TRIBUNE. Le ras-le-bol des agriculteurs français, les bons élèves de l’Europe, est légitime. Il est temps pour le gouvernement français d’agir afin de les protéger davantage.

Par David Lisnard et Yves d’Amécourt

Des panneaux d’entrée d’agglomération sont retournés par les Jeunes Agriculteurs pour dénoncer une politique agricole qui marche sur la tête. © Catherine Nicol / MAXPPP / PHOTOPQR/LE TELEGRAMME/MAXPPP

Depuis quelques jours, les panneaux de certaines communes sont retournés par les associations de Jeunes Agriculteurs. Même si on aimerait que les panneaux restent à l’endroit et que les maires ne soient pas obligés d’ajouter cela à leurs préoccupations, le plus important est que la France retrouve le bon sens agricole. Il convient de saluer cette action nationale, non violente, destinée à attirer l’attention du plus grand nombre sur l’inflation des prix, l’inflation des normes, l’inflation de la bureaucratie.

Le message des Jeunes Agriculteurs est simple : « On marche sur la tête ! » D’un côté, l’inflation frappe de plein fouet les exploitations agricoles et de l’autre, le gouvernement leur demande de baisser les prix pour augmenter le pouvoir d’achat des consommateurs. Il y a quelques jours, l’Europe a décidé de redonner une autorisation à l’utilisation du glyphosate en agriculture et de l’autre, la France, qui s’est abstenue, a annoncé qu’elle maintiendrait les restrictions d’usage.

Cette même Europe continue à signer des traités internationaux dits « de libre-échange » alors que les produits importés n’ont pas les mêmes contraintes ni les mêmes normes de production que les productions européennes. Le vrai libéralisme n’admet pas les distorsions normatives ou fiscales de commerce.

Vilipender au lieu de féliciter

L’agriculture française est reconnue mondialement comme l’une des plus saines et des plus respectueuses de l’environnement, en progrès permanent, mais on n’arrête pas de la vilipender au lieu de la féliciter, de l’encourager et de la promouvoir !

À ce rythme, nous risquons de ne pas rester longtemps la première puissance agricole européenne et la cinquième mondiale, ni d’afficher un excédent commercial dans ce secteur, qui tient grâce à l’exportation des céréales, des vins et des spiritueux.

Il s’avère en effet que nous importons toujours davantage de denrées alimentaires et de produits d’entrée de gamme que nous interdisons à nos propres agriculteurs de produire. Quelque 60 % des fruits que nous consommons, 40 % des légumes, 50 % de la viande blanche et 25 % de la viande rouge sont ainsi des produits d’importation.

Agriculture : à quand un plan d’envergure ?

Face à cela, aucun plan d’envergure de souveraineté alimentaire n’a été finalement proposé. Le discours du gouvernement sur la nécessaire baisse des prix a même incité les industriels de l’agroalimentaire à délaisser l’achat des productions françaises, pour aller chercher moins cher ailleurs. Si l’on n’y prend garde, l’agriculture française pourrait bien connaître le même sort que notre industrie.

Aujourd’hui, près d’un quart des agriculteurs vit sous le seuil de pauvreté. Et en trente ans, le revenu net de la branche agricole a baissé de près de 40 % en euros constants. Le transfert d’une partie des prélèvements sociaux et fiscaux vers la valeur ajoutée permettrait d’augmenter les rémunérations de nos agriculteurs et de leurs salariés et rendrait de la sorte plus attractifs les métiers de la terre.

Il est temps d’agir pour offrir aux jeunes agriculteurs des perspectives au sein d’une filière qui a toujours été un pilier de notre économie et même de notre patrimoine. La modernisation des pratiques, l’intégration des technologies vertes et l’accent sur une agriculture durable et respectueuse de l’environnement sont essentiels.

Nous devons également renforcer les politiques de soutien aux producteurs locaux et encourager l’innovation dans les méthodes de culture et de distribution. Par la promotion d’une agriculture diversifiée et de qualité, nous pourrons assurer la pérennité de ce secteur vital et améliorer notre indépendance alimentaire, tout en préservant le savoir-faire agricole unique de la France.

Comme nous l’avons déjà affirmé, il faudra : mettre fin aux distorsions de concurrence au profit de pays, au sein même de l’Union européenne, qui ne respectent pas nos standards ; réviser les termes de la PAC, devenue une vaste politique environnementale, ni vraiment agricole ni vraiment commune, avec comme objectifs notre souveraineté alimentaire et l’augmentation de nos exportations ; rendre plus efficace le système assurantiel pour protéger nos agriculteurs (et forestiers) et créer dans chaque exploitation un compte « aléas climatiques et économiques » ; faire revenir sur le sol français la valeur ajoutée issue de notre agriculture et de nos forêts par l’implantation d’industries de transformation de nos productions agricoles et forestières ; lutter contre la bureaucratie chronophage et l’inflation des normes qui asphyxient les agriculteurs ; simplifier le statut de l’exploitation agricole pour permettre de réaliser toutes les activités rurales : gestion foncière, exploitation agricole et forestière, production et d’énergie, tourisme vert, commerce de proximité, immobilier et entretien du patrimoine, participation positive au bilan carbone de la planète ; accentuer la recherche et l’innovation pour une meilleure productivité, de meilleurs rendements, une plus grande précision et aussi un accès amélioré à l’eau potable et à l’assainissement, par exemple grâce à des technologies de purification plus efficaces ou à des solutions d’assainissement hors réseau.

Parce que ce qui est bon pour l’agriculture est bon pour la France, il est temps d’arrêter de « marcher sur la tête » comme le demandent à raison nos jeunes agriculteurs. Il est temps de retrouver nos assises… et de remettre nos panneaux d’entrée de ville à l’endroit !

« Dans une démocratie bien ordonnée, c’est à l’Etat d’être vigilant, car la société que nous voulons, c’est-à dire une société d’individus libres, doit être non pas une société de vigilance, mais de confiance »


Le « narratif », comme on dit aujourd’hui, était presque parfait. A la suite du drame de Romans-sur-Isère, « l’ultra-droite » était devenue en quelques jours la menace principale pour notre société, l’ennemi à abattre en priorité et la cible d’un gouvernement et d’une justice passée d’une prudence de sioux à une rigueur soudaine et, enfin, implacable. Et, tandis que les contorsions rhétoriques coutumières pour nommer les agresseurs le cédaient à la surenchère de l’opprobre, les condamnations à la prison ferme tombaient comme à Gravelotte sur les nazillons.

Peu importait que les chiffres élémentaires démentissent clairement ce retour annoncé (espéré par certains ?) des « heures sombres de notre histoire » : 1 300 fichés S d’ultra-droite contre six fois plus de radicalisés islamistes susceptibles de passer à l’acte et, donnée curieusement tue par les principaux médias, 3 000 individus fichés d’ultra-gauche ; quinze attentats islamistes ayant hélas abouti depuis 2017 contre zéro pour l’ultra-droite. Zéro mort encore venu de ce côté-là contre plus de 270 tombés sous les coups du terrorisme jihadiste depuis 2012.

Las ! Dimanche soir, à Paris, aux alentours du pont de Bir-Hakeim, en même temps qu’un touriste allemand perdait la vie sous le énième couteau d’un énième fanatique, ce « narratif » providentiel se brisait sur la réalité. Et puisque l’époque est aussi au mot « ultra », ce n’était pas la menace – qu’il ne s’agit pas ici de nier – de l’ultra-droite dénoncée urbi et orbi, mais l’ultra violence de l’islamisme qui est venue tragiquement rappeler son ultra-réalité. Puisque selon le mot prêté à Jacques Lacan, « le réel, c’est quand on se cogne ».

C’est la réalité du vrai péril jihadiste, que les esprits lucides ne cessaient de rappeler.

Déni. C’est la réalité de l’impuissance publique, dramatiquement confessée (le remarque-t-on assez ?) par nos gouvernants eux-mêmes quand ils cherchent à diluer leur propre responsabilité dans un prétendu « échec collectif », dont on voit mal en quoi les Français, qui réclament à cor et à cri (en vain) un changement radical de politique pénale, pourraient être partie prenante ; ou, pire, quand les mêmes vont jusqu’à transférer cette responsabilité première de l’Etat qu’ils ont en charge, à la société, sommée d’être désormais « vigilante ». Or, dans une démocratie bien ordonnée, c’est à l’Etat de l’être, car la société que nous voulons, c’est-à dire une société d’individus libres, doit être non une société de vigilance, mais de confiance ; nos dirigeants doivent avoir conscience qu’en démocratie, le désordre et l’impuissance publique sont liberticides.

C’est encore la réalité du déni, hélas toujours persistant au sommet même de l’exécutif où, malgré la signature immédiatement flagrante et établie de ce dernier acte jihadiste, aussi bien le chef de l’Etat que la Première ministre n’ont encore pas su, dans leur première réaction, associer le mot « islamiste » à celui de « terrorisme ».

C’est la réalité de la diversion, encore et toujours : après « la faute à la stigmatisation » puis « à l’ensauvagement », c’est désormais « la faute à la psychiatrie », si l’on en croit le ministre de l’Intérieur.

C’est enfin, la réalité de la complaisance – voire davantage – vis-à-vis de l’islamisme manifestée par une extrême gauche, résolue, semble-t-il, à descendre, marche par marche, l’escalier de l’ignominie.

Et, au cours de cette « séquence de communication » qui semble avoir remplacé, chez nos gouvernants, l’agenda politique, mention spéciale doit être faite, parmi toutes les ruses rhétoriques employées, du raisonnement circulaire qui est la traduction syllogistique du « en même temps » macronien.

Social-étatisme. Pas assez de places de prison ? Eh bien, emprisonnons moins et libérons vite les délinquants ! Expression parmi d’autres de l’échec du social-étatisme qui parvient, en même temps, à sur-dépenser et à sous-équiper les missions essentielles, en même temps à entasser de façon scandaleusement indigne les détenus dans les cellules (surpopulation carcérale) et à sous-incarcérer les voyous (taux d’incarcération en France nettement en dessous de la moyenne européenne), la pratique pénale s’adaptant à la pénurie carcérale, ce qui génère de l’arbitraire donc de l’injustice ; et renforce l’explosion de la délinquance. Mais, voilà, pas assez de place de prison.

Pas assez de places en psychiatrie ? Or, nous acceptons par dizaines de milliers des malades psychiatriques étrangers (pris en charge par la large couverture de l’aide médicale d’Etat. Résultat : encore moins de places disponibles en psychiatrie.

L’on pourra, comme ne manque pas de le faire le gouvernement lui-même, multiplier ce raisonnement circulaire à l’infini, dans le pays où nous manquons de production industrielle et où la consommation s’essouffle, mais où nous bénéficions avec nos impôts du conseil des nouveaux « dévendeurs » (sic) de la parole officielle.

Comment dès lors, devant tant de dissonances cognitives suscitées par le discours dominant, s’étonner d’une autre « ultra-réalité » : celle de l’ultra-exaspération de nos concitoyens, qui, de sondage en sondage, marquent une défiance croissante vis-à-vis de ses dirigeants comme de la justice ?

Car le peuple français, dans son immense majorité, ne vit pas dans « l’ère de la post-vérité ». Insensible aux sirènes relativistes et à l’inversion victimaire du wokisme, il n’achète plus les narratifs changeants du tournez-manège de la communication politique.

« Compétence morale ». Car il voit ce qu’il voit. Il voit que, dans l’explosion de cette ultra-violence, ce sont trop souvent les mêmes victimes. Trop souvent, les mêmes coupables. Et trop souvent, le même mode opératoire dans le retour terrifiant et, lui bien réel, du temps des « longs couteaux ».

Car ce vieux peuple à la longue culture démocratique dispose, pour distinguer les vessies des lanternes, d’une vraie « compétence morale », selon la belle expression et la puissante analyse du regretté Raymond Boudon dans une note publiée par la Fondation pour l’innovation politique en 2010.

Cette « compétence morale », qui sait distinguer l’apparence de la réalité et le discours des faits, est tout simplement la traduction de l’adage : si l’on peut tromper tout le monde un certain temps, on ne peut tromper tout le monde tout le temps. Et ceci est une ultra-vérité pour qui connaît un peu notre peuple. Ainsi va la France.

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David Lisnard.  François BOUCHON/Le Figaro

ENTRETIEN – Le maire de Cannes et président de l’Association des maires de France appelle à «diviser au moins par 8 l’immigration légale», en fixant «des quotas».

LE FIGARO. – Après l’attentat de Paris, vous avez dit vouloir «remettre de l’ordre» dans le pays pour ne pas le laisser «sombrer dans l’impuissance». Comment?

David LISNARD. – Par l’action politique. Aujourd’hui, la remise en ordre est indispensable. Le laxisme est devenu liberticide. La défaillance de l’État et celle de la justice créent de l’arbitraire, et donc, agissent contre nos libertés. Cette impuissance publique, constatée pas seulement sur le régalien, exaspère beaucoup les Français et ouvre la voie à des aventures extrémistes. Dans chaque secteur, il faut des mesures pour en finir avec le désordre sécuritaire, migratoire, éducatif… Tout est conditionné par la remise en ordre du fonctionnement de l’État. Cela impose aussi de mener une politique répressive, donc pénale, implacable. On observe une surdensité carcérale record et, paradoxalement, on a l’un des taux d’incarcération le plus faible d’Europe. Il faut ensuite réformer le code de justice pénale des mineurs. L’excuse de minorité doit être fixée à 13 ans dans les cas les plus graves et l’atténuation de la peine doit être à 20 % et non 50 %. Enfin, il faut couper le robinet de l’immigration légale et illégale. Diviser au moins par 8 l’immigration légale, ce qui nécessite des quotas. Il faut expulser tous les délinquants étrangers. Ces mesures de bon sens peuvent transcender les clivages partisans!

Avant l’attentat, le pays avait déjà été secoué par le meurtre du jeune Thomas à Crépol. Quelle est votre lecture de cette tragédie?

Il y a toujours une tentation de certains de vouloir amoindrir les choses. C’est un détournement d’opinion publique. Lors des émeutes, le premier réflexe a été de dire que la majorité des émeutiers s’appelaient Kevin et Matteo. Après Crépol, on se jette sur l’ultra-droite. Annecy, c’était la faute aux Suédois. La finale de la Champions League, celle des hooligans de Liverpool, etc. À Paris, on a insisté sur le prénom Armand du terroriste. Puis, on a parlé de sa folie. Or son acte a une cohérence idéologique. Concernant le meurtre de Thomas à Crépol, il faudra voir ce qui sera qualifié pénalement. Mais je fais confiance à ce qu’a dit Marie-Hélène Thoraval, maire de Romans-sur-Isère. Ce qui est certain, c’est que nous avons aujourd’hui des insultes qui n’existaient pas il y a quarante ans. «Sale Français», ça n’existait pas. Incendier les drapeaux français, 168 écoles, des mairies… Ce sont des attaques inédites. Ce n’est pas un délire d’extrémiste que de le dire.

À six mois des JO, une inquiétude monte chez les organisateurs de l’événement. Quel est votre avis?

Le monde ne va pas se paver de roses le temps des Jeux olympiques. Le véritable enjeu, c’est la France. La sécurisation de cet événement aura évidemment un impact sur les Français et l’image du pays, mais ce qui doit surtout nous préoccuper, c’est la menace permanente des attentats islamistes, hors JO. L’État n’a jamais dépensé autant d’argent public (+ 56 % du PIB), jamais autant prélevé d’impôts et n’a jamais été aussi défaillant sur ses missions de base, tout en ayant la prétention de vouloir s’occuper de tout. Et l’État, ne parvenant pas à maîtriser certains phénomènes, en vient à multiplier les atteintes aux libertés. C’est pour cela qu’un changement radical s’impose.

Faut-il rendre publiques les identités des délinquants?

Qu’on respecte l’anonymat, je trouve cela logique. Mais qu’on n’essaie pas de détourner l’opinion. On l’a vu sur Crépol, sur les émeutes, sur l’attentat de samedi. Le déni de réalité stimule les comportements extrémistes.

Est-ce le maire qui parle, ou le leader de Nouvelle Énergie?

Le citoyen engagé en politique. L’un des trois agresseurs âgés de 15 ans qui ont violemment frappé une dame de 80 ans à Cannes il y a un an est aujourd’hui dealer dans ma ville. En tant que président de Nouvelle Énergie, je croise la réalité et les concepts.

Pourquoi les Français devraient-ils refaire confiance à la droite?

Je suis un des premiers à avoir été déçu. Mais je n’ai jamais dirigé le pays donc je refuse les punitions collectives. Si je m’engage, c’est parce que je suis exaspéré par l’impuissance publique depuis quarante ans. Je propose qu’on sorte d’un système qui, sous couvert d’État-providence, a déresponsabilisé tout le monde. Ce sera long et compliqué, il faudra un travail de remise en ordre qui prendra dix ans et cela passe par un corpus d’idées que je veux pousser. Ceux qui croiront en moi seront à mes côtés et les autres ne le seront pas. Ceux qui se sont engagés et qui sont défaillants ne peuvent pas reprocher aux autres de s’engager eux-mêmes et de chercher des solutions. Je ne vais pas m’excuser. Je ne cherche pas à séduire, j’essaie de convaincre.

Les troubles psychiatriques du terroriste de Paris servent-ils à nier une partie du problème?

Oui, car cela permet d’occulter d’autres réalités, notamment religieuse et politique. La dimension psychiatrique n’est qu’un élément de l’équation, avec le parcours individuel du terroriste. Il est faux de résumer l’analyse du phénomène à des facteurs psychiatriques car cela conduit à sous-évaluer d’autres déterminants majeurs. Il existe aujourd’hui une internationale islamiste, un renouveau de l’État islamique, le retour des talibans, des connexions sourcées sur les réseaux sociaux… Je note d’ailleurs que la vidéo postée par le terroriste avant son attentat à Paris semble très structurée. Et le paramètre commun à tous ces assassins est bien l’idéologie djihadiste qui met les démocraties au défi partout en Occident. Mais l’on sait tout cela depuis longtemps sans ignorer les problèmes du secteur psychiatrique en France.

Le texte immigration, en débat au Parlement, est-il satisfaisant?

L’immigration massive est devenue un problème politique massif qui doit faire l’objet de mesures puissantes. Ces mesures ne peuvent pas être cantonnées à un 30e texte de loi depuis 1980 qui ne réglera rien en profondeur. Que l’exécutif prenne ses responsabilités! Sachant que LR a été très clair depuis le départ en disant que l’effectivité d’une politique migratoire ferme ne sera possible qu’en engageant une réforme constitutionnelle. Il faut une réorganisation des services de l’État et des jurisprudences européennes. Celles-ci nous empêchent d’exécuter des expulsions, de revenir sur l’immigration légale et le droit du sol. On ne peut pas se contenter d’une énième loi d’affichage car tout le monde sait que cela ne réglera pas le problème et trompera l’opinion. Ce qui créera la défiance, amplifiera la crise civique et nourrira l’abstention, voire l’aventure vers les votes extrémistes.

LR ne doit donc pas voter le texte?

Autant les LR étaient cohérents en soutenant la réforme des retraites, autant ils ne le seraient pas en validant une loi immigration inefficace. Le problème est trop important pour se contenter de petites touches, raison pour laquelle je pense qu’une telle réforme devrait être validée par la décision d’une souveraineté nationale telle qu’un référendum. Le résultat de cette consultation pourrait d’ailleurs nous surprendre car nombre de Français, y compris d’origine immigrée, refusent ce désordre.

Mais comment y mettre fin?

Je crois à la force de l’argumentation et des principes de la République française. Quelle que soit son origine, chaque Français est capable de comprendre aujourd’hui que l’enjeu est l’avenir de la France, dans sa sécurité, sa liberté et sa singularité républicaine.

Colère, émotion, hommage… Peut-on sortir de ce funeste cycle?

Ce sera long et difficile. Mais tout passera par un retour de la confiance sur l’exécution des choses. C’était d’ailleurs tout le sens des mots puissants de la sœur de Samuel Paty entendus lors du dernier congrès des maires. Une politique constante et cohérente s’impose contre l’exaspération.

Retrouvez l’interview en intégralité sur le site du Figaro en cliquant ici.

Publié le 20/11/2023 • Par Cédric Néau Yann Chérel Mariné

L’actuel président de l’Association des maires de France (AMF), David Lisnard, a été le collaborateurde l’ancien, Jacques Pélissard, à Lons-le-Saunier. Ensemble, ils reviennent sur la création de l’AgenceFrance locale (AFL), qui fête ses dix ans, et évoquent l’accès aux financements pour les collectivitésdans un contexte toujours plus contraint.

 L’Agence France locale (AFL) fête cette année ses dix ans. Comment est née l’idée d’une banque détenue par les collectivités ?

Jacques Pélissard : En 2008, en raison de la crise des subprimes et des difficultés de Dexia, les collectivités locales avaient du mal à emprunter, avec une tension forte sur le financement des investissements. J’ai retenu la démarche novatrice de l’Association des communautés urbaines de France, qui avait lancé deux emprunts, en 2004 et en 2007, pour faire appel directement aux marchés financiers. J’ai contacté Gérard Collomb, alors président de l’association, et Michel Destot, président de l’Association des grandes villes de France. Ils faisaient face aux mêmes contraintes financières. Mais Bercy ne nous a pas aidés, c’est le moins qu’on puisse dire ! Il était occupé à gérer les emprunts toxiques et à reconstituer un pôle sur les cendres de Dexia. Le ministère montrait donc une forte réticence à l’encontre de l’Agence France locale, qui pouvait faire concurrence à ce pôle restructuré. Nicolas Sarkozy et François Baroin, alors ministre de l’Economie, étaient tétanisés par le fait que l’on puisse faire appel à la garantie de l’Etat, alors que nous voulions créer une structure de collectivités indépendante de l’Etat. Il n’était pas question que l’on lui demande sa garantie !

David Lisnard : Depuis 2015, ma communauté d’agglomération (la communauté d’agglomération de Cannes pays de Lérins, ndlr), dont j’ai la responsabilité, est adhérente et actionnaire. On a vu l’opportunité d’obtenir un véhicule financier permettant à la fois d’être indépendant de l’Etat et de ne pas dépendre des soubresauts du marché. Je précise que je n’ai aucune considération affective lorsque je souscris à des emprunts. Je prends ce qu’il y a de plus performant. Et la performance c’est le taux, mais aussi le montant et la réactivité. Car l’emprunt n’est pas que de la technique financière, c’est aussi la capacité de concrétiser un projet de mandat, donc de faire vivre la démocratie locale.

Quel bilan faut-il tirer de cette décennie passée ?

J. P. : D’abord, toutes les collectivités devaient pouvoir être adhérentes. Pour l’AMF, qui veille à l’égalité de traitement de toutes les collectivités, à risque égal, les taux sont les mêmes, quelle que soit la commune. On a aussi développé la réactivité de l’AFL avec une expertise sur plusieurs sujets autour de la transition écologique. Ensuite, on s’est inscrit dans une démarche de développement durable, mais on a refusé les prêts verts. Ce n’est pas à une banque de sérier les prêts en fonction des objectifs définis par un tiers. C’est la commune qui décide d’emprunter et d’affecter son prêt.

D. L. : L’AFL a pour mandat exclusif de prêter aux collectivités, ce qui est, pour elles, une source de sécurité supplémentaire. Les prêts verts se font forcément au détriment d’autres financements et c’est aux élus de décider des priorités, pas à l’organisme prêteur ni à l’Etat.

Certaines collectivités rencontrent actuellement des difficultés à emprunter…

D. L. : On retrouve, depuis quelques mois, un renchérissement du coût du crédit et une raréfaction de l’offre bancaire. Et nous ne sommes qu’au début de la crise des taux, parce que, s’ils n’augmentent quasiment plus, l’inflation devrait de son côté reculer, maintenant ainsi les taux réels très élevés. Le contexte actuel a donc des points communs avec ce que l’on a affronté au milieu des années 2000.

Aujourd’hui, quel est l’enjeu financier principal ?

D. L. : Rien qu’en matière de transition écologique, le besoin annuel d’investissement se situerait entre 12 milliards et 20 milliards d’euros, selon les sources. Aujourd’hui, on est autour de 7 milliards d’euros par an. Nous en sommes très loin, y compris l’Etat avec son fonds vert. L’enjeu est bien d’accélérer les investissements, donc de faciliter l’accès au financement, qui est actuellement très verrouillé, et de préserver la capacité d’autofinancement des collectivités territoriales.

Comment jugez-vous le niveau d’épargne des collectivités ?

J. P. : Le niveau d’endettement équivaut à quatre années et demie de leurs recettes de fonctionnement. Bercy s’inquiète à partir de douze ans. Elles ont donc une marge pour emprunter.

D. L. : On observe une baisse de l’épargne nette, avec un effet de ciseau pour les départements, qui arrive aussi dans les communes. Nous n’avons pas retrouvé le niveau d’investissement d’avant-Covid, alors que nous sommes sur la deuxième partie de mandat, celle où se concrétise le plus de crédits de paiement dans le cycle des mandats. Je rappelle que la dépense totale des collectivités territoriales françaises représente 11,4 % du PIB, là où la moyenne européenne est près de 18 %. Donc le volume de la dépense globale des collectivités est inférieur aux standards européens. En revanche, nous représentons 70% des investissements publics. Cela interroge, lorsqu’on a conscience de ces chiffres. Le fait que la DGF soit devenue une des principales ressources des communes et qu’elle diminue pour 40 % des communes sur 2024 au regard du projet de loi de finances, c’est un souci. Donc, dans la réalité financière, les collectivités territoriales ne sont pas le problème des comptes publics de la France. Il vient des comptes de l’Etat et des comptes sociaux. Et les excédents des collectivités qui sont d’ailleurs en train de plonger de 4 milliards à 1 milliard pour le bloc communal vont en déduction du déficit de l’Etat lorsque les comptes sont présentés à Bruxelles alors que la dette des collectivités ne représente que 9 % du PIB sur un total de plus de 110 % du PIB. De plus, la dette des collectivités ne porte que sur des actifs, sur les investissements, en vertu de la règle d’or. C’est un élément fondamental à comprendre. Aujourd’hui, il y a un besoin de financement. Il faut y répondre par l’emprunt, peut être en revoyant les durées de remboursement ou en établissant une critérisation pour assouplir les conditions dans le temps et dégager ainsi rapidement plusieurs dizaines de milliards de capacité de financement. Tous ces éléments jouent sur l’autofinancement. Mais celui-ci dépend d’abord des dépenses de fonctionnement. Or, au moment où on nous dit dans le projet de loi de finances qu’il faut être en dessous de 0,5 % de l’évolution de la trajectoire des dépenses publiques, le gouvernement annonce un plan école. Nous allons devoir le porter. Il annonce aussi la réintégration des accompagnants d’élèves en situation de handicap (AESH) dans les dépenses de fonctionnement, qu’il faudrait mettre des gardiens dans les écoles, etc. L’injonction contradictoire a ses limites.

Certains débats ne semblent pas avoir évolué depuis dix ans…

J. P. : Je me souviens que le Comité des finances locales parlait déjà d’étouffement en 2011, quand François Fillon décidait de geler la dotation globale de fonctionnement (DGF) ! Outre ce combat sur la DGF se pose la question des impôts : après avoir guerroyé contre la réforme de la taxe professionnelle à l’époque, nous avions réussi à préserver le produit fiscal pour les communes, mais les départements avaient en revanche trinqué. L’autre question récurrente est celle des bases locatives. Aujourd’hui, il n’y a plus de taxe d’habitation parce qu’il a été plus facile de la supprimer et de la remplacer par une dotation, via la TVA en particulier, plutôt que de réviser les bases. Les communes n’ont plus que le foncier bâti. C’est un peu court en termes d’autonomie financière. Alors je dirais que, derrière certaines constantes, il existe une aggravation de la situation financière des collectivités locales.

D. L. : Nous subissons une recentralisation fiscale après la disparition de la taxe professionnelle, de la taxe d’habitation et de la cotisation sur la valeur ajoutée. On nous met sous perfusion, il y a bien une régression de l’autonomie financière. Cette recentralisation se ressent jusque dans les appels à projets qui nécessitent une ingénierie dont disposent seulement les grandes entités. Aussi, malgré une situation financière favorable, beaucoup de communes se retrouvent ainsi dans une incapacité matérielle d’investir et d’exécuter leurs projets de mandat.

L’AMF est-elle favorable à la création d’un impôt local ?

D. L. : Oui. Nous portons l’idée de la responsabilité locale. En tant que maire, je veux rendre des comptes à mes habitants. Je veux être incité à la sobriété fiscale, donc lever l’impôt. La concentration de l’effort fiscal sur les propriétaires est profondément injuste. Elle crée des tensions entre les habitants. Quand une commune n’a plus du tout de DGF, cela veut dire que le financement repose exclusivement sur les propriétaires. Sans jouer à se faire peur pour rien, on peut parler d’étouffement des ressources locales, mais ce n’est pas seulement financier. Cela vient aussi d’une inflation exponentielle des normes. Cette réalité amplifie la distorsion entre des collectivités qui peuvent trouver les compétences pour gérer ces normes et d’autres qui n’en sont pas capables.

Mais Bercy propose de travailler sur les normes pour réaliser des économies ?

D. L. : Comme j’ai une certaine expérience de la vie, dès que j’entends parler de choc de simplification, je sais qu’à la fin, ce sera plus compliqué. Je remarque qu’avant le congrès des maires (qui se tient du 21 au 23 novembre, à Paris, ndlr), nous sommes l’objet de beaucoup d’amabilités, que nous acceptons avec grand plaisir.

J. P. : Malgré la mise en place d’un conseil d’évaluation des normes, leur masse et leur coût n’ont pas diminué. Je pense que si on doit un jour diminuer les normes, il faut un transfert des compétences de façon à ce que la norme s’adapte à la réalité locale. Tant que la norme est nationale, elle sera coûteuse et déconnectée du terrain.

Pourquoi les collectivités locales devraient-elles être les seules à voir leur ressource principale, la DGF, indexée sur l’inflation ?

D. L. : Il faut savoir à quoi correspond la DGF : ce n’est pas du revenu, ce n’est pas de la croissance. On ne peut pas, d’un côté, avoir transféré des responsabilités à travers la loi de décentralisation et supprimé des ressources locales et, de l’autre, ne pas garantir leur compensation en euros constants. C’était l’engagement de l’Etat. Jusque dans les années 2000, la question ne se posait même pas ! Ce discours est pernicieux et parfois empreint d’un populisme mondain de la part de Bercy qui consiste à dire « vous devez participer à l’effort de redressement ». Mais les collectivités le font tous les jours ! Donc le fait de ne pas indexer la DGF, c’est un prélèvement de l’Etat : quand l’année dernière l’Etat augmente la DGF de 320 millions alors qu’avec l’indexationelle aurait dû augmenter de 890 millions, l’Etat prélève en fait plus de 550 millions. L’Etat s’exonère des efforts qu’il demande aux autres. C’est ce qui agace beaucoup. La performance ne vient que de la responsabilité. Et ce n’est pas en asséchant les collectivités qu’on aura de la performance.

On parle de marché bancaire pour se financer, mais aussi de mécénat, de tiers-financements, de fonds d’investissement…

D. L. : Toutes ces sources sont pertinentes. Mais elles sont marginales dans les besoins. Le tiers-financement peut être intéressant lorsqu’il est bien conçu, quand il ne s’agit pas de partenariat public-privé qui est une façon de faire du hors-bilan dans l’immédiat, mais de plomber les dépenses de fonctionnement pour plusieurs décennies.

Les budgets verts pour les collectivités ont intégré le PLF pour 2024. Qu’en pensez-vous ?

D. L. : On veut nous imposer des budgets verts. Ces thèmes font partie de la totalité du budget et les citoyens sont des adultes qui doivent évaluer leurs exécutifs locaux sur le respect des engagements environnementaux choisis par les citoyens.

J. P. : Quand sont sortis les contrats de performance énergétique, j’ai insisté pour que toute la partie investissement soit assurée par la ville. Le fonctionnement pouvait être assuré dans le cadre du contrat performance énergétique par les paiements de fonctionnement mais l’investissement a été public.

Quel regard portez-vous sur les dix ans qui se sont écoulés pour les collectivités ?

J. P. : J’ai vu plusieurs changements. Il y a aujourd’hui de la part de la population, de groupes de personnes, des réseaux sociaux – qui à l’époque n’existaient pas – une pression considérable sur les maires. Il y a quelques années, un maire giflé, on en parlait pendant un an ! Aujourd’hui, c’est un phénomène qui peut être beaucoup plus fréquent. Donc la pression sociale a changé. Mais la perception de L’État par les collectivités, elle, n’a pas changé depuis des années. L’AMF a toujours demandé à l’Etat de faire confiance aux collectivités, d’être des coproducteurs des réglementations. Nous ne sommes pas là pour appliquer ce qu’il décide, mais pour décider ensemble. Ceci n’a pas changé. Moi j’admire beaucoup David parce qu’il arrive à piloter une structure belle et puissante qui est l’association des maires de France dans un contexte qui, à mon sens, est plus tendu socialement et financièrement, et par rapport à l’Etat qu’il y a quelques années.

D. L. : Nous sommes face aux défis environnementaux et numériques. La révolution de l’intelligence artificielle n’en est qu’à ses débuts, mais elle va tout balayer, pour le meilleur et pour le pire contre le cancer, la sécurité, la logistique urbaine, mais aussi pour le pire, c’est-à-dire une possibilité de restriction des libertés et du rôle de l’humain dans la société. C’est un défi fantastique, y compris à l’échelle locale. Parallèlement, nous vivons une crise démocratique : taux d’abstention record, violences envers les élus – en un an + 32 % – polarisation très dure qui catalogue de suite et rend difficile un raisonnement équilibré. Le fait que dans les sondages, les 18-34 ans mettent sur le même plan les démocraties, les régimes illibéraux et les dictatures. Cette crise se caractérise aussi par l’impuissance publique, avec de plus en plus de dépenses publiques, des fonctionnaires moins bien payés qu’ailleurs. La seule façon d’en sortir est de faire appel à la subsidiarité, à la responsabilité locale. Qu’on nous donne le pouvoir réglementaire !

 

Mercredi 1er novembre et comme tous les ans, David Lisnard s’est rendu dans les cimetières cannois de l’Abadie I et II et du Grand Jas pour rendre hommage aux combattants de tous les conflits morts pour la France


Jeudi 5 octobre, lors d’un Café politique organisé par l’équipe de Nouvelle Énergie Nord, avec le soutien de Jean-Noël Verfaillie, maire de Marly, de nombreux militants, sympathisants et élus du département se sont réunis pour participer à cet échange convivial.



L’ouverture du siège national de Nouvelle Énergie à Paris marque une étape importante pour notre parti. Plus que jamais, nous avons besoin de rassembler les énergies et de les faire converger vers un projet porteur d’espérance pour la France.


Nouvelle Énergie est le parti de ceux qui croient en leur pays, en sa capacité de rebondir, de décider de son avenir, tout en étant fidèle à son passé. Nouvelle Énergie est le parti de la constance, en toute circonstance.

Mardi 3 octobre, devant notre siège national de la rue des Entrepreneurs à Paris, nous étions plus de 1000. Nous y avons réaffirmé nos principes. L’heure est à la mobilisation. L’heure est à l’adhésion.

Nouvelle Énergie est le parti de ceux qui veulent s’en sortir. Nouvelle Énergie est le parti d’une France qui entend maîtriser son destin, d’une France qui doit être respectée ; la France d’une nouvelle énergie.




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David Lisnard a répondu à la série estivale de l’Opinion et a dévoilé sa liste de personnages qui incarnent le mieux l’antihéros.