« L’État-providence, c’est la mort » : à Cannes, les confidences du candidat Lisnard

Le patron des maires de France mène une campagne énergique, même s’il a été réélu en 2020 avec 88 % des voix au premier tour. Un reportage de Jérôme Cordelier paru dans Le Point.

le 11 février 2026
DL Le Point

Au volant de sa vieille Lexus – « 17 ans d’âge, achetée d’occasion », précise-t-il –, David Lisnard file le long de la Méditerranée. La voiture est bourrée de bons vieux CD pop-rock (Ramones, The Clash, Hendrix, Motörhead, Feu ! Chatterton, et on en passe…), passion que le conducteur cultive avec la délectation d’un entomologiste. Le paysage invite, lui, à la contemplation, mais l’heure n’est pas au « road-trip »

David Lisnard en conquête

David Lisnard vient de plonger dans la campagne municipale, et il reste un mois avant le premier tour (15 mars). Ayant été réélu en 2020 dès le premier scrutin avec plus de 88 % des suffrages face à quatre listes, on pourrait penser que le marathonien se lance dans une course de santé. Que nenni !

D’abord, ce n’est pas le genre de ce politique quinquagénaire fougueux, voire sanguin, en conquête. Ensuite, parce que le terrain politique s’apparente ces temps-ci aux sables mouvants. « Les 88 % de 2020, c’était un score atypique et anormal, observe David Lisnard. Jamais aucun maire de Cannes auparavant n’avait été élu au premier tour. Il n’y a jamais de stock de voix. En politique, rien n’est jamais acquis. On repart de zéro. Et le contexte national perturbe les élections locales ».

La voiture se faufile dans les rues de la Bocca – qui rassemble 30 000 des 75 000 habitants de Cannes intra-muros – et déboule dans le vaste parking (bientôt 374 places, avec deux heures de stationnement gratuites chaque jour, et trois heures le week-end), au cœur d’une immense opération de requalification immobilière que le maire mène : nouvelles halles, un jardin de 3-000 mètres carrés – avec 174 arbres et… plus de 70 caméras de vidéosurveillance… Fierté lisnardienne.

« Je ne suis pas anti-bagnoles, je crois même en l’avenir de la voiture », glisse l’édile, vantant dans la foulée la saine gestion de la ville : « Nous avons progressé sur les investissements et les équipements, en multipliant par dix sur dix ans notre capacité d’autofinancement, en réduisant la dette de 82 millions d’euros et les dépenses de fonctionnement de 55 millions, alors que l’État a prélevé plus de 250 millions d’euros sur les finances de la ville ».

Marottes lisnardiennes, que le candidat répète devant la foule de ses partisans se pressant sur le trottoir pour l’inauguration de sa permanence de campagne, dans un discours offensif amorcé au son de « Passenger » du groupe londonien post-punk Siouxsie and the Banshees. Ce n’est pas pour rien que Lisnard a baptisé son mouvement politique « Nouvelle Énergie ». Et il a beau être roi en son domaine, il ira, qu’on se le dise, chercher chacun des électeurs cannois avec les dents. En commençant par ceux de La Bocca, quartier populaire que drague le RN, où il a installé son QG.

Alors, il martèle ses credo. La sécurité, s’enorgueillissant d’avoir le réseau de vidéosurveillance le plus dense de France (une caméra pour 76 habitants) : « Que l’on me donne le pouvoir en tant que maire d’expulser les familles de délinquants, et vous verrez. Virer les voyous des HLM, c’est permettre aux gens bien de se loger ! ».

Le civisme : « Chacun pense et croit à ce qu’il veut à condition qu’il respecte le drapeau français ». La culture et l’éducation, lui qui a poussé l’enseignement du latin et du grec dans les écoles de la ville. Les dérives bureaucratiques : « L’État n’a pas été créé pour nous dire combien de fruits et légumes nous devons manger par jour ou pour expliquer comment nous devons éduquer nos enfants, mais pour assurer l’autorité régalienne, sur la sécurité intérieure et extérieure ».

L’homme qui secoue la droite française électrise son auditoire. « J’ai une vraie radicalité, que j’assume, nous confie David Lisnard. Car pour moi, l’État-providence, c’est la mort ! Quarante ans de social étatisme et de laxisme sécuritaire, ça suffit ! Il faut donner de la liberté à ceux qui produisent et avoir de l’autorité contre ceux qui nuisent ».

L’homme est « concentré », dit-il, sur les échéances locales – il présentera son projet le 19 février à La Licorne, grande salle cannoise, fort « d’un bilan solide et d’une équipe soudée ». Celui qui est maire de Cannes depuis 2014, après avoir été l’indispensable premier adjoint de son prédécesseur, Bernard Brochand, repart au feu avec l’allant du débutant.

« Ce qui me passionne, c’est l’action concrète, l’exécution, savoure-t-il, j’adore le mandat municipal qui est le seul à permettre de poser une vision et de la réaliser en lien direct avec les habitants. J’ai refusé plein de propositions au gouvernement, au Sénat parce que je voulais rester maire à plein temps. Mon moteur, c’est de transformer le quotidien ».

Ses opposants l’attaquent sur ses appétits nationaux. On ne peut pas faire procès à Lisnard, qui préside – depuis quatre ans – la puissante Association des maires de France et monte en puissance dans le débat national, d’en faire mystère. Et qu’on ne vienne pas le chercher là-dessus.

« C’est un faux débat souvent alimenté par le microcosme, s’enflamme l’intéressé. Pourquoi un maire n’aurait-il pas le droit d’avoir une ambition nationale alors qu’on ne pose pas la question aux parlementaires ou aux technocrates ? Je viens du monde de l’entreprise, pas de la haute fonction publique. Ma singularité, c’est d’apporter la voix du terrain – celle des commerçants, des artisans, des maires – dans le débat national. Pour Cannes, avoir un maire dont la voix porte à Paris est un atout majeur afin de faire avancer les dossiers locaux. Et les Cannois, je peux vous dire, sont plutôt fiers de voir l’un des leurs ainsi réussir ».

Une ambition n’empêche pas l’autre. « Plus je suis présent au national, plus je suis sur le terrain à Cannes, c’est presque obsessionnel » , lâche-t-il. Mais derrière l’élu local, le candidat à la présidentielle bouillonne. « Les données sont claires pour 2027 : on ne peut plus aller directement en demi-finale, constate David Lisnard, quand on le titille sur le sujet. Il y a une multitude de candidatures prêtes à séduire l’électorat de la droite et du centre, et personne ne se détache. Il faut donc que nous organisions un quart de finale. Mettons sur le papier les grands objectifs, nos valeurs communes, et, après, se présente et vote qui veut. C’est pourquoi j’ai plaidé pour une large primaire, des centristes de l’UDI à Reconquête. Ceux qui ne veulent pas venir prennent le risque de faire perdre leur camp et de faire gagner LFI ou le RN. Je porte ma voix dans le débat parce que je suis intimement persuadé qu’il faut créer une compétition pour comparer les projets, sélectionner puis rassembler les électeurs ; sinon, nous sortirons du jeu ».

Éric Ciotti le soutient

Pour ces municipales, Lisnard a face à lui une liste d’union de la gauche conduite par le socialiste Michel Hugues et aussi une liste RN menée par Lucas Mussio. Le mouvement lepéniste n’était pas représenté en 2020. « Mais nous avons fait plus de 46 % des voix aux dernières législatives, il y a donc une demande pour l’alternance », affirme le candidat, conseiller en gestion de patrimoine, trentenaire engagé au RN depuis trois ans seulement.

Il part à la bataille sans l’allié Éric Ciotti, qui a pris fait et cause pour David Lisnard. « Nous travaillons ensemble depuis 2008 au département, je l’avais soutenu pour la première fois en 2014, j’éprouve de l’amitié pour lui, c’est un élu de grande qualité, il n’était pas envisageable de ne pas le soutenir, appuie le Niçois. Notre mouvement présente 80 listes lors de ses municipales, nous avons un accord systématique avec le RN, à trois exceptions, dans les Alpes-Maritimes, par amitié, à Cannes, A Antibes pour Jean Leonetti, et à Grasse, pour Jérôme Viaud ».

Dans sa vieille Lexus, David Lisnard devrait rouler avec « The Clash » à fond les ballons.

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de Nouvelle Énergie et David Lisnard