À Cannes, le risque d’inondation n’est ni nouveau ni théorique. La géographie de la ville et l’intensité des épisodes méditerranéens l’exposent historiquement aux crues. Les archives municipales recensent ainsi des catastrophes naturelles depuis 1709, et plusieurs inondations majeures ont marqué l’histoire récente de la commune, notamment celles des 5, 6 et 8 octobre 1993, du 26 juin 1994 et surtout du 3 octobre 2015.
Ce soir-là, 196 mm de pluie sont tombés en seulement deux heures dans le quartier République. Dix ans après cette catastrophe, la prévention du risque demeure une priorité de l’action municipale et intercommunale.
Comme le rappelle David Lisnard : « Quoi que nous fassions, les réalités météorologiques et géographiques font qu’il y aura des inondations dévastatrices. Mais nous agissons avec volontarisme, moyens et méthode pour en limiter l’impact, protéger les vies et les biens. »
Plus de 150 millions d’euros consacrés à la prévention
L’Agglomération Cannes Lérins a pris dès 2016 la compétence GEMAPI, relative à la gestion des milieux aquatiques et à la prévention des inondations. Depuis 2018, elle déploie son Programme d’Actions de Prévention des Inondations (PAPI), qui représente plus de 150 millions d’euros d’investissements.
Cette politique agit simultanément sur l’aménagement urbain, l’entretien des cours d’eau, la réduction de l’imperméabilisation, la création d'ouvrages hydrauliques, l’alerte des populations et la diffusion d’une véritable culture du risque.
Depuis 2016, 703 kilomètres de vallons et de cours d’eau publics ont été nettoyés et 2,5 millions de m² de berges débroussaillées. Chaque année, environ 350 tonnes de déchets naturels sont retirées des vallons et cours d’eau et 55 000 avaloirs sont nettoyés afin de faciliter l’évacuation des eaux pluviales.
L'entretien ne relève toutefois pas uniquement de la puissance publique : 80 % des vallons sont privés. Il appartient donc aux propriétaires de les entretenir. En cas de défaillance, la collectivité s’est dotée d’un dispositif juridique lui permettant d’intervenir au nom de l’intérêt général, puis de facturer l’opération au propriétaire concerné.
Désimperméabiliser et redonner de la place à l’eau
La prévention passe également par une politique d’aménagement destinée à mieux absorber et canaliser les précipitations.
Au total, 215 000 m² de surfaces ont été débétonnés, soit l’équivalent d’environ 30 terrains de football. Plus de 20 000 m² ont par ailleurs été sanctuarisés pour lutter contre l’imperméabilisation des sols.
Plusieurs aménagements structurants ont déjà été réalisés, parmi lesquels un bassin de rétention de 3 500 m³ impasse Nouvelle, l’élargissement du cours d’eau de la Frayère ou encore l'installation de systèmes de pompage permettant d’évacuer les eaux pluviales.
Au Carimaï, un bassin de 70 000 m³
Une nouvelle étape majeure va être franchie avec le lancement de la construction du bassin de rétention du Carimaï, entre Cannes et Le Cannet.
Le projet prend place sur les 32 500 m² de l’ancien hameau du Carimaï, particulièrement touché par les inondations de 2015 et depuis progressivement acquis, déconstruit et renaturé par l’Agglomération Cannes Lérins.
Le futur ouvrage pourra stocker temporairement 70 000 m³ d’eau, soit l’équivalent d'une trentaine de piscines olympiques. Un barrage de 5,40 mètres de haut et 150 mètres de long permettra de retenir une partie des eaux lors des crues avant de les restituer progressivement.
L’objectif est notamment de ralentir les crues de la Frayère et de renforcer la protection de l’ouest de La Bocca, tout en donnant davantage de temps aux services publics pour déclencher les dispositifs d’alerte et de mise en sécurité.
Les travaux doivent débuter en octobre 2026, sous réserve des autorisations environnementales, pour une livraison prévue fin 2028. L’investissement s'élève à 9 millions d’euros.
Faire de chaque habitant un acteur de la prévention
Les infrastructures ne suffisent pas. La stratégie menée à Cannes repose également sur l’information et la responsabilisation de la population.
Depuis 2021, une centaine d’animations de sensibilisation au risque ont été organisées et 6 000 élèves, de l’école primaire au lycée, ont été sensibilisés. Depuis 2018, 1 444 diagnostics gratuits de vulnérabilité ont également été réalisés.
L’objectif est simple : permettre aux habitants de connaître les risques, d’adopter les bons comportements et de réagir rapidement lorsqu’un épisode météorologique majeur survient.
Pour David Lisnard, cette mobilisation collective complète nécessairement l’action publique : « Il y aura d’autres inondations. C’est une certitude qui ne dépend pas de la volonté humaine. Mais avec ces actions et la mobilisation des habitants, nous pouvons éviter le pire. »
À Cannes, cette ligne est constante : ne pas promettre de supprimer le risque, mais agir concrètement pour l’anticiper, en réduire les conséquences et protéger au maximum les vies et les biens.