Le Grand Entretien avec David Lisnard – Quelle stratégie pour la France dans le nouveau désordre mondial ?

À l’approche de l’élection présidentielle de 2027, la question du positionnement stratégique de la France dans un monde en recomposition accélérée s’impose désormais au cœur du débat politique. Pour Le Diplomate Média, David Lisnard revient sur sa vision stratégique de la France face aux grands bouleversements géopolitiques contemporains et expose les grandes lignes de sa politique internationale.

le 29 juin 2026
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Dans ce contexte, les enjeux de souveraineté, de réindustrialisation, de défense, de maîtrise technologique et d’indépendance énergétique redeviennent centraux pour les États européens et particulièrement pour la France.

David Lisnard, président de l’Association des maires de France (AMF), maire de Cannes,  président du mouvement Nouvelle Énergie et candidat déclaré à l’élection présidentielle de 2027, défend depuis plusieurs années une vision fondée sur la souveraineté nationale, la liberté économique, la puissance industrielle et le rétablissement de l’autorité de l’État.

Pour Le Diplomate Média, il revient sur sa vision stratégique de la France face aux grands bouleversements géopolitiques contemporains et expose les grandes lignes de sa politique internationale.

Le Diplomate : Le monde semble entrer dans une nouvelle phase de confrontation entre grandes puissances, marquée par le retour de la guerre, des blocs et des logiques de puissance. Comment analysez-vous ce basculement géopolitique historique et quelle place la France doit-elle y tenir ?

David Lisnard : J’aurai prochainement l’occasion de détailler précisément ma vision en ce qui concerne les questions de géopolitique et de défense.

Il est en revanche suffisamment clair que nous changeons d’époque. La parenthèse ouverte en 1989, sur un monde que l’on croyait pacifié par le commerce, régulé par le droit, garanti par la puissance hégémonique des États-Unis, se referme. C’était même une illusion.

Le basculement actuel combine quatre dynamiques simultanées : retour de la guerre, fragmentation géoéconomique, compétition techno-industrielle et polarisation idéologique. Le monde devient plus conflictuel, plus coercitif et plus politique.

Autrement dit, le monde qui se forme n’est ni une nouvelle guerre froide, ni un simple désordre, ni un chaos absolu. C’est un système de blocs partiels, de coalitions variables et de dépendances instrumentalisées. Les grandes puissances réintroduisent une logique d’empire fonctionnel : sécuriser leurs zones, contrôler les technologies critiques, verrouiller les ressources, façonner les normes et tester la cohésion adverse. Dès lors, le monde va se diviser en sphères d’influence et de puissances parfois prédatrices tandis que la guerre redevient pensable pour les pays européens qui doivent faire face à la fin de l’européanisation du monde.

Il est possible aussi que le multilatéralisme cède la place à une bipolarisation : un G2 sino-américain, sorte de condominium, peut-être un G3 demain si l’Inde confirme sa montée en puissance.

De leur côté, les BRICS élargis rassemblent près de la moitié de l’humanité et contestent l’ordre occidental, malgré leurs fortes dissensions et rivalités internes, pendant que le rapprochement de Moscou et de Pékin recompose l’Eurasie à nos dépens.

Partout, les rapports de force commandent à nouveau, quand nous continuons d’opposer des intentions d’ordre moral.

Deux tentations françaises nous égarent. La première : proclamer l’« Europe puissance » et la « souveraineté » sans jamais en payer le prix. La seconde : se résigner au déclin, comme si la France était résignée à n’être plus qu’une puissance moyenne et spectatrice.

La France garde les attributs d’une puissance complète à l’échelle européenne : siège permanent au Conseil de sécurité, dissuasion nucléaire indépendante, base industrielle de défense de qualité, armée projetable, territoires ultramarins nous procurant la seconde zone économique exclusive du monde, présence en indo-pacifique, autonomie diplomatique.

Mais elle est aussi un pays affaibli et exposé : finances publiques catastrophiques et dette détenue en majorité par des étrangers, dépendances industrielles, vulnérabilité informationnelle, fatigue stratégique de l’opinion, masse économique insuffisante pour rivaliser seule. Une nation qui ne maîtrise plus ses comptes, son industrie et son énergie cesse de peser dans les affaires du monde.

Je n’accepte pas que la France soit un commentateur impuissant. Elle doit être une puissance que je qualifierai d’armature : suffisamment forte pour protéger ses intérêts, suffisamment alliée pour démultiplier sa masse, suffisamment autonome pour ne pas être absorbée dans les priorités et intérêts d’autrui.

Notre ligne ne doit être ni la neutralité, ni l’alignement, ni la posture. Nous devons défendre une souveraineté d’alliances : une France militairement crédible, économiquement robuste et politiquement motrice dans la refondation stratégique de l’Europe.

Cela suppose un vrai leadership et une capacité d’analyse autonome. S’y ajoutent des partenaires choisis, non imposés, et une capacité d’agir vite et franchement, seuls quand nos intérêts l’exigent, et parfois brutalement.

La souveraineté ne se proclame pas : elle se finance. La France peut redevenir une puissance d’initiative, capable de peser et d’entraîner, à condition d’en reconstituer d’abord les moyens chez elle.

Face à la rivalité croissante entre les États-Unis et la Chine, quelle stratégie la France et l’Union européenne doivent-elles adopter : alignement occidental renforcé, autonomie stratégique européenne ou politique d’équilibre plus indépendante ?

Ni alignement occidental renforcé au sens d’un suivisme stratégique, ni politique d’équilibre indépendante au sens d’une équidistance entre Washington et Pékin. La ligne la plus rationnelle pour la France et l’Union européenne est une autonomie stratégique européenne d’alliances : solidarité occidentale sur la sécurité, réduction des dépendances critiques vis-à-vis de la Chine, refus d’une vassalisation politique, industrielle et technologique vis-à-vis des États-Unis mais une alliance atlantique redéfinie et, si possible, solide.

L’Union européenne n’affronte pas une rivalité extérieure abstraite, mais une contrainte à double face.

D’un côté, la Chine est à la fois partenaire, concurrente et rivale systémique dans plusieurs secteurs critiques. Le déficit commercial de l’Union européenne avec Pékin a atteint le niveau record de 360 milliards d’euros en 2025. C’est de la Chine que nous dépendons désormais le plus : elle fournit 100 % des terres rares lourdes consommées dans l’Union et concentre plus des trois quarts du raffinage mondial des métaux critiques, jusqu’à 90 % pour les terres rares. Si Pékin ferme le robinet, ce sont nos chaînes industrielles – automobile, défense, énergie – qui s’arrêtent. Voilà la vérité sur notre vulnérabilité critique.

De l’autre, les États-Unis restent l’allié militaire central, mais sont aussi un compétiteur technologique, industriel et parfois coercitif sur le plan économique.

Nous devons comprendre qu’ils poursuivent leurs intérêts, qui ne coïncident pas toujours avec les nôtres : hier l’accord avec l’Iran, aujourd’hui la pression sur Israël, demain peut-être un arrangement sino-américain conclu à notre détriment. Le risque, pour l’Europe, est de devenir la variable d’ajustement d’un G2, le condominium que j’évoquais précédemment.

La sécurité européenne demeure, à court terme, indissociable du cadre atlantique. Le sommet de l’OTAN à Washington en 2024 a qualifié la Chine de défi systémique pour la sécurité euro-atlantique et de « decisive enabler » de l’effort de guerre russe en Ukraine. Autrement dit, pour les Européens, la question chinoise n’est plus asiatique seulement : elle est entrée directement dans l’équation de sécurité du continent.

La compétition de puissance se joue aussi sur le financement, l’industrie, la recherche, les semi-conducteurs, l’IA, le spatial, le quantique, la fusion, la robotique, les matières premières et les investissements sortants.

Alliée des États-Unis sans alignement sur l’ensemble de leur agenda, ferme face à la Chine sur la sécurité et les dépendances critiques sans découplage total, européenne dans ses capacités et occidentale dans sa solidarité de sécurité : c’est la seule synthèse compatible avec les intérêts français et européens.

Elle se décline sur trois niveaux : en sécurité dure, l’OTAN, le soutien à l’Ukraine, le renforcement de la base industrielle de défense européenne, la hausse des capacités et la protection contre les cybermenaces, les campagnes d’influence et les coercitions ; en économie stratégique, la sécurisation des chaînes critiques, le filtrage des investissements, la protection de la recherche, l’encadrement des transferts de technologies duales et une politique industrielle crédible. En diplomatie de puissance enfin, l’Europe conserve des canaux de coopération avec la Chine sur le climat, le commerce et la stabilité financière, tout en refusant les dépendances qui créent une vulnérabilité politique.

Pour la France, cela implique de jouer un rôle de puissance-cadre. Paris doit pousser pour organiser la convergence entre réarmement européen, souveraineté technologique, sécurité économique et maintien du lien transatlantique.

L’Union européenne apparaît de plus en plus critiquée pour ses lourdeurs bureaucratiques, ses contraintes normatives et certaines dépendances stratégiques qu’elle aurait contribué à accentuer. Selon vous, l’UE constitue-t-elle aujourd’hui un levier de puissance pour la France ou parfois un frein à son indépendance diplomatique, industrielle, énergétique et militaire ?

L’Union Européenne est un impensé stratégique et politique. L’UE n’est pas un obstacle extérieur à la souveraineté française, elle est le cadre dans lequel cette souveraineté peut être soit amplifiée, soit neutralisée.

L’Union est d’abord un atout par son marché, le plus grand du monde. Elle est un frein par sa bureaucratie, son inflation normative et sa naïveté commerciale et énergétique. Le marché européen de l’électricité en est l’exemple le plus coûteux : il a renchéri notre électricité nucléaire, pourtant décarbonée et compétitive, au détriment de notre industrie et du pouvoir d’achat des Français.

Regardez parallèlement le Brexit : l’expérience britannique le disqualifie : le Royaume-Uni n’a repris le contrôle ni de son commerce ni de son immigration, bien au contraire. La réponse n’est pas de quitter l’Union, mais d’y reprendre la main par les États. Si la Commission a pris cette place, c’est que les États la lui ont laissée, la France la première.

Sur le plan économique, nous devons simplifier, investir, défendre nos intérêts industriels. Sur le plan institutionnel, une coopération entre États sur les sujets de défense, politique étrangère, technologies de rupture, dans l’esprit du Plan Fouchet, sera bien plus efficiente qu’un saupoudrage paralysant à vingt-sept. Beaucoup ont cru pendant des décennies que la puissance européenne serait fédérale et politique. Ce qui fonctionne, c’est le marché ; la puissance politique, elle, se construit par la coopération des nations.

L’UE peut être un multiplicateur de puissance pour la France dans le monde des masses critiques, mais elle est un frein dès lors que la règle, la norme, la fragmentation institutionnelle et le compromis l’emportent sur la décision stratégique. Pour notre pays, la question n’est pas de savoir si l’Europe « protège » ou « empêche », mais dans quels domaines l’échelle européenne accroît la souveraineté française, et dans quels domaines elle la dilue.

Les questions de souveraineté industrielle, énergétique et militaire reviennent au premier plan. Quelle serait votre doctrine pour reconstruire la puissance française dans les secteurs stratégiques : nucléaire, industrie de défense, énergie, cybersécurité et production industrielle ?

Il faut libérer l’économie pour financer le régalien. On ne reconstruit pas une puissance industrielle à coups de plans et de subventions, mais en desserrant l’étau fiscal, normatif et énergétique qui asphyxie nos producteurs.

Desserrer cet étau ne suffit pas : encore faut-il choisir. On ne reconstruit rien en décrétant que tout est stratégique. Nous devons définir une hiérarchie claire : souverains sur les noyaux durs – nucléaire, défense, cyber de l’État, composants critiques – européens sur les filières, alliés sur le reste. Et, autour de ces noyaux, des interdépendances choisies plutôt que subies. L’État doit fixer ses priorités, garantir les volumes, porter une part du risque. Il doit aussi généraliser les procédures accélérées qu’il sait mobiliser quand il le décide. Ce qui fut l’exception pour la cathédrale et les JO doit devenir la règle pour nos priorités stratégiques, afin que les délais de permis, de certification et de marchés publics épousent l’urgence.

Le nucléaire est notre infrastructure de souveraineté : il porte ensemble l’indépendance énergétique, la compétitivité industrielle et la stabilité du réseau électrique. Cela commande de prolonger le parc, d’exécuter l’EPR2, de lancer les petits réacteurs modulaires, de financer la recherche sur la fusion et le thorium, de reconstruire une base industrielle et des compétences complètes avec soudeurs, tuyauteurs, automaticiens.

Sur la défense, l’actualisation de la loi de programmation militaire ajoute 36 milliards d’euros sur 2026-2030 et porte l’effort national à 2,5 % du PIB en 2030. Bonne nouvelle, mais ne confondons pas affichage budgétaire et ambition stratégique : une partie de ces crédits ne fait que combler une programmation sous-financée dès l’origine. Le déclassement est déjà là : le budget allemand atteint près du double du nôtre, la Pologne alignera huit fois plus de chars modernes que la France d’ici 2035, et nous ne produisons plus un seul char depuis l’arrêt de la chaîne Leclerc en 2008. Enfin, nous avons pris un retard considérable sur les drones, désormais incontournables.

La doctrine doit viser la guerre longue : stocks stratégiques, contrats pluriannuels de munitions et de drones, financement des PME sous-traitantes qui sont nos vrais goulets d’étranglement. Une industrie de défense est une fonction régalienne externalisée dans l’économie privée ; elle doit être pilotée comme telle.

En cyber, le minimum vital – chiffrement, identités, hébergement des données sensibles, continuité des réseaux de l’État – doit rester entre nos mains : auditable, substituable, récupérable.

Instaurons partout la même préférence pour nos technologies souveraines : le SAMP/T plutôt que la dépendance systématique au matériel américain. Réarmer ne suffit pas. La puissance reviendra quand l’État cessera de raisonner en flux tendus pour bâtir des capacités qui tiennent sous la contrainte, et qu’il rendra compte de chaque euro engagé.

L’intelligence artificielle, le quantique, l’espace, la robotique et les nouvelles technologies deviennent désormais des enjeux de puissance comparables au nucléaire au XXe siècle. Comment éviter le décrochage technologique de la France face aux États-Unis et à la Chine ?

Vous avez raison : ces technologies sont le nucléaire de notre siècle, et la souveraineté de demain s’y joue.

Nous avons des atouts : des ingénieurs de très haut niveau, des entrepreneurs audacieux, un champion européen de l’intelligence artificielle, des pépites dans la robotique, une stratégie quantique nationale renforcée d’un milliard d’euros sur 2026-2030, une filière spatiale de premier rang.

Mais le danger est double : étouffer nos atouts entre une bureaucratie qui surrégule et un saupoudrage qui interdit la taille critique, et nous résigner à n’être que le marché, le régulateur ou le sous-traitant des autres.

En cinquante ans, l’Europe n’a pas engendré une seule entreprise valorisée à plus de 100 milliards d’euros, quand les six géants américains au-dessus de 1 000 milliards sont tous nés sur cette période. En 2025, l’investissement privé dans l’intelligence artificielle a atteint près de 286 milliards de dollars aux États-Unis, vingt-trois fois le niveau chinois. Et la Chine est désormais en tête dans 57 des 64 technologies critiques recensées.

L’Europe a réglementé l’intelligence artificielle avant même d’en produire. Les mesures de simplification de l’AI Act votées en juin sont un aveu tardif. Surtout, il n’y a pas d’intelligence artificielle souveraine sans accès souverain au calcul, donc à l’électricité. C’est notre premier atout : un pays doté d’un parc nucléaire abondant et décarboné peut alimenter ses centres de données quand les autres en manquent. Encore faut-il un cadre qui libère ce calcul, l’accès aux données et le foncier des data centers, au lieu de les entraver.

Nous ne copierons ni le modèle de masse américain, ni la mobilisation d’État chinoise.

Nous devons choisir une voie de supériorité ciblée en concentrant l’effort sur quelques domaines décisifs, par des coalitions d’États décidées plutôt qu’en répartissant les crédits entre vingt-sept pays.

Visons d’abord l’intelligence artificielle là où nous pouvons gagner : défense, santé, énergie, industrie, avec la commande publique pour levier. Le quantique, où nous gardons une vraie avance, et le spatial – accès, connectivité, services – appellent le même effort concentré. Enfin, prenons conscience de l’énorme enjeu de société et économique de la robotique : la Chine y a installé 295 000 robots industriels en une seule année, neuf fois plus que les États-Unis. Sans elle, il n’y aura pas de réindustrialisation.

Reste le financement. L’épargne des Français se dirige aujourd’hui trop peu vers les entreprises. Un pilier de retraite par capitalisation l’orienterait vers les PME et les ETI technologiques, reconstituerait un actionnariat stable et nous affranchirait des capitaux étrangers à condition de ne jamais laisser racheter nos actifs critiques quand ils touchent à la souveraineté.

La France doit renoncer au rêve d’une supériorité générale, hors de portée, pour bâtir une supériorité ciblée, protégée et industrialisée sur les technologies qui commandent sa liberté d’action. C’est notre dissuasion pour ce siècle.

Comment analysez-vous aujourd’hui la stratégie de Donald Trump et l’évolution de l’Amérique trumpienne ? Les États-Unis poussent désormais leurs alliés européens – notamment par la voix de J.D. Vance – à se réindustrialiser, à réarmer leurs économies et à défendre davantage leurs identités et valeurs civilisationnelles. Quelle relation la France devrait-elle entretenir avec cette nouvelle Amérique ?

L’Amérique de Trump est un empire contesté qui refuse de décliner et entend rester dominant à ses conditions. Il ne quitte pas le jeu mondial ; il veut y rester en faisant payer les autres : réindustrialiser, fermer les frontières, rapatrier les chaînes critiques, redéfinir l’alliance sur des bases transactionnelles. Sa ligne est souvent illisible : un jour il presse l’Iran, le lendemain il retient Israël ; il négocie seul avec Moscou sur l’Ukraine, et avec Téhéran via Oman et le Pakistan, sans nous.

Il n’attache plus de prix à sa réputation d’allié fiable : il menace de prendre le Groenland, promet d’aider les manifestants iraniens, puis félicite le régime qui les pend et lui consent des concessions contre de vagues engagements.

Son injonction nous rend service. Quand Washington somme les Européens de se réindustrialiser, de réarmer et d’assumer leurs intérêts, il s’agit d’une vérité.

L’Amérique nous veut plus forts à condition que nous restions utiles dans une hiérarchie qu’elle entend continuer de dominer. Raison de plus pour nous renforcer selon nos intérêts.

Le message va d’ailleurs plus loin que le partage du fardeau militaire. À Munich, en février 2025, J.D. Vance a désigné comme première menace pour l’Europe non la Russie, mais le recul de la liberté d’expression, la défiance des élites envers leurs peuples, l’immigration de masse. Il y a là une part de vérité : l’Europe doit cesser de douter d’elle-même et réaffirmer ses nations et ses frontières. Mais ne nous y trompons pas : partager certaines valeurs ne rapproche pas nos intérêts. Les États-Unis défendent d’abord leurs producteurs, leurs plateformes, leur monnaie et leurs marchands d’armes, quel que soit le discours sur la civilisation.

La bonne relation avec cette Amérique n’est donc ni l’hostilité de principe, ni l’atlantisme réflexe, ni la fascination idéologique. C’est une alliance lucide et sélective : une sécurité partagée sans dépendance de décision, une coopération technologique sans naïveté industrielle, un dialogue politique sans mimétisme idéologique. Celle d’un allié fiable, mais qui finance sa propre défense, défend ses intérêts à chaque table et cesse de sous-traiter sa sécurité. Washington ne traite d’égal à égal qu’avec les nations qui se respectent assez pour assurer elles-mêmes la leur. Le problème est donc d’abord chez nous.

La France dispose de la deuxième Zone économique exclusive mondiale et possède des intérêts stratégiques majeurs dans l’Indo-Pacifique. Quelle serait votre politique dans cette région devenue centrale dans la compétition mondiale face à la montée en puissance chinoise ?

Pour la France, l’Indo-Pacifique n’est pas un théâtre de projection lointain : c’est un territoire national. 93 % de notre zone économique exclusive s’y trouve, 1,65 million de Français y vivent, de La Réunion à la Nouvelle-Calédonie, de Mayotte à la Polynésie, et nous y maintenons en permanence près de 8 000 militaires. Nous sommes la seule puissance européenne véritablement résidente entre l’océan Indien et le Pacifique. Cet atout, nous le sous-exploitons. La France doit y agir en puissance riveraine : l’enjeu n’y est pas seulement diplomatique, il est souverain, militaire, économique et civilisationnel. J’y vise une capacité réelle d’influence, de présence et de capacité de réplique pour préserver nos intérêts.

La zone concentrera la moitié du PIB mondial en 2040 et toutes les lignes de faille. La Chine revendique près de 90 % de la mer de Chine méridionale et y bâtit des bases. Taïwan, où se fabriquent plus de 90 % des semi-conducteurs les plus avancés, demeure un point de bascule du monde. La Corée du Nord multiplie les tirs de missiles. Notre déficit commercial avec la région a explosé. Pékin y est à la fois un partenaire économique, un rival stratégique et une puissance qui n’hésite pas à user de révisionnisme historique pour justifier sa volonté d’expansionnisme géographique. Il faut le traiter comme tel, sans ambiguïté.

La Nouvelle-Calédonie, la Polynésie, La Réunion, Mayotte, Wallis-et-Futuna, les Terres australes sont nos plates-formes stratégiques, pas des périphéries administratives. Nous en ferons des points d’ancrage de commandement, de renseignement maritime, de protection des câbles et de projection logistique. Cela suppose de renforcer nos outre-mer : radars, drones de surveillance, patrouilleurs, ports à double usage, cyberdéfense, réserve territoriale et d’en faire un chantier prioritaire, pas une annexe budgétaire. Une puissance qui n’organise pas ses confins maritimes invite les autres à les tester.

Autour de ces points d’ancrage, je raisonne en cercles. D’abord les partenaires lourds comme l’Inde, avec qui nous avons un partenariat de défense exemplaire autour du Rafale, le Japon, l’Australie, l’Indonésie, avec lesquels je veux un agenda annuel d’exercices conjoints : surveillance maritime, cyber, secours aux populations, logistique.

Ensuite les pivots d’Asie du Sud-Est : Singapour, le Vietnam, les Philippines, la Malaisie. Enfin les États insulaires du Pacifique, où se joue une bataille d’influence que nous avons trop longtemps négligée. Le tout sans nous enrôler dans une logique de bloc qui ferait de nos territoires des cibles.

Deux chantiers, enfin. Une initiative française sur les câbles, les ports et la connectivité souveraine du Pacifique insulaire et de l’océan Indien, articulée avec l’Union européenne et son programme Global Gateway. Et un vrai retour en Océanie politique : garde-côtes, formation et bourses, santé, climat, francophonie, gouvernance maritime. C’est dans cette influence quotidienne qu’on gagne ou qu’on perd une région. Sur Taïwan et les mers régionales, ma ligne est claire : soutien au statu quo, refus de la force, respect du droit international, missions de présence assumées mais calibrées.

Les relations entre Paris et Alger traversent une crise profonde, tandis que le Maroc affirme de plus en plus son rôle régional et que la Libye demeure fragmentée. Quelle politique entendez-vous mener vis-à-vis de l’Algérie et plus largement du Maghreb ?

La France ne peut plus y arbitrer les rivalités, elle doit y hiérarchiser ses intérêts et compartimenter ses relations. Elle doit surtout cesser de faire dépendre toute sa politique régionale de l’Algérie. L’Algérie, le Maroc et la Libye n’appellent pas la même politique : il faut parler aux deux rives du duel algéro-marocain sans dépendre d’aucune, et empêcher que la Chine, la Russie, la Turquie ou les monarchies du Golfe ne structurent seules la région. Car le Maghreb est notre profondeur stratégique en Méditerranée, au Sahel et en Europe et, par les mémoires et les diasporas, un sujet de tension ou de cohésion intérieure française.

Avec l’Algérie, je ne veux ni rupture théâtrale, ni aveuglement mémoriel. Elle est trop importante pour être traitée en adversaire, et trop conflictuelle pour rester un partenaire privilégié. Le cœur du problème est l’accord de 1968, qui place les ressortissants algériens hors de notre droit commun et neutralise nos réformes migratoires : aucune réforme sérieuse de l’immigration n’est possible sans le dénoncer. Le levier des visas doit être constant et hiérarchisé : d’abord les passeports diplomatiques et les dignitaires du régime, avant les familles et les étudiants. Un État qui refuse de reprendre ses ressortissants délinquants et tolère des opérations d’ingérence sur notre sol ne peut prétendre à nos largesses. La relation deviendra solide le jour où elle se fera d’égal à égal, entre deux nations qui tiennent parole. J’y travaillerai.

Avec le Maroc, c’est l’inverse, et tant mieux. La reconnaissance par la France de la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental a clarifié la relation et débouche sur un partenariat d’exception, jusqu’à un traité bilatéral inédit. Le Maroc est notre premier partenaire économique en Afrique et un point d’entrée vers tout le continent. Je souhaite approfondir ce lien : ferroviaire, énergie, sécurité, co-développement en Afrique. Une diplomatie de clarté et d’intérêts mutuels obtient ce qu’une diplomatie de l’ambiguïté n’obtient jamais.

La Libye, enfin, est une plaie ouverte aux portes de l’Europe : un pays coupé en deux, sans élection depuis 2014, où la Turquie et la Russie ont installé leurs relais pendant que les Européens étaient marginalisés. Son plan de réunification se négocie désormais à Washington. Nos intérêts y sont pourtant directs : terrorisme, flux migratoires, énergie. La France doit y retrouver une voix, avec ses partenaires européens et sous mandat des Nations unies, au lieu de subir un dossier où d’autres décident à sa place.

Je n’oublie pas la Tunisie, clé des flux migratoires et de la stabilité du Maghreb central : un partenariat exigeant, sans complaisance pour ses dérives. Car tout se tient. Il n’y a pas de politique sahélienne sérieuse sans une lecture fine des enjeux avec ces pays.

N’oublions pas enfin les enjeux culturels d’une politique constructive avec le Maghreb.

Après les revers enregistrés au Sahel et le recul de l’influence française dans plusieurs pays africains, comment la France peut-elle reconstruire une relation crédible avec l’Afrique face à la montée en puissance de nouveaux acteurs comme la Chine, la Russie ou la Turquie ?

Disons d’abord la vérité : notre désengagement militaire du Sahel est achevé. Cinq accords de défense rompus – Mali, Burkina Faso, Niger, Tchad, Sénégal – nos bases rétrocédées ; il ne nous reste guère que Djibouti et un point d’appui au Gabon. Wagner, rebaptisé Africa Korps, occupe le terrain. La Turquie y vend ses drones, la Chine y avance ses intérêts. Cet échec a une cause : nous avons trop longtemps fait reposer la relation sur le militaire et sur une posture de paternalisme post-colonial que plus personne n’acceptait.

Reconstruire suppose de changer de logiciel, et même de question : au lieu de nous demander comment retrouver notre influence, demandons-nous pourquoi un État africain choisirait la France plutôt que la Chine, la Russie ou la Turquie. Tant que nous n’y répondons pas froidement, tout « reset » reste cosmétique. La repentance n’achète aucune influence. Je crois à une relation d’intérêts, sans condescendance ni culpabilité. La réponse est donc aussi ans leurs priorités, pas dans nos catégories : l’emploi des jeunes, la dette, l’énergie, l’agriculture, les infrastructures, l’accès au capital comptent plus, pour eux, que nos débats mémoriels.

Cela suppose aussi d’abandonner le réflexe du pré carré francophone. Le rapprochement avec les économies anglophones dynamiques – le partenariat avec le Kenya, le sommet de Nairobi – va dans le bon sens. L’Afrique est un continent jeune et en croissance, qui se pense désormais comme un sujet stratégique, et non comme une chasse gardée. Nous y conservons des atouts considérables, mais notre seule présence ne suffit plus : il faut convaincre, proposer des offres sectorielles tenables, et co-construire plutôt que prétendre piloter. L’influence se regagnera par l’utilité et la constance, dans la durée.

Le Moyen-Orient connaît une nouvelle phase de déstabilisation avec la guerre entre Israël et l’Iran, la fragilité persistante du Liban et le retour des affrontements régionaux. Comment analysez-vous la politique de la France au Levant et quelle devrait être la meilleure position diplomatique et stratégique de la France ?

En politique étrangère, ce sont les rapports de force qui décident. L’Iran ne cède qu’à la contrainte, et un accord arraché sous la menace ne vaut que ce que vaut sa garantie. Pour Israël, l’affrontement avec l’Iran est existentiel : son droit à se défendre est légitime, et la responsabilité première de l’escalade revient à Téhéran et à ses proxies. Un Iran doté de l’arme nucléaire reste une ligne rouge absolue. Or le mémorandum qui vient d’être signé diffère ce problème, il ne le règle pas. Il promet le démantèlement et le retrait de l’uranium enrichi ; mais ces 440 kilogrammes à 60 %, de quoi fabriquer une dizaine de bombes, ne seront neutralisés que lorsque cet engagement sera effectif et vérifié.

Et les négociations censées le finaliser se présentent mal. La dilution du stock sur le sol iranien, puisque Téhéran refuse de l’exporter, est pleine de zones d’ombre : à quel taux, selon quel calendrier ? Surtout, ce stock resterait en Iran, et une dilution se renverse en quelques mois.

Quant à Ormuz, l’Iran annonce un droit de péage à partir de mi-août, au mépris du droit international et de la promesse américaine d’un détroit libre : une dangereuse boîte de Pandore.

Ce que cette crise révèle surtout, c’est l’absence française. Nous sommes pourtant l’un des rares pays capables de parler à toutes les parties, d’œuvrer à la défense du droit international, la sécurité d’Israël, la souveraineté du Liban et la critique du rôle iranien.

Nous en avons les moyens : des Rafale qui protègent en ce moment nos partenaires du Golfe, 400 000 ressortissants, le Charles-de-Gaulle sur zone, des accords de défense avec les Émirats, le Qatar et le Koweït, un siège permanent au Conseil de sécurité. Pourtant, l’accord sur le nucléaire se négocie sans nous, d’Islamabad à la Suisse ; le plan pour Gaza s’écrit à Washington sans nous.

Nous siégions dans le format E3/P5+1 qui a négocié l’accord de Vienne sur le nucléaire iranien aux côtés de nos partenaires européens, de la Russie, de la Chine et des États-Unis ; nous n’y sommes plus. Hésitante, la France a vu son influence régresser et failli perdre ce qui fait sa singularité : pouvoir parler à tous.

Au Liban, la ligne doit être ferme et utile : soutien à l’État et à son armée, désarmement du Hezbollah et retrait au sud du Litani comme conditions non négociables, dans le cadre de la résolution 1701. Je veux saluer ici la mémoire de nos soldats de la FINUL tombés cette année. La France y a un rôle ; encore faut-il qu’elle le tienne.

La diplomatie d’affichage, elle, nous affaiblit. Reconnaître un État sans contrepartie, comme nous l’avons fait avec la Palestine, ou écarter un partenaire de défense d’un salon d’armement, n’envoie aucun signal stratégique. Cela irrite des alliés et nous prive de coopérations utiles. La France n’est pas perçue comme neutre, et peu importe. Elle doit être perçue comme prévisible, ferme et utile ; ni dans la posture purement morale, qui parle sans effet, ni dans l’alignement réflexe, qui suit sans stratégie.

La seule influence qui dure est celle d’une puissance qui apporte de la sécurité, un appui à nos partenaires et des solutions concrètes. Cela veut dire défendre des intérêts précis – empêcher un Iran nucléaire, protéger nos ressortissants et nos alliés du Golfe, sécuriser notre approvisionnement énergétique – et exiger notre place à chaque table. C’est la condition pour cesser de subir une région où se jouent directement notre sécurité et notre approvisionnement.

Enfin, entre guerre en Ukraine, menace jihadiste persistante au Sahel, affirmation de la Russie, montée des puissances émergentes comme l’Inde et remise en cause du modèle occidental, considérez-vous que la France doit revoir en profondeur sa doctrine diplomatique et militaire pour redevenir une puissance d’équilibre et d’influence ?

La France doit et peut redevenir une puissance d’initiative plus que d’équilibre. Elle doit retrouver la capacité d’agir la première et d’entraîner les autres, sur l’Ukraine, sur ses approvisionnements, sur ses technologies.

L’initiative la plus difficile qu’il nous faut donc anticiper sera celle qui prévaudra à la sortie de la guerre en Ukraine. Il faudra à la fois aider à reconstruire un pays ravagé et rouvrir avec la Russie, qui restera notre voisine, un canal de dialogue.

Sans naïveté. Il s’agit de renouer ce dialogue structuré qui, au plus fort de la guerre froide, a réduit les tensions avec l’URSS, un ennemi nucléaire autrement plus menaçant avec lequel nous avons su parler sans rien lui céder. Nous saurons parler à une Russie qui défend durement ses intérêts, pour trouver, là où c’est possible, des zones de moindre conflictualité.

Mais porter de telles initiatives suppose une France qui pèse.

Nous ne devons surtout pas renier notre identité, mais réarmer ce qui a toujours fait notre force : la liberté d’appréciation gaullienne, dans un monde devenu plus dur. Nous ne pèserons pas en rêvant d’une neutralité impossible ou en se voulant la conscience morale de l’Occident.

Nous pèserons en nous donnant les moyens d’agir. Le chantier est d’abord intérieur. C’est là que tout commence.

 

Propos recueillis par Roland Lombardi. Retrouvez cet entrentien sur le site Le Diplomate en cliquant ici. 

«De Marc Bloch à Samuel Paty, pour un deuxième “historien-résistant” au Panthéon»

Emmanuel Macron a l’occasion de respecter davantage l’esprit de l’Étrange défaite et la mémoire de Marc Bloch en annonçant l’entrée au Panthéon de Samuel Paty. Une tribune de David Lisnard parue dans Le Figaro.

le 26 juin 2026
Figaro

S’il est une panthéonisation qui devait faire l’unanimité, c’était bien celle de Marc Bloch. Sa vie comme ses écrits en font un homme d’exception et une source d’inspiration. Savant qui a révolutionné l’histoire par son œuvre personnelle et la belle aventure des Annales en compagnie de son ami Lucien Febvre, officier couvert de citations et de médailles dans les deux guerres mondiales, résistant du réseau Franc-Tireur avant d’être l’un des principaux responsables de la résistance unifiée : Marc Bloch coche décidément toutes les cases du « grand homme » qui a mérité l’hommage suprême de la « patrie reconnaissante », selon la devise inscrite au fronton du Panthéon. D’où le très juste choix d’Emmanuel Macron en décidant d’une reconnaissance nationale qui n’avait que trop tardé. Et en plaçant son discours, comme toute la cérémonie, sous la haute exigence de l’épitaphe de Marc Bloch : dilexit veritatem : (« il a chéri la vérité »).

On eût dès lors aimé qu’il respectât davantage le contenu du livre présenté comme la référence centrale de son propos. L’étrange défaite  n’est en effet pas un livre sur Vichy mais sur la déroute de 1940 et ses causes, donc sur l’avant-guerre. Il n’a pas pour enjeu « la République », mais la France. Il ne constitue pas davantage un procès contre « ceux qui se sentent plus Français que vous » mais un diagnostic sur le divorce consommé, dès avant la défaite, entre les élites (toutes les élites) et le peuple. C’est une analyse au scalpel qui pointe aussi bien les compromissions de la droite que les « invraisemblables contradictions du communisme français  ». Qui accable l’égoïsme du patronat mais aussi le jeu trouble des syndicats dont « les défaillances n’ont pas été, dans cette guerre-ci, plus niables que celles des états-majors ». Et qui relève déjà les itinéraires paradoxaux d’individus passés de l’extrême gauche internationaliste à l’extrême droite collaborationniste, parce qu’animés d’une idée fixe : la « négation de la nation ». De tout cela, pas un mot dans le discours présidentiel. De façon plus générale, on laissera aux historiens le soin de juger si le portrait de Marc Bloch, tel qu’il est dressé par le discours dominant et conforté par certains membres de la famille, est bien conforme à l’original. Gare à la confusion entre mémoire et histoire, nous mettaient déjà en garde Pierre Nora et Paul Ricoeur, le propre maître d’Emmanuel Macron!

Il est vrai que, panthéonisation oblige, il s’agissait bel et bien, ce 23 juin, de mémoire. Donc de ce que le présent choisit de retenir du passé. Mais ce sont d’autres parallèles que le Président aurait pu tracer, ce sont d’autres leçons qu’il aurait pu tirer.

Rappeler par exemple l’invitation pressante à « la réforme intellectuelle et morale », comme le voulait déjà Renan en 1871, grande référence de Bloch en 1940; et d’abord au courage pour briser tous les conformismes imposés par la bureaucratie, ses procédures paralysantes et son «culte du beau papier». Dénoncer, comme Emmanuel Macron l’a fait avec vigueur, l’antisémitisme actuel, mais sans faire mine de n’y voir qu’une résurgence de Vichy et un apanage de l’extrême droite. Mettre en garde enfin contre les nouvelles capitulations et les nouvelles collaborations qui se préparent dans la complaisance répandue, y compris dans nos institutions, à l’égard des entreprises totalitaires qui déploient aujourd’hui toute leur haine de la France.

C’est là qu’un message clair, et tout à fait dans la ligne de Marc Bloch, qui fut jusqu’au bout obsédé par la question de l’enseignement, eût été bienvenu : l’annonce d’une prochaine panthéonisation de Samuel Paty. L’idée, évoquée plusieurs fois par Emmanuel Macron mais « oubliée » dans son discours du 23 juin, progresse dans la société comme chez ses représentants : ainsi du vœu exprimé par la présidente de l’association des professeurs d’histoire-géographie, Joëlle Alazard, par ailleurs très active dans la commémoration de Marc Bloch. Cet appel suscite, il est vrai, maintes objections, d’une bonne foi d’ailleurs discutable : « ce serait contraire aux usages car la mort de Paty est trop récente »; « il n’a pas été un héros mais une victime »; « l’honorer risquerait d’aggraver les divisions qui déchirent déjà la société ». Des objections auxquelles l’on opposera la panthéonisation de Zola – si cher à Marc Bloch – en 1908, six ans seulement après sa mort et dans un climat de polémiques incendiaires, de manifestations violentes, et même d’une tentative d’assassinat contre Dreyfus. La République, que l’on a exaltée sur tous les tons lors de la récente cérémonie, n’avait alors pas tremblé et avait assumé une « panthéonisation de combat ». D’ailleurs, comme le rappellent les spécialistes, il n’y a en vérité aucun canon en la matière.

D’autant qu’avant d’être une victime, Samuel Paty fut, à sa façon, un résistant. Un résistant aux intimidations et aux menaces des islamistes; à la meute lancée contre lui sur les réseaux sociaux, au « pas de vague » de l’institution, à la tentation – si compréhensible – de l’autocensure dans le corps enseignant; et à sa propre peur qui aurait pu le pousser à un prudent « droit de retrait ». Non. Il a maintenu sa position. Il a défendu son honneur personnel et professionnel. Il a tenu jusqu’aux vacances malgré la montée du péril. Parfaite illustration de la continuité affirmée par Marc Bloch entre « la coutume d’accomplir son devoir exactement » dans son métier et le « sacrifice consenti à la communauté nationale », où il voyait la source du véritable héroïsme, celui du peuple combattant de 1914 et de 1940. Samuel Paty a justement voulu « accomplir son devoir exactement », en enseignant à ses élèves un droit fondamental de notre communauté nationale : la liberté d’expression, que l’on aimerait voir rappeler plus souvent par les chantres des « valeurs républicaines ».

Par ailleurs, de même que chaque panthéonisation rend hommage à une catégorie de Français (les universitaires résistants à travers Marc Bloch), de même celle de Samuel Paty (historien lui aussi) serait un hommage rendu à une profession tout entière, celle des enseignants. N’ont-ils pas le plus grand besoin de la reconnaissance, fût-elle symbolique, de la nation ? Conduire Samuel Paty au Panthéon relève donc en fin de compte, comme tous les grands cérémoniels républicains, d’un choix politique. Ne pas l’assumer consisterait à ternir la mémoire de Marc Bloch au moment où on prétend l’honorer. Réserver nos hommages aux combattants d’hier serait à ses yeux une injustice à l’égard de ceux d’aujourd’hui. Et ce serait oublier le précieux viatique qu’il nous a laissé en héritage : « ne jamais désespérer des Français » car « les ressorts profonds de notre peuple sont intacts et prêts à rebondir ».

« Plus de liberté pour retrouver un État plus fort »

Invité de BFMTV face à Marc Fauvelle, David Lisnard a livré un diagnostic sans concession sur l’état de la justice, de la sécurité et de l’action publique en France. Son constat est clair : la crise que traverse notre pays n’est pas une fatalité, mais la conséquence d’un système bureaucratique devenu incapable d’assurer ses missions essentielles.

le 19 juin 2026
BFMTV

L’émotion suscitée par le témoignage d’une victime de viol, informée par un simple courrier administratif de la libération de son agresseur condamné à trente ans de réclusion, a ouvert l’entretien. Pour David Lisnard, cette situation n’est malheureusement pas une exception.

« C’est absurde, injuste et indécent. Mais le plus grave, c’est que ce type de dysfonctionnement n’est pas rare. Il révèle une défaillance profonde de notre système public. »

Alors que la France détient le record mondial des prélèvements obligatoires et l’un des niveaux de dépense publique les plus élevés du monde développé, les services régaliens essentiels restent sous-dotés. Justice, sécurité, exécution des peines : partout, les Français constatent la même contradiction.

La bureaucratie crée la pénurie

Pour David Lisnard, la racine du problème est connue : l’inflation normative et bureaucratique.

La multiplication des règles, des procédures et des structures administratives détourne les moyens humains et financiers des missions de terrain. Résultat : les magistrats manquent, les greffiers manquent, les policiers manquent, tandis que les délais de jugement explosent.

« La bureaucratie crée la pénurie alors même qu’on dépense davantage. »

Loin d’opposer État et liberté, David Lisnard défend une vision exigeante de l’action publique : un État recentré sur ses missions fondamentales et débarrassé des tâches inutiles qui l’affaiblissent.

« Si nous voulons davantage de magistrats, de policiers, de places de prison, il faut moins de bureaucratie. »

Reconstruire la justice plutôt que rafistoler le système

Face à une justice engorgée et à des peines trop souvent non exécutées, David Lisnard refuse les demi-mesures.

L’exemple de criminels condamnés à de lourdes peines mais libérés après quelques années illustre, selon lui, une perte de crédibilité de l’institution judiciaire.

« Il ne s’agit plus de rafistoler un système qui fuit de partout. Il faut le reconstruire. »

Cette reconstruction passe notamment par une réécriture profonde du droit, une simplification des procédures, une augmentation des moyens humains et matériels de la justice, mais aussi par un changement de doctrine pénale.

Alors que des milliers de places de prison manquent en France, la surpopulation carcérale se conjugue paradoxalement avec une sous-exécution des peines. Cette situation pénalise à la fois les victimes, les magistrats et l’ensemble de la société.

Restaurer l’autorité par la responsabilité

Interrogé sur les violences urbaines et les dégradations commises lors de certains rassemblements, David Lisnard a rappelé un principe simple : il ne peut y avoir d’autorité sans responsabilité.

Il défend ainsi la responsabilité financière des auteurs de dégradations et, lorsqu’ils sont mineurs, celle de leurs parents.

« Nous sommes responsables de nos enfants. Ce n’est pas aux contribuables de payer les conséquences de la délinquance. »

Cette logique de responsabilité s’inscrit dans une vision plus large : remettre au cœur de la société le devoir, l’engagement et l’assomption des conséquences de ses actes.

Un État fort suppose davantage de liberté

L’un des fils conducteurs de l’intervention de David Lisnard réside dans une idée souvent mal comprise : la liberté n’est pas l’ennemie de l’autorité.

Au contraire.

Selon lui, l’État s’est progressivement dispersé dans des missions secondaires, des réglementations excessives et des injonctions contradictoires, au détriment de ses fonctions fondamentales.

« Plus l’État s’occupe de ce qu’il ne doit pas faire, moins il fait ce qu’il doit faire. »

Cette dérive affaiblit simultanément la puissance publique, l’économie et la cohésion nationale.

À l’inverse, un État recentré sur le régalien, garantissant la sécurité, la justice, l’éducation et la souveraineté, retrouverait toute son efficacité.

Une ambition de redressement national

Au-delà des polémiques du moment, David Lisnard a rappelé le sens de son engagement : proposer un projet cohérent de redressement du pays.

Réindustrialiser la France, restaurer son autorité, réduire la bureaucratie, rétablir la responsabilité individuelle et retrouver une trajectoire de liberté économique constituent les piliers de cette ambition.

« C’est la révolution du bon sens que je propose par la liberté et la responsabilité. »

Face au sentiment de déclin qui traverse le pays, David Lisnard oppose une conviction : la France dispose encore de tous les atouts nécessaires pour réussir, à condition d’avoir le courage de réformer en profondeur un système devenu inefficace.

Car pour retrouver un État fort, il faut d’abord lui rendre sa mission première : protéger les Français et préparer l’avenir.

À Bayeux, David Lisnard invoque l’esprit de résistance pour reconstruire la France

Lancé dans sa course à l’Élysée, le président de Nouvelle Énergie a choisi la célèbre cité normande pour dessiner l’architecture d’une refonte des institutions sur le modèle originel de la Constitution de 1958. Un article d’Emmanuel Galiero paru dans Le Figaro.

le 19 juin 2026
LE FIG

La libération de Bayeux comme symbole gaullien de la reconstruction d’une nation et de sa Constitution. David Lisnard, candidat à la présidentielle et président de Nouvelle Énergie, a choisi la date anniversaire de la bataille de Normandie et de l’appel du 18 juin pour prononcer un discours censé marquer une étape importante de sa campagne. Un discours écrit et pensé pour partager l’essentiel de son message en moins de quarante minutes. C’est aussi, pour le maire de Cannes, le moment d’incarner une vision pour l’avenir du pays.

L’élu promet de rétablir le « grand navire France » en commençant par une suite de questions. « Comment reprendre en main notre destin ? Comment retrouver une France libre et indépendante ? Comment maîtriser nos frontières et notre politique migratoire ? Comment rendre nos rues plus sûres ? » Pour lui, rien ne sera possible sans une refonte des institutions françaises.

À l’ombre des grands arbres centenaires de la place Charles-de-Gaulle, devant Arnaud Tanquerel, le nouveau maire affilié aux Centristes d’Hervé Morin (président de la région Normandie proche de David Lisnard), il rappelle les constats sur lesquels fut fondée la Ve République. Et si la dégradation de la France est directement liée à la dégradation de ses institutions, alors le parallèle devient évident entre les réalités décrites par de Gaulle il y a quatre-vingts ans et les tourments politiques de 2026. De son temps, le Général avait dénoncé « l’affaissement moral d’une classe dirigeante qui avait perdu foi dans le régime, dans le peuple et dans elle-même ». David Lisnard le cite : « Des institutions défaillantes produisent des hommes défaillants, des hommes défaillants ne peuvent pas sauver des institutions défaillantes. »

Un chef d’orchestre

À moins d’un an de la présidentielle, ces mots prononcés en un lieu emblématique de la reconstruction politique, quatre-vingts ans après l’esquisse de la Ve République annoncée par le général de Gaulle, font écho aux crises d’un pays prisonnier de ses renoncements. Pour le Cannois, la célèbre cité du Calvados fut celle de la réapparition d’un « État légitime » à restaurer. David Lisnard assume la symbolique de ce déplacement. Il vient ici pour détailler « les conditions de la reprise en main du destin de la France par les Français ». Candidat à la présidentielle, il veut en être le chef d’orchestre.

Le sondage du jour (Ifop Fiducial pour Paris Match) signale une « remontée » de sa candidature dans le top 50, de la 45place en avril à la 34e en juin, « après des mois sans relief », tout en ajoutant qu’« un Français sur trois dit ne pas le connaître ». David Lisnard, pour sa part, confie son envie d’« accélérer » mais n’entend pas le faire en fonction des études d’opinion. « La politique, ce sont des flux, une dynamique. Si j’avais regardé les sondages, je ne serais jamais allé aux municipales. » À dix mois de l’échéance présidentielle, il observe les enquêtes d’opinion comme de simples « photographies dans le brouillard », seulement aptes à révéler des « lumières d’étoiles mortes ».

En pensant aux macronistes, juste avant de se rafraîchir avec un petit verre de cidre Lecornu – ça ne s’invente pas ! -, il rebondit sur son débat face à Édouard Philippe, organisé il y a quelques jours par la maire LR de Taverny, Florence Portelli. « Ce débat m’a conforté dans la nécessité de porter ma candidature pour tourner la page du macronisme », confie-t-il, convaincu que tous les héritiers du président seront « disqualifiés ». L’élu pense d’ailleurs que Bruno Retailleau, candidat des LR, n’échappera pas au reproche d’avoir siégé au sein d’un pouvoir qui aura fini par reculer sur les retraites, sous la pression de la gauche. « Comme pour les marathons, je préfère la compétition à l’entraînement », prévient le Cannois, fermement décidé à poursuivre sa course, encouragé par les élus, les urgences et l’impatience qu’il perçoit sur le terrain. Mercredi, un constitutionnaliste réputé lui a adressé un message pour saluer son discours de Bayeux, jugé « magnifique dans ses finalités et ses inspirations ».

Partisan d’une large primaire à droite

En creusant méthodiquement son sillon, David Lisnard observe la concurrence sans enthousiasme. À droite, il fustige le complexe de supériorité de ceux qui se croient « présidentiables par nature ». À gauche, il constate la victoire, « comme prévu, du cerveau reptilien mélenchoniste », qu’il affirme avoir été l’un des premiers à identifier comme un « danger » pour le pays. Quant à Raphaël Glucksmann, il ironise sur son discours « à la Arlette Laguiller avec le vernis mondain des cercles parisiens ».

Toujours partisan d’une large primaire à droite, le candidat mesure la complexité du projet. « Chaque jour qui passe est un jour perdu », regrette-t-il. Sans renoncer à croire en ses chances, il affiche sa détermination : « La sélection se fera de façon darwinienne. Au début de l’année prochaine se cristallisera autour de ma candidature le mouvement de ceux qui ne veulent plus du macronisme ni du RN. Le plus important est de construire une proposition politique à la hauteur des enjeux. »

Pour ses partisans, le discours de Bayeux est justement l’occasion de tracer des perspectives. Rétablir le septennat, rendre la parole au peuple, réformer la Constitution à partir d’un référendum, remettre le juge constitutionnel à sa place, abroger le principe de précaution, en finir avec les nominations de complaisance, restaurer la souveraineté juridique, rendre l’État à ses missions régaliennes… « Rien ne nous condamne à l’impuissance, sauf les conformismes », alerte l’orateur, venu dessiner l’architecture d’une reconstruction à partir d’un modèle historique. Un modèle de démocratie gaullienne qui proposa, jadis, des pouvoirs « séparés et équilibrés », un exécutif libéré des partis, un garant « de la continuité de l’État et de l’indépendance de la nation »… « Il est temps de reprendre le contrôle », clame David Lisnard. Au fond, le candidat invite les Français à renouer avec « l’esprit de résistance », qu’il croit toujours vivant. « La promesse de 1946 n’appartient pas au passé, conclut David Lisnard. Voilà pourquoi je suis venu à Bayeux. »

 

Retrouvez cet article sur le site du Figaro en cliquant ici.

« Je suis plus discret que secret » : les confidences de Nicolas Gorjux, vice-président de Nouvelle Énergie

Adjoint municipal aux Finances (et au tourisme) et banquier, Nicolas Gorjux est aussi l’homme de confiance de David Lisnard, pour lequel il s’est engagé en politique. Désormais président du Palais des festivals, cet homme discret doit s’exposer davantage, sans rien sacrifier à la tâche. Ultrapragmatisme et efficacité revendiqués ! Un portrait réalisé par Nice-Matin.

Cannes le 19 juin 2026
GORJUX

Il nous accueille sans veste-cravate mais en chemise blanche au col déboutonné. Comme quoi, il ne faut pas trop préjuger. Toujours sérieux et appliqué, Nicolas Gorjux sait aussi desserrer l’étreinte. Mais le premier adjoint au maire David Lisnard n’esquive pas le poids des charges qui s’accumulent au-dessus de sa tête blonde. Quitte à multiplier les casquettes. Depuis son nouveau bureau, il a assisté en « spect-acteur » à son premier Festival de Cannes en tant que président du Palais. Sans trône, ni endormi dans son fauteuil !

« Ça s’est très bien passé, avec un record d’accréditations (plus de 40 000, 16 000 pros au marché du film) et une édition reconnue pour sa qualité. Même si certains habitants râlent parfois, entre Cannes et ce Festival, c’est une histoire d’amour dont on peut être fier », estime cet homme pressé, qui a néanmoins pris le temps de voir la palme d’or Fjord, à laquelle il a préféré Histoires parallèles.

Le cinéma ? Une histoire de famille…

Entre le 7e art et lui, c’est d’ailleurs une question d’histoires. Et les visages de Jean-Louis Trintignant, Monica Vitti ou Sidney Poitier sur sa page Instagram sont aussi le miroir de souvenirs plus intimes. « Ça me renvoie à des films qui m’ont marqué, et qu’on regardait en famille devant la télé », confesse-t-il avec pudeur. Quant à Sean Connery en agent 007, ce n’est pas pour le smoking de rigueur sur le tapis rouge, car la montée des marches sous les flashs n’est « pas trop son truc ». Même s’il se targue (à peine) de les avoir gravis un jour « aux côtés » de Sharon Stone. « Avec mon père et mon frère, on avait ce débat sur le meilleur des James Bond, et j’ai décrété que ça reste Sean Connery ! » Agent « plus discret que secret », et adjoint aux finances pour un deuxième mandat, Nicolas Gorjux a le pouvoir de dépenser. Mais pas de tuer le portefeuille du contribuable, ni d’aligner les 00 sans compter.

Père la rigueur, – « un compliment qui me va droit au cœur, car on engage l’argent des autres et il ne faut pas dépenser ce qu’on n’a pas, justifie ce banquier stratège pour entreprises -, dont le mantra d’élu est : baisse de la dette communale, sans augmenter les impôts, grâce à des investissements rentables. Formule austère ?    « A Cannes, c’est bien d’avoir aussi un peu d’austérité, c’est mieux que le bling-bling «, ironise-t-il, comme on flingue soudain un cliché.

Davantage de fonctions que d’ambition

Pas le genre à se mettre en avant ni fanfaronner, Nicolas Gorjux. Mais avec ses fonctions au plus près de la Croisette et ses délégations en mairie (le tourisme notamment), l’homme de l’ombre est obligé de davantage s’exposer. Quitte à jouer déjà un premier rôle à Cannes, au cas où David Lisnard foulerait un autre tapis… à l’Élysée ? « On a un projet tellement dense, que ma seule préoccupation aujourd’hui est de pouvoir exécuter les idées pour lesquelles 80 % des Cannois nous ont réélus, élude ce second rôle, qui se tient néanmoins prêt à tenir le haut de l’affiche. Que la question puisse se poser à mon sujet me rend fier, et si je m’y prépare, c’est de façon inconsciente. Mais j’ai aussi une activité professionnelle, pas uniquement une fonction représentative d’élu, et je suis père, alors je ne vais pas y ajouter l’ambition politique. »

Avec David Lisnard, un lien indéfectible

Plus Monsieur Loyal qu’Iznogoud, Nicolas Gorjux. D’autant plus qu’à ses yeux, David Lisnard reste sans doute LA véritable star de Cannes. « C’est la seule personne qui m’a donné envie d’entrer en politique, lorsqu’il m’a demandé de le rejoindre en 2014. Sa personnalité hors-norme et sa façon d’agir m’ont complètement séduit. »

Pas question pour autant de courir avec, ni après, le marathonien. « David va trop vite pour moi ! », souffle Nicolas. Mais au fil des années, confiance et amitié se sont scellés autour d’un pacte : « Se dévouer pour servir notre ville, la rendre toujours plus belle et accueillante. »

Un Cannois amoureux de sa ville

Et puis, quand on se prénomme Nicolas, né il y a un demi-siècle dans l’ancienne clinique… Saint-Nicolas du quartier République, la dévotion à la cité semble prédestinée !

Avec un apprentissage de plus de dix ans à l’Institut Stanislas (de la maternelle jusqu’au Bachelor Bac + 3). Et la pelouse de Coubertin pour se forger des valeurs, à la pointe des crampons. « J’ai été joueur de l’AS Cannes, et quand l’équipe a gagné son accession en ligue 3, avec David Lisnard en tribunes, on s’est pris dans les bras et on a chialé comme des gamins ! », se lâche Nicolas. Même si « l’argentier public » se réjouit aussi que le club prospère désormais en privé, sans être subventionné.

Et si ce fan absolu de U2 (une vingtaine de concerts à son compteur) au profil janséniste n’a pas osé aborder Bono lorsqu’il l’a croisé au Cannes Lions ou au Festival du film, Nicolas Gorjux entend néanmoins œuvrer en coulisses avec « ultrapragmatisme et efficacité ».

Sur son Insta encore, la figure malicieuse du P’tit Nicolas. Pour faire des économies avec l’esprit Goscinny ?

« Cannes, la meilleure destination au monde, mais rien n’est acquis ! »

À la tête de la SEMEC (la Société d’Économie Mixte qui gère le Palais), Nicolas Gorjux se donne trois missions : – « Préserver le bilan économique » de ce poumon cannois, qui affiche un chiffre d’affaires record de 55 M d’euros en 2025. « Ce sera difficile à battre, alors que nous avons déjà 340 jours d’occupation et qu’il y a une forte concurrence sur le tourisme d’affaires. Certes nous avons reçu l’Award de la meilleure destination au monde, mais rien n’est acquis ! »

  • « Atteindre, voire dépasser nos ambitions environnementales », avec notamment l’arrivée de la thalassothermie, des panneaux solaires sur le toit, « mais il faut aller plus loin car je suis persuadé que le tourisme de demain va se jouer sur l’écodurabilité, c’est une question d’image. »
  • « Renforcer notre hospitalité, c’est-à-dire faire preuve de générosité, de bienveillance et de cordialité vis-à-vis du visiteur. » À cet égard, Nicolas Gorjux a eu des réunions avec les socioprofessionnels du tourisme, notamment sur la politique tarifaire des établissements cannois (restaurants et hôtels), « car nous sommes tous sur le même bateau, et malgré les contraintes d’une entreprise, il faut rester équitable et responsable. » A bon entendeur…

 

Retrouvez cet article sur le site de Nice-Matin en cliquant ici.

À Bayeux, David Lisnard la joue comme de Gaulle

Retour au septennat, référendum d’initiative citoyenne et dérogations au droit européen : lors d’un meeting à Bayeux mercredi, le candidat à l’élection présidentielle a proposé une refonte de la Ve République. Un article paru dans Le Point.

le 19 juin 2026
LE POINT

Il y a des lieux qui font le discours avant même que l’orateur ait ouvert la bouche. La place du général de Gaulle à Bayeux, ce mercredi midi, est de ceux-là. Sous les tilleuls, seul rempart contre le soleil de plomb, David Lisnard a choisi d’installer le décor de son programme institutionnel pour sa conquête de l’Élysée.

Car l’endroit n’est pas anodin. C’est ici que, le 16 juin 1946, soit quatre-vingts ans jour pour jour avant ce discours, Charles de Gaulle prononçait l’allocution fondatrice de ce qui allait devenir la Ve République. Il y déployait alors sa vision d’un exécutif fort, d’un État arbitre, d’une démocratie enfin stabilisée après des décennies de parlementarisme impuissant.

Et le chef de la France libre finissait son allocution par cette boutade : « Des Grecs, jadis, demandaient au sage Solon : “Quelle est la meilleure Constitution ?” Il répondait : “Dites-moi, d’abord, pour quel peuple et à quelle époque.” » Et pour le peuple de 2026, David Lisnard a sa réponse. Selon lui, la France d’aujourd’hui a besoin de renouer avec le septennat, d’une décentralisation massive, de prioriser la souveraineté française sur l’Europe et de généraliser les référendums.

SEPTENNAT ET RÉFÉRENDUMS

En quittant les palmiers de la Côte d’Azur pour, le temps d’un discours, tenter d’endosser le costume aux larges épaules du général de Gaulle, le maire de Cannes, fondateur du parti Nouvelle Énergie ne semble pas intimidé par la taille des épaulettes.

D’un ton professoral, il pose : « La Constitution de 1958 est née des mains du peuple. C’est au peuple qu’il revient de la restaurer. » Pas de VIe République à la Mélenchon, donc. La broyeuse libertarienne, en revanche, pourrait davantage s’occuper des quarante années de révisions constitutionnelles, de jurisprudences accumulées, de traités européens superposés qui ont, selon lui, vidé de sa substance l’œuvre du général de Gaulle et de Michel Debré.

Premier chantier : le retour au septennat. Instauré en 2000 sous Jacques Chirac, adopté par référendum, le quinquennat a, selon Lisnard, tout raté. « Il se voulait moderne : il a dénaturé la présidence », estime-t-il. Et d’ajouter : « À l’heure des réseaux sociaux, du zapping permanent, des chaînes d’information continue, le pouvoir exécutif doit voir loin quand tout pousse à l’instant. »

Deuxième proposition : libérer l’article 11 de la Constitution. Depuis 2005, l’année du « non » au traité constitutionnel européen, aucun référendum n’a été organisé en France. « Ça fait vingt et un ans ! », déplore-t-il. « L’article 11 sera libéré de ses limites thématiques. Tout sujet pourra être soumis au pays : l’immigration, l’école, la justice, la dépense publique. »

En osant faire parler les morts, David Lisnard affirme que nous sommes dans un moment que de Gaulle craignait déjà en 1946, quand il alertait sur « la désaffection des citoyens à l’égard des institutions ». « Nous y sommes », assure le maire de Cannes. En promettant un référendum sur l’immigration, il se place ainsi dans le sillage de Bruno Retailleau et de Marine Le Pen.

Et le candidat Nouvelle Énergie pousse la logique plus loin en proposant aussi de « vraiment » instituer les référendums d’initiative citoyenne « avec un seuil de signatures atteignable et un vote garanti au terme du délai », sans toutefois préciser lequel.

CONTRE « LA CAPTATION » DU POUVOIR PAR LES JUGES

Devant la centaine de sympathisants parsemée de cheveux blancs écoutant religieusement, David Lisnard réveille finalement le public, s’en prenant à ce qu’il qualifie de « captation » du pouvoir par les juges du Conseil constitutionnel. Il dénonce un renversement historique de l’État de droit : « Le bouclier protégeait le citoyen contre le pouvoir ; on en a fait un titre d’immunité du pouvoir des juges contre le citoyen. »

Et de rappeler aux magistrats en général, sur un ton presque menaçant, que chaque décision de justice porte en haut à droite la mention : « Au nom du peuple français. » Ce même peuple dont, selon lui, les juges s’affranchissent.

La souveraineté européenne est un oxymore. Seule la souveraineté nationale existe.David Lisnard

La même logique souverainiste s’applique à Bruxelles. « La souveraineté européenne est un oxymore. Seule la souveraineté nationale existe », clame-t-il. Sur la Convention européenne des droits de l’homme, David Lisnard veut réviser l’article 55 de la Constitution pour que la loi française reprenne le dessus sur l’interprétation de la CEDH, « à commencer par l’immigration, où l’essentiel des blocages vient de cette Cour ».

Quant au droit européen, il brandit l’exemple danois. Le pays, qui dispose d’une dérogation aux règles communes d’asile, a choisi par référendum, en 2015, de la conserver : « Ce que six millions de Danois ont obtenu et conservé, la France, nation fondatrice et deuxième économie de l’Union, l’obtiendra. »

S’ATTAQUER AU PARISIANISME

Reste la question territoriale. En marge du discours, un verre de cidre à la main, l’élu nous assure vouloir s’attaquer « au jacobinisme et au conformisme parisianiste ». Il plaide donc pour une France radicalement réorganisée, faite de départements et régions fusionnés en une cinquantaine de provinces, sur le modèle de la carte dessinée en 1947 par Michel Debré. Lui qui revendique son ancrage territorial de maire de Cannes ajoute : « La force de l’État ne se mesure pas à l’étendue de ce qu’il administre, mais à sa capacité de remplir ses missions. »

Tout au long de son allocution, le farouche défenseur du libéralisme invoque l’esprit gaulliste et installe un moment qui se veut solennel dans sa campagne présidentielle. Le maire de Cannes nous avait pourtant habitués à des tentatives plus disruptives. En avril dernier, à Paris, il exhibait une broyeuse, reprenant les codes du président argentin Javier Milei en déchiquetant un à un des codes juridiques, manière de cristalliser sa haine de l’excès de normes. Il finissait même son meeting au son du groupe punk les Ramones.

Cette fois-ci, en Normandie, une timide Marseillaise est ânonnée en clôture. Et David Lisnard lit un discours préparé, chose très rare, nous confie son équipe – « Lors des réunions de l’association des maires de France (dont il est le président, NDLR), il a habitué les élus à de très longs discours pleins de digressions, sans regarder ses notes. »

VERS UNE PRIMAIRE DE LA DROITE ?

Malgré toutes ces considérations constitutionnelles, difficile de faire abstraction des réalités politiques plus triviales. Du centre à l’extrême droite, la route vers l’Élysée demeure toujours aussi bouchée.

Sa candidature s’ajoute à celles de Bruno Retailleau, Édouard Philippe, Gabriel Attal, Marine Le Pen ou Jordan Bardella, Éric Zemmour et d’autres encore… Dans le même discours de Bayeux de 1946, de Gaulle, justement, déplorait ces rififis partisans, qu’il qualifiait de « poisons dont s’intoxique notre vieille propension gauloise aux divisions et aux querelles ».

Mais David Lisnard jure, pour sa part, être hostile à ces logiques partisanes. Il confirme maintenir son offre d’une primaire allant du centre à l’extrême droite, ne voyant aucun problème à discuter avec tout le monde : « Je pense que ça permettrait d’éviter la défaite, les dispersions. Et puis, ça permettrait aussi d’éviter un autre travers, celui des arrangements de notables, qui se soldent par des projets mous, ambigus, contradictoires. »

Reste à savoir si, durant l’été, les candidats de la droite et du centre voudront bien goûter au remède que propose le maire de Cannes, ou choisiront, fidèles à la tradition gauloise décriée par le Général, de perpétuer le poison des querelles.

 

Retrouvez cet article sur le site de Le Point en cliquant ici.

La Ville sensibilise à la cause animale cet été

Sur une affiche, un chien attaché à un poteau, demandant à une voiture qui s’éloigne : « Tu viens me rechercher à quelle heure ? » ; sur une autre, une photo d’un chien sur la banquette arrière d’une voiture est accompagnée d’un « danger » écrit sur fond rouge, avec ces quelques mots simples : « Enfermé dans l’auto, je peux mourir. » Un article de Nice-Matin.

Cannes le 16 juin 2026
ABANDON

Deux visuels de la mairie de Cannes qui lance, à l’approche de la saison estivale, sa campagne de sensibilisation annuelle à deux problématiques majeures de l’été : les chiens enfermés dans les véhicules en plein soleil et les animaux abandonnés sur la route des vacances.

« Je donne pour instruction à la police municipale de procéder systématiquement à l’ouverture des véhicules »

Chaque année, de nombreux chiens sont effectivement laissés dans des véhicules en plein soleil, où la température dans l’habitacle peut atteindre et dépasser les 40 °C en moins de 10 minutes, voire 60 °C en cas de canicule. Une situation qui est fatale pour l’animal, qui peut mourir en seulement quelques minutes.

« C’est pourquoi je donne chaque été pour instruction à la police municipale de procéder systématiquement à l’ouverture des véhicules quand ils rencontrent ce type de situation, écrit le maire David Lisnard sur ses réseaux sociaux. Nous avons ainsi déjà sauvé plusieurs chiens y compris en brisant des vitres. »

« Avoir un animal n’est pas un gadget, explique-t-il également. Ce n’est pas céder à la pulsion d’un instant. C’est avoir une responsabilité. Je n’ai jamais compris comment on peut laisser son animal sur le bord d’une route. C’est révoltant ! »

Thalès à la recherche de la vie sur Mars

Dans les salles blanches de Thales Alenia Space, les modèles de la mission européenne ExoMars 2028 viennent d’achever une étape décisive de tests. Une préparation minutieuse avant l’envoi d’un rover chargé de sonder le sous-sol martien à la recherche de traces de vie. Un article de Nice-Matin.

Cannes le 16 juin 2026
Thalès Mars

Le silence règne dans les salles blanches de Thales Alenia Space à Cannes. Pourtant, derrière les parois immaculées, c’est une question vieille comme l’humanité qui est en train de se jouer. Y a-t-il déjà eu de la vie sur Mars ? À plus de 200 millions de kilomètres de la Terre, la planète rouge continue de fasciner scientifiques et rêveurs. Mais avant que le rover européen Rosalind Franklin ne parte forer le sous-sol martien à la recherche de traces biologiques, c’est bien sur la Côte d’Azur qu’une partie de l’aventure se construit. Les modèles structurels de la mission ExoMars 2028 viennent d’achever une campagne d’essais décisive à Cannes, une étape incontournable avant le lancement prévu à la fin de l’année 2028. « C’est un projet qui fait rêver. Des programmes comme celui-ci, on n’en rencontre que très peu au cours d’une carrière », confie Jean-Philippe Chambelland, responsable du programme ExoMars pour Thales Alenia Space en France.

Cannes, première étape du voyage vers Mars

Dans les bâtiments cannois, les équipes ne travaillent pas encore sur le rover qui foulera le sol martien mais elles éprouvent sa future monture. Le modèle structurel testé ces dernières semaines reproduit fidèlement l’architecture du véhicule spatial qui transportera Rosalind Franklin jusqu’à Mars. « Pendant neuf semaines, le modèle structurel a été soumis à une série d’essais vibratoires et acoustiques reproduisant les contraintes du lancement. Les résultats sont conformes à nos attentes », explique Magali Cornu, responsable de la campagne d’essais.

L’objectif est simple : identifier le moindre défaut avant la fabrication définitive du modèle de vol. « Si une anomalie apparaissait, il faudrait revoir certains éléments de conception avant de poursuivre le programme donc on doit identifier le moindre risque le plus tôt possible », poursuit-elle. Et à Thalès Alenia Space, les moyens techniques sont mis en œuvre pour permettre de recréer des environnements impossibles à trouver naturellement sur Terre. « Nous disposons de 15 000 m² de salles propres qui nous permettent de recréer des environnements très éloignés de ceux de la Terre », souligne Yvan Baillon, directeur des affaires européennes de Thales Alenia Space. Les essais ne s’arrêtent d’ailleurs pas aux vibrations du lancement. Les ingénieurs reproduisent également les écarts thermiques extrêmes, le rayonnement solaire ou encore les longues phases d’éclipse que rencontrera le véhicule au cours de son périple interplanétaire.

« ExoMars cherchera des traces de vie enfouies »

L’objectif scientifique de la mission est, lui aussi, hors norme. Contrairement à d’autres rovers déjà présents ou passés sur Mars, Rosalind Franklin ira chercher des indices là où aucun véhicule n’a encore exploré. Équipé d’une foreuse capable d’atteindre deux mètres de profondeur, le rover prélèvera des échantillons protégés des radiations qui bombardent en permanence la surface martienne. « À cette profondeur, le sous-sol martien est mieux protégé des radiations. Si des traces biologiques existent encore, c’est là qu’elles ont le plus de chances d’avoir été préservées », explique Yvan Baillon.

930 dictionnaires distribués aux CM2 cannois

Lundi 8 juin, le maire de Cannes, David Lisnard, s’est rendu dans les écoles Assomption-Lochabair et Maurice-Alice pour remettre des dictionnaires à 150 élèves inscrits en classe de CM2. Un article de Nice-Matin.

Cannes le 16 juin 2026
Dictionnaires 2026

Une opération menée chaque année depuis 2014, qui a permis de distribuer près de 9 677 dictionnaires aux écoliers de la commune. Cette année, 930 exemplaires du Robert Collège sont offerts aux futurs collégiens, dont 668 dans les écoles publiques et 262 dans le privé. L’objectif : renforcer la maîtrise de la langue française et accompagner les futurs 6e dans leur parcours scolaire.

« Des écrans pour vous émanciper »

Face à une génération née dans l’ère du numérique, le maire de Cannes a tenu à défendre la place du livre : « Les algorithmes maîtrisent vos recherches. Alors que les livres, ce sont des écrans qui vous aident à vous émanciper et vous donner confiance en vous », a-t-il ajouté avant de proposer aux élèves de chercher la définition de certains mots dans leur nouveau dictionnaire. « Avoir confiance en soi passe par un vocabulaire solide qui vous permettra de partager vos pensées avec précision. » Les CM2 lui ont ensuite adressé quelques mots de remerciement et offert une carte réalisée pour l’occasion. « Si je devais faire ma rentrée au collège avec un seul livre ce serait un dictionnaire, parce que c’est important de bien connaître sa langue », confie Hidaya, âgé de dix ans. « Et puis au moins, un dictionnaire, ça ne se décharge pas », ajoute Mayar, sa camarade de classe.

L’opération représente un coût de 18 507 euros, financé par la Ville via la Caisse des écoles. Une manière, selon la municipalité, de poursuivre son engagement en faveur de la lecture, de la culture et de la réussite éducative.

Quand les vieux démons du centralisme refont surface

Dans une tribune parue dans L’Opinion, David Lisnard, président de l’Association des maires de France, François Sauvadet, président de Départements de France, et Carole Delga, présidente de Régions de France, dénoncent un projet de loi qui, sous couvert de simplification et de décentralisation, renforcerait en réalité la recentralisation de l’action publique. Les trois présidents d’associations d’élus alertent sur une nouvelle atteinte à la liberté locale et appellent l’État à faire confiance aux collectivités plutôt qu’à les placer sous tutelle administrative.

le 12 juin 2026
Tribune DL FS CD l'Opinion

L’enfer est toujours pavé de bonnes intentions. Celui que connaissent les collectivités n’y fait pas exception. Bureaucratie, normes absurdes, procédures et études a priori incessantes, ponctions financières, confiscation de la fiscalité locale sans baisse des prélèvements obligatoires : toutes ces atteintes à la liberté locale sont toujours mises en place pour de « bonnes raisons ». Redresser les comptes de la nation, ne pas artificialiser les sols, baisser la pollution ou soutenir les plus démunis sont autant de motifs invoqués à l’appui des pires élans technocratiques.

Puis, les mois ont passé, le texte annoncé comme imminent a été plusieurs fois repoussé, et lorsqu’il a été enfin présenté, son contenu a suscité l’incompréhension totale de tous ceux qui défendent la liberté locale. Car si le projet de loi se drape d’intentions décentralisatrices – le mot « décentralisation » apparaît à plusieurs reprises dans la communication officielle du Gouvernement – il constitue en réalité un grand acte de recentralisation. Le texte prévoit notamment la possibilité pour l’État de prendre le contrôle des collectivités en se substituant à leurs représentants élus, et en réquisitionnant leurs services, dès lors qu’il estime qu’il y a une « carence » dans la mise en œuvre d’une politique publique. Cette mesure n’est rien d’autre qu’une mise sous tutelle.

Il en va de même pour la « simplification des modalités de la contractualisation des politiques publiques entre l’État et les collectivités territoriales ». Cette mesure permettra en réalité à l’État de flécher ses financements dédiés aux collectivités vers celles qui se sont pliées à ses injonctions. Voilà une « liberté » contractuelle que bien peu nous envieront.

Nous disons à tous les technocrates qui pensent savoir mieux gérer une collectivité que ceux qui ont été élus au suffrage universel direct pour le faire, à tous les bureaucrates qui estiment que contrôler a priori et empêcher les collectivités d’agir ont une quelconque utilité, à tous ceux qui croient que les collectivités doivent être financièrement contraintes, alors que leurs budgets sont à l’équilibre : le pays n’a plus de temps à perdre avec ces méthodes révolues.

Les finances publiques continuent de se dégrader. Les projets de transition écologique – dont la réutilisation des eaux usées, avec son interminable feuilleton bureaucratique, constitue un exemple particulièrement éloquent – ne sont pas mis en œuvre. Les Français ont de plus en plus de mal à se loger, se soigner et, pour beaucoup, à vivre décemment. Leurs routes et lignes ferroviaires se dégradent faute d’entretien préventif suffisant, leurs pompiers ne peuvent être équipés partout comme ils le devraient pour faire face aux réalités de notre époque, et leurs écoles, comme leurs collèges ou lycées, attendent leurs mises aux normes énergétiques.

Les communes, les départements et les régions, qui gèrent le quotidien des citoyens, savent que seules les actions concrètes et pragmatiques peuvent produire des résultats. Rénover un établissement scolaire, collecter et trier les déchets, entretenir une route ou une ligne de train ou encore un pont dégradé, ouvrir un espace sportif, apporter une aide de solidarité envers des citoyens démunis, accueillir des enfants maltraités, proposer une formation professionnelle, développer des réseaux d’énergie innovants et décarbonés sont autant de politiques qui changent efficacement le quotidien de nos compatriotes.

Pour cela, il faut de la liberté et des moyens d’agir localement. Alors, Mesdames et Messieurs les ministres et parlementaires, de grâce, ne faites pas l’inverse et ne cédez pas aux vieux démons du centralisme !

Laissez-nous agir là où nous sommes les plus efficaces : notre démocratie n’en sera que plus forte.