Le 14-Juillet de la grande France

Une tribune de David Lisnard parue dans Rupture-mag.

le 17 juillet 2026
14 juillet

Si nous célébrons notre fête nationale le 14 juillet, nous le devons à la loi du 6 juillet 1880. Cette date n’avait pas vocation à commémorer seulement la prise de la Bastille de 1789, mais aussi la Fête de la Fédération, consécration de l’unité de la France, qui eut lieu un an plus tard. C’est cette date qui donne au 14 juillet sa portée proprement nationale.

Ce jour-là, quatorze mille fédérés venus des quatre-vingt-trois départements créés quelques mois plus tôt se rassemblent au Champ-de-Mars, devant plusieurs centaines de milliers de Parisiens, pour prêter serment de fidélité à la Nation, à la Loi et au Roi. Ces hommes sont les délégués des gardes nationales des communes.

Ce mouvement ne provient pas de Paris. Dès le 29 novembre 1789, à Étoile-sur-Rhône, plus de douze mille gardes nationaux du Dauphiné et du Vivarais scellent le premier pacte fédératif. À Pontivy, les jeunes citoyens de Bretagne et d’Anjou se déclarent « Français et citoyens du même empire ». Lyon rassemble des délégations de plusieurs départements voisins le 30 mai 1790.

L’Assemblée nationale, en décidant d’organiser la Fédération générale, n’a fait qu’ordonner et amplifier un mouvement né dans les communes. Celles-ci existaient de fait depuis des siècles ; la Révolution venait de les fonder en droit par la loi du 14 décembre 1789 qui érigea en municipalités les quarante-quatre mille paroisses, bourgs et communautés d’habitants du royaume de France. 

C’est ainsi que la nation, dont l’État bâtissait le corps depuis Philippe Auguste, reçut le 14 juillet 1790 son second fondement : le libre consentement de citoyens qui, du village à la province et de la province à la patrie, choisirent de s’unir.

Cette construction vient de loin. La France procède de la raison grecque et du droit romain, de l’héritage judéo-chrétien, de la scolastique médiévale et de l’esprit des Lumières. Elle est l’œuvre de la monarchie et de la Révolution, de l’Empire et de la République, de l’école, de l’armée et de la commune. De cette longue et tumultueuse histoire est née une communauté républicaine de citoyens et de destin, qui a fait d’individus divers un seul et même peuple, réuni autour d’une même loi, d’une même langue, d’une même culture.

Chaque Français, quels que soient son origine, ses croyances, sa couleur de peau, est le dépositaire de ce patrimoine. Cette France est plus grande que chacun de ses régimes, plus grande que chacune de ses générations, plus grande que chacune de ses composantes. C’est la grande France, multiséculaire, indivisible, transmise de génération en génération.

Aujourd’hui, on voit apparaître à l’extrême gauche une volonté de déconstruire notre histoire. Cette entreprise, théorisée par Jean-Luc Mélenchon, a pour but de faire naître une « nouvelle France ».

Une France racialiste, c’est-à-dire raciste, communautariste, accommodante avec l’islamisme, complaisante avec l’antisémitisme, et même complice. Une France où l’on trie les citoyens selon leur origine, où l’on oppose les Français d’hier aux Français d’aujourd’hui, les immigrés extra-européens aux « tout blancs tout moches ».

Chaque génération, certes, apporte une sociologie nouvelle. Aucune génération, jamais, n’a fondé une autre France.

Cette extrême gauche ne revendique pas pour rien sa filiation avec Robespierre, l’artisan de la Terreur, qui fut la négation du 14 juillet 1790. Les fédérés s’étaient unis librement ; la loi des suspects du 17 septembre 1793 trie les Français par catégories. Les communes s’étaient fédérées d’elles-mêmes ; la Convention écrase Lyon, Marseille, Bordeaux, accusées de « fédéralisme ».

 

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« La liberté d’expression est la condition incontournable de la démocratie »

Invité de L’Heure des Pros 2 sur CNews face à Eliot Deval, David Lisnard, président de Nouvelle Énergie et candidat à l’élection présidentielle, a vivement dénoncé le rapport parlementaire consacré à la lutte contre la désinformation. Pour lui, plusieurs des propositions avancées constituent une remise en cause sans précédent de la liberté d’expression, pilier de toute démocratie.

le 17 juillet 2026
CNEWS

Selon David Lisnard, la liberté ne saurait être considérée comme un obstacle à la démocratie, mais bien comme sa condition première. Il met en garde contre toute tentative de confier à une autorité administrative ou politique le pouvoir de définir ce qui relève de la vérité ou de la désinformation. « Dès que l’on veut encadrer la liberté hors du champ de l’ordre public, on tombe dans le monopole de la vérité », a-t-il affirmé, dénonçant une vision « orwellienne » de la société.

S’il reconnaît que les ingérences étrangères, l’opacité de certains algorithmes ou encore les manipulations de l’information constituent de véritables défis, David Lisnard estime que la réponse ne peut être la censure. Il plaide au contraire pour davantage de pluralisme, de transparence et surtout pour le renforcement de l’esprit critique dès l’école. À ses yeux, le XXIe siècle exige autant de savoir maîtriser les technologies que de savoir « décoder le monde » grâce aux humanités et à la raison critique.

Le président de Nouvelle Énergie critique également plusieurs propositions du rapport, qu’il juge liberticides : création de nouveaux délits, contrôle renforcé des créateurs de contenus, intervention sur les algorithmes des plateformes ou encore conditionnement des aides à la presse à des critères de « vérité ». Il estime que ces mesures reviendraient à instaurer un « ministère de la vérité », incompatible avec les principes de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen.

Au-delà de ce rapport, David Lisnard dénonce un phénomène plus large : celui d’un État qui préfère restreindre les libertés des citoyens plutôt que sanctionner efficacement les véritables abus. Selon lui, cette logique bureaucratique nourrit le sentiment d’injustice et alimente la défiance envers les institutions.

Interrogé sur sa vision de la France, David Lisnard est revenu sur le concept de « Grande France » qu’il développe depuis plusieurs mois. Une France fidèle à son héritage historique tout en étant pleinement tournée vers le XXIe siècle. Il défend une conception universaliste de la nation, ouverte à tous ceux qui adhèrent à sa culture, à ses valeurs et à son histoire. « Nous sommes les dépositaires d’une civilisation héritière de la logique grecque, du droit romain, de la culture judéo-chrétienne et de l’esprit des Lumières », a-t-il rappelé.

Enfin, revenant sur sa candidature à l’élection présidentielle, David Lisnard a réaffirmé son ambition de proposer une alternative fondée sur la liberté, la responsabilité et la performance de l’action publique. Il appelle à bâtir un « État-performance » recentré sur ses missions essentielles, à réduire durablement la dépense publique, à restaurer la compétitivité de l’économie française, à mieux rémunérer le travail et à replacer l’instruction au cœur du projet national.

Pour David Lisnard, le débat présidentiel qui s’ouvre doit permettre de confronter librement les projets et les idées. « Je veux porter une espérance, celle d’une France où l’autorité protège les libertés, où le travail est récompensé et où l’État est au service de la société plutôt que l’inverse. »

David Lisnard, l’entretien à TECHNIKART

Retrouvez le Grand Entretien de David Lisnard à TECHNIKART.

le 17 juillet 2026
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Président de l’Association des maires de France, maire de Cannes réélu avec un score soviétique dans une ville peu suspecte de nostalgie nord-coréenne, David Lisnard avait forcément de quoi piquer ma curiosité. 88 % en 2020, 81 % en 2026 : ce genre de chiffres donne envie de chercher le truc, la combine, le tapis qui cache la poussière. Dans les taxis, chez les commerçants, sur la plage, au comptoir, toujours la même question : « Vous en pensez quoi de Lisnard ? » Et partout, ou presque, la même musique : il est aimé ; au pire, respecté. Sa ville tient à lui. David Lisnard tient sa ville, et même mieux. Il semble l’avoir comprise.

Il y a chez lui, une qualité devenue presque révolutionnaire : le bon sens. Pas celui un peu rance, de fin soirée, où l’on regrette le monde d’avant en trempant son pain dans le ressentiment d’un hier abandonné, non. Un bon sens de vrai maire : celui d’un homme pragmatique, solaire et concret ; celui d’un homme qui sait qu’une ville n’est pas un concept, ni un laboratoire d’idées ; ni un tremplin politique, ni une rente, ni un jouet. Qu’une rue sale se nettoie au lieu de se théoriser et qu’un festival existe par les films qu’on y voit, non par les slogans qu’on vient y agiter.

Il échappe à cette maladie moderne des politiques qui ont toujours une réponse avant même d’avoir pensé au problème. Chez lui, le réel précède le phrasé. On ressent la ville sous les idées, la doctrine sous les pavés, les gens avant la note de synthèse. Il parle d’ordre sans fantasmer la matraque, de culture sans réciter le catéchisme subventionné et de liberté sans oublier qu’elle n’existe jamais sans responsabilité.

Libéral, de droite, assumé, mais pas figé, il ne cherche pas à singer le peuple, mais plutôt à rester à ses côtés. Et, dans une époque saturée de discours incantatoires, cyniques et désenchantés, cela paraît presque être une élégance.

Parce qu’il incarne une idée trop rare de la politique ; celle où l’on administre avant de pérorer, où l’on préfère les preuves aux postures, où l’on refuse de choisir entre la culture et l’industrie, l’éducation et la création, le devoir et l’émancipation, il fallait aller voir au plus près ce que cette promesse donnait face à l’intéressé.

On peut commencer par le Festival de Cannes. L’année prochaine, il fêtera ses quatre-vingts ans. Qu’est-ce que la Ville nous promet pour cette édition anniversaire ?

David Lisnard : Ce n’est pas à moi de l’annoncer. Iris Knobloch et Thierry Frémaux le feront très bien. Ce que je peux dire, c’est que la Ville, qui est à l’origine du festival avec le gouvernement français, mettra à disposition les espaces publics, les moyens, la logistique. Nous sommes le premier financeur public du festival depuis quelques années. L’enjeu, pour cette 80e édition, c’est qu’elle catalyse tout ce qui fait sa singularité : que Cannes reste vraiment le Festival de cinéma international, pas le Festival de cinéma national. Il faut que les meilleurs films soient sélectionnés, bien sûr ; mais aussi que la planète du cinéma soit présente : les studios, Bollywood, l’ouverture au monde. Cannes, c’est à la fois une sélection et un marché ; et le cœur du festival, évidemment, les films.

Quand vous dites que la Ville est le premier financeur public, on parle de quels montants ?

David Lisnard : Dans le budget du festival, les partenaires publics principaux sont l’État, via le CNC [Centre national du cinéma], et la Ville. La Ville finance plus que le CNC. Elle met environ deux millions d’euros en cash et à peu près quatre millions en logistique.

Vous évoquez souvent l’histoire du festival, né en réaction à la Mostra de Venise, dont le palmarès de 1938, dicté par les pressions de Mussolini et Hitler, avait transformé le cinéma en vitrine idéologique. Aujourd’hui, comment éviter que le festival soit parasité par les polémiques politiques ?

David Lisnard : Je ne fais jamais d’ingérence dans les sélections. Certains maires ont essayé dans le passé, pas moi. L’expression des artistes doit rester totalement libre. En revanche, comme cofondateur et premier financeur public, la Ville peut rappeler que le festival doit rester un lieu de diversité. Les œuvres incarnent cette diversité. Leur première vocation, c’est d’avoir une puissance artistique, une originalité, une force narrative. Certaines ont un contenu politique, toutes disent quelque chose du monde. La difficulté commence quand le discours prend la place de l’œuvre.

Vous pensez que les médias accentuent ce phénomène ?

David Lisnard : Oui. Peut-être qu’on accorde trop d’importance aux prises de position. L’ennemi de l’univers culturel en France, c’est le conformisme, l’entre-soi, l’uniformité de la pensée. Quand je le dis, on me renvoie immédiatement à ce que je suis : un homme blanc de plus de cinquante ans, classé à droite. Mais je le dis quand même. Les œuvres, elles, sont diverses. Ce qui reste, ce ne sont pas les déclarations. Je ne me souviens pas de ce qui s’est dit l’année de la Palme d’or de Taxi Driver, mais je me souviens de Taxi Driver.

Est-ce que ce n’est pas aussi le rôle d’un maire comme vous, à Cannes, de rappeler que la culture n’est pas forcément de gauche ?

David Lisnard : Je ne cesse de le dire et de l’écrire. Mais ne nous laissons pas enfermer dans ce débat. La culture, elle est humaine. Un film de Ken Loach peut avoir une forte fibre sociale et politique et être un grand film. Ce qui m’intéresse, c’est l’œuvre. Je suis pour la liberté de création. Ce qui pose problème, c’est quand on conditionne le financement à de la propagande, quelle qu’elle soit.

On parle beaucoup de la mainmise supposée de tel ou tel industriel sur la culture. Pourquoi parle-t-on si peu de la mainmise algorithmique des plateformes ?

David Lisnard : Parce que le sujet est tellement gros que personne ne le voit. Heureusement qu’il reste quelques industriels, quelques chefs d’entreprise, quelques milliardaires, qui font vivre le monde culturel. Sans eux, beaucoup de choses ne vivraient pas. Le vrai risque, aujourd’hui, c’est l’uniformisation algorithmique. C’est TikTok, YouTube, les Gafam, la capacité à orienter les goûts, les réflexes, les imaginations. Là-dessus, les pouvoirs publics doivent garantir la liberté d’accès et l’équité d’accès. Non pas choisir la bonne science, non pas choisir le bon art, surtout pas. Mais organiser les conditions de la liberté.

Vous en faites un sujet d’instruction autant que de culture ?

David Lisnard : Évidemment. Pourquoi parle-t-on moins bien français aujourd’hui que ma mère, qui a quatre-vingt-huit ans, venait d’une famille de neuf enfants sans un rond et n’avait même pas le certificat d’études ? Parce qu’elle avait un champ lexical immense. Si on ne rend pas les esprits mobiles par la raison critique, par l’apprentissage, par la culture, on fige les gens dans leur tête et socialement. La culture doit être une grande cause nationale, comme le civisme. Culture, civisme, instruction.

Concrètement, si vous étiez aux responsabilités, vous changeriez quoi ?

David Lisnard : D’abord, je séparerais la communication de la culture. Ce n’est pas la même chose. Ensuite, je ferais un grand ministère unique de l’Instruction, de la Recherche et de la Culture. Aujourd’hui, le ministère de la Culture a très peu de pouvoir. On distribue quelques miettes, on entretient des réseaux, on accumule parfois des œuvres dans les caves des Drac [Direction régionale des affaires culturelles] ou des Frac [Fonds régional d’art contemporain]. Mais le vrai sujet, c’est de lier l’instruction et la culture. On ne crée pas sans transmettre. La transmission sert la création et la création d’aujourd’hui peut devenir le patrimoine de demain.

Cette idée de transmission peut vite être caricaturée en retour au vieux monde : latin, grec, classiques, discipline… Comment évitez-vous ce procès-là ?

David Lisnard : On s’en fout de ce procès. À Cannes, on fait grec, latin et philosophie de la maternelle au CM2, sur le temps périscolaire. L’éducation artistique et culturelle est aussi financée par la mairie, sur le temps scolaire. Je n’ai aucune opposition, aucune polémique. Ces cours sont pleins. Le problème n’est pas la demande, c’est l’offre : trouver des professeurs. Dans les quartiers populaires, les parents veulent que leurs enfants soient bien formés dans les écoles où on les oblige à les inscrire. Ils veulent qu’ils apprennent les codes, la maîtrise du langage, l’indépendance. Il faut rendre les enfants progressivement indépendants, capables de choisir.

Vous insistez sur les classiques. Pour vous, il n’y a pas d’opposition entre classique et moderne ?

David Lisnard : Aucune. Picasso disait qu’à dix-sept ans, il peignait comme Raphaël. Les plus grands chorégraphes ont fait leurs gammes classiques. Pina Bausch invente des chorégraphies sublimes, mais elle connaît ses classiques. Même chose en littérature : on peut rompre une forme quand on la maîtrise. Si vous n’avez jamais appris à faire une phrase avec un sujet, un verbe et un complément, vous ne produirez pas une rupture créative. Vous produirez de la daube.

En parlant de daube : la gastronomie, vous la mettez où ? Dans la culture ? Dans le patrimoine ?

David Lisnard : Dans la jouissance. Et, bien sûr, dans le patrimoine. Le débat est tranché.

Vous dites que la culture est au cœur de votre projet. Mais est-ce suffisant dans un pays qui se désindustrialise ?

David Lisnard : J’ai coécrit un livre qui s’appelle La Culture nous sauvera (L’Observatoire, 2021), donc oui : c’est au cœur de mon projet. Mais l’industrie n’est pas morte, et il n’y a aucune fatalité. Il faut arrêter de flinguer nos industries avec la surfiscalité, la suradministration, le manque de foncier, l’énergie chère. Pour avoir une industrie, il faut du terrain, de la formation, de l’énergie abondante et bon marché. Et il faut arrêter d’opposer transmission et création, industrie et culture. On a besoin d’industrie pour financer la culture, et on a besoin de culture pour relier une Nation.

Justement, Cannes est souvent vue comme la ville de la Croisette. Vous rappelez qu’elle est aussi populaire.

David Lisnard : Cannes a un taux de pauvreté d’environ 21 %. C’est 50 % de plus que la moyenne française car c’est depuis toujours une ville qui accueille des travailleurs pauvres, notamment immigrés. Si vous ne connaissez que la Croisette, vous ne connaissez pas Cannes. La culture est indispensable parce qu’elle permet d’élever les individus et de les relier, y compris quand ils ont des origines, des religions, des croyances différentes. Mais vous pouvez faire tous les efforts culturels que vous voulez : si vous créez des ghettos de gens pauvres et venus d’ailleurs, si l’école ne joue plus son rôle, si la qualité de l’instruction s’effondre, la culture ne peut pas tout réparer seule.

Donc, pour vous, la culture est une arme d’unité nationale ?

David Lisnard : Oui. Elle l’a toujours été. Elle permet une culture commune, ce qui ne veut pas dire uniforme. Quand des gamins apprennent le violon, quand ils produisent quelque chose individuellement et collectivement avec un orchestre, il se passe quelque chose de très fort. Mais si, parallèlement, ils sont condamnés à ne pas trouver de travail et à vivre dans des quartiers abandonnés aux trafics, vous n’avez rien réglé. La culture est indispensable, mais elle doit s’articuler autour de l’ordre, de l’instruction, de la prospérité économique. Le rôle d’intégration par les entreprises est primordial.

Dernière question, justement, sur les trafics. Au sujet des drogues, est-ce que la répression seule a échoué ?

David Lisnard : Je me pose réellement la question. Il y a des jours où je me demande s’il ne faut pas sortir de la prohibition sur certaines drogues pour casser une partie des trafics. Mais attention aux sophismes. Regardez San Francisco : quand on laisse tout ouvert, on produit aussi des zombies. La répression peut fonctionner s’il y a une politique cohérente, internationale, et des moyens. Je n’ai pas de réponse définitive. C’est une vraie question.

 

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À Saint-Raphaël, David Lisnard promet l’avènement de la «grande France»

Devant près de 2 000 personnes, le candidat de Nouvelle Énergie a invité ses troupes à prendre « le pouvoir » en soutenant son projet d’alternative au macronisme et à la gauche. Un article d’Emmanuel Galiero paru dans Le Figaro.

le 10 juillet 2026
La grande France

« Moins de politicards, plus de Lisnard ! » Affiches, polos, tee-shirts, éventails et chapeaux de paille… Le président de Nouvelle Énergie lance sa campagne présidentielle, vendredi soir à Saint-Raphaël (Var), dans une ambiance très méditerranéenne. Sept hauts palmiers de la Marina observent le spectacle, derrière près de 2 000 militants installés en arc de cercle face au candidat. L’un d’eux agite une pancarte : « Tant qu’il y a Lisnard, il y a de l’espoir. » En présence de ses proches (sa mère, sa femme et ses enfants), le maire de Cannes propose de tout rebâtir après dix années de macronisme. Accueilli sur l’air électrique de Psyché Rock, David Lisnard insiste d’emblée sur l’urgence. « Il n’y a pas une seconde à perdre pour aller gagner les élections… Il n’y a pas une seconde à perdre pour faire gagner la France, parce que notre pays ne peut plus attendre », lance-t-il, en excluant toute possibilité de reconstruire « avec ceux qui l’ont mis dans cette situation. Quels qu’ils soient ». En s’adressant à la France du « pays réel qui n’est pas extrémiste mais qui veut que les choses se fassent », le maire se dresse en adversaire du fatalisme. « Prenons le pouvoir. Prenons les choses en main », exhorte-t-il. Pour lui, la France n’a « pas besoin de com » mais de « courage », comme une pierre jetée dans les jardins de l’Élysée.

« C’est maintenant que tout commence », enchaîne l’orateur. Il part du constat alarmant d’une nation déclassée dans presque tous les domaines. Éducation, sécurité, frontières, justice, finances publiques… « Comme moi, vous ne supportez plus l’impunité des voyous, le surendettement constant, la relégation économique, la dégradation du pouvoir d’achat réel, l’humiliation des débordements à chaque moment supposé être festif, le déclin démographique. » En tête des solutions, il prône une refonte gaullienne des institutions, comme il l’a développé récemment à Bayeux. Et après le référendum comme socle d’une reconstruction démocratique, le candidat veut prendre le temps d’expliquer sa méthode. « Ce sont nous, les libéraux qui allons rétablir le prestige de l’État », annonce-t-il. Il ironise sur le « bloc central » et dénonce la faute des LR qui, selon lui, ont « accepté d’être la béquille d’un pouvoir macroniste finissant ». « La gauche et le RN, sans avoir participé à cette mascarade gouvernementale, ont obtenu la suspension de la réformette des retraites et la droite a accepté sans broncher », soutient-il. D’où son application à fustiger une « caste » qui « confond sa survie avec celle du pays » et qui « s’affole ». « Ils ont raison d’avoir peur. Le pays réel n’en peut plus et n’en veut plus. Ils ont raison parce que nous arrivons », prévient-il.

Travail, natalité, immigration, « désastre » social, dette « colossale », impact de l’État-providence sur la crise, faillite de l’État, bureaucratie, normes… « Comment un pays qui dépense autant peut-il manquer à ce point de tout ? », interroge encore le maire de Cannes, toujours centré sur ses classiques : débureaucratisation, libéralisation, lutte contre l’impuissance publique, fermeté sécuritaire, prospérité économique…

Frédéric Masquelier, maire de Saint-Raphaël et « ami », a fait le choix de s’engager pleinement derrière un candidat qui « ne vient pas d’en haut ». « La vie politique française a besoin de ces profils atypiques. Une élection, c’est donner le choix. Et les Français l’auront », prévient l’édile, avant d’oser une mise en garde : « Lisnard est un marathonien et il est endurant. » Pour l’instant, l’athlète est crédité de 2 % d’intentions de vote dans les sondages mais ses proches notent deux points : sa marge de progression en matière de notoriété est « importante » et sur le plan « qualitatif » les Français le croient « sincère ». Le politologue Stéphane Rozès, assis au premier rang, appelle lui aussi à la prudence : « Les sondages sont une photographie à l’instant T. Une présidentielle est une course de demi-fond, rien n’est joué au point de vue des dynamiques. » Et lorsque l’analyste de 69 ans anticipe la dimension « existentielle » du scrutin 2027, certains pensent que le projet de Lisnard est bien en phase avec l’urgence.

Choisir les terres du Sud n’est pas réducteur pour celui qui avait annoncé ses intentions le 20 janvier à Paris, salle de la Mutualité. Issu d’une région où la droite historique est secouée par une succession de séismes politiques, l’élu agrège des militants lassés par les renoncements. Quand on l’interroge sur le dernier épisode de la guerre Wauquiez-Retailleau, David Lisnard préfère ne pas s’attarder mais il répond au Figaro : « Tout cela confirme mon choix de porter une alternative totalement nouvelle, avec une constance dans les positions et une cohérence dans les actes. Les Français ne peuvent pas s’y retrouver dans ce spectacle politique et je vois beaucoup de gens me rejoindre, en attente d’une voix claire. La meilleure façon de faire gagner le RN et la gauche est de ne pas assumer courageusement un changement de cap et une alternative au macronisme », met-il en garde.

Frédéric Masquelier ne conteste pas la légitimité de Bruno Retailleau mais les dernières critiques de Laurent Wauquiez à son encontre le confortent dans le jugement qu’il porte sur Les Républicains. « Comment prétendre incarner l’autorité quand on se montre incapable de respecter les règles de son propre parti qui a tranché en faveur du président LR ? », interroge-t-il. Sébastien Leroy, maire de Mandelieu, ex-LR, en remet une couche contre un « parti de barons ». Dans une salve à peine voilée dirigée contre Wauquiez, il blâme ceux « qui visent le 2e tour en pariant une fois de plus sur l’union de tous les contraires ». « Tout cela aboutirait à un président de la République illégitime, un Parlement encore plus divisé et un effondrement économique. »

Vendredi soir, dans la chaleur d’un soir d’été, les amis de David Lisnard se disent que leur poulain n’aura pas de mal à réunir les 500 signatures requises pour la course présidentielle. En attendant, le challenger s’engage à restaurer l’« audace » ancestrale de son pays. Puis lâche une ultime promesse, avec envie : « Voilà la finalité de notre projet : œuvrer à l’avènement de la grande France. »

«Nous assistons au soubresaut d’un système à l’agonie» : sur RMC et BFM, David Lisnard appelle à un changement profond de modèle

Invité d’Apolline de Malherbe sur RMC et BFM, mercredi 1er juillet, David Lisnard est revenu sur plusieurs sujets d’actualité – justice des mineurs, sécurité, canicule, adaptation au changement climatique, finances publiques ou encore présidentielle – en dressant un constat sans détour : la France souffre avant tout d’une crise de l’exécution publique.

le 03 juillet 2026
BFM

« La crise de notre démocratie est avant tout une crise de l’impuissance publique. »

Pour le président de Nouvelle Énergie, les difficultés auxquelles les Français sont confrontés quotidiennement ne relèvent pas d’un manque de diagnostics, mais d’un système devenu incapable de décider, d’exécuter et de rendre des comptes.

Justice des mineurs : « Un système à bout de souffle »

Interrogé sur le vide juridique permettant désormais la remise en liberté de certains mineurs placés en détention provisoire pour des crimes, David Lisnard a dénoncé une nouvelle illustration de l’effondrement de l’autorité publique.

« Nous assistons au soubresaut d’un système à l’agonie. Face à cela, nous avons toujours des réponses moyennes, médiocres et intermédiaires. »

Selon lui, cette situation illustre la nécessité de revoir en profondeur le droit pénal des mineurs, mais également d’assurer enfin l’exécution effective des décisions de justice.

Évoquant plusieurs drames récents, notamment l’assassinat du jeune Elias ou l’affaire de la petite Rosa, il a rappelé que de nombreux auteurs de violences étaient déjà connus de la justice.

« Pourquoi ne protège-t-on pas la société de ces individus ? »

Pour David Lisnard, la première des protections des libertés demeure une justice rapide, crédible et effectivement exécutée.

« Le retour de l’autorité évite toujours la tentation de l’autoritarisme »

Interrogé sur le débat autour de la peine de mort, David Lisnard a refusé les diversions.

Selon lui, la véritable réponse consiste à faire fonctionner l’État.

« La seule façon de se protéger d’un retour de l’autoritarisme, c’est d’être efficace dans l’exécution des décisions publiques. »

Il reproche à Emmanuel Macron de détourner le débat.

« Lorsqu’il parle de la peine de mort, il détourne l’opinion de ce qui relève de sa responsabilité : dix années d’impuissance publique. »

Canicule : « Nous avons remplacé le bon sens par la bureaucratie »

Autre sujet majeur de l’entretien : les conséquences de la vague de chaleur exceptionnelle.

À la suite du témoignage bouleversant de la famille d’une patiente décédée dans un hôpital faute de climatisation, David Lisnard a dénoncé les contradictions d’un État qui empêche lui-même les collectivités de s’adapter.

« Dans le pays qui dépense le plus d’argent public au monde, nous avons encore des hôpitaux qui ne sont pas climatisés. »

Le maire de Cannes a détaillé les nombreuses réglementations nationales qui compliquent ou découragent l’installation de systèmes de climatisation dans les bâtiments publics : RE2020, décret tertiaire, stratégie nationale bas carbone, MaPrimeRénov’, certificats d’économie d’énergie, Fonds vert ou encore circulaires ministérielles.

Pour lui, l’État tient un double discours.

« On demande aux collectivités d’adapter leurs bâtiments tout en leur retirant les moyens réglementaires de le faire. »

À Cannes, David Lisnard rappelle avoir engagé depuis plusieurs années un vaste plan d’adaptation avec la création d’îlots de fraîcheur, la végétalisation, mais également la climatisation progressive des écoles municipales.

« Nous ne nous posons pas la question d’installer le chauffage. La climatisation doit désormais faire partie des équipements essentiels. »

À condition, précise-t-il, de continuer à produire une énergie abondante, pilotable et décarbonée grâce au nucléaire et à l’hydroélectricité.

« Si l’on veut gagner plus, il faut cotiser moins »

Interrogé sur les finances publiques et la nécessité de réduire les déficits, David Lisnard a défendu la ligne portée depuis plusieurs années par Nouvelle Énergie : réduire massivement les dépenses publiques pour diminuer les prélèvements.

« Si l’on veut gagner plus et avoir de meilleurs services publics, il faut cotiser moins. »

Selon lui, la France souffre d’un excès de bureaucratie bien plus que d’un manque de moyens.

Il rappelle qu’en vingt-cinq ans, l’État a créé 1 153 agences et organismes, représentant près de 450 000 agents et 100 milliards d’euros de dépenses.

« On surprélève les Français, mais cet argent est détourné vers la bureaucratie au lieu d’aller sur le terrain. »

Pour David Lisnard, la priorité est donc de reconstruire un État-performance, recentré sur ses missions régaliennes : sécurité, justice, éducation, santé et grandes infrastructures.

Une ligne libérale assumée

Interrogé sur le débat organisé la veille avec Sarah Knafo devant près de 200 chefs d’entreprise, David Lisnard a rappelé qu’il assumait depuis longtemps les propositions aujourd’hui reprises par une partie de la droite.

Retraite par capitalisation, suppression du principe de précaution dans la Constitution, dérégulation de l’économie, baisse de la dépense publique ou simplification administrative : autant de combats que Nouvelle Énergie porte depuis sa création.

« Je me réjouis de commencer à gagner la bataille des idées. »

Il a toutefois rappelé que les discours ne suffisent pas.

« J’ai créé Nouvelle Énergie parce que je veux un mouvement qui soit aligné avec ce que je fais et avec ce que je suis. »

Présidentielle : « Face à Jean-Luc Mélenchon, je voterai pour n’importe quel candidat »

Enfin, interrogé sur les scénarios du second tour de l’élection présidentielle, David Lisnard a réaffirmé sans ambiguïté sa position.

« Face à Jean-Luc Mélenchon, je voterai pour n’importe quel candidat. »

Avant d’ajouter avec humour :

« Mais j’essaierai d’abord de voter pour moi. Ce sera encore plus efficace. »

Pour David Lisnard, le véritable enjeu des prochains mois demeure moins celui des tactiques électorales que celui du redressement du pays.

Un redressement qui passe, selon lui, par une rupture avec l’État d’impuissance et le retour d’une puissance publique capable de décider, d’exécuter et d’assumer pleinement ses responsabilités.

Présidentielle : le préfet Philippe Castanet, homme de «solutions» va diriger la campagne de David Lisnard

Le président de Nouvelle Énergie veut s’appuyer sur l’expérience d’un acteur de terrain, ingénieur de formation, dans sa course à l’Élysée. Un article d’Emmanuel Galiero paru dans Le Figaro.

le 02 juillet 2026
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David Lisnard, candidat à la présidentielle, confie la direction de sa campagne à Philippe Castanet, un ingénieur de terrain. Ex-préfet de la Lozère, le polytechnicien est passé par l’École nationale du génie rural, des eaux et des forêts. Il avait également occupé le poste de sous-préfet de Grasse dans les Alpes-Maritimes, de 2014 à 2017, période durant laquelle le maire de Cannes avait apprécié son approche pragmatique des sujets. Il fut notamment confronté aux inondations de 2015 et aux attentats du 14 juillet 2016 à Nice.

Avant de quitter, fin avril, la direction générale des services de la Métropole du Grand Paris, Philippe Castanet fut directeur des finances, des achats et de la performance au sein de la préfecture de police à Paris, puis secrétaire général pour les affaires régionales au sein de la préfecture de Bourgogne. Au sein du ministère de l’Intérieur, on lui confia également la sous-direction de l’administration territoriale et il occupa aussi le poste de secrétaire général de la préfecture des Yvelines.

Réputé pour sa conscience républicaine, l’homme se définit comme un « enfant de la banlieue » issu d’un milieu modeste, formé au fil de diverses fonctions assumées du Cantal à la Franche-Comté, en passant par le Lot, la Dordogne, la Bourgogne, les Alpes-Maritimes, les Yvelines et Paris.

Chez David Lisnard on salue la trajectoire d’un acteur public qui aura passé «trente-cinq ans à faire avancer des dossiers là où d’autres les laissaient s’enliser à dénouer les blocages administratifs, à trouver des solutions là où la machine produisait des obstacles». On vante encore les qualités d’un «homme d’État» attaché «sans détour, ni fioritures, aux valeurs républicaines», affichant un parcours alternant «postes de terrain et postes stratégiques».

Engagement

Professionnellement, Philippe Castanet ne cache pas un intérêt fort pour les grands projets immobiliers, les programmes de développement régional et la réforme de l’administration. Passionné de théâtre et d’ornithologie, il eut même l’occasion de diriger la rédaction d’un journal local, Périgord Hebdo. Et ce qui fut sans doute déterminant pour l’orientation de sa carrière fut l’accident de la route dont il fut victime alors qu’il effectuait son service militaire. Échapper si jeune et de justesse à la mort est une expérience qui vous marque à vie, apte à forger le caractère d’un serviteur de l’État. S’engager dans la vie politique aujourd’hui aux côtés de David Lisnard à l’âge de 61 ans est un choix que l’intéressé assume pleinement. Un choix qui s’inscrit dans le prolongement d’un parcours guidé par la même impatience : agir pour accompagner le plus efficacement possible les évolutions de la société française.

La nomination de Philippe Castanet à la direction de campagne du président de Nouvelle Énergie devrait être actée au cours des prochains jours. Le candidat organise son grand meeting de lancement vendredi soir à Saint-Raphaël mais l’entrée en scène officielle de son nouveau partenaire reste soumise à la validation de la Haute Autorité de la Transparence de la Vie Publique.

Retrouvez cet article sur le site du Figaro en cliquant ici.

Le Grand Entretien avec David Lisnard – Quelle stratégie pour la France dans le nouveau désordre mondial ?

À l’approche de l’élection présidentielle de 2027, la question du positionnement stratégique de la France dans un monde en recomposition accélérée s’impose désormais au cœur du débat politique. Pour Le Diplomate Média, David Lisnard revient sur sa vision stratégique de la France face aux grands bouleversements géopolitiques contemporains et expose les grandes lignes de sa politique internationale.

le 29 juin 2026
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Dans ce contexte, les enjeux de souveraineté, de réindustrialisation, de défense, de maîtrise technologique et d’indépendance énergétique redeviennent centraux pour les États européens et particulièrement pour la France.

David Lisnard, président de l’Association des maires de France (AMF), maire de Cannes,  président du mouvement Nouvelle Énergie et candidat déclaré à l’élection présidentielle de 2027, défend depuis plusieurs années une vision fondée sur la souveraineté nationale, la liberté économique, la puissance industrielle et le rétablissement de l’autorité de l’État.

Pour Le Diplomate Média, il revient sur sa vision stratégique de la France face aux grands bouleversements géopolitiques contemporains et expose les grandes lignes de sa politique internationale.

Le Diplomate : Le monde semble entrer dans une nouvelle phase de confrontation entre grandes puissances, marquée par le retour de la guerre, des blocs et des logiques de puissance. Comment analysez-vous ce basculement géopolitique historique et quelle place la France doit-elle y tenir ?

David Lisnard : J’aurai prochainement l’occasion de détailler précisément ma vision en ce qui concerne les questions de géopolitique et de défense.

Il est en revanche suffisamment clair que nous changeons d’époque. La parenthèse ouverte en 1989, sur un monde que l’on croyait pacifié par le commerce, régulé par le droit, garanti par la puissance hégémonique des États-Unis, se referme. C’était même une illusion.

Le basculement actuel combine quatre dynamiques simultanées : retour de la guerre, fragmentation géoéconomique, compétition techno-industrielle et polarisation idéologique. Le monde devient plus conflictuel, plus coercitif et plus politique.

Autrement dit, le monde qui se forme n’est ni une nouvelle guerre froide, ni un simple désordre, ni un chaos absolu. C’est un système de blocs partiels, de coalitions variables et de dépendances instrumentalisées. Les grandes puissances réintroduisent une logique d’empire fonctionnel : sécuriser leurs zones, contrôler les technologies critiques, verrouiller les ressources, façonner les normes et tester la cohésion adverse. Dès lors, le monde va se diviser en sphères d’influence et de puissances parfois prédatrices tandis que la guerre redevient pensable pour les pays européens qui doivent faire face à la fin de l’européanisation du monde.

Il est possible aussi que le multilatéralisme cède la place à une bipolarisation : un G2 sino-américain, sorte de condominium, peut-être un G3 demain si l’Inde confirme sa montée en puissance.

De leur côté, les BRICS élargis rassemblent près de la moitié de l’humanité et contestent l’ordre occidental, malgré leurs fortes dissensions et rivalités internes, pendant que le rapprochement de Moscou et de Pékin recompose l’Eurasie à nos dépens.

Partout, les rapports de force commandent à nouveau, quand nous continuons d’opposer des intentions d’ordre moral.

Deux tentations françaises nous égarent. La première : proclamer l’« Europe puissance » et la « souveraineté » sans jamais en payer le prix. La seconde : se résigner au déclin, comme si la France était résignée à n’être plus qu’une puissance moyenne et spectatrice.

La France garde les attributs d’une puissance complète à l’échelle européenne : siège permanent au Conseil de sécurité, dissuasion nucléaire indépendante, base industrielle de défense de qualité, armée projetable, territoires ultramarins nous procurant la seconde zone économique exclusive du monde, présence en indo-pacifique, autonomie diplomatique.

Mais elle est aussi un pays affaibli et exposé : finances publiques catastrophiques et dette détenue en majorité par des étrangers, dépendances industrielles, vulnérabilité informationnelle, fatigue stratégique de l’opinion, masse économique insuffisante pour rivaliser seule. Une nation qui ne maîtrise plus ses comptes, son industrie et son énergie cesse de peser dans les affaires du monde.

Je n’accepte pas que la France soit un commentateur impuissant. Elle doit être une puissance que je qualifierai d’armature : suffisamment forte pour protéger ses intérêts, suffisamment alliée pour démultiplier sa masse, suffisamment autonome pour ne pas être absorbée dans les priorités et intérêts d’autrui.

Notre ligne ne doit être ni la neutralité, ni l’alignement, ni la posture. Nous devons défendre une souveraineté d’alliances : une France militairement crédible, économiquement robuste et politiquement motrice dans la refondation stratégique de l’Europe.

Cela suppose un vrai leadership et une capacité d’analyse autonome. S’y ajoutent des partenaires choisis, non imposés, et une capacité d’agir vite et franchement, seuls quand nos intérêts l’exigent, et parfois brutalement.

La souveraineté ne se proclame pas : elle se finance. La France peut redevenir une puissance d’initiative, capable de peser et d’entraîner, à condition d’en reconstituer d’abord les moyens chez elle.

Face à la rivalité croissante entre les États-Unis et la Chine, quelle stratégie la France et l’Union européenne doivent-elles adopter : alignement occidental renforcé, autonomie stratégique européenne ou politique d’équilibre plus indépendante ?

Ni alignement occidental renforcé au sens d’un suivisme stratégique, ni politique d’équilibre indépendante au sens d’une équidistance entre Washington et Pékin. La ligne la plus rationnelle pour la France et l’Union européenne est une autonomie stratégique européenne d’alliances : solidarité occidentale sur la sécurité, réduction des dépendances critiques vis-à-vis de la Chine, refus d’une vassalisation politique, industrielle et technologique vis-à-vis des États-Unis mais une alliance atlantique redéfinie et, si possible, solide.

L’Union européenne n’affronte pas une rivalité extérieure abstraite, mais une contrainte à double face.

D’un côté, la Chine est à la fois partenaire, concurrente et rivale systémique dans plusieurs secteurs critiques. Le déficit commercial de l’Union européenne avec Pékin a atteint le niveau record de 360 milliards d’euros en 2025. C’est de la Chine que nous dépendons désormais le plus : elle fournit 100 % des terres rares lourdes consommées dans l’Union et concentre plus des trois quarts du raffinage mondial des métaux critiques, jusqu’à 90 % pour les terres rares. Si Pékin ferme le robinet, ce sont nos chaînes industrielles – automobile, défense, énergie – qui s’arrêtent. Voilà la vérité sur notre vulnérabilité critique.

De l’autre, les États-Unis restent l’allié militaire central, mais sont aussi un compétiteur technologique, industriel et parfois coercitif sur le plan économique.

Nous devons comprendre qu’ils poursuivent leurs intérêts, qui ne coïncident pas toujours avec les nôtres : hier l’accord avec l’Iran, aujourd’hui la pression sur Israël, demain peut-être un arrangement sino-américain conclu à notre détriment. Le risque, pour l’Europe, est de devenir la variable d’ajustement d’un G2, le condominium que j’évoquais précédemment.

La sécurité européenne demeure, à court terme, indissociable du cadre atlantique. Le sommet de l’OTAN à Washington en 2024 a qualifié la Chine de défi systémique pour la sécurité euro-atlantique et de « decisive enabler » de l’effort de guerre russe en Ukraine. Autrement dit, pour les Européens, la question chinoise n’est plus asiatique seulement : elle est entrée directement dans l’équation de sécurité du continent.

La compétition de puissance se joue aussi sur le financement, l’industrie, la recherche, les semi-conducteurs, l’IA, le spatial, le quantique, la fusion, la robotique, les matières premières et les investissements sortants.

Alliée des États-Unis sans alignement sur l’ensemble de leur agenda, ferme face à la Chine sur la sécurité et les dépendances critiques sans découplage total, européenne dans ses capacités et occidentale dans sa solidarité de sécurité : c’est la seule synthèse compatible avec les intérêts français et européens.

Elle se décline sur trois niveaux : en sécurité dure, l’OTAN, le soutien à l’Ukraine, le renforcement de la base industrielle de défense européenne, la hausse des capacités et la protection contre les cybermenaces, les campagnes d’influence et les coercitions ; en économie stratégique, la sécurisation des chaînes critiques, le filtrage des investissements, la protection de la recherche, l’encadrement des transferts de technologies duales et une politique industrielle crédible. En diplomatie de puissance enfin, l’Europe conserve des canaux de coopération avec la Chine sur le climat, le commerce et la stabilité financière, tout en refusant les dépendances qui créent une vulnérabilité politique.

Pour la France, cela implique de jouer un rôle de puissance-cadre. Paris doit pousser pour organiser la convergence entre réarmement européen, souveraineté technologique, sécurité économique et maintien du lien transatlantique.

L’Union européenne apparaît de plus en plus critiquée pour ses lourdeurs bureaucratiques, ses contraintes normatives et certaines dépendances stratégiques qu’elle aurait contribué à accentuer. Selon vous, l’UE constitue-t-elle aujourd’hui un levier de puissance pour la France ou parfois un frein à son indépendance diplomatique, industrielle, énergétique et militaire ?

L’Union Européenne est un impensé stratégique et politique. L’UE n’est pas un obstacle extérieur à la souveraineté française, elle est le cadre dans lequel cette souveraineté peut être soit amplifiée, soit neutralisée.

L’Union est d’abord un atout par son marché, le plus grand du monde. Elle est un frein par sa bureaucratie, son inflation normative et sa naïveté commerciale et énergétique. Le marché européen de l’électricité en est l’exemple le plus coûteux : il a renchéri notre électricité nucléaire, pourtant décarbonée et compétitive, au détriment de notre industrie et du pouvoir d’achat des Français.

Regardez parallèlement le Brexit : l’expérience britannique le disqualifie : le Royaume-Uni n’a repris le contrôle ni de son commerce ni de son immigration, bien au contraire. La réponse n’est pas de quitter l’Union, mais d’y reprendre la main par les États. Si la Commission a pris cette place, c’est que les États la lui ont laissée, la France la première.

Sur le plan économique, nous devons simplifier, investir, défendre nos intérêts industriels. Sur le plan institutionnel, une coopération entre États sur les sujets de défense, politique étrangère, technologies de rupture, dans l’esprit du Plan Fouchet, sera bien plus efficiente qu’un saupoudrage paralysant à vingt-sept. Beaucoup ont cru pendant des décennies que la puissance européenne serait fédérale et politique. Ce qui fonctionne, c’est le marché ; la puissance politique, elle, se construit par la coopération des nations.

L’UE peut être un multiplicateur de puissance pour la France dans le monde des masses critiques, mais elle est un frein dès lors que la règle, la norme, la fragmentation institutionnelle et le compromis l’emportent sur la décision stratégique. Pour notre pays, la question n’est pas de savoir si l’Europe « protège » ou « empêche », mais dans quels domaines l’échelle européenne accroît la souveraineté française, et dans quels domaines elle la dilue.

Les questions de souveraineté industrielle, énergétique et militaire reviennent au premier plan. Quelle serait votre doctrine pour reconstruire la puissance française dans les secteurs stratégiques : nucléaire, industrie de défense, énergie, cybersécurité et production industrielle ?

Il faut libérer l’économie pour financer le régalien. On ne reconstruit pas une puissance industrielle à coups de plans et de subventions, mais en desserrant l’étau fiscal, normatif et énergétique qui asphyxie nos producteurs.

Desserrer cet étau ne suffit pas : encore faut-il choisir. On ne reconstruit rien en décrétant que tout est stratégique. Nous devons définir une hiérarchie claire : souverains sur les noyaux durs – nucléaire, défense, cyber de l’État, composants critiques – européens sur les filières, alliés sur le reste. Et, autour de ces noyaux, des interdépendances choisies plutôt que subies. L’État doit fixer ses priorités, garantir les volumes, porter une part du risque. Il doit aussi généraliser les procédures accélérées qu’il sait mobiliser quand il le décide. Ce qui fut l’exception pour la cathédrale et les JO doit devenir la règle pour nos priorités stratégiques, afin que les délais de permis, de certification et de marchés publics épousent l’urgence.

Le nucléaire est notre infrastructure de souveraineté : il porte ensemble l’indépendance énergétique, la compétitivité industrielle et la stabilité du réseau électrique. Cela commande de prolonger le parc, d’exécuter l’EPR2, de lancer les petits réacteurs modulaires, de financer la recherche sur la fusion et le thorium, de reconstruire une base industrielle et des compétences complètes avec soudeurs, tuyauteurs, automaticiens.

Sur la défense, l’actualisation de la loi de programmation militaire ajoute 36 milliards d’euros sur 2026-2030 et porte l’effort national à 2,5 % du PIB en 2030. Bonne nouvelle, mais ne confondons pas affichage budgétaire et ambition stratégique : une partie de ces crédits ne fait que combler une programmation sous-financée dès l’origine. Le déclassement est déjà là : le budget allemand atteint près du double du nôtre, la Pologne alignera huit fois plus de chars modernes que la France d’ici 2035, et nous ne produisons plus un seul char depuis l’arrêt de la chaîne Leclerc en 2008. Enfin, nous avons pris un retard considérable sur les drones, désormais incontournables.

La doctrine doit viser la guerre longue : stocks stratégiques, contrats pluriannuels de munitions et de drones, financement des PME sous-traitantes qui sont nos vrais goulets d’étranglement. Une industrie de défense est une fonction régalienne externalisée dans l’économie privée ; elle doit être pilotée comme telle.

En cyber, le minimum vital – chiffrement, identités, hébergement des données sensibles, continuité des réseaux de l’État – doit rester entre nos mains : auditable, substituable, récupérable.

Instaurons partout la même préférence pour nos technologies souveraines : le SAMP/T plutôt que la dépendance systématique au matériel américain. Réarmer ne suffit pas. La puissance reviendra quand l’État cessera de raisonner en flux tendus pour bâtir des capacités qui tiennent sous la contrainte, et qu’il rendra compte de chaque euro engagé.

L’intelligence artificielle, le quantique, l’espace, la robotique et les nouvelles technologies deviennent désormais des enjeux de puissance comparables au nucléaire au XXe siècle. Comment éviter le décrochage technologique de la France face aux États-Unis et à la Chine ?

Vous avez raison : ces technologies sont le nucléaire de notre siècle, et la souveraineté de demain s’y joue.

Nous avons des atouts : des ingénieurs de très haut niveau, des entrepreneurs audacieux, un champion européen de l’intelligence artificielle, des pépites dans la robotique, une stratégie quantique nationale renforcée d’un milliard d’euros sur 2026-2030, une filière spatiale de premier rang.

Mais le danger est double : étouffer nos atouts entre une bureaucratie qui surrégule et un saupoudrage qui interdit la taille critique, et nous résigner à n’être que le marché, le régulateur ou le sous-traitant des autres.

En cinquante ans, l’Europe n’a pas engendré une seule entreprise valorisée à plus de 100 milliards d’euros, quand les six géants américains au-dessus de 1 000 milliards sont tous nés sur cette période. En 2025, l’investissement privé dans l’intelligence artificielle a atteint près de 286 milliards de dollars aux États-Unis, vingt-trois fois le niveau chinois. Et la Chine est désormais en tête dans 57 des 64 technologies critiques recensées.

L’Europe a réglementé l’intelligence artificielle avant même d’en produire. Les mesures de simplification de l’AI Act votées en juin sont un aveu tardif. Surtout, il n’y a pas d’intelligence artificielle souveraine sans accès souverain au calcul, donc à l’électricité. C’est notre premier atout : un pays doté d’un parc nucléaire abondant et décarboné peut alimenter ses centres de données quand les autres en manquent. Encore faut-il un cadre qui libère ce calcul, l’accès aux données et le foncier des data centers, au lieu de les entraver.

Nous ne copierons ni le modèle de masse américain, ni la mobilisation d’État chinoise.

Nous devons choisir une voie de supériorité ciblée en concentrant l’effort sur quelques domaines décisifs, par des coalitions d’États décidées plutôt qu’en répartissant les crédits entre vingt-sept pays.

Visons d’abord l’intelligence artificielle là où nous pouvons gagner : défense, santé, énergie, industrie, avec la commande publique pour levier. Le quantique, où nous gardons une vraie avance, et le spatial – accès, connectivité, services – appellent le même effort concentré. Enfin, prenons conscience de l’énorme enjeu de société et économique de la robotique : la Chine y a installé 295 000 robots industriels en une seule année, neuf fois plus que les États-Unis. Sans elle, il n’y aura pas de réindustrialisation.

Reste le financement. L’épargne des Français se dirige aujourd’hui trop peu vers les entreprises. Un pilier de retraite par capitalisation l’orienterait vers les PME et les ETI technologiques, reconstituerait un actionnariat stable et nous affranchirait des capitaux étrangers à condition de ne jamais laisser racheter nos actifs critiques quand ils touchent à la souveraineté.

La France doit renoncer au rêve d’une supériorité générale, hors de portée, pour bâtir une supériorité ciblée, protégée et industrialisée sur les technologies qui commandent sa liberté d’action. C’est notre dissuasion pour ce siècle.

Comment analysez-vous aujourd’hui la stratégie de Donald Trump et l’évolution de l’Amérique trumpienne ? Les États-Unis poussent désormais leurs alliés européens – notamment par la voix de J.D. Vance – à se réindustrialiser, à réarmer leurs économies et à défendre davantage leurs identités et valeurs civilisationnelles. Quelle relation la France devrait-elle entretenir avec cette nouvelle Amérique ?

L’Amérique de Trump est un empire contesté qui refuse de décliner et entend rester dominant à ses conditions. Il ne quitte pas le jeu mondial ; il veut y rester en faisant payer les autres : réindustrialiser, fermer les frontières, rapatrier les chaînes critiques, redéfinir l’alliance sur des bases transactionnelles. Sa ligne est souvent illisible : un jour il presse l’Iran, le lendemain il retient Israël ; il négocie seul avec Moscou sur l’Ukraine, et avec Téhéran via Oman et le Pakistan, sans nous.

Il n’attache plus de prix à sa réputation d’allié fiable : il menace de prendre le Groenland, promet d’aider les manifestants iraniens, puis félicite le régime qui les pend et lui consent des concessions contre de vagues engagements.

Son injonction nous rend service. Quand Washington somme les Européens de se réindustrialiser, de réarmer et d’assumer leurs intérêts, il s’agit d’une vérité.

L’Amérique nous veut plus forts à condition que nous restions utiles dans une hiérarchie qu’elle entend continuer de dominer. Raison de plus pour nous renforcer selon nos intérêts.

Le message va d’ailleurs plus loin que le partage du fardeau militaire. À Munich, en février 2025, J.D. Vance a désigné comme première menace pour l’Europe non la Russie, mais le recul de la liberté d’expression, la défiance des élites envers leurs peuples, l’immigration de masse. Il y a là une part de vérité : l’Europe doit cesser de douter d’elle-même et réaffirmer ses nations et ses frontières. Mais ne nous y trompons pas : partager certaines valeurs ne rapproche pas nos intérêts. Les États-Unis défendent d’abord leurs producteurs, leurs plateformes, leur monnaie et leurs marchands d’armes, quel que soit le discours sur la civilisation.

La bonne relation avec cette Amérique n’est donc ni l’hostilité de principe, ni l’atlantisme réflexe, ni la fascination idéologique. C’est une alliance lucide et sélective : une sécurité partagée sans dépendance de décision, une coopération technologique sans naïveté industrielle, un dialogue politique sans mimétisme idéologique. Celle d’un allié fiable, mais qui finance sa propre défense, défend ses intérêts à chaque table et cesse de sous-traiter sa sécurité. Washington ne traite d’égal à égal qu’avec les nations qui se respectent assez pour assurer elles-mêmes la leur. Le problème est donc d’abord chez nous.

La France dispose de la deuxième Zone économique exclusive mondiale et possède des intérêts stratégiques majeurs dans l’Indo-Pacifique. Quelle serait votre politique dans cette région devenue centrale dans la compétition mondiale face à la montée en puissance chinoise ?

Pour la France, l’Indo-Pacifique n’est pas un théâtre de projection lointain : c’est un territoire national. 93 % de notre zone économique exclusive s’y trouve, 1,65 million de Français y vivent, de La Réunion à la Nouvelle-Calédonie, de Mayotte à la Polynésie, et nous y maintenons en permanence près de 8 000 militaires. Nous sommes la seule puissance européenne véritablement résidente entre l’océan Indien et le Pacifique. Cet atout, nous le sous-exploitons. La France doit y agir en puissance riveraine : l’enjeu n’y est pas seulement diplomatique, il est souverain, militaire, économique et civilisationnel. J’y vise une capacité réelle d’influence, de présence et de capacité de réplique pour préserver nos intérêts.

La zone concentrera la moitié du PIB mondial en 2040 et toutes les lignes de faille. La Chine revendique près de 90 % de la mer de Chine méridionale et y bâtit des bases. Taïwan, où se fabriquent plus de 90 % des semi-conducteurs les plus avancés, demeure un point de bascule du monde. La Corée du Nord multiplie les tirs de missiles. Notre déficit commercial avec la région a explosé. Pékin y est à la fois un partenaire économique, un rival stratégique et une puissance qui n’hésite pas à user de révisionnisme historique pour justifier sa volonté d’expansionnisme géographique. Il faut le traiter comme tel, sans ambiguïté.

La Nouvelle-Calédonie, la Polynésie, La Réunion, Mayotte, Wallis-et-Futuna, les Terres australes sont nos plates-formes stratégiques, pas des périphéries administratives. Nous en ferons des points d’ancrage de commandement, de renseignement maritime, de protection des câbles et de projection logistique. Cela suppose de renforcer nos outre-mer : radars, drones de surveillance, patrouilleurs, ports à double usage, cyberdéfense, réserve territoriale et d’en faire un chantier prioritaire, pas une annexe budgétaire. Une puissance qui n’organise pas ses confins maritimes invite les autres à les tester.

Autour de ces points d’ancrage, je raisonne en cercles. D’abord les partenaires lourds comme l’Inde, avec qui nous avons un partenariat de défense exemplaire autour du Rafale, le Japon, l’Australie, l’Indonésie, avec lesquels je veux un agenda annuel d’exercices conjoints : surveillance maritime, cyber, secours aux populations, logistique.

Ensuite les pivots d’Asie du Sud-Est : Singapour, le Vietnam, les Philippines, la Malaisie. Enfin les États insulaires du Pacifique, où se joue une bataille d’influence que nous avons trop longtemps négligée. Le tout sans nous enrôler dans une logique de bloc qui ferait de nos territoires des cibles.

Deux chantiers, enfin. Une initiative française sur les câbles, les ports et la connectivité souveraine du Pacifique insulaire et de l’océan Indien, articulée avec l’Union européenne et son programme Global Gateway. Et un vrai retour en Océanie politique : garde-côtes, formation et bourses, santé, climat, francophonie, gouvernance maritime. C’est dans cette influence quotidienne qu’on gagne ou qu’on perd une région. Sur Taïwan et les mers régionales, ma ligne est claire : soutien au statu quo, refus de la force, respect du droit international, missions de présence assumées mais calibrées.

Les relations entre Paris et Alger traversent une crise profonde, tandis que le Maroc affirme de plus en plus son rôle régional et que la Libye demeure fragmentée. Quelle politique entendez-vous mener vis-à-vis de l’Algérie et plus largement du Maghreb ?

La France ne peut plus y arbitrer les rivalités, elle doit y hiérarchiser ses intérêts et compartimenter ses relations. Elle doit surtout cesser de faire dépendre toute sa politique régionale de l’Algérie. L’Algérie, le Maroc et la Libye n’appellent pas la même politique : il faut parler aux deux rives du duel algéro-marocain sans dépendre d’aucune, et empêcher que la Chine, la Russie, la Turquie ou les monarchies du Golfe ne structurent seules la région. Car le Maghreb est notre profondeur stratégique en Méditerranée, au Sahel et en Europe et, par les mémoires et les diasporas, un sujet de tension ou de cohésion intérieure française.

Avec l’Algérie, je ne veux ni rupture théâtrale, ni aveuglement mémoriel. Elle est trop importante pour être traitée en adversaire, et trop conflictuelle pour rester un partenaire privilégié. Le cœur du problème est l’accord de 1968, qui place les ressortissants algériens hors de notre droit commun et neutralise nos réformes migratoires : aucune réforme sérieuse de l’immigration n’est possible sans le dénoncer. Le levier des visas doit être constant et hiérarchisé : d’abord les passeports diplomatiques et les dignitaires du régime, avant les familles et les étudiants. Un État qui refuse de reprendre ses ressortissants délinquants et tolère des opérations d’ingérence sur notre sol ne peut prétendre à nos largesses. La relation deviendra solide le jour où elle se fera d’égal à égal, entre deux nations qui tiennent parole. J’y travaillerai.

Avec le Maroc, c’est l’inverse, et tant mieux. La reconnaissance par la France de la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental a clarifié la relation et débouche sur un partenariat d’exception, jusqu’à un traité bilatéral inédit. Le Maroc est notre premier partenaire économique en Afrique et un point d’entrée vers tout le continent. Je souhaite approfondir ce lien : ferroviaire, énergie, sécurité, co-développement en Afrique. Une diplomatie de clarté et d’intérêts mutuels obtient ce qu’une diplomatie de l’ambiguïté n’obtient jamais.

La Libye, enfin, est une plaie ouverte aux portes de l’Europe : un pays coupé en deux, sans élection depuis 2014, où la Turquie et la Russie ont installé leurs relais pendant que les Européens étaient marginalisés. Son plan de réunification se négocie désormais à Washington. Nos intérêts y sont pourtant directs : terrorisme, flux migratoires, énergie. La France doit y retrouver une voix, avec ses partenaires européens et sous mandat des Nations unies, au lieu de subir un dossier où d’autres décident à sa place.

Je n’oublie pas la Tunisie, clé des flux migratoires et de la stabilité du Maghreb central : un partenariat exigeant, sans complaisance pour ses dérives. Car tout se tient. Il n’y a pas de politique sahélienne sérieuse sans une lecture fine des enjeux avec ces pays.

N’oublions pas enfin les enjeux culturels d’une politique constructive avec le Maghreb.

Après les revers enregistrés au Sahel et le recul de l’influence française dans plusieurs pays africains, comment la France peut-elle reconstruire une relation crédible avec l’Afrique face à la montée en puissance de nouveaux acteurs comme la Chine, la Russie ou la Turquie ?

Disons d’abord la vérité : notre désengagement militaire du Sahel est achevé. Cinq accords de défense rompus – Mali, Burkina Faso, Niger, Tchad, Sénégal – nos bases rétrocédées ; il ne nous reste guère que Djibouti et un point d’appui au Gabon. Wagner, rebaptisé Africa Korps, occupe le terrain. La Turquie y vend ses drones, la Chine y avance ses intérêts. Cet échec a une cause : nous avons trop longtemps fait reposer la relation sur le militaire et sur une posture de paternalisme post-colonial que plus personne n’acceptait.

Reconstruire suppose de changer de logiciel, et même de question : au lieu de nous demander comment retrouver notre influence, demandons-nous pourquoi un État africain choisirait la France plutôt que la Chine, la Russie ou la Turquie. Tant que nous n’y répondons pas froidement, tout « reset » reste cosmétique. La repentance n’achète aucune influence. Je crois à une relation d’intérêts, sans condescendance ni culpabilité. La réponse est donc aussi ans leurs priorités, pas dans nos catégories : l’emploi des jeunes, la dette, l’énergie, l’agriculture, les infrastructures, l’accès au capital comptent plus, pour eux, que nos débats mémoriels.

Cela suppose aussi d’abandonner le réflexe du pré carré francophone. Le rapprochement avec les économies anglophones dynamiques – le partenariat avec le Kenya, le sommet de Nairobi – va dans le bon sens. L’Afrique est un continent jeune et en croissance, qui se pense désormais comme un sujet stratégique, et non comme une chasse gardée. Nous y conservons des atouts considérables, mais notre seule présence ne suffit plus : il faut convaincre, proposer des offres sectorielles tenables, et co-construire plutôt que prétendre piloter. L’influence se regagnera par l’utilité et la constance, dans la durée.

Le Moyen-Orient connaît une nouvelle phase de déstabilisation avec la guerre entre Israël et l’Iran, la fragilité persistante du Liban et le retour des affrontements régionaux. Comment analysez-vous la politique de la France au Levant et quelle devrait être la meilleure position diplomatique et stratégique de la France ?

En politique étrangère, ce sont les rapports de force qui décident. L’Iran ne cède qu’à la contrainte, et un accord arraché sous la menace ne vaut que ce que vaut sa garantie. Pour Israël, l’affrontement avec l’Iran est existentiel : son droit à se défendre est légitime, et la responsabilité première de l’escalade revient à Téhéran et à ses proxies. Un Iran doté de l’arme nucléaire reste une ligne rouge absolue. Or le mémorandum qui vient d’être signé diffère ce problème, il ne le règle pas. Il promet le démantèlement et le retrait de l’uranium enrichi ; mais ces 440 kilogrammes à 60 %, de quoi fabriquer une dizaine de bombes, ne seront neutralisés que lorsque cet engagement sera effectif et vérifié.

Et les négociations censées le finaliser se présentent mal. La dilution du stock sur le sol iranien, puisque Téhéran refuse de l’exporter, est pleine de zones d’ombre : à quel taux, selon quel calendrier ? Surtout, ce stock resterait en Iran, et une dilution se renverse en quelques mois.

Quant à Ormuz, l’Iran annonce un droit de péage à partir de mi-août, au mépris du droit international et de la promesse américaine d’un détroit libre : une dangereuse boîte de Pandore.

Ce que cette crise révèle surtout, c’est l’absence française. Nous sommes pourtant l’un des rares pays capables de parler à toutes les parties, d’œuvrer à la défense du droit international, la sécurité d’Israël, la souveraineté du Liban et la critique du rôle iranien.

Nous en avons les moyens : des Rafale qui protègent en ce moment nos partenaires du Golfe, 400 000 ressortissants, le Charles-de-Gaulle sur zone, des accords de défense avec les Émirats, le Qatar et le Koweït, un siège permanent au Conseil de sécurité. Pourtant, l’accord sur le nucléaire se négocie sans nous, d’Islamabad à la Suisse ; le plan pour Gaza s’écrit à Washington sans nous.

Nous siégions dans le format E3/P5+1 qui a négocié l’accord de Vienne sur le nucléaire iranien aux côtés de nos partenaires européens, de la Russie, de la Chine et des États-Unis ; nous n’y sommes plus. Hésitante, la France a vu son influence régresser et failli perdre ce qui fait sa singularité : pouvoir parler à tous.

Au Liban, la ligne doit être ferme et utile : soutien à l’État et à son armée, désarmement du Hezbollah et retrait au sud du Litani comme conditions non négociables, dans le cadre de la résolution 1701. Je veux saluer ici la mémoire de nos soldats de la FINUL tombés cette année. La France y a un rôle ; encore faut-il qu’elle le tienne.

La diplomatie d’affichage, elle, nous affaiblit. Reconnaître un État sans contrepartie, comme nous l’avons fait avec la Palestine, ou écarter un partenaire de défense d’un salon d’armement, n’envoie aucun signal stratégique. Cela irrite des alliés et nous prive de coopérations utiles. La France n’est pas perçue comme neutre, et peu importe. Elle doit être perçue comme prévisible, ferme et utile ; ni dans la posture purement morale, qui parle sans effet, ni dans l’alignement réflexe, qui suit sans stratégie.

La seule influence qui dure est celle d’une puissance qui apporte de la sécurité, un appui à nos partenaires et des solutions concrètes. Cela veut dire défendre des intérêts précis – empêcher un Iran nucléaire, protéger nos ressortissants et nos alliés du Golfe, sécuriser notre approvisionnement énergétique – et exiger notre place à chaque table. C’est la condition pour cesser de subir une région où se jouent directement notre sécurité et notre approvisionnement.

Enfin, entre guerre en Ukraine, menace jihadiste persistante au Sahel, affirmation de la Russie, montée des puissances émergentes comme l’Inde et remise en cause du modèle occidental, considérez-vous que la France doit revoir en profondeur sa doctrine diplomatique et militaire pour redevenir une puissance d’équilibre et d’influence ?

La France doit et peut redevenir une puissance d’initiative plus que d’équilibre. Elle doit retrouver la capacité d’agir la première et d’entraîner les autres, sur l’Ukraine, sur ses approvisionnements, sur ses technologies.

L’initiative la plus difficile qu’il nous faut donc anticiper sera celle qui prévaudra à la sortie de la guerre en Ukraine. Il faudra à la fois aider à reconstruire un pays ravagé et rouvrir avec la Russie, qui restera notre voisine, un canal de dialogue.

Sans naïveté. Il s’agit de renouer ce dialogue structuré qui, au plus fort de la guerre froide, a réduit les tensions avec l’URSS, un ennemi nucléaire autrement plus menaçant avec lequel nous avons su parler sans rien lui céder. Nous saurons parler à une Russie qui défend durement ses intérêts, pour trouver, là où c’est possible, des zones de moindre conflictualité.

Mais porter de telles initiatives suppose une France qui pèse.

Nous ne devons surtout pas renier notre identité, mais réarmer ce qui a toujours fait notre force : la liberté d’appréciation gaullienne, dans un monde devenu plus dur. Nous ne pèserons pas en rêvant d’une neutralité impossible ou en se voulant la conscience morale de l’Occident.

Nous pèserons en nous donnant les moyens d’agir. Le chantier est d’abord intérieur. C’est là que tout commence.

 

Propos recueillis par Roland Lombardi. Retrouvez cet entrentien sur le site Le Diplomate en cliquant ici. 

«De Marc Bloch à Samuel Paty, pour un deuxième “historien-résistant” au Panthéon»

Emmanuel Macron a l’occasion de respecter davantage l’esprit de l’Étrange défaite et la mémoire de Marc Bloch en annonçant l’entrée au Panthéon de Samuel Paty. Une tribune de David Lisnard parue dans Le Figaro.

le 26 juin 2026
Figaro

S’il est une panthéonisation qui devait faire l’unanimité, c’était bien celle de Marc Bloch. Sa vie comme ses écrits en font un homme d’exception et une source d’inspiration. Savant qui a révolutionné l’histoire par son œuvre personnelle et la belle aventure des Annales en compagnie de son ami Lucien Febvre, officier couvert de citations et de médailles dans les deux guerres mondiales, résistant du réseau Franc-Tireur avant d’être l’un des principaux responsables de la résistance unifiée : Marc Bloch coche décidément toutes les cases du « grand homme » qui a mérité l’hommage suprême de la « patrie reconnaissante », selon la devise inscrite au fronton du Panthéon. D’où le très juste choix d’Emmanuel Macron en décidant d’une reconnaissance nationale qui n’avait que trop tardé. Et en plaçant son discours, comme toute la cérémonie, sous la haute exigence de l’épitaphe de Marc Bloch : dilexit veritatem : (« il a chéri la vérité »).

On eût dès lors aimé qu’il respectât davantage le contenu du livre présenté comme la référence centrale de son propos. L’étrange défaite  n’est en effet pas un livre sur Vichy mais sur la déroute de 1940 et ses causes, donc sur l’avant-guerre. Il n’a pas pour enjeu « la République », mais la France. Il ne constitue pas davantage un procès contre « ceux qui se sentent plus Français que vous » mais un diagnostic sur le divorce consommé, dès avant la défaite, entre les élites (toutes les élites) et le peuple. C’est une analyse au scalpel qui pointe aussi bien les compromissions de la droite que les « invraisemblables contradictions du communisme français  ». Qui accable l’égoïsme du patronat mais aussi le jeu trouble des syndicats dont « les défaillances n’ont pas été, dans cette guerre-ci, plus niables que celles des états-majors ». Et qui relève déjà les itinéraires paradoxaux d’individus passés de l’extrême gauche internationaliste à l’extrême droite collaborationniste, parce qu’animés d’une idée fixe : la « négation de la nation ». De tout cela, pas un mot dans le discours présidentiel. De façon plus générale, on laissera aux historiens le soin de juger si le portrait de Marc Bloch, tel qu’il est dressé par le discours dominant et conforté par certains membres de la famille, est bien conforme à l’original. Gare à la confusion entre mémoire et histoire, nous mettaient déjà en garde Pierre Nora et Paul Ricoeur, le propre maître d’Emmanuel Macron!

Il est vrai que, panthéonisation oblige, il s’agissait bel et bien, ce 23 juin, de mémoire. Donc de ce que le présent choisit de retenir du passé. Mais ce sont d’autres parallèles que le Président aurait pu tracer, ce sont d’autres leçons qu’il aurait pu tirer.

Rappeler par exemple l’invitation pressante à « la réforme intellectuelle et morale », comme le voulait déjà Renan en 1871, grande référence de Bloch en 1940; et d’abord au courage pour briser tous les conformismes imposés par la bureaucratie, ses procédures paralysantes et son «culte du beau papier». Dénoncer, comme Emmanuel Macron l’a fait avec vigueur, l’antisémitisme actuel, mais sans faire mine de n’y voir qu’une résurgence de Vichy et un apanage de l’extrême droite. Mettre en garde enfin contre les nouvelles capitulations et les nouvelles collaborations qui se préparent dans la complaisance répandue, y compris dans nos institutions, à l’égard des entreprises totalitaires qui déploient aujourd’hui toute leur haine de la France.

C’est là qu’un message clair, et tout à fait dans la ligne de Marc Bloch, qui fut jusqu’au bout obsédé par la question de l’enseignement, eût été bienvenu : l’annonce d’une prochaine panthéonisation de Samuel Paty. L’idée, évoquée plusieurs fois par Emmanuel Macron mais « oubliée » dans son discours du 23 juin, progresse dans la société comme chez ses représentants : ainsi du vœu exprimé par la présidente de l’association des professeurs d’histoire-géographie, Joëlle Alazard, par ailleurs très active dans la commémoration de Marc Bloch. Cet appel suscite, il est vrai, maintes objections, d’une bonne foi d’ailleurs discutable : « ce serait contraire aux usages car la mort de Paty est trop récente »; « il n’a pas été un héros mais une victime »; « l’honorer risquerait d’aggraver les divisions qui déchirent déjà la société ». Des objections auxquelles l’on opposera la panthéonisation de Zola – si cher à Marc Bloch – en 1908, six ans seulement après sa mort et dans un climat de polémiques incendiaires, de manifestations violentes, et même d’une tentative d’assassinat contre Dreyfus. La République, que l’on a exaltée sur tous les tons lors de la récente cérémonie, n’avait alors pas tremblé et avait assumé une « panthéonisation de combat ». D’ailleurs, comme le rappellent les spécialistes, il n’y a en vérité aucun canon en la matière.

D’autant qu’avant d’être une victime, Samuel Paty fut, à sa façon, un résistant. Un résistant aux intimidations et aux menaces des islamistes; à la meute lancée contre lui sur les réseaux sociaux, au « pas de vague » de l’institution, à la tentation – si compréhensible – de l’autocensure dans le corps enseignant; et à sa propre peur qui aurait pu le pousser à un prudent « droit de retrait ». Non. Il a maintenu sa position. Il a défendu son honneur personnel et professionnel. Il a tenu jusqu’aux vacances malgré la montée du péril. Parfaite illustration de la continuité affirmée par Marc Bloch entre « la coutume d’accomplir son devoir exactement » dans son métier et le « sacrifice consenti à la communauté nationale », où il voyait la source du véritable héroïsme, celui du peuple combattant de 1914 et de 1940. Samuel Paty a justement voulu « accomplir son devoir exactement », en enseignant à ses élèves un droit fondamental de notre communauté nationale : la liberté d’expression, que l’on aimerait voir rappeler plus souvent par les chantres des « valeurs républicaines ».

Par ailleurs, de même que chaque panthéonisation rend hommage à une catégorie de Français (les universitaires résistants à travers Marc Bloch), de même celle de Samuel Paty (historien lui aussi) serait un hommage rendu à une profession tout entière, celle des enseignants. N’ont-ils pas le plus grand besoin de la reconnaissance, fût-elle symbolique, de la nation ? Conduire Samuel Paty au Panthéon relève donc en fin de compte, comme tous les grands cérémoniels républicains, d’un choix politique. Ne pas l’assumer consisterait à ternir la mémoire de Marc Bloch au moment où on prétend l’honorer. Réserver nos hommages aux combattants d’hier serait à ses yeux une injustice à l’égard de ceux d’aujourd’hui. Et ce serait oublier le précieux viatique qu’il nous a laissé en héritage : « ne jamais désespérer des Français » car « les ressorts profonds de notre peuple sont intacts et prêts à rebondir ».

« Plus de liberté pour retrouver un État plus fort »

Invité de BFMTV face à Marc Fauvelle, David Lisnard a livré un diagnostic sans concession sur l’état de la justice, de la sécurité et de l’action publique en France. Son constat est clair : la crise que traverse notre pays n’est pas une fatalité, mais la conséquence d’un système bureaucratique devenu incapable d’assurer ses missions essentielles.

le 19 juin 2026
BFMTV

L’émotion suscitée par le témoignage d’une victime de viol, informée par un simple courrier administratif de la libération de son agresseur condamné à trente ans de réclusion, a ouvert l’entretien. Pour David Lisnard, cette situation n’est malheureusement pas une exception.

« C’est absurde, injuste et indécent. Mais le plus grave, c’est que ce type de dysfonctionnement n’est pas rare. Il révèle une défaillance profonde de notre système public. »

Alors que la France détient le record mondial des prélèvements obligatoires et l’un des niveaux de dépense publique les plus élevés du monde développé, les services régaliens essentiels restent sous-dotés. Justice, sécurité, exécution des peines : partout, les Français constatent la même contradiction.

La bureaucratie crée la pénurie

Pour David Lisnard, la racine du problème est connue : l’inflation normative et bureaucratique.

La multiplication des règles, des procédures et des structures administratives détourne les moyens humains et financiers des missions de terrain. Résultat : les magistrats manquent, les greffiers manquent, les policiers manquent, tandis que les délais de jugement explosent.

« La bureaucratie crée la pénurie alors même qu’on dépense davantage. »

Loin d’opposer État et liberté, David Lisnard défend une vision exigeante de l’action publique : un État recentré sur ses missions fondamentales et débarrassé des tâches inutiles qui l’affaiblissent.

« Si nous voulons davantage de magistrats, de policiers, de places de prison, il faut moins de bureaucratie. »

Reconstruire la justice plutôt que rafistoler le système

Face à une justice engorgée et à des peines trop souvent non exécutées, David Lisnard refuse les demi-mesures.

L’exemple de criminels condamnés à de lourdes peines mais libérés après quelques années illustre, selon lui, une perte de crédibilité de l’institution judiciaire.

« Il ne s’agit plus de rafistoler un système qui fuit de partout. Il faut le reconstruire. »

Cette reconstruction passe notamment par une réécriture profonde du droit, une simplification des procédures, une augmentation des moyens humains et matériels de la justice, mais aussi par un changement de doctrine pénale.

Alors que des milliers de places de prison manquent en France, la surpopulation carcérale se conjugue paradoxalement avec une sous-exécution des peines. Cette situation pénalise à la fois les victimes, les magistrats et l’ensemble de la société.

Restaurer l’autorité par la responsabilité

Interrogé sur les violences urbaines et les dégradations commises lors de certains rassemblements, David Lisnard a rappelé un principe simple : il ne peut y avoir d’autorité sans responsabilité.

Il défend ainsi la responsabilité financière des auteurs de dégradations et, lorsqu’ils sont mineurs, celle de leurs parents.

« Nous sommes responsables de nos enfants. Ce n’est pas aux contribuables de payer les conséquences de la délinquance. »

Cette logique de responsabilité s’inscrit dans une vision plus large : remettre au cœur de la société le devoir, l’engagement et l’assomption des conséquences de ses actes.

Un État fort suppose davantage de liberté

L’un des fils conducteurs de l’intervention de David Lisnard réside dans une idée souvent mal comprise : la liberté n’est pas l’ennemie de l’autorité.

Au contraire.

Selon lui, l’État s’est progressivement dispersé dans des missions secondaires, des réglementations excessives et des injonctions contradictoires, au détriment de ses fonctions fondamentales.

« Plus l’État s’occupe de ce qu’il ne doit pas faire, moins il fait ce qu’il doit faire. »

Cette dérive affaiblit simultanément la puissance publique, l’économie et la cohésion nationale.

À l’inverse, un État recentré sur le régalien, garantissant la sécurité, la justice, l’éducation et la souveraineté, retrouverait toute son efficacité.

Une ambition de redressement national

Au-delà des polémiques du moment, David Lisnard a rappelé le sens de son engagement : proposer un projet cohérent de redressement du pays.

Réindustrialiser la France, restaurer son autorité, réduire la bureaucratie, rétablir la responsabilité individuelle et retrouver une trajectoire de liberté économique constituent les piliers de cette ambition.

« C’est la révolution du bon sens que je propose par la liberté et la responsabilité. »

Face au sentiment de déclin qui traverse le pays, David Lisnard oppose une conviction : la France dispose encore de tous les atouts nécessaires pour réussir, à condition d’avoir le courage de réformer en profondeur un système devenu inefficace.

Car pour retrouver un État fort, il faut d’abord lui rendre sa mission première : protéger les Français et préparer l’avenir.

À Bayeux, David Lisnard invoque l’esprit de résistance pour reconstruire la France

Lancé dans sa course à l’Élysée, le président de Nouvelle Énergie a choisi la célèbre cité normande pour dessiner l’architecture d’une refonte des institutions sur le modèle originel de la Constitution de 1958. Un article d’Emmanuel Galiero paru dans Le Figaro.

le 19 juin 2026
LE FIG

La libération de Bayeux comme symbole gaullien de la reconstruction d’une nation et de sa Constitution. David Lisnard, candidat à la présidentielle et président de Nouvelle Énergie, a choisi la date anniversaire de la bataille de Normandie et de l’appel du 18 juin pour prononcer un discours censé marquer une étape importante de sa campagne. Un discours écrit et pensé pour partager l’essentiel de son message en moins de quarante minutes. C’est aussi, pour le maire de Cannes, le moment d’incarner une vision pour l’avenir du pays.

L’élu promet de rétablir le « grand navire France » en commençant par une suite de questions. « Comment reprendre en main notre destin ? Comment retrouver une France libre et indépendante ? Comment maîtriser nos frontières et notre politique migratoire ? Comment rendre nos rues plus sûres ? » Pour lui, rien ne sera possible sans une refonte des institutions françaises.

À l’ombre des grands arbres centenaires de la place Charles-de-Gaulle, devant Arnaud Tanquerel, le nouveau maire affilié aux Centristes d’Hervé Morin (président de la région Normandie proche de David Lisnard), il rappelle les constats sur lesquels fut fondée la Ve République. Et si la dégradation de la France est directement liée à la dégradation de ses institutions, alors le parallèle devient évident entre les réalités décrites par de Gaulle il y a quatre-vingts ans et les tourments politiques de 2026. De son temps, le Général avait dénoncé « l’affaissement moral d’une classe dirigeante qui avait perdu foi dans le régime, dans le peuple et dans elle-même ». David Lisnard le cite : « Des institutions défaillantes produisent des hommes défaillants, des hommes défaillants ne peuvent pas sauver des institutions défaillantes. »

Un chef d’orchestre

À moins d’un an de la présidentielle, ces mots prononcés en un lieu emblématique de la reconstruction politique, quatre-vingts ans après l’esquisse de la Ve République annoncée par le général de Gaulle, font écho aux crises d’un pays prisonnier de ses renoncements. Pour le Cannois, la célèbre cité du Calvados fut celle de la réapparition d’un « État légitime » à restaurer. David Lisnard assume la symbolique de ce déplacement. Il vient ici pour détailler « les conditions de la reprise en main du destin de la France par les Français ». Candidat à la présidentielle, il veut en être le chef d’orchestre.

Le sondage du jour (Ifop Fiducial pour Paris Match) signale une « remontée » de sa candidature dans le top 50, de la 45place en avril à la 34e en juin, « après des mois sans relief », tout en ajoutant qu’« un Français sur trois dit ne pas le connaître ». David Lisnard, pour sa part, confie son envie d’« accélérer » mais n’entend pas le faire en fonction des études d’opinion. « La politique, ce sont des flux, une dynamique. Si j’avais regardé les sondages, je ne serais jamais allé aux municipales. » À dix mois de l’échéance présidentielle, il observe les enquêtes d’opinion comme de simples « photographies dans le brouillard », seulement aptes à révéler des « lumières d’étoiles mortes ».

En pensant aux macronistes, juste avant de se rafraîchir avec un petit verre de cidre Lecornu – ça ne s’invente pas ! -, il rebondit sur son débat face à Édouard Philippe, organisé il y a quelques jours par la maire LR de Taverny, Florence Portelli. « Ce débat m’a conforté dans la nécessité de porter ma candidature pour tourner la page du macronisme », confie-t-il, convaincu que tous les héritiers du président seront « disqualifiés ». L’élu pense d’ailleurs que Bruno Retailleau, candidat des LR, n’échappera pas au reproche d’avoir siégé au sein d’un pouvoir qui aura fini par reculer sur les retraites, sous la pression de la gauche. « Comme pour les marathons, je préfère la compétition à l’entraînement », prévient le Cannois, fermement décidé à poursuivre sa course, encouragé par les élus, les urgences et l’impatience qu’il perçoit sur le terrain. Mercredi, un constitutionnaliste réputé lui a adressé un message pour saluer son discours de Bayeux, jugé « magnifique dans ses finalités et ses inspirations ».

Partisan d’une large primaire à droite

En creusant méthodiquement son sillon, David Lisnard observe la concurrence sans enthousiasme. À droite, il fustige le complexe de supériorité de ceux qui se croient « présidentiables par nature ». À gauche, il constate la victoire, « comme prévu, du cerveau reptilien mélenchoniste », qu’il affirme avoir été l’un des premiers à identifier comme un « danger » pour le pays. Quant à Raphaël Glucksmann, il ironise sur son discours « à la Arlette Laguiller avec le vernis mondain des cercles parisiens ».

Toujours partisan d’une large primaire à droite, le candidat mesure la complexité du projet. « Chaque jour qui passe est un jour perdu », regrette-t-il. Sans renoncer à croire en ses chances, il affiche sa détermination : « La sélection se fera de façon darwinienne. Au début de l’année prochaine se cristallisera autour de ma candidature le mouvement de ceux qui ne veulent plus du macronisme ni du RN. Le plus important est de construire une proposition politique à la hauteur des enjeux. »

Pour ses partisans, le discours de Bayeux est justement l’occasion de tracer des perspectives. Rétablir le septennat, rendre la parole au peuple, réformer la Constitution à partir d’un référendum, remettre le juge constitutionnel à sa place, abroger le principe de précaution, en finir avec les nominations de complaisance, restaurer la souveraineté juridique, rendre l’État à ses missions régaliennes… « Rien ne nous condamne à l’impuissance, sauf les conformismes », alerte l’orateur, venu dessiner l’architecture d’une reconstruction à partir d’un modèle historique. Un modèle de démocratie gaullienne qui proposa, jadis, des pouvoirs « séparés et équilibrés », un exécutif libéré des partis, un garant « de la continuité de l’État et de l’indépendance de la nation »… « Il est temps de reprendre le contrôle », clame David Lisnard. Au fond, le candidat invite les Français à renouer avec « l’esprit de résistance », qu’il croit toujours vivant. « La promesse de 1946 n’appartient pas au passé, conclut David Lisnard. Voilà pourquoi je suis venu à Bayeux. »

 

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