’autorité de l’État, a-t-il poursuivi de manière tout aussi remarquable, pas le socialisme ».
Comment ne pas voir dans le schéma sur la propriété une nouvelle mouture du « carré magique » (propriété, liberté, responsabilité, dignité) de notre regretté maître en libéralisme, Jacques Garello, disparu il y a un an, et qui se serait sûrement délecté du discours de David Lisnard, désormais et dans tous les cas le candidat libéral revendiqué pour 2027 ?
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