« Quand un manuel scolaire incite les élèves à faire moins d’enfants pour sauver la planète »

Selon le manuel de référence édité par Nathan, la solution la plus efficace pour sauver la planète, est d’avoir «un enfant de moins». Pour le président de Nouvelle Énergie, cet ouvrage dévoile un programme militant visant à formater des choix existentiels sous couvert de science. Une tribune de David Lisnard parue dans Le Figaro.

le 11 février 2026
FIGARO

L’instruction de nos enfants est de plus en plus polluée. Les lycéens qui doivent étudier les « sciences de la vie et de la terre », à partir du manuel publié par Nathan en 2020, y trouvent un graphique recensant les « solutions de réduction des émissions de carbone » , dont « vivre sans voiture », « éviter un vol transatlantique », « recycler » ou « changer d’ampoules ». Pour nos pédagogues idéologues, cela est bienvenu mais très insuffisant car ils placent en tête de liste l’« action » la plus « efficace », et de loin, pour sauver la planète : « avoir un enfant de moins » !

Tel est le message de l’Éducation nationale. L’avenir écologique passerait d’abord par la raréfaction des naissances. Ni science ni vie, en somme, dans ce manuel. L’école de la République, dont la mission est de transmettre des savoirs et former l’esprit critique, se fait ici le relais d’un endoctrinement malthusien où la naissance d’un enfant n’est plus à la fois une évidence naturelle et la première des joies, mais une nuisance à éviter.

Un tel bourrage de crâne est dramatique en milieu scolaire, là où devrait être forgée la raison critique et préparé l’avenir de la nation. La nécessaire neutralité des manuels scolaires cède la place à des petits livres rouge et vert. C’est d’autant plus grave que s’il est une décroissance avérée, c’est bien celle du niveau de l’instruction.

Grave sur le plan scientifique d’abord. Le visuel en question reprend une étude publiée en 2017 dans Environmental Research Letters par Seth Wynes et Kimberly Nicholas. Les auteurs y proposent une modélisation attribuant aux parents une fraction des émissions futures de leurs descendants, en supposant que chaque génération conservera durablement le niveau d’empreinte carbone actuel.

«Pour sauver la planète, ne faisons plus d’enfants et pour éviter la mort, supprimons la vie !»

Sur cette base, ils parviennent à 58,6 tonnes de CO₂- équivalent par an pour « un enfant de moins ». Or, cette étude a été invalidée dans cette même revue pour des biais méthodologiques majeurs : double comptage des émissions entre générations, projection sur plus de cinq siècles à niveau d’émissions constant, exclusion des trajectoires de décarbonation. En recalculant avec des hypothèses réalistes, d’autres chercheurs aboutissent à un impact de 1 à 2 tonnes par an, soit trente à soixante fois moins. Les auteurs eux-mêmes reconnaissent que selon les scénarios de décarbonation retenus, l’impact peut être divisé par 17. Le manuel ne retient pourtant que la valeur maximale d’une hypothèse extrême, et la présente comme un fait scientifique établi.

Cette décision est grave sur le plan éthique. Wynes et Nicholas ne se contentent pas d’un calcul : ils revendiquent un projet éducatif et ciblent les adolescents, qualifiés de « catalyseurs » du changement. Ils regrettent que les programmes scolaires se limitent au recyclage et ne recommandent pas les « vrais gestes à fort impact » dont, bien sûr, la réduction des naissances. Ils ont produit des fiches pédagogiques et des infographies destinées aux cours de lycée. En ce sens, le manuel édité par Nathan applique un programme militant qui vise à formater des choix existentiels sous couvert de science. C’est scandaleux et particulièrement grave. Car c’est le libre arbitre des futurs citoyens qui est ici en jeu.

Mettre sur le même plan un comportement ou un geste technique et la naissance d’un enfant revient à ne plus envisager la vie comme une promesse, mais comme une variable d’ajustement. Un être humain n’est plus une personne, une joie, une responsabilité : c’est un flux de carbone à supprimer. Cette doxa prolonge une écologie décliniste jusqu’au sophisme ultime : pour sauver la planète, ne faisons plus d’enfants et pour éviter la mort, supprimons la vie !

L’idéologie morbide de la décroissance se répand alors que la dénatalité est devenue le fait démographique et problématique majeur de notre époque. Les deux tiers de l’humanité vivent désormais dans des pays où la fécondité est passée sous le seuil de remplacement des générations. De la Corée du Sud à la Chine, de l’Italie à l’Espagne, du Japon à l’Allemagne, les peuples vieillissent et les naissances s’effondrent. La France, longtemps épargnée par cette tendance, a basculé à son tour. En 2025, pour la première fois depuis 1945, le solde naturel est devenu négatif : 651 000 décès pour 645 000 naissances. L’indicateur de fécondité est tombé à 1,56 enfant par femme, son niveau le plus bas depuis 1918.

Faire accroire à nos lycéens qu’une naissance puisse être néfaste à la planète, dans un tel contexte, c’est accompagner un effondrement démographique qui met en péril l’avenir même de la nation. Aucune nation ne peut sacrifier sa démographie – donc son existence – sur l’autel d’un calcul (en l’occurrence faux) utilitariste de CO₂. Ce sont précisément les générations futures qui produiront les solutions aux défis climatiques. Encore faut-il qu’elles viennent au monde.

On le voit, ce débat oppose deux visions irréconciliables de l’écologie : une écologie fondée sur l’innovation et la confiance dans l’intelligence humaine, et une écologie de la culpabilisation, qui voit dans chaque naissance une faute. Ce débat oppose surtout deux approches antagonistes de la vie humaine : une qui la voit comme une grâce, avec sa finitude et ses aspérités parfois douloureuses, l’autre qui la voit comme une pollution à éradiquer. L’écologie mérite mieux, par la science, l’investissement massif dans l’innovation et le droit international pour combattre ce qui pollue, transformer nos systèmes énergétiques, protéger la biodiversité, c’est-à-dire la vie (y compris humaine).

Enseignons à nos enfants non pas la honte d’exister, mais la joie de vivre. Non pas le renoncement, mais l’ambition. Non pas l’angoisse existentielle d’être, mais la confiance et la fierté de faire. Non pas la peur de l’avenir, mais la volonté d’inventer le leur.

Retrouvez cette tribune sur le site du Figaro en cliquant ici.

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de Nouvelle Énergie et David Lisnard