David Lisnard trace sa route vers 2027, appelant à une compétition politique « du centre jusqu’à Zemmour ». Invité de l’émission Les 4 Vérités sur France 2, le 19 mai 2025, il a défendu un projet de rupture fondé sur le rétablissement de l’autorité de l’État, une maîtrise structurelle de l’immigration, la libération de l’éducation et de la science, et un recours renforcé au référendum. Aucune concession, prévient-il, ne sera faite sur l’intégrité de cette vision, qu’il juge indispensable pour redresser la France. Son cap est clair : reconstruire une espérance nationale autour d’un socle de convictions fermes et assumées.

Retrouvez la chronique de David Lisnard pour l’Opinion.

Tribune : Après plusieurs alertes sur les dangers de certaines politiques publiques, la crise du secteur immobilier s’est intensifiée, fragilisant non seulement le secteur de la construction mais aussi l’accès au logement pour de nombreux Français. L’impact des décisions administratives et fiscales restrictives est désormais critique. Par David Lisnard, Viviane Chaîne-Ribeiro et Yves d’Amécourt.

En janvier 2023, nous mettions en garde contre les restrictions d’accès au crédit, avant de dénoncer en juillet les effets délétères des ZFE, ZAN et DPE. Un an plus tard, nos inquiétudes se confirmaient face à l’impact de ces dispositifs. Nous sommes en février 2025 et la situation est critique.

L’adage « Quand le bâtiment va, tout va » illustre parfaitement l’impasse actuelle : les rigidités administratives et fiscales ont contribué à l’effondrement du secteur et plus grand-chose ne va.

La construction neuve s’effondre

En novembre 2024, les permis de construire restaient inférieurs de 30 % aux niveaux pré-Covid, et seuls 258.500 logements ont été mis en chantier sur un an, soit une baisse de 16 % sur douze mois et 33 % par rapport à 2019. Le marché de l’ancien subit aussi ce recul : 778.000 transactions fin novembre 2024 contre 872 .000 un an plus tôt.

Par ailleurs, les critères bancaires restrictifs ont conduit à une chute du volume des nouveaux crédits immobiliers à 110,1 milliards d’euros, le niveau le plus bas depuis 2014, freinant l’accession à la propriété et l’activité du secteur.

Face à cette impasse, il est impératif d’adopter une ambition claire. L’objectif doit être que 500.000 logements par an soient construits, seuil de rééquilibrage du marché. Or, la charge fiscale qui pèse sur le logement représente 2,2 % du PIB, contre 1,1 % en moyenne dans l’OCDE, soit une surcharge de 30 milliards d’euros sur les porteurs de projet ! Voilà entre autres ce qui décourage l’investissement et alourdit le coût du logement pour le client.

Les conséquences sont manifestes

La Fondation pour le Logement des Défavorisés estime que 350.000 personnes étaient sans domicile en 2024, soit une hausse de 145 % en douze ans. Cette précarisation du logement résulte d’une série d’injonctions paradoxales : l’État prétend encourager la construction tout en restreignant l’accès au foncier avec le ZAN ; il incite à la rénovation tout en rendant l’emprunt inaccessible via les critères du HCSF ; il alerte sur la crise du logement tout en interdisant la mise en location de nombreux biens au nom de critères énergétiques contestables.

L’absurdité de la loi SRU illustre également cette approche dogmatique du logement. Avec la loi Climat et Résilience, l’État raréfie le foncier, et crée donc une pénurie de logements sociaux, qu’il s’empresse ensuite de taxer. Plutôt que de favoriser une politique souple et adaptée aux réalités locales, il impose aux communes un quota rigide de 25 % de logements sociaux, sous peine de sanctions financières.

Cette exigence aveugle ne tient compte ni des spécificités locales, ni des contraintes territoriales, ni de la dynamique du marché. Dans certaines communes, elle pousse les municipalités à freiner la construction pour ne pas voir leurs obligations sociales exploser, ce qui aggrave la pénurie et renchérit les prix pour tous.

Cette loi décourage les promoteurs et sacrifie le marché : les investisseurs privés se détournent, la construction ralentit, et l’accès au logement devient un parcours d’obstacles pour les classes les moins favorisées. Il est urgent de redonner aux élus locaux la maîtrise de leur urbanisme et d’encourager un partenariat équilibré entre collectivités, investisseurs et propriétaires pour assurer un développement harmonieux et viable du logement.

Par ces dispositions législatives et réglementaires, les gouvernements déstabilisent le marché locatif. D’ici 2028, il est prévu d’éradiquer entre 7 et 8 millions de logements classés F et G.

Déjà, la location des logements classés G est interdite depuis le 1er janvier, accentuant la crise de l’offre locative. Or, ces critères sont déjà très discutables sur leur pertinence environnementale : inspirés par une logique anti-nucléaire, les DPE appliquent un malus injustifié de 230 % à l’électricité, ce qui fausse gravement l’évaluation énergétique réelle des logements.

Cette inconséquence politique et cette incohérence administrative (et inversement) illustrent une fragmentation bureaucratique préoccupante. Le député Pierre-Henri Dumont rapportait récemment que, lors d’une réunion au ministère de l’Environnement, un représentant de l’ADEME lui aurait déclaré :

Cette cacophonie institutionnelle empêche toute politique cohérente du logement. Pire encore, au lieu d’alléger ces contraintes, le gouvernement a ouvert la voie à l’augmentation des droits de mutation (DMTO).

Notre objectif, avec Nouvelle Énergie, est de faire de la France une nation de propriétaires, en portant le taux d’accession à 70 % d’ici dix ans, contre 57 % aujourd’hui. Un tel résultat se fera au profit de tous ceux qui cherchent à se loger correctement, notamment aux locataires qui verront offre et demande totalement rééquilibrées en leur faveur. Pour cela, nous proposons de supprimer toutes ces entraves fiscales et réglementaires.

De nombreuses autres mesures s’imposent

Il faut en premier lieu réviser les DPE afin d’éliminer le malus absurde sur l’électricité, ce qui permettrait à de nombreux logements d’échapper aux classements F et G et d’être remis sur le marché locatif. Ensuite, il est crucial de libéraliser le crédit immobilier en supprimant les restrictions imposées depuis janvier 2022.

Dans ce but, nous proposons de redonner aux banques la capacité d’évaluer librement la solvabilité de leurs clients, notamment les propriétaires bailleurs. Il est également essentiel d’assouplir les règles d’investissement immobilier, notamment en facilitant le transfert de crédit et d’hypothèque en cas de déménagement, et en permettant aux bailleurs d’opter pour la TVA et l’amortissement, comme cela est le cas pour les loueurs en meublé non professionnel. Enfin, la suppression du ZAN tel qu’il est conçu est nécessaire pour libérer le foncier et relancer la dynamique de construction.

Parallèlement, les élus locaux doivent retrouver la maîtrise de l’urbanisme et de l’aménagement, car ce sont eux, et non l’État, qui sont les mieux placés pour adapter les réglementations aux besoins de leur territoire.

Ces mesures ne représentent aucun coût pour l’État. Au contraire, par la relance du marché, elles lui rapportent. Elles ne nécessitent aucun financement public, mais simplement une libération des initiatives économiques et une refonte des règles administratives obsolètes. Libérer ne coûte pas, mais asphyxier le marché a un prix : celui du déclassement économique et de la souffrance sociale.

Retrouvez cette tribune sur le site de La Tribune ici. 

David Lisnard alerte le gouvernement sur la tentation de lever de nouveaux impôts sur le dos des collectivités. Il revient aussi sur la situation à droite à deux ans de la présidentielle de 2027. Une interview parue dans Le Parisien, dimanche 4 mai. 

David Lisnard était l’invité du Face à Face ce mercredi 7 mai. Il s’est exprimé sur les agressions de maires en France, le narcotrafic mais aussi les déserts médicaux.

Comme le veut la tradition, les groupes provençaux, l’Espérance de Cannes, ainsi que des représentants des marchés et des fleuristes ont offert du muguet à David Lisnard lors de l’aubade annuelle organisée dans le bureau du maire, à l’occasion du 1er mai.

Ce 1er mai au matin, dans le bureau du maire, Cannes a une nouvelle fois célébré l’une de ses plus traditions : l’aubade au maire. Sous un soleil printanier, la Fanfare de Cannes, accompagnée de membres des groupes provençaux, de l’Espérance de Cannes, ainsi que de représentants des marchés et des fleuristes, a offert un moment musical empreint de convivialité et d’attachement aux traditions locales.

David Lisnard a accueilli les nombreuses personnes présentes avec chaleur, recevant symboliquement le brin de muguet, fleur emblématique du 1er mai. Plus qu’un simple geste, cette offrande perpétue une coutume ancienne, reflet d’un attachement profond à l’histoire et à l’âme de la ville.

L’aubade du 1er mai, portée notamment par la Fanfare de Cannes — institution musicale de la cité — et l’Académie Provençale, gardienne des traditions locales, témoigne de la volonté cannoise de préserver un patrimoine vivant. Chants, musiques et costumes traditionnels provençaux ont ponctué la matinée, rappelant les racines populaires et festives de cette cérémonie.

David Lisnard a salué “un moment de fraternité, qui célèbre le lien entre les générations, la culture locale et l’amour du territoire”. Un rendez-vous annuel qui, au-delà du symbole, incarne la mémoire collective et le respect de l’identité de Cannes.

Une foule nombreuse s’était rassemblée sur la promenade Charles-Aznavour pour rendre un hommage empreint d’émotion et commémorer, dans le recueillement, la mémoire des 1,5 million de victimes du génocide arménien de 1915.

Lors de cette cérémonie, David Lisnard a également inauguré l’Allée Missak et Mélinée Manouchian, en hommage à ces figures arméniennes de la Résistance française, qui ont fui le génocide de 1915.

Katia Guiragossian, la petite-nièce du couple Manouchian, des membres de l’Union des Arméniens de Cannes et des environs et Alain Terzian étaient notamment présents.

David Lisnard salue le réveil du gouvernement, mais selon lui, sans réforme de fond et sans rupture avec le déni, la maîtrise de la dépense publique restera un mirage. Une tribune à retrouver dans le JDNews. 

Réjouissons-nous : le gouvernement semble enfin prendre conscience de l’ampleur du désastre budgétaire et sortir du déni entretenu depuis des années au plus haut sommet de l’État. Sommes-nous pour autant sortis des postures, des discours et des effets d’annonce ? La convocation d’un « comité d’alerte » par le Premier ministre et l’annonce de 40 milliards d’euros d’économies sur le budget 2026 ne sauraient masquer la réalité : aucun plan crédible n’est sur la table. Et ce, pour une raison qui touche au cœur même de la matrice de l’État : tout comme elle complique jusqu’aux plans de simplification, la technocratie à la manœuvre rend impossible toute remise en cause réelle de la dépense publique.

Chaque tentative d’économie se traduit par de nouveaux impôts, de nouveaux dispositifs, de nouveaux acteurs publics, qui alourdissent le poids de l’État. On l’a bien vu avec le budget 2025 : quand le gouvernement annonce des économies, il s’agit d’augmentation d’impôts et d’un ralentissement de l’augmentation de la dépense, dépense qui atteint 1 695 milliards. Depuis 2017, la politique du « n’importe quoi qu’il en coûte », successivement attribué au Covid ou à la guerre en Ukraine, a conduit à une augmentation de la dette de 1 000 milliards, pour atteindre plus de 3 300 milliards : une progression de 46 %, quand la richesse nationale n’a crû que de 27 %.

Créer une spirale vertueuse

Dans le même temps, les autres pays européens ont maîtrisé leur endettement. Si nous nous étions contentés de suivre la trajectoire moyenne de la zone euro, nous aurions aujourd’hui 400 milliards de dette en moins et des charges d’intérêts divisées par deux. Pour financer cette dérive, l’État devra lever plus de 300 milliards sur les marchés financiers, après avoir déjà battu un record à 285 milliards en 2024. Comment prétendre défendre la souveraineté nationale si notre survie budgétaire dépend du bon vouloir de nos créanciers ? Dans ce contexte, les collectivités locales sont désignées comme les vilains petits canards de la dépense publique. Bien qu’elles doivent évidemment participer au redressement national et qu’il existe des collectivités mal gérées, ce procès est infondé.

L’État ne peut pas leur demander de dépenser moins, tout en leur imposant de dépenser plus : car on leur demande de doubler leurs investissements annuels à 20 milliards pour respecter les objectifs de la stratégie bas carbone, on leur impose la hausse du point d’indice des fonctionnaires, l’augmentation de 13 points (!) entre 2023 et 2028 des cotisations retraites à la Caisse nationale de retraites des agents des collectivités locales (CNRACL) pour un coût supplémentaire de 1,2 milliard dès 2025 alors même que l’État y a déjà pioché 100 milliards depuis cinquante ans pour alimenter d’autres régimes déficitaires, des transferts de compétences non financés (gestion des digues, des routes, service public de la petite enfance), ou encore le fardeau du décret tertiaire, estimé à 5,2 milliards par an pendant dix ans. La réalité est simple : 19 % de la dépense publique relèvent des collectivités locales (34 % en Europe), contre 31 % pour l’État, tandis que les dépenses sociales représentent 50 %, soit près d’un tiers du PIB. La France dépense 260 milliards de plus que la moyenne de la zone euro pour des résultats inférieurs en matière d’éducation, de santé, de logement ou de sécurité.

À force d’entretenir l’illusion que l’on peut consommer sans produire, redistribuer sans créer, et prélever toujours plus sans fragiliser la compétitivité, nos dirigeants ont créé les conditions de notre décrochage économique et social. Cette situation est l’aboutissement d’un modèle social étatiste qui ruine le pays depuis plus de quarante ans, avec des prélèvements obligatoires entre 44 et 46 % du PIB qui, loin de rétablir l’équilibre, étouffent l’économie, freinent l’investissement, découragent le travail et affaiblissent l’innovation. Tout l’enjeu est de renouer avec une spirale vertueuse entre réduction massive de la dépense publique, déréglementation et allègement des impôts pesant sur les contribuables, pour sortir de l’effet descendant de la courbe de Laffer, car trop d’impôt tue l’impôt et finit par nuire au service public. C’est sur quoi nous travaillons avec Nouvelle Énergie, avec un plan d’économies de 200 milliards par an sur un quinquennat et une volonté de parvenir à 300 milliards. Mais ceci n’est qu’un moyen : l’objectif est de relancer la production de richesse pour, à terme, faire croître le PIB plus vite que les dépenses publiques et réduire durablement leur poids dans notre économie.

Pour cela, l’urgence est d’abord de réformer l’État pour réduire durablement la dépense et le rendre plus fort en réduisant son périmètre d’action. Cela passe par la suppression des agences inutiles, l’élimination des doublons, la réduction du millefeuille territorial, l’abrogation des normes qui paralysent l’initiative et la concentration des moyens sur les missions régaliennes, le respect de la subsidiarité ascendante, le transfert des pouvoirs réglementaires de l’État aux collectivités. Il nous faudra supprimer les 600 000 postes administratifs de trop, privatiser tout ce qui peut l’être, introduire de la concurrence dans le fonctionnement des administrations et collectivités, réduire les fonctions dites support, souvent productives de process contraignants, coûteux et inutiles, cibler le non-remplacement des départs en retraite, lutter contre l’absentéisme, et instaurer une culture de la responsabilité, indispensable dans l’administration.

En finir avec le rabot et l’impôt

En somme, moins d’État bureaucratique, plus d’État régalien. Moins de contrôle, plus d’action, moins d’administration, plus de liberté et de responsabilité. Cette réforme doit s’articuler avec une refonte de notre modèle social : allocation sociale unique plafonnée, lutte systématique contre la fraude. La convergence des régimes de retraite public et privé, la limitation de l’indexation des pensions élevées, la suppression de l’abattement fiscal de 10 % et l’introduction progressive d’un étage obligatoire de capitalisation indispensable pour garantir la pérennité du système. À ces réformes structurelles s’ajoutent des mesures immédiates : limitation de l’accès aux prestations non contributives aux seuls nationaux, suppression de l’AME, refonte totale de la politique du logement, rationalisation des aides aux entreprises, diminution des subventions aux associations, recentrage de l’Assurance maladie sur les soins essentiels sans remise en cause du principe de l’universalité des remboursements.

Ce plan de redressement n’est pas un catalogue de coupes budgétaires. Il faut en finir soit avec le laxisme budgétaire, soit avec le rabot et l’impôt. Il est temps de déployer une vision par missions, objectifs et gestion de projets, avec sens de l’exécution et évaluation au sein de l’État. Chaque économie doit se traduire par une amélioration du niveau de vie des actifs, un soutien à l’investissement productif et un renforcement des missions fondamentales de l’État. L’enjeu n’est pas financier. Il est existentiel. La France ne peut plus se payer le luxe du déni et de la procrastination. C’est non seulement possible, mais indispensable pour rendre à la France les moyens de sa prospérité et de sa liberté.

Selon une étude publiée ce 8 avril, les Français sont de moins en moins enclins à lire, surtout les jeunes. David Lisnard et l’enseignante Lisa Kamen-Hirsig arguent que ni les livres récents ni leur enseignement ne donnent envie de lire. Une tribune parue dans Le Figaro

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Le 8 avril, le Centre national du livre (CNL) a publié le 8 avril son baromètre de la lecture 2025. Conclusion : les Français lisent de moins en moins. Et lorsqu’on se penche sur les résultats détaillés, le phénomène est encore plus flagrant chez les jeunes qui lisent très peu et sont 32 % à déclarer envoyer des messages en même temps qu’ils parcourent un livre… Même la bande dessinée marque le pas au profit des mangas et des romans sentimentaux. Bref, journalistes, responsables politiques, professeurs, parents, tout le monde le déplore : les jeunes ne lisent plus !

Glissons-nous quelques minutes dans la peau d’un jeune élève, en âge de découvrir les merveilles de la littérature et la joie de trouver des réponses hors de lui-même, dans la fréquentation d’amis moins transitoires et plus profonds que ses camarades d’écoles : les personnages et leurs auteurs. Imaginez que vous ayez six ou huit ans dans la France d’aujourd’hui. Vos fesses sont vissées sur une chaise six heures par jour, pendant que votre enseignant s’échine à vous extraire de votre ignorance en vous apprenant à lire. Croit-il ! Car lui-même n’a pas forcément compris que la méthode qu’il utilise n’est pas efficace. En effet, la méthode mixte – semi-globale donc – est encore dominante dans les écoles, si répandue que malgré vos efforts, vous rencontrez d’énormes difficultés à maîtriser les correspondances entre ce qui se dit et ce qui s’écrit. Vous êtes condamné à deviner les mots…

Chacune de vos lectures est suivie de tests, de QCM, de consignes exécutives comme : «Dessine dans le cadre le personnage tel qu’il est décrit page douze» ou encore de mots croisés, de travaux de groupes, d’exposés et de «rallyes». Rien n’est jamais gratuit. La lecture n’est pas un cadeau mais un exercice, une évaluation permanente. On vous demande même de lire des textes le plus rapidement possible. Vous savez bien, comme tous vos amis, que vous devez réussir le test de fluence, sinon vos parents seront convoqués pour leur signaler un problème. L’angoisse ! Alors la ponctuation et la respiration (qui donne aussi son sens à un texte) passent à la trappe.

Votre enseignant, se conformant aux listes publiées par l’Éducation nationale, soucieux de satisfaire sa hiérarchie plus que de vous instruire, vous demande de lire Monsieur Crocodile a beaucoup faim, Mon prof est un troll ou Cent Culottes et sans papier. Il vous fait apprendre des poèmes mièvres, qui ne riment pas. C’est un principe : la rime, c’est classique, le classicisme est une violence de classe. Les poèmes retenus sont surréalistes, parfois écrits par des enseignants et publiés sur leurs blogs, parlent d’oiseaux qui pondent des œufs tout blancs à l’infini ou des valeurs olympiques. Ils n’évoquent jamais la mythologie, les contes, les fables ou la grande littérature du 19e siècle parce qu’elle n’est pas assez engagée à ses yeux. Il s’est convaincu que tout cela était violent, sexiste et qu’une langue recherchée favorisait le fils de bourgeois ayant appris à parler avec ses parents. C’est l’inspecteur qui l’a dit.

Lorsque vos parents apprenaient par cœur Ronsard ou lisaient La Bergère et le ramoneur,ils intégraient le sujet inversé, le passé simple, le subjonctif et des centaines de mots précis ayant leur place dans une pensée articulée. On vous prive de cette richesse et de cet héritage au nom de la sacro-sainte lutte contre les inégalités. Vous faites les frais des délires idéologiques. On vous emmène dans des bibliothèques où se succèdent des animations : semaine du polar, de la littérature scandinave, des écrivaines ou des mots en ouille. À aucun moment on ne cultive chez vous le goût du silence, de l’intériorité, le plaisir de la solitude. La lecture aussi est intégrée au «vivre-ensemble». Il n’y a plus de refuge, plus d’ermitage… Quelle plaie !

Avant votre naissance, une ministre progressiste a décrété que chaque classe de France serait pourvue d’écrans. Il y en a partout au motif qu’il faut lutter contre la fracture numérique. Lutter, toujours lutter : ça donne l’impression d’être concerné préoccupé par la misère du monde… Peu nombreux sont ceux qui ont relevé que c’étaient justement les élèves des familles modestes qui passaient le plus de temps sur écrans et qu’il n’était pas nécessaire de leur en imposer à l’école.

Certains professeurs pensent que «chancelant» est de la famille de chance ou de chanteur et commettent des erreurs d’orthographe un peu partout.. Vous le voyez, vous le savez car malgré tout, votre intelligence résiste ! Vous comprenez qu’un nombre croissant d’entre eux a été recruté malgré leur inculture, parce que personne ne veut faire ce métier. Vous n’avez aucune envie de leur ressembler. Terminée l’exemplarité.

Il y a quelques jours, votre école Jean de La Fontaine a été renommée Boris Vian. Le collège d’à côté s’appelle Angela Davis. Tout se vaut. Le beau, le vrai, le bien ne sont plus que des appréciations relatives. Vous vous glissez dans cette modernité. À quoi bon résister, seul contre ce relativisme et ce culte du «progrès» ? L’école vous impose «un quart d’heure de lecture par jour» entre 13h30 et 13h45. C’est à peu près la même corvée que se laver les dents ou aider maman à mettre la table. La maîtresse vous observe du coin de l’œil : alors vous tournez les pages sans faire attention.

On vous assure que lire Harry Potter est formidable, que «ça peut mener à la littérature». On harrypotterise votre classe, vos cahiers, votre cerveau. Après quelques années de ce régime, vous n’êtes plus capable de supporter une description de plus de quatre lignes, la profondeur psychologique des personnages ne vous intéresse pas. Le style non plus. Vous finissez par regarder les films et acheter la littérature pour ados du même tonneau : des jeunes filles anorexiques ont des superpouvoirs et ça finit bien.

On vous enseigne très peu et très mal la grammaire, le vocabulaire. Les mots ne vous semblent pas toujours à leur place dans les phrases que vous lisez. Il suffit qu’un sujet soit inversé pour que vous le preniez pour un complément d’objet direct. Mais qui est là pour vous détromper ? Vous ne le savez pas mais en quarante ans, les élèves ont perdu environ 600 heures d’enseignement de la langue française entre le CP et la seconde…

Ah oui, j’oubliais : vos parents, vos professeurs, les surveillants, tout le monde est vissé sur son téléphone à longueur de temps. Vous en concluez logiquement – mais qui ne le ferait pas ? – que c’est cela qui est désirable. Car ces gens-là, les adultes, sont libres, vous le savez. Et que font-ils de cette liberté ? En profitent-ils pour se jeter dans les bras de Maupassant, de Milan Kundera ou de Pierre Michon ? Entretiennent-ils un journal ? Non non, ils jouent à Candy Crush, font défiler des vidéos «sur Instagram».

Pourtant, vous sentez confusément qu’on vous prive d’un bonheur, «qu’il n’y a peut-être pas de jours de notre enfance que nous ayons si pleinement vécus que ceux que nous avons cru laisser sans les vivre, ceux que nous avons passés avec un livre préféré. » (Marcel Proust. Sur la lecture) Vous ne pouvez pas savoir que les sangs mêlés d’Achille, de Cosette et du Petit Chose coulent dans vos veines, que vous pouvez pleurer avec Cadichon, Perrette ou Gervaise, mais ils vous manquent. Après cette petite expérience de transfuge corporel, vous soupirerez peut-être encore que «les jeunes ne lisent plus». Mais comment pourraient-ils apprécier la lecture alors que tout conspire à les en dégoûter ? Apprenons leur déjà à déchiffrer correctement leur langue, à l’aide de méthodes purement syllabiques. Cessons d’occuper le temps scolaire avec des activités ludiques et de faire de l’école un lieu de combat contre les inégalités : édifions nos enfants par la littérature classique. Exigeons que les enseignants y soient formés, ainsi qu’à la grammaire et à l’histoire de leur langue.