«Pourquoi il était important que le film L’Abandon, sur Samuel Paty, soit projeté à Cannes»

Présenté ce mercredi soir hors compétition, le film réalisé par Vincent Garenq retrace les onze derniers jours de Samuel Paty. Un film qui montre la réalité sans la romancer, et dont le titre suffit à dire ce qu’il faut combattre : l’abandon dont sont victimes les enseignants face à la menace islamiste. Une tribune de David Lisnard parue dans Le Figaro.

le 13 mai 2026
Paty_01

Le Festival de Cannes présente ce mercredi soir, hors compétition, L’Abandon, un film de Vincent Garenq consacré aux onze derniers jours de Samuel Paty. Je veux saluer sa direction d’avoir pris cette décision.

En s’appuyant sur les actes du procès, les pièces à conviction et les courriels du professeur lui-même, ce film, auquel Mickaëlle Paty, la sœur de Samuel, a été étroitement associée, ne romance rien. Il restitue et rend compte. Samuel Paty a été décapité le 16 octobre 2020 à la sortie de son collège, à Conflans-Sainte-Honorine, par un terroriste islamiste tchétchène. Il enseignait l’histoire-géographie et l’enseignement moral et civique. Son crime ? Avoir montré, dans un cours sur la liberté d’expression, les caricatures de Mahomet publiées par Charlie Hebdo.

Son assassin ne le connaissait pas. Il a agi à l’issue d’une campagne de haine déclenchée par le mensonge d’une élève absente de ce cours, relayé par son père, amplifiée par un militant islamiste, viralisée sur les réseaux sociaux. À aucun moment cette chaîne n’a été interrompue. Pourtant le mensonge initial était connu dès les premiers jours.

Le film montre cela. Il montre aussi le reste. Il montre un professeur menacé qui alerte sa hiérarchie. Il montre qu’aucun démenti public n’a été opposé par la direction de l’établissement au mensonge de l’élève. Il montre une Éducation nationale qui reproche au professeur d’avoir pu manquer à la neutralité, légitimant ainsi les accusations portées contre lui. Il montre des services de renseignements informés des appels à la haine, des messages laissés sur le répondeur du collège, des préparatifs de manifestations devant l’établissement, et qui n’envisagent pas sérieusement la piste d’un attentat. Ce film montre l’isolement progressif d’un homme que l’institution avait la charge de protéger. Ce film montre la réalité.

Le titre suffit à dire ce qu’il faut combattre. Voilà ce que la famille de Samuel Paty cherche à faire reconnaître devant les juridictions depuis des années et qui ne l’a toujours pas été. L’idéologie islamiste qui a armé le bras du tueur est la même qui a conduit à l’assassinat de Dominique Bernard à Arras, le 13 octobre 2023. L’islamisme est un totalitarisme. Il fait la guerre à notre civilisation, à notre culture, à la laïcité, à l’égalité entre les femmes et les hommes, à la liberté d’expression, à la République, à la France. Il nous fait la guerre et il prospère sur nos renoncements.

C’est ce « pas de vague » qui a permis l’enchaînement des faits jusqu’au 16 octobre 2020. L’évitement comme méthode. L’esquive comme culture administrative. La neutralité retournée contre celui qui doit être protégé. C’est cette mécanique qui a fait de Samuel Paty une cible exposée.

La lutte contre l’islamisme doit être menée sans faiblir, à l’école comme dans la société. À l’école, d’abord. Toute menace contre un enseignant doit déclencher la saisine du parquet par l’administration. Toute pression exercée sur un professeur au nom du religieux doit être pénalisée. Tout élève qui conteste un enseignement au nom de sa religion doit être exclu de l’établissement. Tout agent qui pratique le « pas de vague » face à une intimidation islamiste doit en répondre disciplinairement.

Dans la société, ensuite. Il faut interdire les organisations islamistes et démanteler les officines qui en dépendent, fermer les mosquées salafistes et fréristes, expulser les prêcheurs de haine et les imams étrangers qui instruisent le séparatisme, couper les financements étrangers, dissoudre les associations qui frayent avec cette idéologie comme l’a été le CCIF après l’assassinat de Samuel Paty, sanctionner les élus qui composent avec elle.

Il faut surtout cesser de feindre l’ignorance qui est en fait une complicité. Ceux qui revendiquent la séparation des sexes dans les piscines, qui imposent le voile aux accompagnatrices scolaires, qui exigent le burkini sur les plages, qui refusent les caricatures de Mahomet, qui placent la charia au-dessus des lois de la République sont des islamistes. Ceux qui les défendent, qui défilent avec eux, qui ajoutent un « mais » à la condamnation des attentats, en sont les complices idéologiques. Ce combat est possible. Il suppose de ne rien céder. La République ne se défend pas par de beaux discours. Elle se défend par des décisions et par le courage de ceux qui les prennent.

Cela suppose enfin de réarmer l’école. Notre histoire, notre langue, notre littérature, notre philosophie sont des antidotes au fanatisme. Un esprit formé par les humanités ne plie pas devant l’ordre théocratique.

C’est dans cet esprit que je soutiens et m’associe à la démarche de panthéonisation de Samuel Paty engagée par sa famille et par le comité fondé le 30 mars dernier. Ce ne serait pas honorer seulement un homme et un martyr. Ce serait honorer tous les professeurs de France qui, chaque jour, dans des établissements ordinaires, sont en première ligne face aux pressions communautaires, aux contestations religieuses, à la lâcheté ambiante.

Honorer Samuel Paty, c’est honorer l’homme, le fils, le frère, le père. C’est aussi honorer l’enseignant et, à travers lui, tous ceux qui, anonymement, font vivre ce qui fonde la grandeur de la France : la liberté.

 

Retrouvez cette tribune sur le site du Figaro en cliquant ici.

Vous êtes d'accord ?

Rejoignez-nous

Adhérer

Recevez les actualités

de Nouvelle Énergie et David Lisnard