David Lisnard, seul contre tous à défendre le libéralisme

Les milieux d’affaires s’inquiètent du trop grand nombre de candidats à l’élection présidentielle, mais surtout du déficit de programmes. Ils s’énervent qu’aucun candidat n’ait encore présenté un programme libéral, capable de répondre aux besoins de redressement économique… Aucun, sauf le maire de Cannes. Un article de Jean-Marc Sylvestre paru sur Atlantico.

le 03 avril 2026
Atlantico

David Lisnard risque de se retrouver bien seul à prôner un projet libéral aux présidentielles. Les milieux patronaux l’ont bien noté, eux qui  recherchent désespérément des « présidentiables libéraux ».

La grande majorité des candidats possibles à la présidentielle de 2027 ont tous été sollicités par les responsables patronaux afin de connaître leurs projets et leurs moyens. Aucun de ces candidats (hormis les responsables de LFI) ne renoncera à débattre avec les chefs d’entreprise. Il faut savoir qu’un candidat à la présidentielle a besoin, outre d’un socle de militants et d’électeurs acquis à sa cause, de deux choses : –d’une part, de 200 signatures d’élus pour parrainer son inscription et, d’autre part, de sponsors pour financer sa campagne. Une campagne présidentielle coûte en moyenne plus de 10 millions d’euros.

Mettons de côté les candidats qui se présentent avec des positions extrémistes, de gauche ou de droite : ils auront leurs signatures et l’argent. Ils disposent d’un grand nombre de militants. À droite notamment, le RN est bien équipé, compte tenu de ses succès électoraux précédents, qui en ont fait l’un des partis les plus riches et les plus influents auprès des notables locaux qui apportent leur précieuse signature. Maintenant, entre l’extrême gauche et l’extrême droite, il existe une sélection nombreuse de candidats à la présidentielle qui représentent toutes les nuances politiques de l’arc central : de Sylvain Attal à Bruno Retailleau, de Xavier Bertrand à Laurent Wauquiez, en passant par Édouard Philippe… sachant que cette liste n’est pas exhaustive.

Mais tous ont chacun une poignée de patrons, soit en région, soit à Paris, qui pourraient les soutenir — du moins le croient-ils… Car les patrons ne sont pas enthousiastes. Ils savent bien que le pays va mal et qu’actuellement, il n’existe aucun responsable politique ayant la compétence ou l’expertise nécessaires ou même le charisme , pour incarner le pouvoir qu’il faudra exercer pour redresser le pays.

Plus grave encore, tous les patrons — les grands comme les plus modestes —, responsables d’entreprise, de fonds d’investissement, de syndicats professionnels, à Paris comme ailleurs, connaissent les candidats et leurs états-majors. Ils savent que, sans une candidature unique, la droite, le centre et même la gauche de gouvernement ne passeront pas le premier tour. Ils ont acquis la conviction qu’une primaire n’apportera aucune solution…

C’est donc le gâchis assuré, avec le risque d’un second tour opposant Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen (ou Jordan Bardella).Pour les milieux d’affaires, LFI prépare la révolution, et le RN de Marine Le Pen n’est pas sorti du populisme et ne dispose pas d’un programme économique responsable.

Car c’est bien d’un programme économique dont les patrons d’entreprise ont besoin, afin de retrouver une visibilité qu’ils ont perdue depuis plus de dix ans, depuis la crise financière de 2008.

Ils ont acquis la conviction que tous les candidats qui leur font la cour sont capables de prendre en main les problèmes de sécurité et d’immigration s’ils disposent d’une bonne assise électorale. Ils sont sans doute capables d’éviter la faillite de l’école et du système de santé, parce que ces secteurs peuvent s’appuyer sur le privé. Tous sont conscients que l’État est pratiquement en faillite, mais tous se disent que les préceptes keynésiens ne sont pas morts et qu’avec l’aide de l’Europe, ils trouveront du crédit…

Mais ce dont les patrons sont aussi convaincus, ce n’est qu’aucun des candidats actuellement en lice n’a le projet de transformer le modèle économique et social. Aucun n’a le courage de reconnaître que le problème de l’économie française, c’est :

1° Son manque de compétitivité, coût et hors coût. La France produit trop cher par rapport à beaucoup de ses concurrents, avec trop de charges et de taxes. Ajoutons que, hors prix, les produits français manquent d’originalité et d’innovation.

2° Le poids de son modèle social, trop lourd pour une efficacité qui n’est pas à la hauteur des promesses.

3° Globalement, le modèle de création de valeur est asphyxié par le coût du social et les normes. Asphyxie et démotivé.

En bref, la France n’est pas en phase avec les exigences d’un système libéral. On peut même expliquer le retard de l’économie française sur ses partenaires européens par son déficit de liberté économique. C’est le cœur du discours de David Lisnard.  Il partage la plupart des diagnostics, mais personne d’autre que lui n’ose offrir un programme libéral pour rattraper le retard  et redresser la maison France.

Sans revenir sur les fondements du libéralisme, il faut savoir que ce n’est pas une grossièreté qui serait infréquentable. C’est une philosophie politique née en Europe aux XVIIe et XVIIIe siècles, notamment avec des penseurs comme John Locke et Adam Smith, mais développée en France avec Frédéric Bastiat.

L’idée centrale est simple : donner le maximum de liberté aux individus, tout en limitant le pouvoir de l’État.

Cela passe par la liberté individuelle (opinion, expression, religion), la propriété privée, l’économie de marché (moins d’intervention de l’État) et l’État de droit.

La France n’est pas « allergique », mais elle entretient une relation compliquée avec toutes ces idées. Depuis des siècles (monarchie puis République), l’État est vu comme protecteur et organisateur de la société. La révolution n’a rien arrangé . la Revolution a conforte la centralisation du pouvoir. Cet héritage historique a engendré l’État-providence. Après la Seconde Guerre mondiale, la France construit la sécurité sociale, les services publics et la protection des travailleurs… Le libéralisme économique est alors parfois perçu comme une menace pour ces acquis sociaux.

Ajoutons que les codes de la politique politicienne entretiennent la confusion autour du mot « libéral ». En France, il est souvent associé au marché et aux inégalités, alors que dans les pays anglo-saxons, il est davantage lié à la création de richesses.

Toutes ces ambiguïtés, ajoutées à une méconnaissance des résultats et au conservatisme des systèmes centralisés, font que la plupart des responsables politiques, de droite comme de gauche, refusent de défendre des logiques libérales. Alors même que la France a urgemment besoin de créer de la richesse et que les outils libéraux sont parmi les plus efficaces pour y parvenir. Pour tous les candidats, le libéralisme est devenu un tabou, exclu du vocabulaire politique parce qu’il fait peur.

Le seul candidat déclaré assumant un projet libéral est donc David Lisnard, maire de Cannes. Pour être plus libre encore de ses propos, il a quitté les LR .. Il devra nourrir son programme en apportant des preuves : le libéralisme est très pragmatique, il n’existe que s’il est appliqué, illustre et détaille. Dire que les impôts en France sont trop lourds, c’est facile. Mais ça n’est pas être libéral. Être libéral c’est expliquer comment on allège le fardeau des impôts sans dérégler la machine socio-économique. il y a du Pompidou chez Lisnard : moins d’État non pas pour faire plaisir à la BCE , mais pour donner de la liberté au chef d’entreprise et créer de la valeur.

Retrouvez cet article sur le site d’Atlantico en cliquant ici.

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de Nouvelle Énergie et David Lisnard