« Il faut retrouver la grande France »
En visite à Olmeto samedi 8 août, à l’invitation du maire José-Pierre Mozziconacci, à l’occasion de la foire de Baracci, David Lisnard défend un redressement de l’État et une rupture avec le modèle actuel. Un entretien accordé à Corse-matin.

Après l’annonce de votre candidature à la présidentielle, des journaux vous ont associé à la tronçonneuse du président argentin pour illustrer votre volonté de redresser le pays. La France a-t-elle besoin d’une alternance ou d’une rupture ?
Elle a besoin d’une véritable alternative, donc d’une forme de rupture. Le modèle hérité des Trente Glorieuses ne fonctionne plus. La croissance démographique s’est effondrée, les naissances ont baissé de 25 % en quinze ans. L’immigration de travail a été remplacée par une immigration de peuplement : seuls 13 % des nouveaux titres de séjour sont délivrés pour travailler. Parallèlement, la croissance économique est devenue très faible. Continuer à financer le même État-providence par les impôts et la dette revient à reporter le coût de nos choix sur les générations futures. On ne peut plus accepter cette irresponsabilité.
Quelles seraient vos priorités ?
Il faut retrouver la « grande France », prospère, sûre, respectée, capable d’innover et d’offrir un avenir à ses enfants. Les Français sont créatifs, mais freinés par les normes, la bureaucratie et la fiscalité. L’État doit moins entraver les entreprises, les collectivités et les travailleurs, et se concentrer sur ses missions essentielles : sécurité, justice, éducation, santé et aménagement du territoire. Le XXIᵉ siècle sera celui de l’IA et des technologies : misons sur l’école, la recherche, l’investissement et la liberté d’entreprendre.
Vous défendez un État plus efficace, plus décentralisé et respectueux des libertés locales. Le modèle centralisé français est-il arrivé à ses limites ?
Il est devenu l’une des principales causes de notre inefficacité. L’État doit retrouver de la force en se concentrant sur ses fonctions essentielles plutôt qu’intervenir partout avec une administration excessive. On recense 1 153 organismes publics, pour 100 milliards d’euros de fonctionnement et 500 000 recrutements supplémentaires. Ces structures se superposent, se contredisent et bloquent les projets. Je propose de réduire le back-office bureaucratique, de remettre plus d’agents au contact du public et d’appliquer la subsidiarité : décider au niveau le plus proche et le plus efficace.
Le gouvernement et la majorité nationaliste souhaitent inscrire l’autonomie de la Corse dans la Constitution. Le texte doit arriver au Sénat en octobre. Quelle est votre position ?
L’Association des maires de France n’a pas vocation à prendre position sur ce texte. J’espère toutefois que les communes, premier niveau de démocratie locale, ne seront pas oubliées. À titre personnel, je comprends la volonté de disposer de davantage de liberté d’action, mais elle ne doit pas entraîner l’éclatement du pays. Ce débat révèle surtout l’échec du centralisme français. Une capacité d’adaptation devrait être reconnue à chaque territoire, sans remettre en cause l’unité de la République.
Les élus nationalistes estiment que l’autonomie permettrait de mieux répondre aux enjeux du logement, de la spéculation immobilière ou de la langue corse. Cela justifie-t-il des compétences spécifiques ?
Ces enjeux justifient une réelle capacité d’adaptation locale, pas nécessairement un droit séparé. La loi nationale doit fixer les règles fondamentales, tandis que les collectivités disposeraient du pouvoir réglementaire pour adapter leur application aux réalités locales. Ce système permettrait de répondre à ces enjeux sans affaiblir l’unité nationale.
Si vous présidiez la République en 2027, quelle place la Corse occuperait-elle dans votre projet ?
Je ne suis pas, comme certains, Corse en Corse ou Breton en Bretagne. Je ne veux pas flatter chaque territoire, mais que la Corse soit respectée comme toute partie de la République. Elle bénéficierait d’une politique nationale d’aménagement garantissant une école de qualité, l’accès aux soins, la sécurité et l’égalité des chances, notamment dans les zones rurales. La solidarité nationale compenserait objectivement les surcoûts liés à l’insularité. Leur évaluation et leur financement justifieraient une discussion spécifique avec la Corse.
Cannes, la ville dont vous êtes le maire, et la Corse partagent des défis, comme l’attractivité touristique ou la pression foncière. Que proposez-vous pour le logement ?
Je veux remplacer l’application centralisée du « zéro artificialisation nette » par un dispositif plus simple et responsabilisant. L’État fixerait un objectif de réduction de l’artificialisation, puis chaque commune déciderait, dans son plan local d’urbanisme, comment l’atteindre. La fiscalité encouragerait la densification par des bonus et pénaliserait l’étalement urbain par des malus. Une collectivité pourrait choisir de construire de manière plus étalée, mais en assumerait le surcoût. Il s’agit de favoriser la construction sans imposer depuis Paris une règle identique. En Corse, des règles doivent très clairement favoriser la résidence principale pour répondre à la pression immobilière tout en permettant une dynamique démographique.
Président de l’Association des maires de France, vous accusez l’État de faire payer aux communes le redressement des finances publiques. Jusqu’où irez-vous si le budget 2027 confirme ces ponctions ?
Je comprendrais une contribution des collectivités si elle réduisait réellement la dette. Or l’État applique depuis des années les mêmes recettes sans améliorer les comptes publics. Depuis 2014, 80 milliards d’euros ont été prélevés sur les communes et intercommunalités. Ces ressources correspondent aux compétences obligatoires qu’elles exercent. Malgré ces ponctions, la dette de l’État a augmenté. Le problème n’est donc pas le refus des communes de participer à l’effort, mais l’absence de réforme de l’État et du système social pour réduire les dépenses inutiles.
Terminons sur la présidentielle. Bruno Retailleau et vous-même voulez aller « au bout » de votre candidature, mais beaucoup à droite rêvent d’un « ticket gagnant ». Est-ce une option que vous pourriez envisager ?
J’accueille favorablement tous les soutiens, notamment celui de Bruno Retailleau s’il souhaite me soutenir… Je ne cherche ni poste ni accord d’appareil. Ma proposition est connue : une compétition ouverte pour désigner le meilleur candidat et éviter la dispersion des voix qui favoriserait LFI et le RN, ainsi que les compromis avec ceux qui ont participé aux politiques que je critique.
Si je gagne une primaire, je poursuivrai ma candidature. Si je perds, j’accepterai le résultat et ne gênerai pas le candidat retenu. Sans accord, l’opinion tranchera progressivement, d’ici le début de l’année. Je veux rester un candidat indépendant, porteur d’un projet de prospérité, de sécurité, de liberté et de redressement de l’école.