«Une politique culturelle ambitieuse ne doit pas être un chèque en blanc donné à un microcosme»
Alors que le Festival de Cannes vient de s’achever, David Lisnard entend lutter contre « l’entre soi et la culture subventionnée ». Il défend une politique fondée principalement sur la liberté de création et la transmission des grandes œuvres. Une tribune parue dans Le Figaro.
Je suis un fou de culture. J’adore le cinéma, le théâtre, les livres, la danse, la musique. Le festival du cinéma de ma ville m’a fait découvrir des films du monde entier qui m’ont souvent captivé, toujours enrichi. J’aime en parler avec mes proches, échanger, débattre, me disputer sur un réalisateur, un auteur, un compositeur, retracer une filmographie, une discographie, discourir des mérites comparés des œuvres d’un auteur. Je ne compte plus les heures passées à cette activité qui s’achevait toujours pour moi en me replongeant dans une œuvre que j’avais mal saisie ou mal interprétée.
Pour autant, cela n’a aucune importance et cela n’intéresse personne. Tant mieux. Ce « je » vous agace et vous avez raison. Le rôle d’un responsable politique en matière culturelle n’est ni d’étaler ni d’imposer ses goûts. Tout le monde se moque de savoir que je suis un fan de Houellebecq, des Clash, de Kubrick, de Molière ou de Pina Bausch. Cela relève de mon intimité. Et surtout, cela ne doit pas influer sur mes décisions politiques. Qu’attend-on d’un responsable politique en matière de culture ? De construire une politique qui tourne autour de principes simples mais incontournables.
Il faut d’abord rappeler que la création est libre et que la liberté d’expression doit être totale. Il m’arrive d’être choqué, exaspéré, scandalisé par une œuvre. Et alors ? Quelle importance ? Depuis quand les responsables politiques doivent se comporter en censeur ? Et si je me trompais dans mon appréciation ? Si j’avais été Joseph II, aurai-je reconnu le talent de Mozart ? Il faut ensuite veiller à la préservation et à la transmission des grandes œuvres de l’esprit. Ce qui nécessite de la volonté, des moyens, de la rigueur. Transmettre le beau ! Telle est notre première mission.
Il faut permettre l’accès à la culture pour le plus grand nombre. Pour cela, il n’y a qu’une seule arme : l’éducation artistique et culturelle à l’école, de la maternelle au baccalauréat. C’est ce que j’ai patiemment construit dans ma ville. Et cela fonctionne ! Il s’agit du moyen le plus démocratique, le plus républicain de faire découvrir la culture au plus grand nombre, et de ne pas la réserver à ceux qui y ont accès grâce à leur famille ou à leur niveau de vie. Le rôle d’un politique en matière de culture est de créer les conditions pour que celle-ci s’épanouisse partout en France, sur tout le territoire et pas uniquement à Paris ou dans les grandes villes.
Enfin, il est nécessaire de lutter contre les effets d’entre-soi de la culture subventionnée, de combattre le conformisme, de défendre la bonne affectation de l’argent des contribuables qui doit échapper à toute considération idéologique. Il faut donc pour cela mettre un terme aux cahiers des charges publics qui obligent à des quotas et à des représentations du monde que les progressistes autoproclamés veulent imposer au public.
Car attention ! Une politique culturelle ambitieuse telle que je la défends ne doit pas être un chèque en blanc au microcosme ou le fait du prince. Il s’agit de fixer un cadre et de vérifier qu’il soit respecté, en termes de programmation, de diffusion, d’audience, d’accompagnement pédagogique. Si notre pays doit absolument conserver un audiovisuel public, celui-ci doit être populaire et de qualité, sinon il disparaîtra de lui-même.
En conclusion, je voudrais aussi dire mon immense ras-le-bol d’entendre les démagogues évoquer toujours l’argent des Français quand on parle de culture. Qu’on ne se méprenne pas. Nous devons être beaucoup plus économes de l’argent public et rétablir l’équilibre budgétaire, ce qui demandera des décisions fortes et très courageuses. Cela ne doit pas passer par le sacrifice de la culture. N’existe-t-il pas dans notre pays, des agences publiques, autorités administratives et autres entités bureaucratiques qui ne servent à rien ? N’y a-t-il pas dans le domaine de l’écologie des dépenses inutiles ? En matière sociale, des retraites aux aides aux inactifs, y compris étrangers, n’y a-t-il pas un gâchis colossal d’argent public ? La formation professionnelle des salariés qui coûte si cher est-elle toujours efficace ? Il va falloir tout revoir, beaucoup supprimer, recréer de la responsabilité. Nous le devons à tous ceux qui sont écrasés d’impôts comme aux Français les plus pauvres, enfermés dans un système qui en fait des allocataires et les maintient dans la précarité.
Je défendrai toujours la culture car elle donne un supplément d’âme, réunit la population pour constituer un peuple, fait prospérer et rayonner la France. Encore faut-il que la culture soit partagée par le plus grand nombre. Si elle est tant méprisée pas nos dirigeants actuels et tant attaquée par les extrêmes, c’est sans doute parce que ses acteurs ont échoué à la faire connaître, à la faire aimer par tous. Cela sera une des tâches prioritaires à laquelle je m’attacherai avec ardeur. Pour l’élévation individuelle, l’égalité des chances, et pour l’unité de note nation.
Retrouvez cette tribune sur le site du Figaro en cliquant ici.
Respect de la France, liberté pour Christophe Gleizes
La détention en Algérie du journaliste Christophe Gleizes est devenue le symbole d’un déclassement diplomatique français. Retrouvez la tribune de David Lisnard parue sur Atlantico.
Deux ans. Christophe Gleizes, journaliste français, est aujourd’hui privé de liberté en Algérie depuis deux années. D’abord placé sous contrôle judiciaire à Tizi Ouzou, il fut incarcéré et condamné à sept années de prison pour avoir préparé, pour So Foot et Society, un reportage sur la Jeunesse sportive de Kabylie.
L’arrestation d’un citoyen français, maintenu en détention, deux ans durant, est une affaire grave.
Le 19 mai dernier, au lendemain de sa visite à Alger, le garde des Sceaux s’est pourtant dit « très rassuré par la façon dont Christophe Gleizes est traité ». Qu’un ministre de la République se félicite que l’Algérie n’aggrave pas le sort d’un Français qu’elle retient arbitrairement, voilà qui en dit assez de l’état de notre diplomatie.
Nous avons inventé un nouveau registre : la gratitude pour l’humiliation.
Trois jours plus tard, le 22 mai, l’Algérie publiait au Journal officiel la loi du 12 mai 2026 criminalisant la colonisation française. Un texte qui inscrit dans son droit positif que la France aurait commis, cent trente-deux années durant, des crimes contre l’humanité dont les effets se prolongeraient jusqu’à nos jours.
Le déséquilibre n’est pas seulement symbolique. Il est statistique. En 2024, 22 426 obligations de quitter le territoire – OQTF – ont été prononcées à l’encontre de ressortissants algériens. Moins de 3 000 ont été exécutées.
Depuis février, seulement 150 laissez-passer consulaires ont été délivrés par Alger mais cette aumône administrative est présentée comme une percée diplomatique.
Un État qui qualifie de victoire ce qu’un autre lui concède par mépris n’est plus en position de négocier.
Cette méthode de la servilité a déjà échoué, publiquement, il y a six mois.
Le 12 novembre 2025, Boualem Sansal a été libéré par l’intermédiaire de l’Allemagne.
Cette humiliation aurait dû marquer la fin d’une doctrine. Il n’en fut rien.
La visite à Alger du ministre de l’Intérieur, en février, a été annoncé comme celle du « dégel ».
Elle a surtout enseigné une chose au régime algérien : la France revient toujours, quels que soient les outrages, demander qu’on veuille bien lui accorder ce qu’elle aurait dû exiger.
Et pendant ce temps, dans un couloir d’hôpital, en Ariège, le président de la République trouvait la verve qui lui manquait sur le dossier Sansal pour traiter de « mabouls » les Français qui réclament la fermeté avec Alger.
Le mot est lâché. Il dit le mépris d’un pouvoir pour ceux qui pensent encore que la République doit protéger les siens.
Que les fous, alors, soient ceux qui veulent que la France soit respectée. Je serai de ceux-là.
Car il n’y a pas que Christophe Gleizes. Il y a aussi Martin Ryan, homme d’affaires français, arrêté en Azerbaïdjan en décembre 2023, détenu depuis bientôt deux années et demie, accusé d’« espionnage » au moment précis où Bakou réglait ses comptes diplomatiques avec Paris. Otage d’État, lui aussi. Monnaie d’échange. Et oublié.
Deux dossiers, deux régimes, une même mécanique. Lorsqu’un État cesse d’imposer un coût à ceux qui prennent ses citoyens, il n’a pas seulement échoué à libérer un homme : il a invité à en prendre d’autres. La faiblesse appelle la prédation. Toujours.
J’entends déjà l’objection. Il faudrait se taire. Ne pas compliquer. Laisser faire les chancelleries. Le silence n’a jamais ouvert une porte. La parole publique sobre mais claire, l’exigence du respect mutuel, la réciprocité assumée, la fermeté nommée et une diplomatie professionnelle ; voilà ce qui crée les conditions d’une libération.
L’indifférence n’est pas une neutralité et lorsqu’elle est le fait d’un État, elle a un autre nom : l’abandon.
La France doit redevenir capable d’exiger.
Cela suppose de comprendre que la diplomatie n’est pas l’art de plaire mais celui d’obtenir. Que le rapport de force n’est pas une violence mais une grammaire. Et que défendre nos intérêts n’est pas une brutalité : c’est la première condition pour qu’il y ait, encore, quelque chose qui mérite le nom de République.
David Lisnard dans La Grande Interview : « Il faut augmenter le salaire net et cotiser moins pour gagner plus »
David Lisnard était l’invité de La Grande Interview de Laurence Ferrari dans La Matinale sur CNEWS, en partenariat avec Europe 1, mercredi 27 mai.
Au cours d’un entretien de près d’une heure, il a exposé sa vision pour la France : restaurer la prospérité par la liberté, l’autorité par un État régalien efficace, et l’unité nationale par l’instruction, la culture et la responsabilité.
« Il faut augmenter le salaire net et cotiser moins pour gagner plus »
Face à une France qui détient le record du monde des prélèvements obligatoires et dont les salaires réels stagnent, David Lisnard a rappelé l’urgence d’une rupture économique fondée sur la baisse des dépenses publiques et la valorisation du travail.
« Il faut augmenter le salaire net et cotiser moins pour gagner plus. »
Pour le président de Nouvelle Énergie, la France ne souffre pas d’un manque de dépenses publiques mais d’un excès de bureaucratie et d’un mauvais usage de l’argent public.
« Plus on a dépensé d’argent public, moins on a eu d’infirmiers aux urgences, moins on a de policiers dans les rues, moins on a de magistrats. »
Il a réaffirmé son objectif de réaliser jusqu’à 200 milliards d’euros d’économies sur le quinquennat afin de rendre du pouvoir d’achat aux Français, financer les fonctions régaliennes et alléger les charges qui pèsent sur les actifs.
« Dépenser moins pour cotiser moins, pour gagner plus. C’est ça la vraie révolution. »
Retrouver un État performant
David Lisnard a dénoncé la multiplication des agences, organismes et structures administratives qui étouffent l’initiative et paralysent l’action publique.
« On étouffe surtout sous la bureaucratie en France. »
Prenant l’exemple des normes de construction scolaire, il a rappelé que les maires sont confrontés à une inflation réglementaire devenue incontrôlable.
« Désormais, la notice thermique pour construire une école fait 3 800 pages. »
Pour Nouvelle Énergie, la modernisation du pays passe par un État performant, recentré sur ses missions essentielles et capable de produire des résultats concrets.
Énergie : renouer avec le réalisme
Interrogé sur la stratégie énergétique française, David Lisnard a plaidé pour une politique fondée sur la réalité des besoins du pays plutôt que sur l’idéologie.
« L’électricité la plus abondante, la plus pilotable, la plus fiable et la moins chère aujourd’hui, c’est le nucléaire et l’hydroélectrique. »
S’il soutient les initiatives locales en matière d’énergies renouvelables, il estime que l’architecture énergétique nationale doit rester fondée sur une production fiable, compétitive et souveraine.
Immigration : sortir des effets d’annonce
Face à l’explosion des flux migratoires, David Lisnard a dénoncé les discours sans résultats et rappelé que le problème est désormais institutionnel autant que politique.
« Depuis 1980, il y a eu 32 annonces de maîtrise de l’immigration et 30 lois. Ce n’est plus un problème de loi, c’est un problème de cadre constitutionnel. »
Il a réaffirmé la nécessité de reprendre le contrôle des politiques migratoires, de restaurer la souveraineté nationale et de faire prévaloir la volonté démocratique sur les blocages juridiques actuels.
GPA : « Tout n’est pas marchandise »
Interrogé sur les propositions de Gabriel Attal concernant la gestation pour autrui, David Lisnard a réaffirmé son opposition ferme à la GPA au nom d’un principe fondamental : la dignité humaine.
Pour lui, une société libérale authentique ne signifie pas que tout puisse être acheté, vendu ou marchandisé.
« Tout n’est pas marchandise. »
Il a rappelé que la liberté économique ne peut exister sans limites éthiques et que le corps humain ne saurait devenir un objet de transaction.
« Je pense que la GPA est contraire à un principe fondamental de la société libérale : la dignité du corps humain. »
À rebours des caricatures souvent entretenues sur le libéralisme, David Lisnard a défendu une conception exigeante de la liberté, fondée sur la responsabilité individuelle et le respect de la personne.
Culture, transmission et intelligence artificielle
L’entretien a également permis d’aborder les enjeux culturels et technologiques. Pour David Lisnard, l’intelligence artificielle constitue une révolution majeure que la France doit pleinement investir.
« Je ne crains pas l’intelligence artificielle. Je crains la paresse naturelle que va générer cette intelligence artificielle. »
Il a plaidé pour une école recentrée sur l’instruction, l’esprit critique et la transmission culturelle.
« Il faut apprendre à nos enfants à décoder le monde. »
Pour lui, la culture demeure un enjeu civilisationnel majeur, indispensable à la cohésion nationale et à la liberté intellectuelle.
Une révolution du bon sens
Tout au long de cet échange, David Lisnard a défendu une même conviction : la France dispose de tous les atouts pour redevenir une puissance prospère, innovante et respectée, à condition de rompre avec l’immobilisme et l’étatisme.
« La France a un énorme potentiel. Nous avons un peuple créatif, nous avons tout pour être un Eldorado du XXIe siècle. »
Et de conclure :
« Il faut recréer de la prospérité par la liberté, recréer de la sécurité par l’autorité, recréer l’unité par l’instruction et la science. »
Un projet porté par Nouvelle Énergie pour rassembler tous ceux qui refusent le déclin, restaurer l’efficacité publique et engager la France sur le chemin du redressement.
Le boulodrome Troncy va éclairer le quartier
Dès juillet 2026, 564 panneaux solaires installés sur le toit du boulodrome Troncy à La Bocca fourniront de l’électricité à douze bâtiments municipaux via l’autoconsommation collective. La Ville de Cannes espère économiser près de 80.000 euros par an sur ses factures d’énergie. Un article e Nice-Matin.
Avec ses 1.300 mètres carrés de toiture, le boulodrome Troncy s’apprête à devenir le nouveau poumon énergétique de la place Roubaud.
Le maire David Lisnard a dévoilé mardi matin les dessous de ce chantier d’envergure, avec l’installation d’une vaste centrale photovoltaïque au-dessus des terrains de pétanque.
Dès le mois de juillet, les 564 panneaux solaires ne se contenteront pas d’éclairer le bâtiment, mais fourniront directement de l’électricité verte à douze sites municipaux.
Une énergie partagée
Une prouesse qui s’appuie sur une méthode de distribution de plus en plus prisée : l’autoconsommation collective.
Concrètement, l’énergie produite (estimée à 324 MWh par an, pour une puissance de 253 kWc) sera partagée via le réseau public pour couvrir 30 % des besoins électriques annuels d’infrastructures voisines.
Parmi elles, la nouvelle Halle de la place Roubaud, les écoles Alexandre-Dumas et Verrerie, le gymnase des Mûriers, les crèches Les Mûriers et Canta Grillou ou encore la salle des Arlucs.
Près de 80.000 euros d’économie par an
Coût de l’opération, près de 550.000 euros.
Mais ce « circuit court » va permettre à la Ville « d’économiser près de 80.000 euros par an » sur ses factures d’électricité, estime le maire. « Le but est de lutter concrètement contre le réchauffement climatique, tout en maîtrisant durablement les dépenses énergétiques de la commune et en protégeant les contribuables. »
L’équipement de ce toit s’intègre naturellement dans la seconde phase de rénovation de Bocca-centre entamée en 2018, qui a déjà transformé le quartier avec la création d’un grand parc paysager de 4.000 m² et d’un parking souterrain de 374 places.
Cette nouvelle installation vient compléter la stratégie de production d’énergie décarbonée impulsée par la municipalité depuis 2014.
Une politique qui a connu un net coup d’accélérateur ces derniers mois : après la résidence autonomie Saint-Louis, les serres municipales, l’école Eugène-Vial et la médiathèque Ranguin en 2024 et 2025, c’est la piscine du Grand Bleu qui a mis en service sa propre centrale solaire début 2026.
«Le territoire doit redevenir un espace de liberté»
Pour le libéral maire de Cannes et désormais candidat à l’élection présidentielle, l’État doit permettre, par la réalisation des grandes infrastructures territoriales, de libérer les initiatives locales. Un entretien accordé au Figaro.
David Lisnard, maire de Cannes et président de l’Association des maires de France, fustige la technostructure et estime que l’État ne joue plus son rôle en matière d’aménagement du territoire. Celui qui est désormais candidat à l’élection présidentielle de 2027 souhaite que l’on redonne de la liberté d’agir sans entraves aux collectivités locales.
LE FIGARO. – À l’heure des nouvelles technologies, du télétravail, de la société en réseau, la notion de « territoire » a-t-elle toujours un sens ?
DAVID LISNARD. – Oui, dans les deux acceptions du mot : comme signification car le territoire désigne le lieu d’appartenance et comme direction collective de la communauté humaine qui l’habite. L’être humain ne vit pas dans l’abstraction, il vit dans une géographie, dans une histoire, dans des groupes d’individus enracinés. Même si les nouvelles technologies et le télétravail rendent nos sociétés plus mobiles et plus connectées, la proximité physique reste essentielle. La créativité, l’innovation, la transmission passent aussi par des interactions humaines directes. Plus nous irons vers une société connectée, dominée par l’intelligence artificielle et les réseaux, plus nous aurons besoin de lieux d’enracinement et de communautés locales vivantes.
Qu’est-ce donc pour vous une bonne politique du ou des territoires ?
J’essaie d’éviter de mettre territoire au pluriel. On parle « des territoires » parce qu’il n’y a plus de politique d’aménagement du territoire à proprement parler. En ce sens, l’État ne remplit plus son rôle. Une bonne politique des territoires est celle qui crée de la liberté territoriale notamment pour les communes. On ne peut pas assigner à pauvreté ou à relégation des individus selon leur implantation sur le territoire national. Je défends donc une « égalité de permission » pour pouvoir accéder à des équipements sportifs, culturels, des écoles… Le rôle de l’État n’est pas de définir les projets à la place du marché et des collectivités locales, mais de garantir la justice territoriale et d’apporter pour cela les grands équipements que ni le privé ni les collectivités ne peuvent porter seuls. Cela doit donc permettre localement aux vocations de s’exprimer grâce au principe de subsidiarité. Pour y parvenir efficacement, l’État doit s’occuper de tout ce qui concerne les infrastructures lourdes comme les réseaux ferroviaires et routiers, la protection des risques majeurs, l’accès au très haut débit dans les zones blanches. Il est aussi essentiel qu’il garantisse la fourniture d’énergie abondante, fiable et bon marché. Dans ce domaine, si les initiatives locales sont importantes, l’architecture globale doit être conçue au niveau national.
L’État a-t-il délaissé ces grands projets structurants ?
Il y a eu des périodes positives d’aménagement du territoire. Ce fut le cas lors des Trente Glorieuses qui ont beaucoup apporté en matière d’infrastructures pour permettre un développement local. En revanche, ces vingt dernières années, et de façon plus manifeste les dix dernières, les gouvernements ont confondu décentralisation et déconcentration. Il y a eu un phénomène de métropolisation au détriment des petites villes. En outre, l’État s’est appauvri sur ses missions de base en transférant des charges aux collectivités locales sans cependant leur faire confiance. Résultat, les collectivités ont plus d’obligations mais moins de pouvoir et moins de ressources propres. Les exemples pullulent. Si on ne prend que le cas de la prévention des inondations, l’État nous enjoint de faire ce qu’il n’a jamais fait en 200 ans… Il n’y a donc plus de politique d’aménagement du territoire mais « des territoires » avec un enchevêtrement peu compréhensible. Le premier millefeuille français, avant celui des collectivités, c’est le millefeuille technocratique, bureaucratique, de la surcodification contradictoire.
Faut-il alors songer à une nouvelle organisation territoriale ?
Tout devrait s’articuler à partir de la commune. Le problème, c’est que les pouvoirs publics recréent des petits îlots centralisés à l’échelle locale qui ne font qu’accroître la complexité et les lenteurs. Quand il faut plus de temps pour faire inscrire une unité de traitement des déchets dans les schémas administratifs que pour la construire, il y a un problème. Plus largement, il faut des grands départements et une liberté d’associations interdépartementales sur des projets majeurs sans créer de bureaucratie. J’avais même proposé la création de provinces pour parvenir à une subsidiarité ascendante.
Seriez-vous favorable au retour d’une direction puissante comme la Datar à l’époque (Délégation interministérielle à l’aménagement du territoire et à l’attractivité régionale) ?
Je vais peut-être vous surprendre, mais oui, je pense que cela aurait du sens. Ce qui n’a pas de sens, c’est un haut-commissaire au Plan… Plus il est haut, plus il est perché ! C’est à l’État de garantir une justice territoriale, donc d’avoir une vision d’aménagement et de retrouver une capacité d’investissement, au service des initiatives entrepreneuriales et des collectivités, d’un « ordre spontané » local. Car il faut avant tout des porteurs de projets, des chefs d’entreprise, des ingénieurs, et un État qui arbitre pour qu’existent les équipements d’intérêt public que n’apporte pas spontanément l’initiative privée et publique locale.
L’opposition persistance entre une France rurale et métropolitaine est-elle la conséquence d’un échec de l’aménagement du territoire ?
La réalité est plus complexe. Il y a aussi une ruralité prospère, avec des exemples fantastiques de réussite, heureusement ! L’éclatement symbolisé par les « gilets jaunes » est aussi une part de réalité, tout comme le sentiment d’un monde à deux vitesses. Donc oui, c’est surtout la conséquence de transferts de missions au local tout en enlevant des moyens, en recentralisant et en alourdissant le droit. C’est comme cela qu’on a amplifié les inégalités entre les métropoles et les villages, mais aussi – on a tendance à l’oublier – avec les villes moyennes. Je parcours le pays et partout où je vais, il y a quelque chose de très visible : les anciens cantons étaient très bien faits et leurs chefs-lieux étaient de vrais centres de vie et de services. Par exemple, on y retrouve toujours un espace d’accès aux soins. Je propose donc d’engager une réforme territoriale qui permette à ces chefs-lieux d’anciens cantons de se revitaliser.
Pensez-vous que la réindustrialisation du pays doit passer par les territoires et leurs spécificités locales ?
Oui, mais ce n’est pas à la puissance publique de le décider, elle doit le favoriser. On le voit bien localement, on fait du marketing territorial, mais il y a surtout une bataille du foncier qui ne fait que commencer. On doit permettre, à l’échelle des intercommunalités, de créer des filières locales pour encourager une « fertilisation croisée » (former et entreprendre localement, NDLR). Cela passe donc par des divisions et des spécialisations géographiques, qui viennent d’ailleurs souvent de l’histoire. Il faut créer de l’émulation entre les collectivités et donc un système de responsabilité fiscale et sociale locale. Et ça, c’est à un pouvoir législatif et exécutif de le permettre par un nouveau cadre, clair et simple, la fameuse « vraie décentralisation », pour une bonne politique d’aménagement du territoire.
Les territoires vont-ils être un enjeu de l’élection présidentielle et allez-vous le porter ?
Oui ! Car derrière le terme, l’enjeu, c’est l’humain, les habitants. Je pense que le redressement du pays peut être une réalité et même aller beaucoup plus vite qu’on le pense en libérant les initiatives. Donc oui, « les territoires » sont un enjeu majeur de prospérité collective et individuelle et donc de dignité. L’enjeu est ainsi matériel et moral, économique et de justice. Nos communes sont la dernière institution républicaine où on arrive encore à rassembler autour d’un sentiment d’appartenance commun. Le potentiel existe, il faut le libérer. La France a l’atout décisif pour être prospère au XXIe siècle : la créativité. Et cette créativité, elle est à la fois universelle et enracinée.
Retrouvez cet entretien sur le site du Figaro en cliquant ici.
« La réindustrialisation est une priorité nationale »
Retrouvez l’entretien de David Lisnard à La Lettre du Made in France.
La fiscalité, la bureaucratie et la complexité normative expliquent-elles à elles seules le décrochage économique français, ou identifiez-vous d’autres causes ?
Ces facteurs sont réels et documentés, mais ils ne sont pas les seuls. La destruction méthodique du capital productif est l’une des causes majeures.
La taxation marginale du capital excède 60 % en cumulant l’impôt sur les sociétés, les prélèvements sociaux, la flat tax et la contribution différentielle. Depuis 2011, quatre surtaxes ont frappé les bénéfices, la dernière votée en 2025 portant le taux effectif à 41,2 %. À cela s’ajoutent des droits de succession sans équivalent chez nos voisins.
La France et l’Allemagne comptaient le même nombre d’ETI au début des années 1980. On en dénombre aujourd’hui 5 500 en France, contre 12 500 outre-Rhin.
À ce matraquage fiscal s’ajoute l’absence de fonds de pension. Nos industries, qui vivent de cycles longs, en sont privées alors qu’on les retrouve au capital des grandes entreprises allemandes, néerlandaises ou américaines.
Vient ensuite le coût de l’énergie. Notre parc nucléaire, qui devrait constituer un avantage compétitif décisif, a été dilapidé. Entre 2021 et 2024, le prix de l’électricité pour les entreprises a augmenté de 67 % malgré les aides, et le prix industriel final atteint 165 €/MWh contre 73 €/MWh aux États-Unis.
S’y ajoute le déclassement éducatif. On ne réindustrialise pas avec une école qui n’enseigne plus les fondamentaux et n’ouvre pas aux métiers d’avenir.
Notre formation professionnelle ne produit plus assez de techniciens. Des dizaines de milliers de postes restent non pourvus en métallurgie, soudage, mécanique de précision, maintenance, électronique embarquée, autant de métiers bien rémunérés sur lesquels se bâtit une industrie moderne.
Deux rigidités achèvent le tableau. Celle du marché du travail : la difficulté à embaucher et à se séparer d’un salarié dissuade l’implantation industrielle. Celle de la recherche publique : la France y consacre 2,2 % du PIB contre 3,1 % en Allemagne et 3,5 % aux États-Unis, et le lien entre laboratoires publics, universités et industrie est rompu.
Considérez-vous la réindustrialisation comme une priorité nationale absolue, et si oui, pourquoi ?
De 1995 à 2015, la France a perdu la moitié de ses usines et le tiers de son emploi industriel.
L’industrie représente moins de 10 % du PIB français contre 19 % en Allemagne, et 26 % pour l’industrie manufacturière.
Ce recul a des conséquences lourdes car l’industrie structure les bassins d’emploi, irrigue les villes moyennes et finance le modèle social. Chaque emploi industriel en entraîne deux à trois dans la sous-traitance.
La réindustrialisation est donc en effet une priorité nationale. Elle conditionne nos recettes publiques, notre innovation, notre souveraineté dans des secteurs vitaux et notre cohésion nationale.
Soyons cependant lucides : nous ne reconstruirons pas tout, le différentiel de coûts restant structurel.
L’effort doit à mon sens se concentrer sur trois domaines : la souveraineté (santé, défense, énergie, alimentation), les savoir-faire historiques (aéronautique, luxe, pharmacie, agroalimentaire, machines-outils) et les technologies de rupture (batteries, biotechnologies, hydrogène, intelligence artificielle, quantique, semi-conducteurs).
L’État n’a pas à se substituer au marché ni à désigner des champions par décret. Son rôle est de créer les conditions de cette réindustrialisation à travers une stabilité fiscale et juridique, une énergie compétitive, un foncier disponible, une main-d’œuvre bien formée et une simplification normative et réglementaire.
Ceci étant en place, il faut laisser agir les entreprises.
Quels leviers peut-on activer immédiatement pour relocaliser des activités productives, sans alourdir la dette publique ?
Les meilleurs leviers sont neutres en coût ou autofinancés.
L’Institut Molinari a montré qu’une baisse de 35 milliards d’euros des impôts de production est compensée en deux ans par la hausse des recettes sociales, de l’impôt sur les sociétés, de l’impôt sur le revenu et de la TVA, ainsi que par la baisse des dépenses liées à l’assurance chômage.
La déréglementation est un autre levier à coût nul.
Nous remplacerons l’autorisation préalable par la responsabilité a posteriori : tout ce qui n’est pas interdit doit être autorisé, et qui cause un dommage en répond.
Nous supprimerons le seuil de 50 salariés, substituerons au principe de précaution un principe de responsabilité, poserons un moratoire de trois ans sur toute nouvelle norme et réécrirons les codes concernés.
S’agissant du foncier, il faut mobiliser les milliers d’hectares de friches bloqués et revenir sur la loi ZAN, qui interdit toute extension au-delà de l’enveloppe locale d’artificialisation.
On ne peut demander aux maires de réindustrialiser en leur interdisant d’ouvrir un mètre carré d’activité.
Monter une grande usine prend, en France, plus de temps que partout ailleurs en Europe. Les industriels s’implantent ailleurs pour payer moins et pour aller plus vite.
Quelles sont, selon vous, les réformes les plus urgentes pour rendre durablement compétitive la production française ?
Outre ce qui précède, trois réformes me semblent indispensables.
La première est la refondation fiscale du capital et des bénéfices : réduire progressivement l’impôt sur les sociétés à 20 %, alors que le taux effectif des grandes entreprises dépasse 36 % du fait des surtaxes.
La deuxième concerne le coût du travail, dont les allègements sont mal calibrés. Au SMIC, le taux de cotisations patronales est tombé de 40 % à 7 %. Dès 1,6 SMIC, il remonte à 40 %. Au-delà de 3,5 SMIC, à 47 %.
Résultat : nous avons créé une trappe à bas salaires. Les entreprises n’ont aucune incitation à élever la qualification de leurs salariés, puisque chaque progression salariale déclenche un rehaussement brutal de charges, bien supérieur au gain pour le salarié et destructeur de compétitivité.
C’est l’exact inverse d’une politique de montée en gamme. Nos charges écrasent précisément les emplois industriels que nous prétendons défendre.
Nous mettrons donc en œuvre une baisse durable et continue des charges entre 2 et 4 SMIC, financée par la maîtrise des dépenses publiques et non par un redéploiement entre cotisations.
Pour cela, il faudra nécessairement revoir notre modèle de redistribution. Les dépenses de protection sociale représentent un tiers du PIB en France contre 21 % en moyenne dans les pays de l’OCDE, dont une partie pèse structurellement sur l’entreprise.
Une fraction des économies passera par le basculement d’une partie de notre protection sociale vers un mode assurantiel et capitalisé, à l’instar de ce qu’ont fait les Pays-Bas qui offrent un modèle de référence pour l’assurance maladie en concurrence régulée.
Nous rééquilibrerons ainsi solidarité nationale, mutualisation collective et responsabilité individuelle.
À la refonte des charges doit s’ajouter celle du contrat de travail. Aujourd’hui, l’employeur n’ose plus embaucher et le salarié reste dans la précarité.
C’est pourquoi je propose d’instaurer un contrat de travail unique bâti sur quelques principes : liberté contractuelle, loyauté des parties, protection de la santé et de la sécurité, recours clairement définis.
Un droit lisible est un droit appliqué ; un droit illisible décourage l’embauche, nourrit le contentieux et profite aux mieux informés, rarement aux plus fragiles.
Quel rôle concrètement jouent ou devraient jouer les maires et les collectivités territoriales dans la reconquête industrielle ?
Les maires sont les premiers interlocuteurs des industriels qui s’implantent ou s’étendent. Ils connaissent leur commune, le foncier, les compétences, les sous-traitants, les logements et les transports.
Aucun grand projet n’aboutit sans eux ni contre eux.
Les réussites françaises sont d’abord territoriales, comme dans la vallée de l’Arve, Oyonnax, Toulouse ou Grenoble.
Or les élus locaux ont été dépossédés de leurs moyens d’agir.
Nous restaurerons leurs marges : une part d’impôt sur les sociétés déterminée localement, entre 0 et 5 points, pour restaurer le lien fiscal entre territoire et contribution productive ; des zones franches industrielles à définition locale, sur le modèle des ZFU de 1996 à 2015 ; un droit à l’expérimentation normative pour les collectivités porteuses de projets industriels, par voie contractuelle avec le préfet.
À plus long terme, la réorganisation de notre architecture territoriale est une condition de l’efficacité industrielle.
Les grandes régions et les départements seront remplacés par des Provinces d’échelle cohérente, dotées de compétences exclusives et claires ainsi que d’un pouvoir réglementaire réel.
Cette réforme requiert une révision constitutionnelle. Nous l’assumons.
Comment conciliez-vous votre attachement au libéralisme économique avec la défense d’une politique industrielle souveraine ?
Il n’y a pas de contradiction.
Le libéralisme, dans la tradition de Bastiat à Aron, repose sur la propriété, le contrat, la stabilité du droit et la responsabilité.
Il suppose un État régalien fort, qui ne dirige pas l’économie mais protège nos approvisionnements et nos capacités industrielles stratégiques.
Notre désindustrialisation n’est pas le produit d’un excès de libéralisme, mais de dirigisme.
Entre 2019 et 2024, l’Union européenne a produit 13 000 actes juridiques contraignants contre 5 500 aux États-Unis.
La productivité horaire de la zone euro, qui atteignait 98 % de celle des États-Unis en 1995, n’en représentait plus que 82 % en 2019. Selon le rapport Draghi, cette seule divergence explique 70 % de l’écart de PIB par habitant entre l’Union européenne et les États-Unis.
Pendant ce temps, la Chine impose ses normes dans l’intelligence artificielle, la 5G et les semi-conducteurs. L’Europe encadre ce qu’elle ne sait plus produire.
Là où le dirigisme pilote la production par la dépense publique et la norme, une politique de souveraineté garantit à nos entreprises des conditions de concurrence équitables et à l’État les moyens d’agir en cas de défaillance systémique.
Nous ne défendons ni la planification colbertiste ni la politique des champions désignés.
Ce que nous défendons, c’est un cadre de compétition loyale entre nations.
Comment inciter durablement les consommateurs et les entreprises à favoriser le Made in France, sans tomber dans le protectionnisme ?
Le protectionnisme renchérit les prix, anesthésie la productivité, appauvrit le consommateur et fragilise les industries qu’il prétend protéger.
Mais il ne s’agit pas d’être naïfs.
La France exige de ses industriels et agriculteurs le respect des normes sociales, environnementales et sanitaires les plus strictes au monde, tout en laissant entrer librement des produits qui ne les respectent pas.
Cela s’appelle une asymétrie de concurrence, pas du libre-échange.
L’information du consommateur doit être transparente.
Une large majorité de Français se déclare prête à payer davantage pour acheter français, à condition de savoir ce qu’elle achète réellement.
Or moins d’un Français sur deux distingue encore la mention « Made in France », autodéclarée et sans contrôle préalable, de la certification « Origine France Garantie », qui impose que l’étape décisive de fabrication se déroule en France et qu’au moins 50 % du prix de revient y soit acquis.
Nous ferons de cette certification le critère de référence de la commande publique et porterons au niveau européen l’obligation d’un marquage d’origine lisible et vérifié pour les produits manufacturés.
Mais tout cela n’aura aucune portée si notre pays ne crée pas les conditions de la compétitivité fiscale et sociale, de l’innovation et de la créativité.
«Pourquoi il était important que le film L’Abandon, sur Samuel Paty, soit projeté à Cannes»
Présenté ce mercredi soir hors compétition, le film réalisé par Vincent Garenq retrace les onze derniers jours de Samuel Paty. Un film qui montre la réalité sans la romancer, et dont le titre suffit à dire ce qu’il faut combattre : l’abandon dont sont victimes les enseignants face à la menace islamiste. Une tribune de David Lisnard parue dans Le Figaro.
Le Festival de Cannes présente ce mercredi soir, hors compétition, L’Abandon, un film de Vincent Garenq consacré aux onze derniers jours de Samuel Paty. Je veux saluer sa direction d’avoir pris cette décision.
En s’appuyant sur les actes du procès, les pièces à conviction et les courriels du professeur lui-même, ce film, auquel Mickaëlle Paty, la sœur de Samuel, a été étroitement associée, ne romance rien. Il restitue et rend compte. Samuel Paty a été décapité le 16 octobre 2020 à la sortie de son collège, à Conflans-Sainte-Honorine, par un terroriste islamiste tchétchène. Il enseignait l’histoire-géographie et l’enseignement moral et civique. Son crime ? Avoir montré, dans un cours sur la liberté d’expression, les caricatures de Mahomet publiées par Charlie Hebdo.
Son assassin ne le connaissait pas. Il a agi à l’issue d’une campagne de haine déclenchée par le mensonge d’une élève absente de ce cours, relayé par son père, amplifiée par un militant islamiste, viralisée sur les réseaux sociaux. À aucun moment cette chaîne n’a été interrompue. Pourtant le mensonge initial était connu dès les premiers jours.
Le film montre cela. Il montre aussi le reste. Il montre un professeur menacé qui alerte sa hiérarchie. Il montre qu’aucun démenti public n’a été opposé par la direction de l’établissement au mensonge de l’élève. Il montre une Éducation nationale qui reproche au professeur d’avoir pu manquer à la neutralité, légitimant ainsi les accusations portées contre lui. Il montre des services de renseignements informés des appels à la haine, des messages laissés sur le répondeur du collège, des préparatifs de manifestations devant l’établissement, et qui n’envisagent pas sérieusement la piste d’un attentat. Ce film montre l’isolement progressif d’un homme que l’institution avait la charge de protéger. Ce film montre la réalité.
Le titre suffit à dire ce qu’il faut combattre. Voilà ce que la famille de Samuel Paty cherche à faire reconnaître devant les juridictions depuis des années et qui ne l’a toujours pas été. L’idéologie islamiste qui a armé le bras du tueur est la même qui a conduit à l’assassinat de Dominique Bernard à Arras, le 13 octobre 2023. L’islamisme est un totalitarisme. Il fait la guerre à notre civilisation, à notre culture, à la laïcité, à l’égalité entre les femmes et les hommes, à la liberté d’expression, à la République, à la France. Il nous fait la guerre et il prospère sur nos renoncements.
C’est ce « pas de vague » qui a permis l’enchaînement des faits jusqu’au 16 octobre 2020. L’évitement comme méthode. L’esquive comme culture administrative. La neutralité retournée contre celui qui doit être protégé. C’est cette mécanique qui a fait de Samuel Paty une cible exposée.
La lutte contre l’islamisme doit être menée sans faiblir, à l’école comme dans la société. À l’école, d’abord. Toute menace contre un enseignant doit déclencher la saisine du parquet par l’administration. Toute pression exercée sur un professeur au nom du religieux doit être pénalisée. Tout élève qui conteste un enseignement au nom de sa religion doit être exclu de l’établissement. Tout agent qui pratique le « pas de vague » face à une intimidation islamiste doit en répondre disciplinairement.
Dans la société, ensuite. Il faut interdire les organisations islamistes et démanteler les officines qui en dépendent, fermer les mosquées salafistes et fréristes, expulser les prêcheurs de haine et les imams étrangers qui instruisent le séparatisme, couper les financements étrangers, dissoudre les associations qui frayent avec cette idéologie comme l’a été le CCIF après l’assassinat de Samuel Paty, sanctionner les élus qui composent avec elle.
Il faut surtout cesser de feindre l’ignorance qui est en fait une complicité. Ceux qui revendiquent la séparation des sexes dans les piscines, qui imposent le voile aux accompagnatrices scolaires, qui exigent le burkini sur les plages, qui refusent les caricatures de Mahomet, qui placent la charia au-dessus des lois de la République sont des islamistes. Ceux qui les défendent, qui défilent avec eux, qui ajoutent un « mais » à la condamnation des attentats, en sont les complices idéologiques. Ce combat est possible. Il suppose de ne rien céder. La République ne se défend pas par de beaux discours. Elle se défend par des décisions et par le courage de ceux qui les prennent.
Cela suppose enfin de réarmer l’école. Notre histoire, notre langue, notre littérature, notre philosophie sont des antidotes au fanatisme. Un esprit formé par les humanités ne plie pas devant l’ordre théocratique.
C’est dans cet esprit que je soutiens et m’associe à la démarche de panthéonisation de Samuel Paty engagée par sa famille et par le comité fondé le 30 mars dernier. Ce ne serait pas honorer seulement un homme et un martyr. Ce serait honorer tous les professeurs de France qui, chaque jour, dans des établissements ordinaires, sont en première ligne face aux pressions communautaires, aux contestations religieuses, à la lâcheté ambiante.
Honorer Samuel Paty, c’est honorer l’homme, le fils, le frère, le père. C’est aussi honorer l’enseignant et, à travers lui, tous ceux qui, anonymement, font vivre ce qui fonde la grandeur de la France : la liberté.
Retrouvez cette tribune sur le site du Figaro en cliquant ici.
« L’idée est surtout de fournir des outils d’aide à la décision » : une bouée connectée surveille désormais la santé de la baie de Cannes
Installée depuis une dizaine de jours dans la baie de Cannes, une bouée connectée mesure en continu la qualité de l’eau. Grâce à l’intelligence artificielle, ces données permettent désormais d’anticiper l’évolution du milieu marin. Un article de Nice-Matin.
Au large de Cannes, une petite bouée jaune oscille désormais au rythme de la Méditerranée.
Installée le 23 avril dans la baie cannoise, elle n’a rien d’un simple marqueur maritime : c’est un concentré de technologies chargé de surveiller en continu la qualité de l’eau.
Depuis une dizaine de jours, cet équipement expérimental est au cœur d’un dispositif porté par l’agglomération Cannes Lérins, engagée de longue date dans la protection du littoral.
Pour son président David Lisnard : « La préservation de la Méditerranée constitue une priorité constante. Cela exige d’aller au-delà des seules actions curatives. Nous devons mieux comprendre et davantage anticiper ».
C’est l’objet de cette bouée connectée conçue par la start-up BiOceanOR.
L’IA au service de la préservation marine
Concrètement, la bouée agit comme une station scientifique flottante. Oxygène dissous, température, salinité, pH ou encore chlorophylle : une série de paramètres essentiels est mesurée toutes les vingt minutes.
L’enjeu n’est donc plus seulement de constater l’état de la mer à un instant T, mais d’en comprendre les évolutions. « On parle beaucoup de la bouée, mais elle n’est qu’un support. L’essentiel, c’est la récupération et le traitement des données », insiste Samuel Dupont, président de BiOceanOR.
Grâce à l’intelligence artificielle, l’entreprise développe des modèles capables de prévoir certaines évolutions, notamment celles de l’oxygène dissous, indicateur clé de la santé des écosystèmes marins. « L’idée de ce projet est surtout de fournir des outils d’aide à la décision », expose-t-il, en s’appuyant sur des projections à 48 heures pour accompagner la gestion du milieu marin.
Un système de qualification des données, baptisé AquaCheck, va également adresser un score à chaque donnée qui va être collectée pour ensuite donner un indice de confiance et permettre d’optimiser les plans de maintenance et les nettoyages des différents jeux de données.
L’élite du skateboard a rendez-vous à Cannes pour la seconde édition du Bowl Fest
Près de 80 concurrents, représentant huit pays, étaient en lice, du vendredi 8 au dimanche 10 mai, sur le spot du bord de mer, pour la seconde édition du Cannes Bowl Fest. Parmi eux, plusieurs cadors de la discipline, venus se mesurer avant les rendez-vous estivaux. Un article de Nice-Matin.
L’an dernier, le skatepark de la Roseraie avait réuni près de 60 participants pour la première édition du Cannes Bowl Fest, organisé par le Comité départemental roller et skateboard des Alpes-Maritimes.
Pour cette seconde édition, qui a démarré samedi (les entraînements ont débuté hier et continuent ce jour) et se poursuivra jusqu’au dimanche 10 mai, l’événement s’est encore plus ouvert à l’international et ce ne sont pas moins de 80 skaters qui ont répondu présent à l’invitation de Cécile Tordo, présidente du Comité de roller et skateboard du Cdos 06, et de son équipe. Un rendez-vous qui devrait mettre le feu à la Roseraie, avec les fans de planches mais pas seulement.
« Le Cannes Bowl Fest reste une compétition fédérale avec de nombreux pays représentés, comme la Grande-Bretagne, l’Italie, l’Espagne, le Portugal et même les Émirats arabes unis. Cette année, il y a un “cash price” important, c’est comme un mécénat au mérite qui attire forcément les skateurs. »
Des champions de France, des participants aux JO de Paris…
Mais ce n’est pas la seule raison de la venue des meilleurs Français et étrangers, car les compétitions de bowl sont assez rares.
Et Cannes a déjà commencé à faire son trou dans le calendrier national. « Ils viennent pour se challenger face aux meilleurs. C’est un super entraînement avant le championnat de France (qui se tiendra les 4 et 5 juillet à Montpellier). Ici, on va avoir presque plus de riders que lors des France, glisse Cécile Tordo. Le public pourra voir évoluer les meilleurs. C’est toujours spectaculaire car le bowl, c’est aérien, avec les moments les plus forts, dimanche, pour les finales. »
Initiation gratuite pour les novices
On pourra ainsi admirer Émilie Alexandre, Nathan Matheron et Vincent Matheron, qui ont participé aux JO de Paris, mais aussi les champions de France, Eliott Monnet, Tim de Paris. La compétition sera arbitrée par un juge suisse. « C’est important d’avoir un juge impartial, qui ne connaît pas les riders. On voudrait en avoir un second, un Espagnol, en 2027. »
L’événement est ouvert aux catégories suivantes chez les filles et les garçons : les moins de 10 ans, moins de 13 ans, moins de 17 ans, plus de 17 ans et plus de 30 ans (Masters). Un sacré plateau, comme le confirme Cécile Tordo : « Chez les moins et les plus de 17 ans, ce sont les meilleurs skaters français et internationaux qui seront présents. Impossible dire qui va l’emporter. »
Les tricks (mouvements) vont s’enchaîner sur le bowl cannois qui devrait s’enflammer durant trois jours. Vous pourrez même tenter des mouvements sur la piste, grâce à une initiation gratuite avec prêt de planche, casque et protections !
Le village Potemkine de la réindustrialisation
Huit ans après son arrivée au pouvoir, Emmanuel Macron reconnaît enfin les freins qui entravent l’industrie française. Mais derrière les annonces de simplification et les projets dits « stratégiques », David Lisnard dénonce une illusion : celle d’une réindustrialisation pilotée par l’administration, loin des réformes structurelles indispensables pour redonner liberté et compétitivité aux acteurs économiques.
Emmanuel Macron s’est rendu la semaine dernière dans l’Allier pour annoncer un plan de simplification et de réindustrialisation. Il était temps, après huit ans au pouvoir, de découvrir enfin les blocages administratifs, la complexité normative et les procédures kafkaïennes qui étouffent notre industrie.
Après avoir nié, minimisé et dénigré ceux qui alertaient, le constat du président de la République est bienvenu. Les conclusions qu’il en tire sont malheureusement mauvaises.
Le Président a parlé de « méthode Notre-Dame » pour annoncer que 150 projets « d’intérêt majeur » bénéficieraient d’une procédure accélérée, d’autorisations dérogatoires, de délais raccourcis. Mais si cette méthode est bonne, et elle l’est, alors il faut l’appliquer aux centaines de milliers de projets que portent chaque année entreprises, artisans, collectivités et particuliers. L’État ne peut reconnaître que son propre droit est impraticable et le maintenir pour tous sauf pour quelques privilégiés.
150 projets seront ainsi sélectionnés non par le marché ni par les acteurs économiques, mais par les préfets à partir d’une liste arrêtée à Paris. Voilà un plan de 71 milliards d’euros d’investissements qui se veut « stratégique » et dont la géographie, les bénéficiaires et les critères relèvent intégralement de l’appréciation de l’administration.
Ce n’est pas une politique industrielle. C’est une économie administrée qui ne dit pas son nom. Or, le rôle de l’État n’est pas de choisir les champions industriels, mais de créer les conditions dans lesquelles ils émergent.
Pour cela, il est essentiel d’engager un grand plan de simplification pour tous afin que chaque entrepreneur puisse bénéficier de conditions optimales pour créer, innover et développer son activité.
Un tel plan suppose de supprimer le principe de précaution et de s’attaquer aux différents codes qui paralysent l’initiative économique en France. Il en est ainsi du Code de l’environnement, dont le nombre d’articles a augmenté de près de 600 % en vingt ans. Du Code du travail, qui dépasse 3 500 pages quand son équivalent suisse en compte 160, illisible pour l’employeur, protégeant mal le salarié et nourrissant la judiciarisation des relations de travail. Du Code de l’urbanisme, qui rend chaque projet otage d’une succession d’autorisations non coordonnées. Du Code de la commande publique, qui renchérit les coûts et met la moindre passation hors de portée des PME et des ETI.
Il est temps de déréguler pour restaurer la lisibilité du droit, c’est-à-dire la condition même de sa légitimité démocratique et de son efficacité économique.
Mais simplifier ne suffira pas.
Tant que la fiscalité étranglera la production, la réindustrialisation ne sera qu’une illusion. Les impôts de production pèsent en France 3,6% du PIB pour les seules entreprises, soit plus du double de la médiane européenne (1,2%), Une timide réduction d’environ 10 milliards avait été engagée mais la suppression totale de la CVAE, promise pour 2024, a été reportée une première fois à 2027, puis à 2030. Sans compter le vote d’une contribution exceptionnelle de 47,4% , au détriment du secteur productif. S’y ajoute la C3S, impôt sur le chiffre d’affaires qui frappe en cascade à chaque stade de la chaîne de valeur et qu’il faudra supprimer en priorité.
Par ailleurs, la taxation marginale du capital excède 60 % en cumulant IS, prélèvements sociaux, flat-tax et contribution différentielle. Depuis 2011, quatre surtaxes ont frappé les bénéfices. Sans oublier des droits de succession sans équivalent chez nos voisins. L’absence de fonds de pension à la française achève le tableau : nos industries, qui vivent de cycles longs, en sont privées, quand on les retrouve au capital des grandes entreprises allemandes, néerlandaises et américaines.
Ajoutons le coût de l’énergie. Notre parc nucléaire, qui devrait constituer un avantage compétitif décisif, a été dilapidé par une décennie d’arbitrages idéologiques.
Ajoutons le déclassement éducatif : on ne réindustrialise pas avec une école qui n’enseigne plus les fondamentaux, ni avec une formation professionnelle qui ne produit plus assez de techniciens.
Retrouvez cette tribune sur le site d’Atlantico en cliquant ici.