David Lisnard, seul contre tous à défendre le libéralisme
Les milieux d’affaires s’inquiètent du trop grand nombre de candidats à l’élection présidentielle, mais surtout du déficit de programmes. Ils s’énervent qu’aucun candidat n’ait encore présenté un programme libéral, capable de répondre aux besoins de redressement économique… Aucun, sauf le maire de Cannes. Un article de Jean-Marc Sylvestre paru sur Atlantico.
David Lisnard risque de se retrouver bien seul à prôner un projet libéral aux présidentielles. Les milieux patronaux l’ont bien noté, eux qui recherchent désespérément des « présidentiables libéraux ».
La grande majorité des candidats possibles à la présidentielle de 2027 ont tous été sollicités par les responsables patronaux afin de connaître leurs projets et leurs moyens. Aucun de ces candidats (hormis les responsables de LFI) ne renoncera à débattre avec les chefs d’entreprise. Il faut savoir qu’un candidat à la présidentielle a besoin, outre d’un socle de militants et d’électeurs acquis à sa cause, de deux choses : –d’une part, de 200 signatures d’élus pour parrainer son inscription et, d’autre part, de sponsors pour financer sa campagne. Une campagne présidentielle coûte en moyenne plus de 10 millions d’euros.
Mettons de côté les candidats qui se présentent avec des positions extrémistes, de gauche ou de droite : ils auront leurs signatures et l’argent. Ils disposent d’un grand nombre de militants. À droite notamment, le RN est bien équipé, compte tenu de ses succès électoraux précédents, qui en ont fait l’un des partis les plus riches et les plus influents auprès des notables locaux qui apportent leur précieuse signature. Maintenant, entre l’extrême gauche et l’extrême droite, il existe une sélection nombreuse de candidats à la présidentielle qui représentent toutes les nuances politiques de l’arc central : de Sylvain Attal à Bruno Retailleau, de Xavier Bertrand à Laurent Wauquiez, en passant par Édouard Philippe… sachant que cette liste n’est pas exhaustive.
Mais tous ont chacun une poignée de patrons, soit en région, soit à Paris, qui pourraient les soutenir — du moins le croient-ils… Car les patrons ne sont pas enthousiastes. Ils savent bien que le pays va mal et qu’actuellement, il n’existe aucun responsable politique ayant la compétence ou l’expertise nécessaires ou même le charisme , pour incarner le pouvoir qu’il faudra exercer pour redresser le pays.
Plus grave encore, tous les patrons — les grands comme les plus modestes —, responsables d’entreprise, de fonds d’investissement, de syndicats professionnels, à Paris comme ailleurs, connaissent les candidats et leurs états-majors. Ils savent que, sans une candidature unique, la droite, le centre et même la gauche de gouvernement ne passeront pas le premier tour. Ils ont acquis la conviction qu’une primaire n’apportera aucune solution…
C’est donc le gâchis assuré, avec le risque d’un second tour opposant Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen (ou Jordan Bardella).Pour les milieux d’affaires, LFI prépare la révolution, et le RN de Marine Le Pen n’est pas sorti du populisme et ne dispose pas d’un programme économique responsable.
Car c’est bien d’un programme économique dont les patrons d’entreprise ont besoin, afin de retrouver une visibilité qu’ils ont perdue depuis plus de dix ans, depuis la crise financière de 2008.
Ils ont acquis la conviction que tous les candidats qui leur font la cour sont capables de prendre en main les problèmes de sécurité et d’immigration s’ils disposent d’une bonne assise électorale. Ils sont sans doute capables d’éviter la faillite de l’école et du système de santé, parce que ces secteurs peuvent s’appuyer sur le privé. Tous sont conscients que l’État est pratiquement en faillite, mais tous se disent que les préceptes keynésiens ne sont pas morts et qu’avec l’aide de l’Europe, ils trouveront du crédit…
Mais ce dont les patrons sont aussi convaincus, ce n’est qu’aucun des candidats actuellement en lice n’a le projet de transformer le modèle économique et social. Aucun n’a le courage de reconnaître que le problème de l’économie française, c’est :
1° Son manque de compétitivité, coût et hors coût. La France produit trop cher par rapport à beaucoup de ses concurrents, avec trop de charges et de taxes. Ajoutons que, hors prix, les produits français manquent d’originalité et d’innovation.
2° Le poids de son modèle social, trop lourd pour une efficacité qui n’est pas à la hauteur des promesses.
3° Globalement, le modèle de création de valeur est asphyxié par le coût du social et les normes. Asphyxie et démotivé.
En bref, la France n’est pas en phase avec les exigences d’un système libéral. On peut même expliquer le retard de l’économie française sur ses partenaires européens par son déficit de liberté économique. C’est le cœur du discours de David Lisnard. Il partage la plupart des diagnostics, mais personne d’autre que lui n’ose offrir un programme libéral pour rattraper le retard et redresser la maison France.
Sans revenir sur les fondements du libéralisme, il faut savoir que ce n’est pas une grossièreté qui serait infréquentable. C’est une philosophie politique née en Europe aux XVIIe et XVIIIe siècles, notamment avec des penseurs comme John Locke et Adam Smith, mais développée en France avec Frédéric Bastiat.
L’idée centrale est simple : donner le maximum de liberté aux individus, tout en limitant le pouvoir de l’État.
Cela passe par la liberté individuelle (opinion, expression, religion), la propriété privée, l’économie de marché (moins d’intervention de l’État) et l’État de droit.
La France n’est pas « allergique », mais elle entretient une relation compliquée avec toutes ces idées. Depuis des siècles (monarchie puis République), l’État est vu comme protecteur et organisateur de la société. La révolution n’a rien arrangé . la Revolution a conforte la centralisation du pouvoir. Cet héritage historique a engendré l’État-providence. Après la Seconde Guerre mondiale, la France construit la sécurité sociale, les services publics et la protection des travailleurs… Le libéralisme économique est alors parfois perçu comme une menace pour ces acquis sociaux.
Ajoutons que les codes de la politique politicienne entretiennent la confusion autour du mot « libéral ». En France, il est souvent associé au marché et aux inégalités, alors que dans les pays anglo-saxons, il est davantage lié à la création de richesses.
Toutes ces ambiguïtés, ajoutées à une méconnaissance des résultats et au conservatisme des systèmes centralisés, font que la plupart des responsables politiques, de droite comme de gauche, refusent de défendre des logiques libérales. Alors même que la France a urgemment besoin de créer de la richesse et que les outils libéraux sont parmi les plus efficaces pour y parvenir. Pour tous les candidats, le libéralisme est devenu un tabou, exclu du vocabulaire politique parce qu’il fait peur.
Le seul candidat déclaré assumant un projet libéral est donc David Lisnard, maire de Cannes. Pour être plus libre encore de ses propos, il a quitté les LR .. Il devra nourrir son programme en apportant des preuves : le libéralisme est très pragmatique, il n’existe que s’il est appliqué, illustre et détaille. Dire que les impôts en France sont trop lourds, c’est facile. Mais ça n’est pas être libéral. Être libéral c’est expliquer comment on allège le fardeau des impôts sans dérégler la machine socio-économique. il y a du Pompidou chez Lisnard : moins d’État non pas pour faire plaisir à la BCE , mais pour donner de la liberté au chef d’entreprise et créer de la valeur.
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« Incarner une majorité silencieuse et orpheline »
Candidat à l’élection présidentielle, en rupture de LR, le maire de Cannes David Lisnard entend ouvrir sa propre voie, indépendante et claire, dans le chaos politique ambiant tiraillé par les extrêmes et un bloc centriste fluctuant. Retrouvez l’entretien de David Lisnard accordé à Nice-Matin.
Le marathonien a lancé sa course de fond vers l’Élysée. Avec son départ de LR et son passage au « 20 h » de France 2 mardi, David Lisnard a même accéléré sa foulée.
Pas question de (con) courir uniquement au bord de cette Croisette qu’il chérit tant, et où il a été réélu triomphalement à 81 %.
Outsider assumé mais compétiteur acharné, le voilà plus que jamais décidé à « exporter » ses idées. Au nom de l’intérêt général et de la Nation. Il s’en explique.
Départ de LR, candidature à la présidentielle sur France 2, c’est l’heure du « grand saut » ?
Ma déclaration sur France 2 est une confirmation de ce que j’avais déjà annoncé lors de mon discours à la Mutualité devant les militants de mon parti Nouvelle Énergie, le 20 janvier. Mon départ de LR n’est pas non plus un coup de tête. Il relève d’un constat sur les différences entre ce que je pense et les inconstances d’un parti qui a du mal à définir une ligne claire et assumée.
L’étiquette LR était aussi devenue un boulet ?
Non, je ne dis pas ça, je ne veux pas dénigrer ce parti. Mais depuis un moment, je n’y vois plus de cohérence doctrinale, c’est d’ailleurs pour ça que j’ai créé Nouvelle Énergie, même si je gardais espoir. Après la confiance accordée au gouvernement Bayrou, le vote d’un budget socialiste qui augmente les prélèvements tout en s’asseyant sur la réforme des retraites, je ne voulais plus encombrer LR de mes pensées contraires, ni moi-même être encombré par les incohérences de LR !
Est-ce que votre inimitié connue avec les Tabarot au niveau local s’est également transposée aux instances LR nationales ?
Pas plus qu’avant. On était déjà à l’UMP et notre relation était beaucoup plus dure qu’aujourd’hui. Ma rupture avec LR n’est pas du tout liée à une question de personnalité. Je n’ai d’ailleurs aucune inimitié avec Bruno Retailleau, et je m’entends bien avec François-Xavier Bellamy.
Président de la République, un rêve de gosse ?
Pas du tout. Gosse, je me projetais pour être maire de Cannes. Président, c’est plutôt une responsabilité de parent ! Les choses se sont faites progressivement car je suis un élu local, dont le mandat au sein de l’AMF (association des maires de France qu’il préside) m’a donné plus de visibilité et d’expérience. Je constate hélas le déclassement vertigineux de la France, et je ne peux pas accepter cette fatalité. Moi, je suis persuadé que la France peut redevenir une grande nation éducative, qui maîtrise ses flux migratoires et dont le développement économique n’est pas inférieur à celui de l’Italie. Et je crois qu’une majorité silencieuse est proche de mes convictions, qui prônent la prospérité par la libération économique, sans tous les excès bureaucratiques, qui veut un État fort avec les voyous mais avec moins d’entraves et de restrictions pour les gens honnêtes, qui souhaite que la France retrouve sa grandeur avec une ambition écologique et démographique.
Votre proposition politique s’inscrit où ?
Cette majorité silencieuse, qui n’est pas celle des plateaux télé ni les bobos des grandes villes, n’avait pas de proposition politique, qui ne soit pas la gauche fasciste de LFI ni le RN. Il s’agit de construire une offre qui répond à cette demande, orpheline de la droite classique, mais aussi du centre et de la gauche républicaine. C’est le mouvement des gens qui travaillent et veulent s’en sortir.
Le déclic, c’est aussi l’élection d’Emmanuel Macron en 2017, qui n’était pas attendue, et d’une génération encore plus jeune que la vôtre. Il a soudain fait écho à votre propre destin ?
Non (ferme). Nicolas Sarkozy avait aussi un parcours atypique, et j’ai le mien. Mon destin, c’est un bien grand mot car je suis lucide sur ma position politique nationale d’outsider. Mais je me sens aligné entre ce que je fais au quotidien en tant que maire de Cannes, ce que je dis, et ce que je suis, contrairement à certains. Si je parle de baisser la dette de l’État par exemple, je dois déjà faire pareil à Cannes !
L’AMF a permis de vous créer un réseau transpartisan. Dans un esprit gaulliste de rassemblement ?
L’AMF m’a déjà permis de travailler avec 900.000 élus locaux, qui œuvrent de manière pragmatique concrète, partout, en outre-mer comme dans les grandes villes. J’ai parcouru 82 départements, visité des usines, échangé avec les élus locaux, ce qui a renforcé ma connaissance du pays et me permet de prendre des positions fortes dépassant les clivages partisans. Quant à de Gaulle, face à l’anesthésie actuelle du gouvernement, j’aime sa radicalité de 1958, lorsqu’il a pris 360 ordonnances en moins de huit mois pour rétablir l’ordre, résorber un déficit de 6 % et revenir à l’équilibre budgétaire en un an.
Vous êtes partisan d’une primaire élargie à droite. Et si elle ne se fait pas, vous y allez seul ?
Il m’est impossible de répondre à cette question. Mais je souhaite que ce projet que je porte entre enfin dans la compétition électorale, et qu’il y ait un quart de finale à droite avant la demi-finale représentée par le premier tour de l’élection présidentielle.
L’appel du pied d’Éric Ciotti, qui vous invite à le rejoindre à l’UDR ?
Moi, ça ne m’intéresse pas. Je ne recherche pas une gloire personnelle pour embellir ma retraite, mais je veux convaincre sur la densité de mes propositions. Je ne veux pas dénigrer les autres candidats, mais si je devais être au centre ou au RN, j’y serais. Pour moi, il existe une droite indépendante qui peut être gagnante, une alternative attractive.
Votre projet est « libéral, sécuritaire, éducatif, scientifique ». Avec un ordre de priorité ?
Tout doit être mené en concomitance car s’il n’y a pas de sécurité ni de restrictions aux frontières, ça amplifie les problèmes d’éducation, d’instruction et nos déficits sociaux. Et il n’y a pas de réforme de notre appareil social sans garde-frontière, sinon la France reste un aspirateur à immigration.
« Cannes gagne » était votre slogan de campagne municipale. La France gagne sera celui de votre campagne nationale ?
Ce sera d’abord Pour que la France gagne. Avec ma personnalité pour dire ce que je fais et faire ce que je dis. Mais ce ne sera pas les mêmes méthodes, car pour mon mandat de maire, ma vocation, j’ai fait campagne comme si j’avais 21 ans, au porte à porte, ce qui n’est pas possible à l’échelon national.
Président normal ou providentiel ?
Ni l’un ni l’autre. Un Président ne peut être normal, et le providentiel est réservé à Dieu. Je veux être un Président efficace pour que la France retrouve dignité et prospérité. La Providence, je la laisse à la messe de Pâques !
« Je me suis toujours organisé, en mettant en place une équipe capable de diriger la ville sans moi »
David Lisnard
David Lisnard a lancé sa course vers l’Élysée. Après son départ de LR et son passage au « 20 h » de France 2 mardi, le maire de Cannes ne compte plus uniquement concourir au bord de cette Croisette qu’il chérit tant, et où il a été réélu triomphalement à 81 % lors du scrutin du 15 mars. Outsider assumé mais compétiteur acharné, le voilà plus que jamais décidé à « exporter » ses idées. Au nom de l’intérêt général et de la Nation. Une question centrale demeure : et Cannes ?
En campagne présidentielle, vous restez maire à 100 % ?
Oui. Je veux démontrer que l’élection présidentielle n’est pas réservée aux Parisiens, ou à des élus de Normandie qui vivent à Paris. Moi, je n’ai pas d’appart ni de bureau à Paris, et j’ai déjà concilié mon mandat municipal avec la présidence de l’AMF. La campagne ne sera jamais au détriment du maire, et si j’acquiers vraiment une dimension de présidentiable, ça ne peut être que positif pour Cannes.
Qui vous remplacerait en cas d’accession à l’Élysée ?
Cette question me flatte car elle valide ma démarche. Depuis mon premier mandat en 2014, je me suis toujours organisé, en mettant en place une équipe capable de diriger la ville sans moi, tout le temps, car il peut aussi m’arriver un accident, un ennui de santé ou un problème familial. Et je sais déjà qui me remplacerait comme maire, mais je ne vous le dirai pas…
Retrouvez cet entretien sur le site de Nice-Matin en cliquant ici.
“Le libéralisme n’est pas une posture”
Dans une tribune parue dans l’Express, David Lisnard répond aux critiques formulées dans les colonnes de l’Express par le journaliste indépendant Rafaël Amselem, et se défend de toute accointance avec l’extrême droite.
Dans une interview à charge accordée à L’Express, Rafaël Amselem s’en prend à mon projet politique ainsi qu’à ma personne. Il m’attribue un “antigauchisme niais”, un “sentiment de décadence” et un “propriétarisme” qui me conduiraient à “courir avec tous les réactionnaires en échange de quelques baisses d’impôts et formules pseudo-afueristes”. Il juge enfin “honteux” que je propose une primaire ouverte à toute la droite, au prétexte que Reconquête! pourrait y participer. Ce faisant, il construit un portrait dont je ne reconnais aucun trait et révèle, sans le vouloir, les limites de certains intellectuels dits “libéraux” qui ont fait du libéralisme une philosophie de la reconnaissance et de la vulnérabilité en oubliant qu’il est d’abord une doctrine de la liberté et de la responsabilité individuelle. Et surtout un réalisme.
Commençons par la primaire. Défendre le principe d’une primaire, ce n’est pas prétendre partager les mêmes convictions que les candidats qu’on y affrontera. La présence éventuelle d’un candidat Reconquête! ou de centristes, que je propose également, n’impliquerait pas plus mon adhésion à leurs positions et encore moins à leurs actions, s’agissant de ceux qui ont aggravé la dette, étouffé les libertés locales et bureaucratisé le pays pendant dix ans. Une primaire est une procédure démocratique. Elle soumet des projets concurrents à l’arbitrage des électeurs plutôt qu’aux arrangements d’appareils. Confondre une procédure de sélection avec un accord programmatique n’est pas sérieux. Et ne pas admettre qu’il existe plusieurs nuances de droite qu’il sera bon de faire trancher par nos électeurs avant le premier tour de la présidentielle, c’est être aveugle aux réalités politiques du pays.
Rafaël Amselem me reproche ensuite d’avoir adjoint à mon corpus libéral un “bloc sécuritaire très sonore”. Il y voit un glissement. J’y vois une cohérence. Locke définit bien la finalité première de la société civile comme devant protéger la vie, la liberté et les biens de chaque individu contre les empiètements des autres. Hayek démontre que l’ordre spontané des échanges libres ne peut fonctionner que si les anticipations des individus sont protégées par une règle de droit stable et effectivement appliquée. On le sait depuis des siècles : la sécurité est une condition fondatrice de la liberté. Un État qui tolère l’impunité produit la loi du plus fort. Et la loi du plus fort n’a plus rien à voir avec la liberté de chacun.
Refuser l’État obèse et impuissant
Défendre, comme je le fais et comme je l’assume, un projet libéral et sécuritaire – et aussi éducatif – c’est refuser l’État obèse et impuissant que nous subissons depuis plus de quarante ans. C’est aussi tenir ensemble deux exigences que la tradition libérale classique n’a jamais séparées : la limitation du pouvoir d’un côté, l’effectivité de ce pouvoir dans ses fonctions régaliennes de l’autre.
Comme l’écrivait Montesquieu dans L’Esprit des lois, la liberté politique d’un citoyen est cette tranquillité d’esprit qui naît de l’opinion qu’il a de sa sûreté. Non pas la sécurité comme une fin en soi, mais la sécurité comme condition sans laquelle toutes les libertés formelles restent lettre morte pour ceux qui n’ont pas les moyens de se protéger eux-mêmes. Rafaël Amselem ne cite aucune de mes propositions pour étayer son accusation de dérive autoritaire – et pour cause, puisque je propose de rétablir un véritable État de droit qui sorte de l’arbitraire actuel d’un système “fort avec les faibles et faible avec les forts”. Rafaël Amselem procède par insinuation et amalgame. On est très loin d’une nécessaire rigueur de pensée et de la philosophie politique.
Sur la propriété enfin. Amselem parle de “propriétarisme” pour désigner les libéraux qui sacrifieraient les libertés politiques sur l’autel des libertés économiques, et convoque Rothbard comme repoussoir. Son libertarianisme étant aux antipodes de ce que je défends en la matière, cela n’a strictement aucun sens. La propriété, comme l’avait parfaitement montré Jacques Garello, est l’un des quatre piliers du libéralisme avec la liberté, la responsabilité et la dignité, finalité ultime. La propriété est centrale, car condition de tout le reste. La Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 la consacre comme un droit naturel “inviolable et sacré”, aux côtés de la liberté et de la sûreté. Elle ne prend toutefois tout son sens que dans un cadre de responsabilité individuelle et de dignité de la personne humaine. La propriété est une possession stabilisée par la reconnaissance mutuelle et par la puissance publique qui la juge légitime. Défendre la propriété dans la France de 2026, ce n’est pas du fétichisme. C’est défendre le droit pour chaque famille de devenir propriétaire de son logement. C’est défendre l’entrepreneur, l’agriculteur, l’artisan, le commerçant qui ont investi dans un outil de travail et qui dépendent de la stabilité des règles fiscales et juridiques. C’est défendre l’épargne et permettre à chacun de devenir propriétaire de sa retraite. C’est défendre la transmission, c’est-à-dire le droit de léguer à ses enfants une maison, une entreprise, un capital, sans que l’État ne transforme systématiquement cet héritage en variable d’ajustement budgétaire. Et garantir la propriété privée, c’est forcément garantir la liberté d’autrui.
Quand un raisonnement est solide, il n’a pas besoin d’être outrancier. Dans cet entretien, Rafaël Amselem n’a examiné aucune de mes propositions, cité aucun de mes textes, analysé aucun des fondements de mon projet. Il a substitué l’invective à la démonstration et l’amalgame à l’argument. Oui, je défends un projet libéral, sécuritaire et éducatif, ancré dans la meilleure tradition du libéralisme classique, assumé sans complexe et sans excuse. C’est précisément ce que Rafaël Amselem ne supporte pas : qu’on puisse vouloir à la fois limiter l’État-providence obèse, restaurer l’autorité régalienne et renforcer l’école, sans renier une seule des exigences de l’État de droit ni de la protection des minorités.
Retrouvez cette tribune sur le site de l’Express en cliquant ici.
Robert Ménard, David Lisnard…la rencontre des affranchis
Deux maires, deux tempéraments, deux villes, mais une même obsession : parler au réel. Valeurs actuelles a réuni Robert Ménard et David Lisnard pour une discussion dense et sans filtre sur les raisons de leurs succès, la défiance envers les appareils partisans, le retour du besoin d’enracinement et l’avenir de la droite à un an de l’élection présidentielle.
Valeurs actuelles. David Lisnard, vous avez été réélu à 81 % des voix à Cannes ; 65,6 % pour vous, Robert Ménard, à Béziers. Quelle est la recette magique ?
David Lisnard. Il n’y a pas de recette. Ou plutôt, s’il y en a une, elle tient au travail. Nous travaillons beaucoup. Nous rendons des comptes toute l’année. Nos habitants ne nous découvrent pas au moment des élections. Nous sommes les mêmes quand nous sommes candidats et quand nous ne le sommes pas. Et nous ne sommes pas des marchands de fantasmes. Nous sommes dans la réalité. Nos victoires sont celles du réalisme.
Robert Ménard. On ne triche pas avec les gens. On les aime, tout simplement. On parle à leur cœur sans les enfumer. Je suis dans une ville pauvre. Je crois que Cannes l’est aussi, contrairement aux apparences…
D. L. Nous avons effectivement un taux de pauvreté deux fois plus élevé qu’à Paris…
R. M. Exactement. Face à cela, on ne va pas expliquer aux gens qu’en tant que maire, on va les sortir de la pauvreté d’un claquement de doigts. Ce serait faux. Et ils le savent pertinemment. La politique se meurt des promesses non tenues. Je les entends, tous, à longueur de plateaux télévisés : ils promettent tout à tout le monde, tout le temps. C’est insupportable !
Les gens ne demandent pas qu’on leur raconte des craques. Ils veulent du concret. Je peux vous dire que, dans la rue, personne ne me parle de “démocratie participative”, d’union des droites ou de je ne sais quelle révolution idéologique. Mais de l’insécurité. Du ramassage des déchets. De la propreté des rues. Soit vous avez un bilan et des réponses réelles à apporter à ces problématiques du quotidien, soit vous êtes balayé dans les urnes.
Quel regard portez-vous l’un sur l’autre ?
D. L. J’ai beaucoup d’admiration pour Robert. Il a une singularité dans le paysage politique français. Et dans une démocratie qui souffre moins d’un déficit de représentation que d’un déficit d’exécution et de sincérité, il apporte beaucoup. J’ai toujours considéré Robert comme un personnage atypique, à la fois habile et authentique. Et c’est cela qui est le plus difficile : être habile sans être artificiel, être authentique sans être naïf. Nous échangeons régulièrement loin des micros. Nous avons des affinités.
Il a cette capacité incroyable à trouver la formule percutante tout en restant ancré dans ce que vivent les Français. Ce ne sont pas des éléments de langage. Je ne les supporte plus, pour tout vous dire. Si nous gagnons avec autant d’écart, si nous faisons voler en éclats les logiques partisanes dans nos communes, c’est peut-être parce qu’il y a un alignement entre ce que l’on dit, ce que l’on fait et ce que l’on est.
R. M. Absolument. Je parle assez peu aux responsables politiques. Neuf fois sur dix, je n’ai rien à leur raconter. Avec David, c’est différent. On se comprend. Mais puisqu’il a été gentil, je peux bien lui trouver des défauts. Tu es trop compliqué, David, je te l’ai déjà dit. Il faut savoir aller à l’essentiel.
Notamment sur le terrain économique. Tu es libéral – et ce mot est malheureux, parce qu’il est aujourd’hui très mal connoté. On peut être libéral sans se désintéresser des plus pauvres. Mais il faut savoir l’expliquer. C’est là que tu pèches parfois. Et il y a un deuxième défaut : tu restes empêtré dans les combines et les renoncements des Républicains…
D. L. Je te pardonne d’être parfois victime d’un prêt-à-penser politico-médiatique quand tu utilises des mots comme “libéral” ou “ultralibéral”. Les vraies gens, comme tu le dis souvent, se moquent complètement de ces catégories. À Cannes, les quartiers populaires ont voté pour moi à plus de 80 %. Ce sont les mêmes quartiers qui votaient jadis communiste ou très à gauche. Quand je leur parle de retraite par capitalisation, par exemple, ils comprennent. Ils se disent : enfin, je vais devenir propriétaire du fruit de mon travail.
C’est cela, la liberté. Et je me sens de cette même liberté à propos de LR. À tel point que, contrairement à toi, je n’ai fait allégeance à personne pour la présidentielle. Tu as dit que tu voterais pour Bruno Retailleau ? Je suis tellement libre que je me soutiens moi-même…
R. M. Tu es d’une mauvaise foi absolue. Je n’ai pas dit cela comme ça. J’ai simplement dit qu’aujourd’hui, si je devais voter pour quelqu’un, ce serait lui. Ce n’est pas la même chose. Et surtout, ne prends pas mal ce que je dis : je ne suis pas en train de t’accuser d’être aligné sur LR. Tu les bouscules suffisamment. Mais tu restes malgré tout prisonnier d’un écosystème. Qu’est-ce que tu fais encore chez eux, franchement ?
D. L. Ce que j’y fais ? J’y défends les mêmes convictions depuis des années. Je suis profondément attaché à la liberté économique, à l’ordre, à l’unité de la nation par l’éducation. Mais ta question est légitime. Lorsqu’on voit à quel point ce mouvement peut se fourvoyer, on se demande parfois si l’on ne prêche pas dans le désert…
Emmanuel Macron représente la dernière expression du vieux monde : beaucoup de technocratie, beaucoup de marketing. Il a gagné légitimement au niveau national, mais localement cela ne correspondait à rien. Il y a un besoin d’enracinement
L’étiquette politique condamne-t-elle aujourd’hui à l’échec ?
R. M. En 2027, on ne gagnera qu’en contournant les partis. À droite, les mouvements sont souvent le premier obstacle à l’émergence d’une personnalité crédible, capable de porter les idées majoritaires du pays.
D. L. Les grands partis, qui ressemblent davantage à des syndicats d’intérêts, sont devenus des handicaps. Mais pour gagner, Robert, il faut bien une organisation, une colonne vertébrale doctrinale, une capacité à repérer des talents, à fédérer des vocations. C’est pour cela que j’ai créé Nouvelle Énergie.
On assiste au niveau national à un émiettement, une décomposition de la vie politique à laquelle, tous les deux, vous semblez échapper. Jusqu’où cela peut-il mener le pays ?
D. L. Jusqu’à la violence. Elle est déjà là. Et elle peut devenir beaucoup plus généralisée.
R. M. J’ai toujours peur des grands mots. Les troubles sont là, mais la France survivra. Il y a une irresponsabilité de la part de certains politiques qui tiennent des discours apocalyptiques. Quand j’entendais Éric Zemmour pendant la campagne présidentielle, je me disais : si tout est foutu, à quoi bon ?
On a besoin de vérité, mais aussi d’horizons. Ce n’est pas le pays qui est affaibli, mais la classe politique. Le pays réel regorge de gens formidables, intelligents, engagés, courageux, qui trouvent des solutions dans leur métier, dans leur activité, dans leur vie. Notre classe politique, elle, est médiocre.
Quelle est la leçon des élections municipales ?
D. L. Là où il y a encore une communauté locale forte et un projet solide, le délitement peut être retardé. On ne regarde que la carte des grandes villes, mais il y a partout en France des communes où cela fonctionne, où des listes locales travaillent, où il y a parfois des consensus avant même l’élection. Tout n’est pas foutu. Il y a près de 900 000 Français qui ont été candidats aux municipales. C’est unique dans le monde. Et 80 % des mandats municipaux sont bénévoles. Cela dit beaucoup d’un pays plus civique, plus inventif, plus altruiste qu’on ne le croit.
La France réelle, je la vois tous les jours : elle est plus belle qu’on ne le dit. Nous devons sortir des grilles de lecture parisiennes. On regarde les grandes villes et on y voit un système qui ne sait plus très bien s’il relève du local ou du national. Depuis la fin du cumul des mandats, les partis sont devenus extrêmement déconnectés des réalités locales. Quand il y avait encore des députés-maires, des sénateurs-maires, ces “barons” locaux remontaient le terrain à Paris. Ils alertaient. Aujourd’hui, ce lien s’est largement rompu.
R. M. Moi, je ne pourrais pas être député-maire. Je ferais mal les deux. C’est aussi simple que ça. Mais je te rejoins : le tissu communal est une richesse immense. Il y a 35 000 communes. L’idée de toujours vouloir les regrouper, les fusionner, équivaut à enlever quelque chose aux gens. Le sentiment d’appartenance se trouve dans la commune. Pas dans le département, pas dans des structures abstraites.
Le reflux du macronisme localement montre-t-il ce besoin d’un retour de l’ancrage, du terroir, du pays réel ?
R. M. Encore faut-il que le macronisme ait existé localement. Je ne sais même pas ce que c’est, un “parti macroniste” sur le terrain…
D. L. Emmanuel Macron représente la dernière expression du vieux monde : beaucoup de technocratie, beaucoup de marketing. Il a gagné légitimement au niveau national, mais localement cela ne correspondait à rien. Il y a un besoin d’enracinement.
LR n’arrive pas à tendre la main franchement parce que ce parti a honte d’être de droite. Il montre patte blanche à la gauche. Il passe son temps à s’excuser d’exister.
Comment analysez-vous les bons résultats obtenus par la gauche et cette incapacité du PS ou des écologistes à couper le cordon avec Jean-Luc Mélenchon ? Sa diabolisation récente ne semble pas porter ses fruits…
D. L. La gauche avait déjà trahi le peuple avec Mitterrand. Aujourd’hui, elle trahit jusqu’à ses propres principes, notamment l’universalisme républicain. L’entrisme des Frères musulmans dans les institutions, je peux vous assurer que ce n’est pas un fantasme. Même chose avec divers lobbys faussement progressistes. Cette alliance entre wokisme et islamisme est en train d’aspirer toute la gauche dans un trou noir.
R. M. La gauche trahira toujours ses grands principes moraux si cela lui permet de sauver sa peau. On l’a vu dans les grandes villes, on le reverra encore demain. Elle trouvera toujours un moyen de s’arranger avec Mélenchon.
D. L. Mais Mélenchon n’a pas besoin de nous pour être diabolisé. Il s’est diabolisé tout seul. Il faut mesurer la portée de ce qu’on a entendu ces dernières semaines : les jeux de mots, les sous-entendus, les références. Si un responsable de droite avait tenu des propos comparables, il aurait été voué aux gémonies. C’est délirant, du jamais-vu depuis l’Occupation.
Le rejet de LFI suffit-il, à lui seul, à justifier des accords tactiques plus larges, y compris avec le RN ? On s’étonne des pudeurs de la droite…
D. L. Les consignes des partis politiques n’ont aucune prise sur les municipales. Pour ma part, pour revenir au fond du problème, face à une menace d’extrême gauche, face à une menace islamiste, wokiste, j’irai avec ceux qui sont en face, y compris le RN et toutes les forces démocratiques. Il n’y a pas d’ambiguïté là-dessus.
Mais le vrai sujet reste la présidentielle. Nous vivons dans un nouvel environnement mondial. Nous sommes à la fin de plusieurs cycles : la fin du macronisme, la fin de l’État-providence tel qu’on l’a connu, et même, d’une certaine manière, la fin d’un très long cycle occidental.
Beaucoup de partis vivent malheureusement encore dans une pensée morte, une pensée nostalgique, comme si l’on allait revenir aux Trente Glorieuses, alors que la situation impose un changement d’approche totale. Quelle est la position du RN face à la Russie ? Je les trouve plus proches de LFI que de moi. C’est certainement présomptueux, mais je souhaite pouvoir faire gagner une droite indépendante du macronisme comme du RN, RN que je viens, d’ailleurs, d’affronter victorieusement aux municipales.
R. M. Sois honnête, David : LR n’arrive pas à tendre la main franchement parce que ce parti a honte d’être de droite. Il montre patte blanche à la gauche. Il passe son temps à s’excuser d’exister. Quand je suis arrivé à Béziers, si tu osais dire qu’il pouvait y avoir un lien entre immigration et délinquance, on te traitait de fasciste. Y compris à droite !
D. L. Les choses évoluent malgré tout…
R. M. Certes, mais parce qu’ils sont contraints d’évoluer, parce qu’ils ont compris qu’ils ne peuvent plus tailler des croupières au RN sans parler d’immigration, de sécurité, d’autorité. Mais ils le font sans y croire tout à fait. Et les gens sentent cela. Il manque à la droite une personnalité capable de donner de l’envie, du souffle, une perspective claire.
Aujourd’hui, la droite n’a-t-elle pas de chef ?
R. M. Non. Il n’y en a pas. Personne ne s’impose.
D. L. C’est bien pour cela que je propose la méthode d’une primaire pour désigner une candidature pour 2027 !
Il nous faut une force, donc un leader, avant même de parler de victoire. Ce leader ne peut sortir que d’une confrontation démocratique. Et pour qu’elle soit légitime, il faut précisément qu’elle soit la plus large possible.
Sarah Knafo, Édouard Philippe, Bruno Retailleau, Robert Ménard, David Lisnard… ces personnalités composent-elles une forme de famille ?
R. M. Oui, à condition qu’il y ait un chef de famille. Quelqu’un qui dise : c’est comme ça et pas autrement. Quelqu’un qui tranche, qui fixe un cap, qui impose une ligne. Sur les questions économiques et internationales, les écarts sont immenses. Ce ne sont pas de simples différences qui nous divisent, mais des précipices.
D. L. On peut – et on doit – discuter avec tout le monde. Sarah Knafo a mené une campagne intelligente, habile, à Paris. Mais je te rejoins, Robert : il n’y a pas de leader naturel. Dans ce cas, la seule façon de faire émerger un chef, c’est la démocratie. Je plaide depuis des années pour une compétition ouverte. Pas un dîner entre notables. Une vraie compétition sur quatre ou cinq grands objectifs : rétablir l’ordre, maîtriser l’immigration, relancer la prospérité, refaire un État plus efficace.
Contrairement à ce qu’on peut penser, l’union ne crée pas la force. La force crée l’union. Valérie Pécresse avait, sur le papier, une très large union derrière elle en 2022. Regardez le résultat. Il nous faut une force, donc un leader, avant même de parler de victoire. Ce leader ne peut sortir que d’une confrontation démocratique. Et pour qu’elle soit légitime, il faut précisément qu’elle soit la plus large possible.
Si Gabriel Attal se pense de droite, qu’il vienne ! Il sera jugé par les électeurs. Gérald Darmanin, Éric Zemmour, Sarah Knafo sont les bienvenus. Même une personnalité comme Nicolas Dupont-Aignan doit pouvoir s’exprimer, il représente un segment électoral, des électeurs qu’on aurait tort de mépriser.
Il faut un quart de finale avant la demi-finale, le premier tour de l’élection présidentielle. Sinon, c’est l’assurance de se retrouver en 2027 avec soit un énième technocrate qui appliquera les mêmes méthodes dépassées que ses prédécesseurs, soit un duel RN-Mélenchon dont la France ne se relèvera pas.
R. M. Franchement, je n’y crois pas une seconde à ton histoire de primaire. Tu vois Édouard Philippe se ranger derrière Sarah Knafo ? Tu les vois, tous, se mettre d’accord sur une primaire ? Même sur les conditions d’accès, ils en sont incapables ! Celui qui s’imposera le fera à partir du peuple, en se faisant entendre dans le débat public, en trouvant une voix singulière.
Emmanuel Macron, quoi qu’on pense de lui – et je n’ai jamais voté pour lui – a compris cela à un moment donné. Il a contourné les appareils. Aujourd’hui, si quelqu’un veut émerger, ce ne sera ni par des accords entre partis ni par une mécanique d’appareil. Ce sera en imposant une voix.
D. L. OK, Robert, mais que proposes-tu ?
Si l’on suit votre logique, Monsieur Ménard, Éric Zemmour aurait dû s’imposer…
R. M. Précisément : son idée de départ était juste et le système a tremblé. Mais il est retombé dans ses travers et il a été sanctionné. On ne peut pas diriger une ville, encore moins un pays, si l’on n’aime pas profondément les gens. Il a des qualités, bien sûr, mais pas celle-là.
Cette élection municipale donne-t-elle une indication sur ce que sera la présidentielle ?
R. M. Elle dit qu’on peut réduire à peu de chose le RN comme LFI si l’on trouve les mots pour parler aux gens. Regardez Sarah Knafo : elle n’est pas fondamentalement en désaccord avec Éric Zemmour, mais elle a autre chose dans le ton, dans la manière de se présenter, dans l’humour, dans le charisme. Et cela change tout.
La politique, ce n’est pas un programme. C’est une personne. C’est une incarnation. Les gens doivent avoir envie de vous écouter, de vous croire, de vous embrasser dans la rue. À Béziers, on ne me parle pas d’un programme de 200 pages que personne ne lit, soyons sérieux. Pour la première fois, la grande majorité des Français se rejoignent sur le constat et les solutions. Ce qui nous manque, ce n’est pas tant le diagnostic que la manière de parler au pays.
D. L. Je serai un peu moins catégorique. Oui, la sincérité est absolument décisive. Oui, les Français sentent tout de suite si vous êtes vrai ou faux. Mais ils ne se contentent plus de l’incarnation. Ils demandent aussi le “comment”. Comment réduisez-vous l’immigration ? Comment rétablir l’ordre ? Comment remettez-vous le pays au travail et les comptes publics dans le vert ?
R. M. S’il n’y a pas un élan derrière toi, tu peux avoir le meilleur programme, ça ne changera rien.
D. L. On peut avoir les deux !
R. M. Tu vois qu’on arrive à être d’accord. Je vais venir à Cannes, on va préparer la suite.
D. L. Chiche !
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« Ce qu’on veut, c’est une vraie rupture libérale » : pourquoi David Lisnard se « libère » de LR
Confortablement réélu, le maire de Cannes veut étendre son mouvement « Nouvelle Énergie » et faire entendre sa voix singulière à la présidentielle, dans une large primaire à droite. Un article de Jérôme Cordelier paru dans Le Point.
David Lisnard claque la porte de LR. « La décision n’est pas encore complètement prise, mais cela y ressemble, précise-t-on dans l’entourage du maire de Cannes. Pour être clair, disons qu’il se libère de LR. » Pourquoi tant de précautions sémantiques ? Parce que l’homme attend d’avoir une explication en tête-à-tête avec le président du parti Bruno Retailleau, avec lequel il partage des valeurs, et le souvenir du combat partagé lors de la présidentielle calamiteuse de François Fillon. Mais la logique de rupture est enclenchée.
Pour celles et ceux qui suivent le chemin de cet homme politique énergique, créatif, pragmatique, peu enclin aux petites manœuvres d’appareil, le choix est cohérent. On percevait bien depuis un certain temps que David Lisnard se sentait décalé, voire en porte-à-faux avec les LR – qui eux-mêmes ne savent pas toujours où ils habitent.
Lisnard restait encarté par loyauté, mais il y a bien longtemps qu’il s’est mis à son compte, en lançant son mouvement « Nouvelle Énergie », qui tisse sa toile en France, et vient aux dernières municipales de l’étendre encore plus, 250 maires s’en revendiquant, dont Guillaume Guérin à Limoges ou le maire du 17e arrondissement de Paris, Geoffroy Boulard. Nouvelle Énergie affiche aussi quelques belles prises de bastions historiques de la gauche, comme Limoges, Besançon ou Alençon.
Triomphe aux municipales à Cannes
Lui-même est en position de force, ayant été reconduit par 81 % des voix à la tête de sa ville de Cannes – face à une liste RN –, un score qui fait de lui le maire le mieux élu de France dans les villes de plus de 30 000 habitants. Président – réélu haut la main – de l’Association des maires de France, Lisnard circule partout dans le pays et bénéficie de remontées de terrain, qui sortent souvent des radars des états-majors politiques.
C’est peu dire que depuis longtemps, il ronge son frein. Il nous le disait en filigrane, juste après son élection municipale triomphale. « Une droite affirmée et indépendante peut être gagnante !, nous confiait David Lisnard. Il faut que nous nous libérions, y compris au sein de LR, de tout ce conformisme étatiste, collectiviste qui nous fait perdre depuis quarante ans. Une droite indépendante, libérale, sécuritaire, portée sur les questions éducatives et scientifiques peut redresser le pays. C’est ce que je veux proposer au pays avec mon mouvement Nouvelle énergie. »
Il dit encore : « La droite doit sortir du corner, sur le ring de boxe que représente la scène politique, ne pas rester dans un angle. Ce qui compte, c’est d’avoir des convictions et de les porter. Arrêtons de nous laisser enfermer dans l’étau mortifère Le Pen/Bardella – Mélenchon. Tous ces gens-là nous proposent de rafistoler un système qui a fait son temps. Aujourd’hui, on peut porter sur le terrain politique une espérance du XXIe siècle. »
Un challenger ouvert à la primaire
S’il quitte LR, c’est, précise son entourage, pour « une divergence de fond et de stratégie ». « Je ne me sens aucun point commun avec une fausse droite que l’on retrouve aussi bien à LR qu’au RN ou chez les macronistes, ces gens qui ont voté un budget fiscaliste, la fin de la réforme des retraites, nous disait-il après le premier tour. Nous, ce qu’on veut, c’est une vraie rupture libérale. » Lisnard trace son chemin, et cultive son projet à la faveur de rencontres avec les acteurs locaux.
« Je viens du monde de l’entreprise, pas de la haute fonction publique, souligne-t-il. Ma singularité, c’est d’apporter la voix du terrain – celle des commerçants, des artisans, des maires – dans le débat national ».
Candidat à la présidentielle – il l’avait annoncé juste avant les municipales pour ne pas prendre à contre-pied les électeurs –, challenger, David Lisnard s’est toujours montré favorable à une primaire la plus ouverte qui soit, comme il l’a répété au micro d’Apolline de Malherbe sur BFMTV en annonçant son retrait du parti. Ce que les champions de la droite, Bruno Retailleau le premier, n’entendent pas.
« Les données sont claires pour 2027 : on ne peut plus aller directement en demi-finale, nous disait-il déjà début mars. Il y a une multitude de candidatures prêtes à séduire l’électorat de la droite et du centre, et personne ne se détache. Il faut donc que nous organisions un quart de finale. Mettons sur le papier les grands objectifs, nos valeurs communes, et, après, se présente et vote qui veut. C’est pourquoi j’ai plaidé pour une large primaire, des centristes de l’UDI à Reconquête. »
La main tendue à Éric Ciotti
Selon lui, « ceux qui ne veulent pas venir prennent le risque de faire perdre leur camp et de faire gagner LFI ou le RN. Je porte ma voix dans le débat parce que je suis intimement persuadé qu’il faut créer une compétition pour comparer les projets, sélectionner puis rassembler les électeurs ; sinon, nous sortirons du jeu ».
Il pourrait se rapprocher d’Éric Ciotti, le nouveau maire de Nice, qui a créé son propre parti, l’UDR, et auquel il tendait la main dès le soir du second tour des municipales. « J’appelle Éric Ciotti à rompre son accord “en même temps” avec le RN et à rejoindre la droite indépendante d’Emmanuel Macron et du RN que nous représentons avec “Nouvelle Énergie”. », lançait-il dans Le Point.
Les deux voisins azuréens travaillent ensemble au département des Alpes-Maritimes depuis 2008, et s’apprécient. « On s’entend bien, on a toujours plaisir à se voir, nous confiait David Lisnard. C’est un homme qui a beaucoup d’esprit, beaucoup d’humour et qui est bien plus bon vivant qu’on ne le pense. Éric Ciotti est un professionnel, un homme très intelligent qui peut être tranchant, dur, un esprit vif qui peut se laisser emporter par le conflit dans sa vie politique, alors que dans le privé il est beaucoup plus nuancé. Il ne faut jamais le sous-estimer, jamais, je l’ai toujours dit ». Comme David Lisnard.
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Rupture, clarté, alternative
Invité d’Apolline de Malherbe sur BFM TV et RMC, David Lisnard a livré une intervention structurée, dense, et sans ambiguïté. Derrière les formules, un cap politique se dessine clairement : rompre avec les impasses actuelles pour reconstruire une offre crédible à droite.
Le président de Nouvelle Énergie ne se contente plus d’un diagnostic. Il acte un basculement. Pour lui, le système politique tel qu’il fonctionne aujourd’hui est à bout de souffle. Les partis traditionnels, y compris Les Républicains, sont « démonétisés ». Les logiques d’appareil ont pris le pas sur les idées. Et l’écart entre les discours et les actes a fini par décrédibiliser durablement la parole publique.
Dans ce contexte, David Lisnard assume une ligne de rupture. Nouvelle Énergie, insiste-t-il, n’est pas un simple courant, mais un parti indépendant, appelé à s’affirmer pleinement dans les mois à venir. L’objectif est clair : porter une alternative qui ne repose ni sur des compromis internes ni sur des arrangements de circonstances, mais sur des principes assumés et une cohérence d’ensemble.
Cette volonté de clarification se traduit notamment par une proposition centrale : l’organisation d’une primaire ouverte à droite. Pour David Lisnard, la légitimité ne peut plus être décrétée en amont, dans des discussions fermées. Elle doit se construire dans une confrontation transparente des projets et des parcours. « Il faut un quart de finale avant », résume-t-il, pour souligner l’impossibilité, aujourd’hui, de prétendre rassembler sans avoir d’abord clarifié.
Cette primaire, selon lui, doit être large, ouverte, sans filtre préalable. Tous ceux qui se revendiquent de droite doivent pouvoir s’y présenter, à condition de s’engager sur les principes républicains. Une manière de remettre les électeurs au cœur du processus, et de sortir des logiques de désignation verticale qui ont montré leurs limites.
Mais l’entretien ne se limite pas à une réflexion institutionnelle. David Lisnard alerte également sur la dégradation du climat politique. Il évoque une montée des violences et des tensions, qu’il relie à une évolution du discours de certaines franges de l’extrême gauche. Selon lui, le glissement est profond : on ne débat plus avec des adversaires, on désigne des ennemis. Ce changement de registre nourrit, à ses yeux, une violence désormais tangible dans le pays.
Face à cela, il appelle à une réaction ferme, à la fois politique et judiciaire. Protéger les élus, condamner sans ambiguïté les dérives, et refuser toute banalisation de ces comportements. Pour David Lisnard, il ne s’agit pas seulement d’un enjeu de sécurité, mais d’un enjeu démocratique.
Au-delà de ces tensions, c’est l’ensemble du modèle français que le maire de Cannes remet en cause. Il critique frontalement un système qu’il qualifie de « social-étatiste », fondé sur une accumulation de normes, de dépenses et de contraintes. À ses yeux, ce modèle pénalise les actifs, fragilise les services publics et empêche toute dynamique de croissance.
L’exemple du choc pétrolier, évoqué durant l’entretien, illustre cette critique. Là où une réponse rapide et structurante serait nécessaire, David Lisnard dénonce une tendance à la procrastination et à la technocratie, symbolisée par la création d’un « observatoire » des prix. Une réponse qu’il juge déconnectée des réalités vécues par les Français.
Enfin, l’entretien marque une clarification personnelle. Interrogé sur son avenir au sein des Républicains, David Lisnard ne masque plus son éloignement. Absence de ligne claire, ambiguïtés stratégiques, fonctionnement interne contesté : les critiques sont précises et assumées. La rupture apparaît désormais inévitable.
Au-delà du cas de LR, c’est une recomposition plus large que David Lisnard appelle de ses vœux. Une droite indépendante, structurée, capable de parler au pays réel, de porter un projet de transformation et de répondre aux défis contemporains, qu’ils soient économiques, technologiques ou sociaux.
Dans un paysage politique fragmenté et instable, le maire de Cannes trace ainsi une perspective. Celle d’une offre politique qui assume de dire, de trancher et d’agir. Une ligne fidèle à l’ambition portée par Nouvelle Énergie : redonner du sens à l’action publique et de la crédibilité à la parole politique.
Un toit solaire au boulodrome pour alimenter le quartier
Sur le toit du boulodrome Troncy, la lumière du soleil va bientôt se transformer en énergie pour toute une partie du quartier. Un article paru dans Nice-Matin.
Cet été, 540 panneaux photovoltaïques, soit 1 080 m², seront installés pour fournir l’électricité aux bâtiments publics de la place Roubaud, mais aussi aux écoles, crèches et gymnases alentour.
Les bâtiments fonctionneront ainsi en quasi-autonomie énergétique, réduisant les achats externes et générant des économies durables.
« Le boulodrome était là, il a un peu plus d’une quinzaine d’années. La toiture commençait à être en mauvais état, et il fallait la changer, dans les deux à trois ans à venir. On a donc choisi de développer le photovoltaïque pour qu’on soit davantage autonome », explique Thomas Onzon, directeur général des services techniques, pour justifier l’installation des panneaux solaires.
Parmi les bâtiments concernés, on compte les écoles Alexandre-Dumas, de la Verrie, Bocca-Centre, le gymnase des Mûriers et plusieurs crèches municipales.
Ranguin comme modèle
Un projet à 548 000 euros, avec un retour sur investissement estimé à 5 ou 6 ans.
« L’idée est de dimensionner les panneaux pour consommer toute l’énergie produite sur place et non la revendre à bas prix », rappelle Thomas Onzon.
Ce système d’autoconsommation collective n’est d’ailleurs pas une première pour La Bocca. À Ranguin, deux sites producteurs alimentent déjà huit bâtiments voisins.
En parallèle du déploiement du parking Roubaud, ces panneaux illustrent l’ambition de La Bocca de repenser son espace urbain et ses services publics.
Sous terre, les niveaux du parking s’ouvrent progressivement, et en surface, les bâtiments s’équipent pour produire et consommer localement.
À La Bocca, la transformation ne s’arrête désormais jamais : le quartier se réinvente, étage après étage et panneau après panneau.
Le parking Roubaud au service du commerce
L’étage -1 vient d’ouvrir, ajoutant 75 places aux niveaux déjà accessibles (275 désormais et bientôt 374), avec un accès privilégié aux commerçants les jours de marché. Un article paru dans Nice-Matin.
On descend encore d’un niveau, mais c’est tout un quartier qui remonte. Depuis le 9 mars, le nouveau parking Roubaud a ouvert son étage -1, à La Bocca, ajoutant une nouvelle brique à un équipement déjà partiellement en service depuis les fêtes de fin d’année. Après les niveaux -2 et -3, cette inauguration pourrait sembler n’être qu’une étape technique.
Elle marque pourtant, sur le terrain, un basculement concret pour les commerçants du secteur. Avec 75 places supplémentaires désormais accessibles, le parking atteint 275 emplacements ouverts — sur les 374 prévus à terme. Mais au-delà de la capacité, c’est l’usage qui évolue.
« C’est simple : on vient dans le centre de La Bocca, on peut se garer. C’est propre, c’est sécurisé, c’est tenu », vante le maire, David Lisnard. Pensé comme un outil au service de l’attractivité commerciale, l’équipement s’inscrit dans une stratégie plus large, engagée par la Ville depuis plusieurs années.
Un niveau pour les commerçants
« C’était un vrai problème à La Bocca », rappelle Christophe Chaussé, président de l’association des commerçants. La fermeture de l’ancien parking, puis les travaux, avaient pesé sur l’activité.
L’ouverture anticipée des premiers niveaux a donc été scrutée de près. « On a entre 6 et 8 mois d’avance sur le calendrier initial. Et aujourd’hui, les jours de marché et les week-ends, il est déjà plein », constate-t-il.
Le niveau -1 apporte une spécificité supplémentaire. Une trentaine de places y sont réservées, le matin, auprès des professionnels du marché, avec des emplacements adaptés aux véhicules utilitaires, souvent volumineux. Une configuration peu courante, pensée pour répondre aux contraintes locales.
Pour la municipalité, ce dispositif doit faciliter l’accès au centre de La Bocca et soutenir la fréquentation commerciale. Reste que certains ajustements sont encore attendus. La signalétique, notamment, fait partie des points d’amélioration identifiés par les commerçants pour accompagner la montée en puissance du site.
La Bocca en pleine mutation
Si trois niveaux sont désormais ouverts, le parking n’est pas encore achevé. Le niveau -4, en cours de finition, doit venir compléter l’ensemble dans les prochains mois. Un chantier complexe, notamment en raison des contraintes techniques liées au sous-sol, marqué par la présence d’eau.
Pour rappel, autour du parking Roubaud, plusieurs opérations doivent accompagner la dynamique : création d’une mairie annexe, relocalisation de La Poste, aménagement d’une esplanade et requalification des voiries. À terme, des milliers de mètres carrés de jardins compléteront l’ensemble.
Dans le même temps, d’autres projets ont été annoncés, comme l’inauguration à venir du parking Laubeuf (sur le quai du même nom) ou de nouvelles opérations de rénovation. Pour rester à La Bocca, en attendant la livraison complète de l’équipement, le mouvement est déjà enclenché.
« La droite doit sortir du corner » : les confidences de David Lisnard, le maire le mieux élu de France
Le président de l’Association des maires de France a été réélu à Cannes avec 81 % des voix. Ce qui lui donne des ailes pour la prochaine présidentielle, à laquelle il sera candidat. Un article de Jérôme Cordelier paru dans Le Point.
81 % des voix, voilà un capital électoral rondelet qui fait de David Lisnard le maire le mieux élu de France pour les villes de plus de 30 000 habitants. L’édile, alors qu’il se présentait pour un troisième mandat, se paie même le luxe de récolter encore plus de voix (20 000) que les fois précédentes, en 2020 (13 100) et en 2014 (16 000). Autre précision : Cannes n’avait jamais réélu trois fois un maire dans l’Histoire de la Ve République, même ces deux édiles historiques que sont Bernard Cornut-Gentille, ancien ministre de de Gaulle, et Anne-Marie Dupuy, chef de cabinet de Pompidou.
81 % des voix : un vrai score à la soviétique ! L’interpellation fait sourire l’intéressé. « Je serais le premier libéral soviétique, ce serait un comble » , rétorque David Lisnard.
Quand on l’interroge sur les ressorts de ce triomphe, immédiatement l’heureux (ré)élu se place sur le terrain social : « Cannes est une ville à rayonnement internationale, mais ce n’est pas Beverly Hills, croyez-le ! C’est une ville de 75 000 habitants, contrastée socialement, dont le revenu médian et imposable est inférieur à la moyenne départementale, régionale, nationale, avec un taux de pauvreté qui représente le double de celui de Paris. » Et la fierté – aussi – du maire est d’avoir obtenu un excellent score dans les quartiers populaires, réalisant un grand chelem, dans les 56 bureaux de vote.
Le RN contenu
Autre satisfecit : alors que le RN tisse sa toile dans la région, David Lisnard a su contenir la liste du mouvement d’extrême droite qui – pour la première fois – se présentait contre lui. « Le RN a fait quatre fois moins qu’aux élections législatives et quatre fois moins qu’aux européennes », se félicite l’élu.
Sa force ? « Le travail accompli, souligne-t-il, sans ambages. On a baissé la dette, réduit la fiscalité tout en augmentant les investissements. Cet effort est perceptible pour les habitants. Notre projet a été travaillé, documenté, et il a été porté par une équipe solide. Et j’ai mené la campagne comme si c’était pour la première fois, en étant constamment sur le terrain, comme je le suis tous les jours. Nous avons fait la démonstration qu’une proposition politique solide sur les principes, qui porte une ambition collective, en parlant d’avenir tout le temps tout en étant ancré dans les réalités, ça marche ! »
Autre atout : la transparence. « J’ai constitué une liste d’intérêt local, mais je ne cache pas qui je suis. Tout le monde connaît mes convictions. J’ai annoncé avant de lancer ma candidature mes ambitions présidentielles, ce qu’ont tenté d’utiliser contre moi la gauche et le RN, et ils ont fait choux gras : je n’ai pas triché, et les habitants ont choisi de m’accompagner. »
2027 en ligne de mire
La morale de l’histoire ? « Une droite affirmée et indépendante peut être gagnante !, souligne celui qui est toujours encarté LR. Il faut que nous nous libérions, y compris au sein de LR, de tout ce conformisme étatiste, collectiviste qui nous fait perdre depuis quarante ans. Une droite indépendante, libérale, sécuritaire, portée sur les questions éducatives et scientifiques peut redresser le pays. C’est ce que je veux proposer au pays avec mon mouvement Nouvelle énergie. La droite doit sortir du corner, sur le ring de boxe que représente la scène politique, ne pas rester dans un angle. Ce qui compte, c’est d’avoir des convictions et de les porter. Arrêtons de nous laisser enfermer dans l’étau mortifère Le Pen/Bardella – Mélenchon. Tous ces gens-là nous proposent de rafistoler un système qui a fait son temps. Aujourd’hui, on peut porter sur le terrain politique une espérance du XXIe siècle. »
Triomphalement élu, voici la route de celui qui est le président de la puissante Association des maires de France (AMF) dégagée vers l’horizon de la présidentielle. L’homme se sent-il libéré ? « Je me suis toujours senti très libre, décoche-t-il. Ce résultat m’oblige plus qu’il ne me libère : il ne me confère aucun droit, seulement des devoirs, je dois me montrer à la hauteur du choix des électeurs. J’ai un mandat à exécuter. » Mais aussi un projet présidentiel à bâtir. Et, sans qu’on lui demande, voici que ce présidentiable qui creuse son sillon en marge des appareils avec lequel il faudra plus que jamais désormais compter s’emballe.
« Il faut libérer le pays, y compris sur la question de l’immigration, soutient David Lisnard. On peut multiplier les gardes-frontières, modifier la Constitution pour serrer les flux migratoires, il y aura toujours des appels d’air, à cause de l’État-providence. C’est lui la principale cause de l’immigration. Il faut rompre avec un système qui sponsorise l’oisiveté. Nous, on va faire en sorte d’accueillir les meilleurs, en proposant une voie libre qui repose sur les ressorts d’une prospérité adaptée au XXIe siècle. Je ne me sens aucun point commun avec une fausse droite que l’on retrouve aussi bien à LR qu’au RN ou chez les macronistes, ces gens qui ont voté un budget fiscaliste, la fin de la réforme des retraites. Nous, ce qu’on veut, c’est une vraie rupture libérale. »
On l’aura compris, doté de ce score impressionnant aux municipales, David Lisnard sent gonfler les voiles de son bateau Nouvelle énergie, vers le large. Cap sur 2027.
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Lutte contre l’incivisme : le combat quotidien
À Cannes, alors que l’incivisme est traqué en temps réel, patrouilles et prévention conjuguées rappellent que « l’espace public n’est pas un dépotoir ».
Le talkie-walkie grésille. À peine le temps d’échanger quelques mots qu’une voix signale un jet de détritus à deux rues de là. La patrouille de la propreté urbaine accélère alors le pas. À Cannes, la lutte contre l’incivisme n’est pas une théorie : elle se pratique, sur le terrain, du matin au soir. Derrière l’image de carte postale, la ville mène une bataille quotidienne pour rester propre. Car, « aujourd’hui, on ne dit pas que la ville est sale, on dit qu’elle a été salie », insiste Thierry Gaudineau, directeur de la propreté urbaine.
Le glissement sémantique est assumé. La salissure n’est plus une fatalité, mais la conséquence d’un comportement. Un mégot, un sac posé à côté d’une corbeille, un encombrant abandonné en bas d’un immeuble : autant de gestes qui déclenchent une mécanique bien rodée.
« C’est le cœur même de notre action »
Avant de prendre la route, les équipes se coordonnent. À 9 h, police municipale et services de la propreté croisent leurs signalements. « Tous les effectifs ont cette mission-là. Ce n’est pas une unité à part, c’est le cœur même de notre action quotidienne », explique Rémi Andrieux, adjoint au directeur opérationnel. « On adapte nos passages en fonction des habitudes constatées. Quand un point revient régulièrement, on renforce la présence. »
Sur le terrain, le flagrant délit reste cependant l’exception et la dissuasion passe aussi par l’œil numérique. Avec 1 028 caméras déployées dans la commune, Cannes dispose de l’un des réseaux de vidéoprotection les plus denses de France. Depuis le Centre de supervision urbain (CSU), les opérateurs signalent tout geste d’incivilité. La patrouille la plus proche est aussitôt dirigée sur place. « À partir du moment où l’infraction est constatée, elle est relevée », insiste Yves Daros, directeur de la police municipale.
La ligne est assumée. « Il faut que la règle soit claire pour tout le monde. Quand on verbalise, ce n’est pas pour faire du chiffre, c’est pour rappeler que l’espace public n’est pas un dépotoir. » En 2025, plus de 3 500 procès-verbaux ont été dressés pour jets de détritus ou sorties de poubelles hors des emplacements prévus.
Une politique de tolérance zéro, visible et régulière, qui commence à porter ses fruits. « La sanction a un effet réel. Les comportements évoluent, parce qu’il y a une réponse systématique », poursuit Yves Daros. Ceux qui persistent le font désormais en connaissance du risque.
« L’utopie reste l’objectif »
La répression n’est pourtant qu’un volet de la stratégie. « Dans les trois temps de la propreté urbaine, il y a la communication, les moyens mis à disposition et la sanction », détaille Thierry Gaudineau. Les rues les plus fréquentées sont nettoyées plusieurs fois par jour. En période estivale, les équipes travaillent jusqu’à 23 heures sur 24 pour absorber le triplement de population. Rien que pour la propreté urbaine, près de 2 000 tonnes de déchets sont ramassées chaque année sur le domaine public. Un coût de plusieurs millions d’euros, pour 210 agents permanents, renforcés par des saisonniers. « L’incivisme oblige parfois à repasser là où l’on est déjà passé », souligne le directeur.
Sur la place Roubaud, à Cannes-la-Bocca, les commerçants jouent aussi leur rôle. « Une rue propre attire la clientèle », confie l’un d’eux. « On ramasse ce qui traîne devant la boutique et on rappelle gentiment aux clients de ne pas jeter leurs déchets n’importe où. » Au fil des années, les mentalités semblent évoluer.
« On ne pourra jamais supprimer toutes les infractions, mais l’utopie reste l’objectif », glisse Nicolas Iltis, responsable de secteur.
Certains habitants n’hésitent plus à interpeller un voisin qui jette son mégot. La peur de la sanction s’ajoute désormais au regard des autres. Et chaque geste incivique laisse maintenant son empreinte.
Voir cet article sur le site de Nice-Matin.